Bonjour à tous ! Deux ans jour pour jour après le précédent chapitre, voici enfin la suite. Je crois que je n'avais encore jamais eu autant de mal à écrire un chapitre, j'espère qu'il vous plaira (même si vous allez tous vouloir ma peau après l'avoir lu, haha).
Merci à : Nao-Sempai, Ignis, Alexis, Athna et Fan pour leurs reviews auxquelles je ne peux pas répondre directement, et encore merci à tous ceux à qui j'ai déjà répondu. Vous êtes formidables d'avoir continué à suivre cette histoire malgré cette si longue absence.
Bonne lecture !
Mafia Blue II – Chapitre 19
Jour 4 (2ème partie)
Cela faisait presque deux heures que Camus avait le nez fixé sur son ordinateur, remplissant avec sérieux le logiciel d'enregistrement des livres qu'il possédait au Sanctuary. L'informatique avait un côté pratique sur lequel le Français ne rechignait pas, quand bien même il préférait la sensation du papier sous ses doigts plutôt qu'un clavier aux touches impersonnelles. Il n'imaginait pas le nombre de jours qu'il aurait passé sur un registre s'il avait dû faire l'inventaire du bar littéraire à la main ! D'autant plus qu'avec le succès du Sanctuary, il n'hésitait jamais à passer commandes de livres sur commandes de livres, et les piles de romans s'amoncelaient malgré toute sa bonne volonté. Il finit par cligner des yeux et se décida à s'étirer, tout en jetant un coup d'œil aux trois étudiants installés à une table proche.
Shun, Sui et Shiryu prenaient soin de rester silencieux pour ne pas le déranger dans son travail, guère compliqué mais qui demandait tout de même une attention constante. Les trois adolescents étaient plongés dans leurs devoirs, mâchonnant par moment le bout de leur stylo dans une tentative vaine d'avoir une illumination sur un exercice. Camus bénit le calme qui régnait : il n'aurait pas eu un environnement aussi propice si Seiya, Ikki et Hyoga avaient été là également ! Hyoga et Ikki étaient partis en ville, tandis que Seiya avait préféré rester chez lui. Camus avait bien remarqué que lui et Shiryu étaient en froid, mais il ne s'en inquiétait pas outre mesure. Seiya était un peu chien fou et ne réfléchissait pas toujours aux conséquences de ses actes, mais il avait un bon fond. Shiryu, quant à lui, était suffisamment mature pour pardonner à son ami, quoi qu'il ait pu lui faire ou lui dire.
Son attention dériva vers Sui : il aimait bien le garçon. C'était un adolescent discret, gentil, mais très peu sûr de lui. Il avait parfois des réactions étranges au contact des gens, et Camus suspectait qu'il n'avait pas eu une enfance très joyeuse, peut-être même à subir diverses violences. Il avait néanmoins le sourire facile et une admiration pour les livres que Camus n'allait certainement pas lui reprocher ! Il avait aussi compris que Sui avait un frère aîné qu'il aimait beaucoup et avec lequel il vivait, mais il n'en savait guère plus, l'adolescent ne donnant de détails sur sa vie privée qu'avec parcimonie.
Un coup frappé à la porte d'entrée le tira de ses réflexions et le fit froncer les sourcils. Le Sanctuary était fermé et il était persuadé d'avoir mis en place le petit écriteau qui l'indiquait. Il poussa un soupir agacé et se leva avec peu d'enthousiasme.
« Tu veux que j'y aille ? proposa Shiryu en constatant son manque d'entrain.
-Ça ira, refusa Camus. Il y aura toujours des personnes incapables de lire une pancarte, peu importe la langue dans laquelle elle est rédigée. »
Le Chinois eut un petit sourire amusé tandis que le Français se dirigeait vers l'entrée. La porte avait une partie vitrée, qui, si elle avait l'avantage de laisser voir qui pouvait bien se trouver à l'extérieur, avait aussi l'inconvénient de signaler sa présence, malgré une partie légèrement teintée.
