Auteur : Heather-Shelley (Evy)

Personnages du chapitre : Rebecca C. – A. Wesker.

Résumé du chapitre : Puisque le choix est fait, autant en voir les conséquences. Bien à l'écart de ce que Rebecca aurait pu imaginer, tout ce passe à merveille. Mais vivre mieux que dans un rêve ne prépare-t-il pas un cauchemar ?

Oui, j'ai encore des choses à dire : Pour fêter la reprise de ma connexion internet : Chapitre 2 !

Pour ne pas mentir, j'ai mis pas mal de temps à l'écrire dans la mesure où j'ai changé plusieurs fois de version. Honnêtement, la version que vous avez-là ne colle pas du tout à ce que vous auriez dû lire au départ. D'ailleurs, toute la partie nocturne (pas encore hentaï, n'ayez pas de faux espoir) n'était pas prévue au programme du tout. En fait elle ressort de l'ennuie pur qui prenait mes soirées de vacances dans la mesure où je n'avais pas de connexion internet. Du coup, je prends le risque de tomber dans la romance. Mais bon, ce n'est pas plus mal pour préparer les chapitres suivants (enfin… Le 4 vu que le 3 change de point de vue). Et puis je ne suis absolument pas mécontente de ce que j'ai fait. Au contraire, j'aime beaucoup ce chapitre et ses rebondissements.

Encore un petit mot, juste à mon capitaine : je vais entendre crier « kyyaaa c'est trop beau » jusque chez moi ! Parce que oui, j'ai vraiment mis la scène dont on a parlé ! x) A la base, je ne pensais pas pouvoir la glisser au point où j'en suis de la fic, mais en me relisant, je me suis dit qu'elle ne passerait pas si mal. En travaillant un peu le contexte, même avec Chris et tout le ramdam qui l'entoure, ce n'est plus un problème.

Très bonne lecture à toutes et à tous !


Je suis assise à mon bureau, comme tous les jours – ou presque - depuis plus d'onze ans. Je tiens une feuille dans la main gauche et un stylo dans la droite. Je travaille, tout simplement. Une dernière phrase sur le bloc note qui repose devant moi, et j'ai enfin terminé. Pour la première fois de la journée, je m'autorise une petite pause.

Je passe mes mains sur mon visage et soupire. J'en suis à combien de documents, aujourd'hui ? Cinq ? Six ? Sept ? Je ne sais plus… Et il m'en reste combien encore sur les bras ? Quinze ? Vingt ? Trente ? Je ne préfère pas le savoir. D'autant plus que je vais surement en avoir des supplémentaires dans la journée… Ou dans l'après-midi. Aucune idée, tout ce que je sais c'est que je n'ai pas pris de pause déjeuner. Comme très souvent depuis que je suis dans la vie active, d'ailleurs.

Mais le déjeuner est-il seulement passé, ou suis-je encore arrivée si tôt que j'ai pris de l'avance ? Bonne question… Je n'en sais rien. Et ma pensée est bien ailleurs… Comme tous les jours quand je me permets enfin de rêvasser une petite minute

Chris… Où es-tu ? Tu me manque cruellement, tu sais, ça ? Non, bien évidemment. Par contre tu sais peut-être que je t'envie. Je voudrais tant être comme toi, une combattante forte et reconnue… Mais je ne le suis pas et ne le serais probablement jamais. Enfin… J'ai une faveur à te demander, comme toujours, la même. Reviens entier, je t'en supplie. Je n'ai pas envie de reprendre mon rôle d'infirmière… Ou pire encore…

Je me redresse enfin et regarde ma montre. Pas le temps de lire l'heure, de grandes s'exclamations s'élèvent derrière moi. Ni une ni deux, je me lève et me retourne, j'ai envie de voir ce qui se passe pour que survienne une telle agitation, surtout si soudaine. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut observer un peu de divertissement. J'ai peut-être du travail, mais me perdre quelques instants à sourire n'est pas une tare. Et puis ce n'est pas comme si j'allais y perdre des heures !

Chris !

Je suis tellement soulagée de le revoir. Depuis quand est-il parti, déjà ? Je ne sais plus. Et je ne cherche pas à savoir, la réponse est claire : trop longtemps de toute façon. Mais qu'importe puisqu'il est rentré. Plus rien n'a d'importance quand il est là. Parce que je l'aime.

