Bonjour à tous ! Ce chapitre a été très long à paraître, je m'en excuse ! Soucis de famille, vacances pour se ressourcer, la rentrée à préparer... J'espère de tout coeur qu'il vous plaira, le prochain chapitre est en cours d'écriture et le rythme de parution devrait petit à petit revenir à la normale, car le scénario de ce 2ème opus est presque entièrement terminé ! Merci à tous pour vos encouragements, et bonne lecture !
Mafia Blue II – Chapitre 18
Jour 4 (1ère partie)
Sur son bureau, plusieurs tas de photos étaient étalés, avec des annotations au marqueur. Pandore les examina attentivement, gravant les visages dans sa mémoire. Faire surveiller les policiers en charge de l'affaire était indispensable : il valait mieux connaître les points faibles de ses ennemis avant de frapper. Dès qu'elle aurait la main sur Kagaho, elle pourrait intervenir comme bon lui semblerait. L'Egyptien serait un atout de taille, à n'en pas douter. Et même si elle était passablement énervée qu'il lui ait échappé jusqu'à présent, elle savait reconnaître un adversaire à sa hauteur. Se servir de lui serait réellement jouissif, et elle pourrait à loisir regarder Eaque se morfondre en sachant que ce qui arriverait à son amant serait de sa faute.
« Miss Pandore ? »
La jeune femme fit signe à Edward de rentrer dans la pièce. Il s'approcha, une clef USB à la main.
« Voici ce que vous avez demandé.
-Merci Edward. Tu peux disposer. »
Dès qu'il fut parti, elle se leva avec un sourire ravi : elle allait à nouveau pouvoir s'amuser avec le toutou de Minos, et devant lui en plus. Elle se rendit à grands pas jusqu'au sous-sol, vestige moyenâgeux d'un château fort que son frère avait voulu reproduire dans sa propriété. L'idée bizarre d'Alone lui servait aujourd'hui, finalement. Elle s'avança jusqu'à la cellule où Minos et Rune avaient été enfermés et les trouva endormis et enlacés. Elle plissa les yeux et ouvrit la porte dans un grincement qui réveilla les deux Norvégiens.
« Je t'emprunte ton chien, Minos, lança Pandore en faisant signe au cadet de la suivre. Il ne reviendra te voir que s'il est sage et qu'il obéit, n'est-ce pas Rune ?
-Qu'est-ce que tu veux encore ? siffla Minos en se redressant, une main possessive retenant son amant par le poignet.
-Nous avons conclu un accord, lui et moi, sourit la jeune femme. Oh, il ne t'en a pas parlé ? rit-elle en voyant l'expression surprise de son ancien ami. Petit cachottier.
-Rune ? souffla le Juge.
-Pardonne-moi, murmura le jeune homme. Fais-moi confiance.
-Allez, suis-moi. Je n'ai pas toute la journée. Amuse-toi bien pendant son absence, Minos ! »
Pandore tira Rune vers elle, l'arrachant de l'emprise de son compagnon. Rune se laissa faire, le regard trahi de son amant gravé dans sa mémoire. Brusquement, il se demanda s'il avait bien agi. Sacrifier Kagaho, mentir à Minos, permettre à Pandore de faire ce qu'elle voulait… N'était-il pas en train d'aggraver la situation ? Il était encore temps de faire marche arrière, mais le pourrait-il ?
« N'oublie pas que Minos dépend de toi, lâcha Pandore en voyant son visage soucieux. Je n'ai même pas commencé à jouer avec lui, mais je le peux encore. »
Elle eut un rire en avisant le regard noir de Rune et grinça :
« Le code.
-Quelle garantie est-ce que j'ai que vous tiendrez parole ?
-Aucune. Maintenant donne-le moi ou tu seras aux premières loges pour me voir m'amuser avec ton cher et tendre. »
Rune n'hésita qu'une seconde. Il avait donné à Kagaho le plus long sursis possible, mais sa décision était prise. Il la regretterait, mais pour le bien de son amant, il était prêt à tout.
Pandore ne put que sourire en le voyant capituler. C'était tellement facile. Elle lui désigna l'ordinateur de la pièce dans laquelle elle venait de le conduire. Rune s'installa sur la chaise, brancha la clef et entra le code, que Pandore mémorisa. Des dizaines de dossiers s'affichèrent à l'écran, rangés et numérotés de façon exemplaire.