Quatre hommes attendaient sur le pas de la porte. Camus n'aimait pas se faire une première opinion sur quelqu'un par le biais de son physique, mais il devait bien avouer qu'ils n'inspiraient pas confiance, loin de là ! Le plus grand paraissait être le leader de la petite troupe et se tenait en avant des trois autres. Il avait une peau bronzée, typique des pays méditerranéens, mais ce qui frappait surtout était son sourire aux dents pointues. Le second, un peu plus petit, avait un regard tombant, qui accentuait sa posture un peu ramassée sur lui-même. Le troisième était celui qui semblait le plus normal, mais la lueur vicieuse qui luisait dans ses yeux démentait ce point aussitôt. Le dernier, le plus petit, était aussi le plus laid : tout son corps était osseux, et son visage coupé à la serpe lui donnait un étrange air simiesque.
Camus fronça les sourcils : il ne fallait pas être un génie pour se douter qu'ils n'étaient pas là pour une simple visite de courtoisie. Ces hommes avaient un but précis en tête en venant au Sanctuary, et ce n'était certainement pas pour se cultiver. Le jeune homme accrocha la chaîne de sécurité et entrebâilla la porte : ils l'avaient vu arriver, et il ne pouvait malheureusement pas les snober sous prétexte qu'ils avaient des têtes patibulaires.
« Bonjour messieurs, salua-t-il avec une voix glaciale. Le Sanctuary est fermé, désolé.
-Ouais, on a vu, répondit le leader sans aucune politesse. On est venu chercher le petit frère d'un pote à nous, c'est tout.
-Qui que ça puisse être, il n'est pas ici, rétorqua sèchement Camus.
-On vient récupérer Sui, insista l'autre.
-Bonne journée » lâcha le Français en refermant la porte.
Par acquis de conscience, il installa le verrou. Il tourna les talons, retournant dans la salle principale avec un sentiment de malaise : les silhouettes toujours présentes derrière la porte n'aidaient pas à calmer les battements un peu trop rapides de son cœur.
« Tout va bien ? s'inquiéta Shun en voyant son visage soucieux.
-Rangez vos affaires, ordonna Camus d'un ton sans réplique. Dépêchez-vous, pendant que j'appelle Milo. »
Les trois garçons échangèrent un regard incrédule avant d'obéir, sans poser de question. Le jeune homme saisit son portable et composa le numéro de son amant, jetant un coup d'œil alarmé à l'entrée.
« Camus ? entendit-il dans le combiné après un temps qui lui parut insupportablement long. Dis ça tombe bien que tu m'appelles…
-Milo, il y a quatre types bizarres devant le Sanctuary, le coupa Camus à voix basse, souhaitant garder les trois adolescents en dehors de la conversation. Ils veulent prendre Sui avec eux. »
Le silence au bout du fil acheva de confirmer ses soupçons.
« Je suis en route, fit le Grec. Prends les gosses et va t'enfermer dans la réserve. Je téléphone au central pour avoir du renfort. »
Le policier avait à peine fini sa phrase que la vitre de la porte d'entrée explosa. Les trois étudiants se levèrent d'un bond, trop surpris pour même penser à crier.
« Camus ? Camus, ça va ?! » s'écria la voix de Milo, déformée par le téléphone.
Mais le Français ne répondit pas, lâchant son portable pour se ruer vers les adolescents.
« Vite, dans la remise ! » lâcha-t-il en les poussant vers la porte du fond.
Il entendit un juron dans son dos, suivi d'un bruit de course : les quatre hommes se lançaient à leurs trousses. Camus fit entrer Shun et Sui, mais avant qu'il puisse aussi mettre Shiryu en sécurité, le Chinois se jeta sur lui avec un cri :
« Attention ! »
Le Français entendit comme un sifflement, suivi d'un bruit sourd : lorsqu'il releva les yeux brièvement, il vit qu'un couteau s'était fiché dans la boiserie près de laquelle se trouvait son visage quelques secondes plus tôt.
« Shun, Sui, fermez la porte ! ordonna Shiryu en se redressant.
-Mais… tenta Shun.
-Wimber, ne les laisse pas s'enfuir ! » cria soudain la voix du leader.