- Alors, cette mission ? Lui demande l'un d'entre nous.

- Ouais, raconte ! Renchérit un autre.

Moi, je ne les écoute pas, un peu isolée dans mon monde. Comme d'habitude, je reste à l'écart des autres. Je ne suis pas de ceux qui forment les foules. En même temps, je ne l'ai jamais été. Et puis ce que j'ai besoin de savoir est sous mes yeux. Il est vivant, debout sur ses deux jambes, capable d'utiliser ses deux bras. Mis à part ça, je n'ai rien à savoir. Bien sûr, je me ferais un plaisir d'écouter tout le récit de sa mission, mais je n'en ai pas besoin.

Nos camarades insistent mais lui esquive encore, attestant que ce n'est pas le moment et qu'il a une bonne surprise pour nous tous. Là, ma curiosité prend le pas sur le simple divertissement. Une bonne surprise ? Qu'a-t-il encore pu préparer ?

Il fait demi-tour et à travers l'encadrement de la porte, prie quelqu'un de venir. La personne avance, doucement, tête basse. Je ne sais pas ce qu'il peut y avoir de drôle, mais elle affiche un grand sourire. Oui, elle, parce que de toute évidence, c'est une femme. Aucun d'entre nous ne peut voir ses yeux, cachés par la visière de sa casquette. Mais qui est-elle à la fin ? Pourquoi tant de cachotteries pour nous présenter quelqu'un ? Je ne comprends pas la démarche.

- Tu nous as ramené une petite amie ? Rit le premier à avoir pris la parole.

- Loupé ! S'esclaffe la jeune femme.

Chris lui adresse un grand sourire et elle daigne enfin relever la tête. Ses traits me sont étrangement familiers… Je jette un bref coup d'œil à l'assemblée devant eux et tous ont l'air extrêmement étonnés. Je ne comprends pas et retourne mon regard vers elle et enfin je la reconnais. Comment est-ce possible ? Jamais je n'aurais imaginé qu'elle revienne… Alors comme ça, nous l'avons enterrée trop vite… La pauvre…

- Jill ? Demande un troisième collègue, visiblement sur le cul.

- Qui d'autre ? Rit-elle.

- Chris… Comment… ? Bégaye le second à s'être adressé à lui.

- Nous avons simplement posé sa pierre beaucoup trop tôt, s'explique-t-il.

Tout enjoué, l'un de nous propose d'aller déjeuner tous ensembles pour fêter leur retour… Et surtout celui de la fille Valentine. Ah ! Mais j'y pense ! Ça veut dire que le déjeuner n'est pas passé. C'est toujours une bonne chose à savoir !

Je les accompagnerais bien… Mais je n'en ai pas le courage. Je ne prendrais pas la parole alors que tous sont là, je n'aurais pas plus d'utilité qu'une décoration, alors autant m'épargner cette peine. Plutôt continuer de plancher sur les documents que j'ai à « traduire » plutôt de prendre du temps à un repas où je ne mangerais certainement même pas.

Je me rassois tranquillement sur ma chaise et récupère mon stylo, attrapant la feuille suivante.

J'entends les bureaux se vider. Il reste quelques personnes, mais vraiment peu de gens. En même temps, je ne peux pas leur reprocher. C'est moi qui m'isole, je n'ai rien à leur dire, au contraire. Loin de moi l'idée de me plaindre alors qu'il se passe exactement ce qui m'arrange.

Tout du moins, c'était ce que je croyais jusqu'à ce que quelqu'un se fiche juste devant mon bureau. Je lève les yeux et tombe sur Chris. Que fait-il ici ? Il était parti avec les autres, pourtant, non ? J'en suis tellement sûre… Mais il n'a pas pu revenir me chercher ! Quand même pas ! Pas moi… Je ne parviens pas à y croire…

Par politesse, je lève mes fesses de ma chaise et lui fais face. Ou presque… Moi et ma taille d'adolescente, je me maudirais vraiment jusqu'à la fin de mes jours ! J'ai beau avoir vingt-huit ans largement révolus, je suis toujours obligée de me démonter la nuque pour pouvoir lui parler… Si seulement j'y pouvais quelque chose !

Détail stupide, j'ai toujours mon stylo dans la main droite. Pourquoi ? Aucune idée !

- Tu viens avec nous, Rebecca, me dit-il.

- Non, merci…, m'excusè-je.