« J'aimerais tellement avoir un second aussi ordonné que toi, soupira la jeune femme. Tu me facilites décidément bien la tâche, petit chien.
-Laissez Minos tranquille, souffla Rune. C'est tout ce que je demande.
-Je le ferai transférer dans une chambre dès cet après-midi. Toi, par contre, tu resteras où est ta place. Violate, raccompagne-le dans son chenil. »
La jeune femme apparut de nulle part et emmena le Norvégien sans un mot, tandis que Pandore s'installait face à l'ordinateur et commençait à regarder les dossiers. Elle trouva rapidement celui de Kagaho et l'ouvrit avec un goût de victoire dans la bouche. Elle parcourut les notes avec avidité, jusqu'à tomber sur quelques clichés pris avant d'enrôler de force l'Egyptien chez Hadès. Elle plissa les yeux en avisant la photo de son frère cadet. Sui. Dieu, ce qu'il ressemblait à Alone lorsqu'il était plus jeune ! Pandore sentit son cœur se serrer, avant d'écarquiller les yeux : elle avait déjà vu une image de l'adolescent, pas plus tard que quelques heures auparavant. Elle lança une sauvegarde des différents fichiers avant de partir en coup de vent rejoindre son bureau, où les photos étaient encore étalées. Elle s'empara d'un cliché et éclata de rire. Tellement simple ! Elle savait déjà où se trouvait Sui.
« Le Sanctuary… murmura-t-elle avant de rire une nouvelle fois. Il est temps de rendre visite à Camus Montriat ! Edward ! »
Le jeune homme entra quelques instants plus tard.
« Prépare une équipe, je veux qu'ils aillent à cette adresse récupérer ce garçon, ordonna-t-elle en tendant l'image de Sui. Je le veux ici avant la fin de la matinée. Je ne tolèrerai aucun échec, ajouta-t-elle sévèrement. Où est Valentine ?
-Il prépare les derniers papiers pour son entretien avec monsieur Gemini, répondit Edward. Il a réussi à avoir un rendez-vous pour demain matin.
-On s'en contentera, soupira Pandore. Je dois me préparer, Kido nous a fait parvenir un message hier. Nous nous réunissons ce matin pour commencer les négociations. Je serai absente toute la matinée. N'oublie pas, je veux Sui dans mon bureau pour mon retour !
-Oui madame. »
Pandore sortit de son bureau pour aller se changer, un sourire aux lèvres. Tout se déroulait à merveille. Restait plus qu'à embobiner le vieux filou de Kido, et tout serait parfait.
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Dans son immense chambre d'hôtel, Saori relisait une nouvelle fois les notes de son grand-père à propos des entreprises Gemini et Inferno. A force, elle connaissait presque les annotations par cœur. Elle se résolut à reposer les feuillets et se massa les tempes, songeuse. Certes, l'opportunité que Mitsumasa lui avait donnée de faire ses preuves était de celles qu'on ne peut refuser. Pourtant, malgré son excitation, la jeune fille ne parvenait pas à être totalement satisfaite, ne serait-ce qu'à cause des circonstances. Et comment son grand-père pouvait-il rester aussi serein sachant qu'il avait frôlé la mort et qu'une telle chose pouvait tout à fait recommencer ?
L'interrompant dans ses pensées, quelqu'un toqua à la porte.
« Entrez. »
Jabu obtempéra et referma derrière lui avant de s'approcher de son amie :
« Ils sont arrivés. Ils t'attendent dans le salon.
-Merci Jabu.
-Comment tu te sens ?
-Stressée et pressée à la fois, avoua-t-elle avec un sourire nerveux.
-Tout ira bien, la rassura-t-il. Au fait, tu as un autre visiteur, Tatsumi l'a installé dans une pièce voisine.
-Très bien, j'irai le voir après avoir rencontré Saga et Pandore. Tu m'accompagnes ?