L'homme qui venait de lancer le couteau voulut se ruer sur Shun, mais le Chinois fut plus rapide et réussit à s'emparer de la poignée avant lui, bloquant la porte dans un claquement épouvantable. Le bruit du verrou le rasséréna un bref instant, preuve que ses deux amis étaient en sécurité, avant que le rugissement dudit Wimber ne le fasse frémir. Il évita de justesse un coup de poing, et en profita pour faire un croche-pieds à son agresseur, qui atterrit violemment au sol.
« Shiryu…, balbutia Camus en clignant des yeux.
-Niobé, file un coup de main à Wimber, ordonna le chef de la bande en désignant le libraire et l'étudiant. Raimi, tu viens avec moi. On va récupérer le gamin.
-Non ! » s'interposa le Français.
Malheureusement, l'homme aux yeux tombants lui bloqua les bras dans le dos, lui arrachant un sifflement douloureux.
« Camus ! s'exclama Shiryu, interrompu dans son élan par Wimber qui se releva, un éclat mauvais dans les yeux.
-Alors on tente de jouer les héros, le môme ? cracha-t-il en sortant un autre couteau de sa ceinture.
-Arrêtez ! » supplia Camus.
L'homme aux dents pointues se tourna vers lui et le dévisagea avec un rictus méprisant :
« On nous a pas donné de directives concernant d'éventuelles victimes collatérales. Raimi, donne-moi le pied de biche. »
Le Français écarquilla les yeux, avant de les fermer brusquement en voyant l'homme se tourner vers lui, la barre métallique à la main. Le bruit de bois qui craque le fit sursauter, et il réalisa alors que le chef avait commencé à s'acharner sur la porte de la réserve et non sur lui, contrairement à ce qu'il avait laissé entendre.
« Toi gamin, assieds-toi à côté de lui, ordonna Niobé à Shiryu. Et pas de coups fourrés, sinon je lui troue la peau. »
Comme pour illustrer ses propos, il montra le pistolet qu'il avait à la ceinture. Le Chinois hocha précipitamment la tête et s'installa près de Camus, soudain tremblant. Il avait réagi sous l'urgence, par instinct, les quelques cours de self-défense qu'il avait pris avec Dokho l'ayant tiré de la brève torpeur qui avait suivi l'intrusion des quatre hommes. Mais à présent, il réalisait vraiment l'ampleur de la situation : ils pouvaient les tuer à n'importe quel moment, sans hésitation ou le moindre remord. Il prit une inspiration difficile, les dents serrées. Camus lui adressa un regard qui se voulait encourageant, mais qui n'eut comme résultat que de le faire frémir un peu plus.
L'adolescent regarda avec impuissance les deux hommes briser petit à petit le bois autour de la poignée, abattant le pied de biche comme des forcenés. Un craquement lugubre s'éleva, et la porte se mit à bouger. Le chef du groupe donna un violent coup de pied au panneau en bois, achevant de désolidariser la serrure et libérant ainsi le passage. Raimi pénétra dans la pièce, tandis que le chef arborait un sourire satisfait. Sourire qui se fana vite lorsque son collègue revint vers lui, seul.
« Où sont-ils ? lâcha-t-il sèchement.
-Ils sont pas là-dedans en tout cas, répondit l'autre en haussant les épaules.
-Cherche mieux ! s'écria le leader d'un ton qui n'autorisait pas la moindre réplique. Il n'y a pas d'issue de secours à l'arrière, ils n'ont pas pu aller loin ! »
Camus comprit que les hommes avaient fait le tour du local avant de venir frapper à sa porte. Ils avaient également choisi le bon moment pour intervenir : le quartier avait beau être animé l'après-midi et en soirée, tous les commerces alentours affichaient porte close le matin et n'ouvraient pas avant l'heure du déjeuner. Et s'ils avaient su que Sui se trouvait au Sanctuary, alors cela ne signifiait qu'une seule chose : ils avaient été surveillés. Le Français réprima néanmoins un soupçon de désespoir : Milo était en route et arriverait bientôt, bien que l'idée de voir son amant face à face avec ces brutes ne l'enchantait pas. Et surtout, malgré leurs informations sur le Sanctuary, ces hommes ignoraient l'existence du monte-charge qui permettait d'accéder à l'étage depuis la réserve.