- Ce n'était pas une question.

- Mais pas un ordre non plus…

- Faut-il que ça le devienne ?

- Je n'ai pas envie de devoir te désobéir… Puis je n'ai pas faim… Et il me reste encore beaucoup à faire…

Trouves de meilleures excuses, pour la prochaine fois.

Effectivement, ça serait bien.

Il me regarde d'un air las et secoue la tête d'un geste désinvolte, le tout souligné par un soupir. Je ne comprends pas sa réaction. Ce n'est pas le genre de personne qui insiste, pourtant. Et puis il sait bien que je n'aime pas rester avec tout le monde. Je me sens aussi utile qu'un pot de fleur à cause de cette foutue timidité qui m'empêche d'en placer une. Je les connais bien depuis le temps que je travaille avec eux, mais je suis comme ça. Je suis une véritable abrutie.

- Tu sais bien que je ne force personne à faire quoi que ce soit contre son gré… Reprend-t-il, exaspéré. Mais je voudrais bien comprendre pourquoi tu refuses toujours obstinément de venir avec nous. Qu'est-ce que tu veux ? Que je t'invite ? Aller, viens !

Si tu t'attendais à ça !

Involontairement, je subis le coup d'une surprise qui le fait rire. Mon cœur manque un battement. Je sens le rouge me monter aux joues. Quelle honte ! Je paierais cher pour me voir dans un miroir à ce moment précis. A mon avis, il y a largement de quoi se fendre de rire. Si Chris ne fait qu'afficher un magnifique sourire amusé, ce doit être simplement par politesse. Je ne vois vraiment pas autre chose.

Impossible pour moi de répondre, je suis sous le choc. Jamais je n'aurais cru qu'il irait jusque-là pour me « forcer » à venir. Evidemment, qu'il tienne à ce point à me voir avec eux me touche beaucoup… Mais je suis plus gênée qu'autre chose par sa proposition.

Toujours impossible de trouver une réponse, aussi bien négative que positive. Pathétique.

Son nom résonne derrière nous. C'est la voix de Jill qui l'appelle. Elle n'était pas partie elle aussi ?

Au moins, son intervention me permet de détourner le regard vers elle et de calmer un peu les battements de mon cœur. Assez pour paraitre naturelle. Du moins je l'espère.

- Chris ? Qu'est-ce que tu fais ? Lui demande-t-elle avec un regard interrogateur passant sans arrêt de lui à moi et vis-versa.

- A ton avis ? Je propose à Rebecca de nous accompagner ! S'enquit-il de son habituelle bonne humeur.

- Tu en mets du temps, pour une simple invitation, rit-elle.

- Ce n'est pas comme si elle me facilitait la tâche, s'amuse-t-il à son tour, posant sur moi un regard aussi réprobateur qu'amical.

- Bon, fait comme tu veux, conclut-elle, lui adressant un signe distrait de la main alors qu'elle se retourne, mais ne nous faites pas trop attendre.

Et elle s'en va comme elle est venue, furtivement. Comme si elle ne voulait pas nous déranger. Mais déranger quoi ? A part une proposition inattendue, il ne s'est rien passé. Et j'ai toutes les raisons de croire qu'il ne se passera rien.

Distraite, je ne m'aperçois que maintenant qu'il à commencer à s'éloigner. Son attitude me vexe affreusement ! Quelle impolitesse !

Je lâche enfin mon stylo, le balançant littéralement sur mon bureau. D'un air déterminé – enfin je crois -, je le regarde au-dessus de la cloison d'à peu près un mètre de hauteur qui délimite mon bureau.

- Hey ! Lançais-je à son intention tout en commençant à le suivre. Où tu vas ?

- Rejoindre tout le monde, par dis ! Me répond-t-il sans se retourner. Après libre à toi de venir ou pas.

Je l'aperçois me jeter un regard en coin alors que je m'évertue à le rattraper sans devoir courir. Je crois que je n'ai jamais autant eu l'air d'une gamine depuis longtemps… Et j'aurais mille fois préféré garder l'apparence d'une adulte ! Heureusement que peu de gens peuvent me voir, j'aurais eu honte, sinon…

- Tu as gagné, soupirè-je.

- Alors, je dois vraiment t'inviter ? Me demande-t-il, mimant la surprise et la déception, mais le regard bien trop amusé pour me laisser y croire.