-Evidemment. »
Saori s'empara des papiers et les cala sous son bras avec détermination. Les deux jeunes gens quittèrent la chambre par une autre porte et se dirigèrent vers le salon, meublé essentiellement de grands canapés moelleux autour d'une table basse. Les deux PDG étaient déjà assis, mais se redressèrent à l'entrée de Saori qui les salua poliment.
« Monsieur Gemini, madame Inferno, je suis ravie que vous ayez pu venir aujourd'hui.
-Comment se porte votre grand-père ? s'enquit Saga.
-Il va comme un charme, s'amusa la jeune fille. Je vous remercie. Asseyez-vous, je vous en prie. »
Tous s'installèrent, tandis que Jabu se postait en retrait, non loin de Tatsumi et des gardes du corps des deux autres patrons. Saori déposa sur la table les dossiers que Mitsumasa lui avait confiés et se lança :
« Bien, je crois qu'il est temps de vous annoncer ce que mon grand-père avait l'intention de dire à la presse il y a trois jours. Il m'a nommée pour prendre en charge ces négociations à sa place. Je sais que vous devez sans doute être surpris ou déçus de n'avoir affaire qu'à sa petite-fille pour une affaire de cette ampleur, mais j'espère que nous parviendrons à un accord qui saura tous nous réjouir.
-C'est une lourde responsabilité qu'il vous a donnée, commenta Pandore. Si jamais vous avez besoin de conseils, n'hésitez surtout pas.
-Je vous remercie madame Inferno. Je sais que vous aviez à peu près mon âge lorsque vous avez pris en main la société de votre frère, j'espère réussir aussi brillamment que vous.
-Dans ce cas, je présume que vous ne voyez aucun inconvénient à ce que nous parlions franchement comme si nous nous adressions à votre grand-père ? demanda Saga.
-C'est précisément ce que j'attends de vous, sourit Saori. Le partenariat que je signerai avec l'un d'entre vous sera officiel et sera le commencement d'une longue et fructueuse collaboration. Je ne le prends pas à la légère et je suis tout à fait consciente de l'importance de tout ceci.
-Très bien, c'est tout ce que je voulais savoir » conclut Saga avec un sourire rassurant.
Pandore plissa les yeux. Ainsi donc, elle allait devoir faire avec cette gamine. Tant mieux dans un sens, elle serait sans doute plus facile à convaincre ou à manipuler qu'un vieux brigand comme Mitsumasa. En tout cas, elle connaissait son affaire, réalisa-t-elle en l'écoutant exposer les premiers points de la négociation. Comme ça elle était prête à jouer dans la cour des grands ? Elle en aurait pour ses frais.
Saga quant à lui devait reconnaître que l'assurance de Saori l'impressionnait. Elle avait beau être inexpérimentée, elle n'en laissait rien paraître et savait jusqu'où allaient ses limites. Elle avait des remarques pertinentes, des idées intéressantes et n'hésitait pas à intervenir sur certains points litigieux.
Dans le milieu de la matinée, une collation fut servie. La jeune fille s'excusa auprès des deux PDG et quitta le salon, suivie par Tatsumi.
« Je vais aller voir cet autre visiteur, ça me changera les idées.
-Vous vous êtes très bien débrouillée jusqu'à maintenant, mademoiselle, la rassura son compagnon. C'est ici. »
Saori entra dans la salle et s'avança vers l'homme qui se trouvait assis. Ce dernier se leva à son approche et la salua d'un sourire chaleureux.
« Mademoiselle Kido, vous êtes radieuse.
-Et vous, vous êtes flatteur, s'amusa la jeune fille en s'asseyant. Je suis surprise de vous voir ici.
-C'est que l'affaire qui m'amène est complexe, expliqua-t-il. J'ai avec moi différents papiers qui devraient vous intéresser.
-Je suis curieuse de voir ça.
-Je vous laisse des copies. Sachez bien que je ne fais pas ça dans l'intention de nuire à qui qu ce soit, mais pour que vous ayez à votre tour toutes les cartes en main.
-Je pense que de plus amples explications sont nécessaires, remarqua-t-elle en haussant un sourcil. Pourriez-vous être plus précis ?
-Cette négociation est d'une importance capitale, mademoiselle Kido. Sans doute plus importante que ce que vous imaginez. La décision que vous prendrez changera énormément de choses, et je crois qu'il est dans l'intérêt de tous que vous décidiez en votre âme et conscience, mais avec le maximum d'informations.