Il n'utilisait pas cet étage, mis à part pour entreposer les cartons vides de ses commandes, et quelques meubles qui n'avaient pas encore trouvé leur place dans les salons de lecture. L'escalier qui y menait étant rongé par les termites depuis des années, il ne s'y rendait que très occasionnellement par crainte de passer au travers d'une marche. De plus, il y avait un accès au toit, que le Français n'avait pas fait condamner, par manque de temps. Avec de la chance, ces hommes n'auraient pas l'occasion de mettre la main sur Sui avant l'arrivée du policier et de ses collègues.
« Charon, je crois que j'ai trouvé quelque chose » appela soudain Raimi.
Ce fut à ce moment-là que Camus réalisa qu'il ne pouvait réellement plus rien faire pour Shun et Sui.
Le chef pénétra dans la réserve, avisant la porte métallique que lui désignait son camarade. Il releva le battant, dégageant l'entrée du monte-charge.
« Malin, siffla-t-il entre ses dents. Raimi, tu grimpes là-dedans, je vais les prendre à revers. Il doit y avoir un escalier pas loin.
-Mais..., balbutia l'autre en levant les mains. Je suis trop grand !
-Deux ados ont pu tenir, alors rentre le ventre ! » gronda Charon en poussant Raimi à l'intérieur.
Il referma la porte et appuya sur le bouton rouge qui activait les poulies permettant de faire monter la petite cage. Il ressortit de la pièce, pour retourner dans la salle principale. Il aperçut alors une porte, cachée près d'une étagère. Un petit panneau « interdit » était suspendu à la poignée, mais Charon n'y prêta pas la moindre attention.
« Vous deux, lança-t-il à Niobé et Wimber. Vous les lâchez pas d'une semelle, c'est compris ? »
Les deux hommes hochèrent la tête tandis qu'il se ruait dans les escaliers. Ils devaient faire vite : ce satané libraire leur avait fait perdre un temps précieux, et il était hors de question qu'ils échouent à ramener le gosse à leur maîtresse. Sinon, il ne donnait pas cher de leur peau…
Un craquement lugubre le fit sursauter, et il évita de justesse de traverser une planche miteuse. Il poussa un juron en se dépêchant un peu plus, et déboucha enfin à l'étage. Il entendit Raimi cogner au panneau en métal du monte-charge qui était déjà arrivé, et Charon leva les yeux au plafond : ce n'était pas gagné avec un coéquipier pareil. Il souleva la grille et se désintéressa de son compagnon, jetant un coup d'œil circulaire à la pièce : si les amoncellements de cartons et de planches ne manquaient pas, aucune trace des deux adolescents.
« Putain, mais où est-ce qu'ils sont ? lâcha-t-il, à bout de patience.
-Y a une trappe au plafond !
-Approche la table ! » ordonna-t-il en désignant le meuble qui trainait un peu plus loin.
Raimi obéit prestement, et Charon sauta dessus : pile à la bonne hauteur. Il poussa sur la trappe, mais celle-ci refusa de s'ouvrir.
« Les petits cons… ! ahana-t-il en donnant un coup d'épaule. Viens m'aider au lieu de rester sans rien faire ! »
Ils frappèrent la poignée plusieurs fois, jusqu'à entendre un grincement : la serrure cédait ! La rouille avait sans doute fragilisé l'ensemble, leur donnant un sacré avantage. Ils n'eurent qu'un autre coup à donner pour que la trappe se débloque. Charon s'agrippa au rebord et il entendit un cri apeuré tandis qu'il se hissait sur le toit. Il lança un sourire torve aux adolescents en s'avançant vers eux, Raimi montant à sa suite.
« On peut dire que vous nous avez donné du fil à retordre ! ricana le chef. Mais c'est fini. Vous allez venir avec nous sans faire d'histoire, sinon vous pouvez dire adieu à vos deux amis en bas. »
Les deux garçons échangèrent un coup d'œil, la panique se lisant aisément sur leurs visages. Charon avança encore, cette fois agacé.