J'aurais bien aimé réussir à sauter sur l'occasion, mais ce n'est pas le genre de chose que je sais faire. A la place, je me contentais de dire qu'il n'avait pas à ce donner cette peine.

Prendre un peu de temps pour moi ne me fera pas de mal, fort au contraire. Et puis, indirectement, il a raison, il est vraiment temps que je m'intègre vraiment aux autres, après tout. Il ne l'a pas dit, ni même sous-entendu, mais je doute qu'il ait pris la peine de venir de déloger de mon bureau simplement pour me voir. Peut-être même que cela me permettrait de faire davantage de terrain… Je n'irais pas m'en plaindre ! Moi qui attends ça depuis au moins deux ans, déjà ! Depuis que j'ai compris que je m'ennuie, tout simplement.

Je le suis en silence sans même lui demander où est-ce que nous allons exactement. Bah ! Je lui fais confiance ! Heureusement, depuis le temps. Enfin la confiance que je lui accorde n'a jamais rien eu à voir avec le fait que nous travaillions ensemble, simplement au fait que je l'aime. C'est futile et naïf. Oui. Mais il faut voir aussi qu'il ne m'a jamais déçue sur ce point. Comme sur aucun autre de toute manière.

Finalement, nous entrons… Quelque part, je n'ai même pas fais attention à où… Décidément, je suis bien partie ! Jetant un regard circulaire à la salle, je retrouve mes collègues en un rien de temps. Je n'aurais jamais cru que tant d'entre nous se soient liés d'amitié avec notre « duo de choc » si je peux m'exprimer ainsi. En même temps, ces deux-là ont tout pour se faire apprécier !

Nous nous avançons vers eux et ils tournent tour à tour la tête. Le plus loquace affirme que « Chris est un Dieu ». Aucun de nous tous ne parvient à comprendre, pas étonnant. Observant la surprise de tous, il s'explique :

- Tu nous ramène Jill, aussi vivante que toi et moi et en plus de ça, tu fais sortir Rebecca de son bureau. Franchement, je te vénère.

Ahahah ! Je le savais ! J'en étais sûr ! Ça aurait été étonnant que personne ne se foute de toi !

Ouais, et c'est l'une des raisons qui fait que je déteste aller vers les autres.

Si j'ai fait parti des premier à rejoindre le B.S.A.A., j'ai aussi été l'une des plus timide, tout comme je le suis encore. Par ce simple fait, ceux qui m'ont approchée ont vite compris qu'il ne servait à rien d'insister, que je me sentais mieux en retrait des autres. Et puis j'ai commencé à faire quelques efforts pour me rapprocher de mes collègues… Mais eux, amicaux mais aussi un peu idiots, m'ont dit des remarques de ce type. J'ai fait bonne figure, une fois, puis je n'ai jamais réessayé. Pas le courage pour.

- Et bien tu n'es pas au bout de tes surprises, niveau miracle ! Rit Jill, très enthousiaste, adressant un regard complice à son partenaire.

- Wesker est, enfin, mort ! S'explique-t-il.

Je plisse les paupières pour m'empêcher d'ouvrir les yeux. J'ai envie de me dire que je vais me lever dans mon appartement, qu'il est six heures, comme d'habitude et que je vais passer ma journée à travailler avec tout le monde.

Je sais que c'est faux mais j'ai envie d'y croire. Je sais que je vais me réveiller dans un endroit inconnu, mais j'ai envie de me dire que tout est normal, que tout va bien. J'ai besoin de me mentir pour ne pas me frapper. Ce n'est pas mon genre mais je suis tellement en colère contre moi-même, contre ce choix que j'ai fait sans réflexion…

Combien de fois comptes-tu répéter que tu as fait la pire connerie de ta vie ? Assume, au moins ! Lève-toi !

Ouais, assumer mon acte serait déjà une très bonne chose. Je prends sur moi et ouvre enfin les yeux. Je me redresse pour mieux voir autour de moi. La pièce dans laquelle je me trouve est plutôt jolie. Grande, claire… Encore mieux que chez moi ! C'est triste à dire, mais cette pièce à elle seule doit faire les trois quarts de mon appartement…

En tout cas, mon ancien capitaine n'a pas menti quand il parlait de « luxe »… ! Même si j'ai mis un bon moment avant de m'en rendre compte à cause de la sobriété qui prime, les meubles, ce n'est pas du n'importe quoi ! En tout cas, il a des goûts bien meilleurs que ceux que je lui aurais accordés.