-Je vois. Je suppose que je dois vous remercier, ajouta-t-elle en saisissant les papiers que son interlocuteur lui tendait.
-Nous verrons plus tard, rit-il.
-Et qu'est-ce que vous attendez de moi, précisément ? Je doute que vous m'offriez des informations confidentielles sans rien avoir en retour. »
L'homme se contenta de sourire et nia :
« Je n'attends rien de vous, mademoiselle Kido. Je ne fais que mon travail.
-Vous avez un sens du devoir assez particulier.
-On m'a déjà fait la remarque. Mais j'aime à penser que je suis neutre dans cette affaire, en tout cas autant qu'il m'est possible de l'être. Si je peux me permettre, miss ?
-Bien sûr.
-Je pense que vous êtes tout à fait prête pour ce qui vous attend. Méfiez-vous, même de moi.
-Vous êtes de bon conseil, s'amusa Saori. Je m'en souviendrai. Je présume que nous nous reverrons ?
-Dès que vous aurez pris connaissance de ce que je viens de vous donner, vous pourrez me contacter quand vous le voudrez. Je suis prêt à répondre à vos questions.
-Je vous remercie. Je vais devoir vous laisser, mes deux invités doivent s'impatienter.
-Merci de m'avoir reçu. »
Une fois Saori sortie, Tastumi dévisagea le visiteur et marmonna :
« A quel jeu est-ce que vous jouez ? »
L'homme se leva et remit sa veste, son sourire l'ayant abandonné.
« Je ne joue pas, monsieur. Ceci est trop sérieux.
-Je vous préviens, si jamais vous essayez de faire quoi que ce soit à ma maîtresse…
-Mademoiselle Kido est une jeune fille intelligente, l'interrompit-il. Ce que je fais, je le fais dans l'intérêt de tout le monde.
-Je ne crois pas que vous le fassiez dans l'intérêt de madame Inferno, rétorqua le garde du corps.
-Touché, reconnut l'homme de bonne grâce. Mais croyez-moi, si vous saviez ce que je sais, vous feriez la même chose. Passez une bonne journée. »
Tatsumi le regarda partir, les sourcils froncés. Saori semblait lui faire confiance, mais lui restait sur ses gardes. Certes, il avait l'air honnête, et de ce qu'il avait pu apercevoir, les informations étaient de taille. Mais restait cette question : dans quel camp se trouvait-il, avec son sourire trop franc ? Le Japonais secoua la tête et partit rejoindre le salon : inutile de laisser Saori seule avec ces vampires plus longtemps.
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Aldébaran stoppa le moteur de sa voiture et jeta un coup d'œil à son passager. Kagaho semblait parfaitement calme, mais ses mâchoires crispées démentaient son état. Le Brésilien prit la parole tout en ouvrant la portière :
« Tu es sûr de ce que tu fais ?
-Autant que vous.
-Très bien, alors allons-y. Cache ta tête sous ton blouson. »
L'Egyptien obtempéra et sortit du véhicule à son tour. Aldébaran le conduisit rapidement à l'entrée du bâtiment et lui ouvrit la porte.
« Salut Aldé ! lança Milo en passant avec des dossiers. On s'apprêtait à commencer le débriefing.
-Parfait. Rendez-vous dans la salle aux vitres fumées, on s'y met tout de suite.
-Je préviens les autres. »
Le Grec suivit des yeux son supérieur et haussa un sourcil : qui était donc ce type qu'Aldé trimballait ? Il se dépêcha de déposer ses documents et fit signe aux autres de venir.
« Il est pas là le journaleux ? lâcha Egidio en délaissant sa veste sur une chaise au hasard en rejoignant son camarade.
-Pas encore arrivé. Dis, j'aimerais bien qu'on voit après tout les deux pour aller poser quelques questions concernant l'arme de l'attentat, ça te va ?
-Parfait, ça me dégourdira les jambes. T'as des idées ?
-J'ai réussi à récupérer les rapports concernant le sergent Black et Salgismund Birch, deux propriétaires de KS140. Par contre, pour le dernier, j'aimerais bien en savoir plus.