« On se dépêche, les mômes. »
A peine avait-il fini de parler qu'un bruit de moteur s'éleva dans la rue. Depuis sa position, il put voir une voiture de police s'arrêter devant la porte du Sanctuary et deux hommes en sortir précipitamment.
« Merde ! Raimi, chope Sui !
-C'est lequel ? »
Charon écarquilla soudain les yeux : il n'y avait pas prêté attention, mais les deux adolescents se ressemblaient beaucoup trop pour qu'il soit capable de reconnaître celui qu'ils cherchaient, surtout alors qu'ils devaient faire vite et qu'il n'avait vu la photo de Sui qu'une seule fois.
« Prends en un, je me charge de l'autre » décida Charon en s'approchant de celui qui était le plus proche de lui.
Le garçon tenta d'éviter sa prise, mais il était plus rapide et plus fort : il s'empara de son poignet et le plaqua dans le dos de sa victime, la forçant à rester immobile.
« Lâchez-moi ! s'écria-t-il en essayant de se débattre.
-Raimi, accélère ! »
Son comparse bondit sur l'autre adolescent, mais buta contre une tuile et s'écrasa sur le toit. Le garçon en profita pour reculer, voulant mettre le plus de distance possible entre lui et son agresseur. Au même instant, un coup de feu retentit au rez-de-chaussée.
« C'est pas vrai ! »
Il força son otage à se diriger vers la trappe, lorsqu'il entendit un bruit de course dans l'escalier. Il sortit son pistolet et le braqua sur la tempe du garçon qu'il maintenait prisonnier, prêt à tirer.
-/-
Milo jeta un coup d'œil à son passager, relativement mal à l'aise. S'il avait imaginé un jour servir de chauffeur à Kagaho… ! Le jeune homme avait les yeux tournés vers la vitre, observant les alentours avec une expression impassible. C'était sans doute ce qui perturbait le plus le Grec : cette absence de sentiment sur son visage. Lui, tout comme Egidio, et dans une moindre mesure le reste de leurs collègues, avait le rire facile et était aisément lisible par n'importe qui ayant passé ne serait-ce que cinq minutes en sa compagnie. C'était naturel chez lui : lorsqu'il était en colère, il le montrait, de même que lorsqu'il était heureux, triste, pensif… Même Camus, qui était pourtant très avare en démonstrations affectives, était plus expressif que l'Egyptien.
Plongé dans ses pensées, il ne réagit pas immédiatement lorsqu'il entendit son portable sonner. Kagaho leva un sourcil circonspect en le voyant décrocher alors qu'il conduisait, et le policier fit comme s'il n'avait rien remarqué. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant que son correspondant n'était autre que son amant.
« Camus ? répondit-il joyeusement. Dis, ça tombe bien que tu m'appelles…
-Milo ! le coupa le Français avec une voix paniquée. Il y a quatre types bizarres devant le Sanctuary. Ils veulent prendre Sui avec eux. »
Le policier écarquilla les yeux, manquant faire une embardée sous la surprise. Kagaho poussa un sifflement agacé, mais comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas.
« Je suis en route, lâcha-t-il en appuyant sur l'accélérateur. Prends les gosses et va t'enfermer dans la réserve. Je téléphone au central pour avoir du renfort. »
A peine avait-il fini sa phrase qu'un énorme fracas retentit dans le combiné, qui le glaça jusqu'aux os.
« Camus ? s'écria-t-il. Camus, ça va ?! »
Il entendit un bruit de chute, suivi d'un bip strident. Camus avait lâché son téléphone.
« Merde ! jura-t-il en poussant un peu plus la voiture tout en composant le numéro du commissariat. Shura ! s'exclama-t-il en reconnaissant la voix de l'Espagnol à l'autre bout du fil. On a un problème. Camus vient de me prévenir que des hommes ont débarqué au Sanctuary pour enlever Sui. »
A ces mots, Kagaho se raidit dans le siège passager, ses mains se crispant sur ses genoux.
« Ils sont quatre, peut-être armés, alors on va avoir besoin d'un coup de main et vite, reprit le Grec en serrant les dents. On y est dans moins de cinq minutes, dépêchez-vous ! »
Il raccrocha précipitamment, le cœur battant la chamade.