-C'est qui ?
-Tu as été très attentif au papier que j'ai fait tourner hier sur mes recherches, se moqua Milo. Colonel Mandrake, il a été dans l'armée avant d'intégrer les stups. Ça serait bien d'en savoir plus sur lui, je pense. C'est notre seule piste valable pour l'instant en tout cas.
-Très bien, on ira faire un tour chez les collègues. Qui s'occupe de la paperasse du port et de l'appartement ?
-Shura et moi, lâcha Dokho. On s'est dit que ça te ferait plaisir.
-T'es chou » se moqua l'Italien.
Les policiers s'installèrent dans la salle, et rapidement le brouhaha s'estompa.
« C'est qui lui ? demanda Egidio en désignant la silhouette installée dans un coin de la pièce.
-Bonjour messieurs, salua Aldébaran. Shura, ferme la porte s'il te plaît. Il n'y aura pas d'enregistrement vidéo de notre réunion de ce matin.
-On arrête l'archivage ? s'étonna le Chinois. Je croyais que tu y tenais, pourtant.
-Ce matin est une exception. Vous allez comprendre. »
Il fit signe à Kagaho de s'avancer. Le jeune homme obtempéra, préparé aux réactions qu'il allait susciter. Passé une seconde de stupeur, le premier à réagir fut Egidio, qui se leva d'un bond :
« Quoi ?! Qu'est-ce qu'il fiche ici ?
-Assieds-toi, Egidio.
-Hors de question, ce type et moi on a un compte à régler !
-Quand tu veux, rétorqua Kagaho sèchement.
-On se calme ! tenta Dokho en retenant son binôme. Tu veux bien nous expliquer ? ajouta-t-il à son supérieur.
-Il est là à ma demande, déclara le Brésilien, stoïque. Je te redemande de t'asseoir, Egidio.
-On nage en plein délire, là ! T'es au courant qu'on a l'assassin d'Hadès dans la même pièce que nous ? C'est un fou dangereux !
-Si j'avais voulu vous tuer, je serai le seul encore debout en cet instant précis, soupira l'Egyptien.
-Je doute que tu sois plus fort qu'un commando irakien entraîné pour se faire sauter sur les soldats ennemis, railla l'ex-tireur. Je peux t'assurer qu'eux faisaient peur, quand ils étaient face à nous. Pas toi.
-Et toi, tu as été entraîné à tuer quand tu avais six ans ? rétorqua Kagaho méchamment.
-Stop ! les interrompit Milo en haussant la voix. Si vous voulez vous tabasser, on vous conduira dans une autre salle tout à l'heure ! Sérieusement, vous êtes cons tous les deux. Si Aldé l'a amené ici, c'est qu'il avait une bonne raison.
-Merci Milo. Est-ce qu'on peut continuer ? »
Egidio se laissa tomber sur sa chaise en croisant les bras tandis que l'Egyptien plissait les yeux sans un mot. Aldébaran soupira et reprit :
« Bon. Je disais donc que j'ai contacté Kagaho pour lui demander de collaborer avec nous. Il est venu me voir hier et a des informations qui pourraient être capitales pour l'avancée de cette affaire. Nous savons donc qu'hier, les Juges d'Hadès ont débarqué au port d'Athènes. Des hommes se sont interposés et une fusillade a éclaté lorsqu'ils ont tenté de poursuivre Kagaho.
-J'ai appris que ces hommes avaient fait partie d'un ancien gang, au moins certains d'entre eux, déclara l'Egyptien. Ils travaillent à présent sous les ordres de quelqu'un d'autre.
-Déjà, j'aimerais qu'on reparte du début, demanda Dokho. Quelle est l'implication exacte d'Hadès dans l'attentat d'il y a trois jours ?
-Aucune, répondit Kagaho. Les Juges ne se trouvaient pas sur Athènes.
-Ce n'est pas une preuve, rétorqua Shura. J'ai vu le tireur, il te ressemblait énormément.
-J'ai un témoin qui peut certifier que je ne me trouvais pas sur les lieux. J'ai appris ce qu'il s'était passé via le journal télévisé.
-Nous avions prévu cette possibilité, déclara le Chinois. Mais la seule façon de t'innocenter complètement est de retrouver l'arme. Peux-tu nous dire quoi que ce soit sur le tireur ?