« Est-ce que tu as une autre arme que ton pistolet de service ? demanda l'Egyptien d'une voix tendue.
-Non, fit Milo. Tu resteras derrière moi, ajouta-t-il, conscient que Kagaho n'obéirait pas s'il lui disait d'attendre tranquillement dans la voiture le temps qu'il interpelle les agresseurs.
-Un gilet pare-balle alors ? reprit son compagnon comme s'il n'avait pas entendu.
-Dans le coffre, soupira le policier. On y est dans quelques instants. »
Il s'apprêta à lancer la sirène pour que les voitures qui les précédaient leur dégage le passage, mais l'assassin l'en empêcha, attrapant son bras avant qu'il ait eu l'occasion de mettre l'appareil en marche.
« Je ne pense pas que les prévenir de notre arrivée soit la meilleure des tactiques, commenta Kagaho. L'élément de surprise est notre meilleur atout. »
Milo hocha la tête, se traitant mentalement de tous les noms. Il se sentait désemparé, mais en même temps totalement alerte et fébrile. Son état ne s'améliora pas lorsqu'il reconnut la rue qui débouchait au Sanctuary.
« Est-ce qu'il y a une issue de secours ? reprit Kagaho.
-Non, juste la porte d'entrée.
-Donc une seule possibilité pour eux de sortir, résuma l'Egyptien. Ils sont coincés à l'intérieur.
-Avec des otages, grinça Milo.
-Inutile de me le rappeler. Une fenêtre par laquelle on pourrait passer ?
-Si elle n'est pas fermée, oui. Elle débouche sur le petit salon de lecture.
-Je passe par là, toi par l'entrée principale. »
Le policier opina : il n'avait pas le temps de tergiverser. Il arrêta le véhicule dans un crissement de pneu, et sortit en trombes de l'habitacle. Il lança un gilet pare-balles à Kagaho tout en enfilant le sien, félicitant mentalement Aldébaran pour avoir obligé ses hommes à toujours avoir un second équipement dans leur voiture de fonction.
Kagaho courut vers l'endroit que le Grec lui avait indiqué, tandis que Milo se dirigeait à l'entrée : la vitre de la porte était en miettes, et des débris de verre étaient répandus sur le sol. Il s'engouffra par la brèche, arme au poing et le sang pulsant à ses tempes. Il longea le mur du petit couloir qui menait à la salle de lecture principale, où se trouvait l'unique accès à la réserve. Avec de la chance, le libraire et les étudiants seraient à l'intérieur et en sécurité.
Il déchanta vite lorsqu'il entendit des voix qui n'étaient clairement pas celles du Français ou des adolescents. Il se ramassa derrière une étagère avant de jeter un coup d'œil : il parvint à réprimer un rugissement de colère en voyant Camus et Shiryu assis à même le sol, surveillés par deux hommes. Seul l'un d'eux semblait armé, l'étui de son pistolet bien en évidence à sa ceinture.
Un mouvement dans son champ de vision attira son attention : il aperçut l'Egyptien, qui était plus proche que lui des deux agresseurs. Kagaho lui fit un petit signe de la tête, avant de se jeter sur le malfrat qui lui faisait directement face, le prenant par surprise. Milo bondit à son tour, et réagit instinctivement lorsque l'homme au pistolet se saisit de son arme : il tira sans sommation, et sut qu'il avait visé juste lorsqu'il entendit un cri de douleur. L'assassin, quant à lui, frappa violemment son adversaire au visage, lui brisant le nez sous l'impact, le désorientant totalement.
« Milo ! s'écria Camus en voyant son amant courir vers lui.
-Est-ce que ça va ? s'inquiéta le policier en vérifiant succinctement qu'il n'était pas blessé.
-Où est Sui ? interrogea sèchement Kagaho en se tournant vers lui.
-A l'étage, avec Shun, répondit Shiryu. Il y en a encore deux autres, ils sont à leurs trousses. »
Milo menotta les deux hommes, ignorant leurs gémissements. Lorsqu'il se redressa, il constata que l'Egyptien avait disparu.
« Merde !
-Vas-y, l'exhorta le Français d'une voix tremblante. Ne t'occupe pas de nous, on va bien. »
Le Grec hocha la tête et serra brièvement la main du libraire dans la sienne, avant de s'élancer à la suite de Kagaho.
-/-
Kagaho serra le poing, refermant ses doigts sur le manche du couteau qu'il avait récupéré sur le corps ensanglanté de son adversaire. Il grimpa les marches quatre à quatre, le cœur battant la chamade dans sa poitrine. Un bref instant, il eut le souvenir d'une situation similaire, des années auparavant, alors qu'il était encore enfant-soldat. Un otage à récupérer, coincé entre les mains d'un groupuscule ennemi. Il avait la même sensation qu'à l'époque, comme si son esprit laissait entièrement le champ libre à son corps, pour qu'il puisse se concentrer uniquement sur l'action à venir. Il devait sauver Sui, coûte que coûte. Et même si une terreur irrépressible lui tordait les entrailles, ses mains ne tremblaient pas.
Il parvint enfin à l'étage, et avisa la trappe ouverte au plafond. Une ombre se dessinait sur la table qui avait été placée sous l'ouverture, et semblait immobile. Kagaho plissa les yeux : il était attendu. La silhouette sombre était trop large pour n'appartenir qu'à une seule personne, et les deux corps étaient trop proches pour qu'il s'agisse des deux autres agresseurs. Autrement, ils se seraient placés de part et d'autre de la trappe, afin d'être surs de pouvoir le toucher sitôt qu'il sortirait. Non, il s'agissait plus vraisemblablement de l'un des hommes envoyés pour enlever Sui, qui maintenait contre lui l'un des deux adolescents. Kagaho entendit le déclic caractéristique du cran de sécurité qui est retiré, le faisant frémir. Il prit appui sur la table pour grimper sur le toit.
L'homme pointait son pistolet sur le visage du garçon… Ce n'était pas Sui.
« N'avance pas plus, ou je le tue ! » ordonna-t-il en plaquant le canon de l'arme contre la tempe de l'adolescent terrifié.
L'Egyptien retint un sourire moqueur : cet imbécile ne savait pas qu'il ne s'agissait pas de son frère. Une grossière erreur qui allait lui coûter cher.
« Vas-y, tire » lâcha-t-il alors, prenant l'autre par surprise.
Ce bref instant lui suffit pour s'élancer et planter sa lame dans la main qui tenait le pistolet. L'homme émit un hurlement de douleur, relâchant l'arme et le garçon par la même occasion. Kagaho repoussa l'étudiant d'un geste brusque, le mettant temporairement hors de danger, et fit tomber l'arme à feu par l'ouverture d'un coup de pied.
« Tu vas regretter d'être venu, siffla-t-il avant de l'assommer contre le cadre de la trappe.
-Grand frère ! »
Il se redressa d'un bond en entendant l'appel de son cadet et le chercha désespérément du regard. Il le vit enfin, acculé au bord du toit par le dernier homme, qui s'apprêtait à mettre la main sur lui. L'adolescent tenta de s'échapper, mais l'autre fut plus rapide et parvint à lui attraper le bras.
« Je te tiens ! »
Sui poussa un cri et se débattit farouchement, griffant même la joue de Raimi. L'Egyptien gronda et s'élança sur l'agresseur de son frère, le ceinturant par derrière et l'obligeant à reculer.
« Lâche-le ! » s'écria-t-il en plaçant son bras autour de son cou, appuyant sur sa trachée.
L'homme émit un petit râle étouffé et libéra Sui, qui s'écarta précipitamment… et trébucha. L'adolescent eut un hoquet de stupeur tandis qu'il tombait à la renverse.
« SUI ! »
Kagaho se jeta sur son cadet, abandonnant Raimi sans hésiter. Il y eut quelques secondes pendant lesquelles le temps sembla se suspendre, comme si tout était au ralenti. Quelques secondes pendant lesquelles il crut pouvoir attraper à temps la main de son frère, tendue vers lui. Quelques secondes où il put croiser son regard terrorisé, alors qu'il basculait dans le vide. Quelques secondes de trop, avant que le temps ne reprenne son cours, et que Sui ne s'écrase sur le sol.