-Il n'y a que dans l'armée qu'on peut apprendre à tirer de cette façon, répondit l'Egyptien. Partant de là, je doute que vous trouviez des empreintes ou quoi que ce soit. N'importe qui ayant eu un entraînement militaire sait comment effacer ses traces.
-Egidio et moi avons prévu d'aller interroger les stups cet après-midi, intervint Milo.
-Parfait, approuva Aldébaran.
-Tu as dit que ces gars travaillaient pour quelqu'un d'autre, reprit Shura. Tu as pu avoir un nom ?
-Une certaine Pandore. »
Un silence consterné s'installa, brisé par Milo :
« C'est une blague, non ?
-J'ai l'air d'être quelqu'un de drôle ? soupira Kagaho.
-Nous allons au devant de quelques problèmes, reprit Aldébaran. D'où le fait que ce débriefing n'est pas filmé ce matin.
-Tu le crois ? demanda Dokho.
-Je pense surtout que c'est une piste que nous ne pouvons pas nous permettre de négliger, répondit le Brésilien.
-Tu te rends comptes de ce que ça implique ? marmonna le Chinois. C'est s'attaquer à l'une des grandes fortunes de Grèce. Il nous faut des preuves irréfutables.
-C'est pour ça que je suis là, fit l'Egyptien. Vous allez rapidement être bloqués par les procédures, pas moi.
-Donc qu'est-ce que tu proposes exactement ?
-J'ai cru comprendre qu'elle voulait mettre la main sur moi, pourquoi ne pas lui donner ce qu'elle veut ?
-Tu veux dire t'infiltrer ? comprit Milo. C'est risqué.
-C'est pourtant de l'intérieur qu'il faut agir.
-Certes, mais comment garder le contact avec toi ? Un micro serait trop voyant, rétorqua le Grec.
-Il va falloir trouver une solution, concéda Aldébaran.
-J'aimerais savoir un truc, lâcha finalement Egidio. Pourquoi tu fais ça, au juste ? Venir nous filer un coup de main, proposer de jouer les agents doubles… C'est quoi ton véritable but ? »
Kagaho hésita un instant à répondre. Ses motivations ne les regardaient pas, mais d'un autre côté, il lui serait plus simple d'aider les Juges avec un appui officiel tel que la police plutôt que de jouer cavalier seul. Et pour que les policiers acceptent de lui faire un minimum confiance, il allait devoir s'expliquer.
« Je veux juste les faire sortir de là.
-Les Juges ? Avec ce qu'ils t'ont fait ?
-C'est personnel. Et votre chef m'a promis de l'aide pour retrouver mon frère. J'ai pu le prévenir de se mettre à l'abri, mais je ne sais pas où il a pu aller. Et si j'essaye de le rejoindre, ces types pourraient mettre la main sur lui, ce qui est hors de question.
-On va mettre sa famille sous protection, ajouta Aldébaran.
-Comment s'appelle ton frère ? demanda Shura.
-Sui. »
Milo parut surpris, et intervint :
« Tu veux dire Sui, en section art ? Avec Shun ?
-Comment tu sais ça ? répliqua Kagaho.
-Parce que je sais où il se trouve et que j'ai dîné avec lui pas plus tard qu'hier soir, expliqua le Grec. Si j'avais su ! Il est chez Camus avec Hyoga et les autres, ils n'ont pas cours ce matin. Je t'emmène. »
Le jeune homme hocha la tête précipitamment tout en enfilant son blouson.
« Très bien, Milo s'occupe de Kagaho et de son frère, quant à nous autres, je veux qu'on trouve toutes les infos possibles sur Pandore Inferno qui pourraient nous intéresser de près ou de loin. Si on envoie Kagaho là-bas, je veux qu'il ait tout ce qui lui faut. Exécution ! » ordonna Aldébaran, signant par là la fin du débriefing.
Le Grec et l'Egyptien filèrent de la pièce aussitôt. Egidio se leva avec un grommellement et reprit :
« Franchement Aldé, je sais pas à quoi tu joues. Tu sais très bien de quoi ce gars est capable, et tu veux lui confier cette mission ?
-Comme Kagaho l'a dit, nous allons vite être bloqués face à Pandore, si elle a réellement quelque chose à voir avec tout ça. Lui a cet avantage de pouvoir agir comme il l'entend.
-Et justement, tu crois pas que ça va poser problème ? Il a son propre but, qui ne va pas coïncider avec le notre. Il veut sauver les Juges, nous on va vouloir mettre la main sur eux une bonne fois pour toutes.
-Je sais Egidio, répondit le Brésilien avec un sourire. Je suis certain qu'il le sait déjà et qu'il s'y est préparé.
-Et tu restes parfaitement calme, commenta l'Italien en secouant la tête. Parfois je pense que tu es totalement con, d'autres jours que tu es un génie.
-Merci du compliment, rit Aldébaran.
-Je suis néanmoins du même avis qu'Egidio, intervint Dokho. Il va falloir garder un œil sur lui.
-Tu as donc été en Irak, Egidio ? reprit leur chef.
-Ouais, c'était il y a quelques temps, marmonna l'ancien tireur d'élite.
-Je comprends mieux. Dans l'armée, aviez-vous des micros ou autres suffisamment petits pour passer inaperçus et avec assez de puissance pour pouvoir capter à grande distance ?
-Ce genre de truc relève du génie militaire, réfléchit l'Italien. Je connais personne qui pourrait ou voudrait bien nous en filer un. Et je suis pas sûr que ça corresponde à ce qu'on cherche.
-Il va pourtant falloir trouver quelque chose pour garder le contact avec lui quand il sera sur place… »
Egidio fronça les sourcils et se tourna vers Dokho. Ce dernier pencha la tête sur le côté, sans comprendre. L'Italien leva les yeux et toucha ses sourcils. Son collègue écarquilla les paupières, comprenant enfin. Il secoua la tête, avant de prendre le bras de son binôme et de l'entraîner à sa suite :
« Il faut qu'on passe aux recherches, à tout à l'heure. »
Il l'emmena jusqu'à leur bureau avant de s'écrier :
« Non mais tu réalises ce que tu viens de dire ?
-Techniquement parlant, je n'ai pas ouvert la bouche, se moqua Egidio. Mais Dokho, ce serait la solution parfaite.
-Là, c'est toi que je ne comprends plus ! soupira le Chinois. C'est toi qui clame que Kagaho est dangereux, qu'il faut se méfier de lui comme de la peste, et tu veux demander à Mu et Shion d'intervenir ?
-Ils font de la télépathie, comment tu veux repérer ça dans une fouille au corps ? Et puis, ils pourraient intervenir si jamais il décide de faire n'importe quoi.
-Je refuse. J'ai fait une promesse à Shion, celle de ne jamais lui demander de nous aider dans une enquête, révéla Dokho. Et je pense que tu devrais faire la même à Mu !
-Tu crois que ça me plaît de lui demander d'être en contact avec Kagaho ? Ecoute Dokho, même si j'ai engueulé Aldébaran, je sais regarder les choses de façon lucide : on a besoin de lui pour aller là-bas. Il nous l'a dit tout à l'heure et je m'en doutais un peu, mais il a été dans l'armée –enfant soldat même. Il sait largement se débrouiller en terrain ennemi, il est entraîné et crois-moi, la mission d'un soldat, c'est quelque chose sur laquelle on ne tire pas un trait à la légère. Il fera ce qu'il faut pour y arriver, et c'est justement là le problème : on a besoin de garder le contrôle sur lui mais à distance. Alors qu'est-ce que tu proposes ? »
Dokho secoua la tête avant de soupirer :
« Tu sais, tu es effrayant parfois. Tu vas en parler à Mu ?
-Oui. Et c'est lui qui décidera.
-Je vais devoir le dire à Shion.
-J'ai pas peur de ma belle-mère, rit Egidio. Evidemment que tu vas lui dire, si c'est pas Mu qui le fait en premier.
-Je sens qu'on va pouvoir inaugurer notre première vraie dispute conjugale, commenta le Chinois avec fatalité. Tu fais chier. »
L'Italien esquissa un sourire amusé, mais ne parvint pas à effacer la trace de culpabilité qu'il ressentait.