Passé l'admiration, je me décide à me lever vraiment. Je quitte les draps et en profite pour m'apercevoir que je suis toute habillée. D'une certaine façon, c'est rassurant. Surtout qu'en y repensant, je ne me souviens de rien, passé la fin de notre discussion de la veille. Si, que je marche en le suivant, mais vraiment rien d'autre. Enfin voilà. Au moins, je suis habillée.

Ça ne l'aura pas empêché de te prendre ton arme…

Et oui, bien sûr, il fallait bien ça en échange. Mon holster n'est plus à ma cuisse. Bah ! On ne peut pas tout avoir.

Machinalement, je commence à chercher mon revolver autour de moi, sachant pertinemment que je ne le trouverais pas. Quoiqu'après tout, qui ne tente rien n'a rien !

De manière très superficielle, je fouille un moment autour de moi. Non, effectivement, mon arme n'est nulle part proche de moi.

Derrière mon dos, du côté de la porte, maintenant que je me suis retournée, j'entends quelqu'un rire.

« Quelqu'un » ? Mais bien sûr ! Tu es quand même assez intelligente pour deviner que c'est Wesker, au moins ?

Non, pas du tout, je suis une sombre demeurée qui regrette tellement la pire connerie de son existence qu'elle se ne concentre plus sur rien !

Je me lève et pivote vers mon nouvel interlocuteur. Il affiche toujours ce foutu demi-sourire absolument insupportable. Il se tient debout, appuyé sur l'encadrement de la porte grande ouverte… Torse nu…

Je fais mine de ne pas prêter attention à ce détail, me focalisant plutôt sur la lanière qui descend de sa main droite. Mon holster. Et mon arme y est toujours sanglée. C'est déjà un bon point.

- C'est ça que tu cherches ? M'interroge-t-il dans une pure question rhétorique.

Pas la peine de répondre. Sans plus de cérémonie, il me l'envoie à travers la pièce. Je la rattrape sans aucune difficulté et n'ai pas le temps de commencer à la vérifier qu'il m'assure ne pas y avoir touché et s'être seulement permit de me la retirer pour la nuit. Comme quoi c'est bel et bien lui qui me l'a enlevée. En même temps, qui d'autre ? Si je l'avais retirée moi-même, je l'aurais laissée à proximité.

Je ne lui fais pas particulièrement confiance, mais bon, je ne vois pas quel intérêt il pourrait avoir à décharger mon revolver. Il sait aussi bien que moi que je ne tirerais pas. Si je ne l'ai pas fait hier je ne vois pas pourquoi je le ferais maintenant alors que je suis de nouveau à son service. Même si l'on pourrait presque dire que je n'ai jamais cessé de l'être vu et étant donné ma réaction de la veille au soir…

- Alors ? Que penses-tu de ma chambre ? Change-t-il de sujet.

- Votre… Murmurè-je.

Quoi ?

Sa chambre ? Comment ça, sa chambre ? Il n'y a qu'un lit, ça voudrait dire que… Que nous avons dormis dans les mêmes draps ? Moi qui n'ai jamais dormis ne serait-ce qu'avec une amie, par le fait que je n'en ai jamais vraiment eu, je me suis retrouvée avec… Avec…

Je n'en sais rien enfaite… Je ne sais plus s'il me fait horreur ou si je l'admire. Je ne sais plus si je le déteste ou si je l'apprécie. Je ne sais plus rien. Tout ce que je sais, c'est que Chris est loin et ne me cherche surement même pas encore.

Et s'il ne vient jamais me chercher ? Ou qu'il ne me retrouve jamais ? Si… Si Wesker s'est trompé ? Si je dois rester ici pour toujours ? Que deviendrais-je, sans lui ?

Arrête tes conneries. Ce n'est pas parce qu'il ne t'aime pas comme tu l'aime qu'il va te laisser avec sa Némésis. Tu le sais. Et puis tu sais aussi qu'il n'est pas con, contrairement à toi, et qu'il retrouverait une aiguille dans une meule de foin. Donc tais-toi et fait lui confiance. Comme toujours.

- Oui, ma chambre. Je ne vais pas en avoir quinze chez moi alors que je vis seul. Pourquoi est-ce si gênant, pour toi ?

Parce qu'en plus cette affreuse gêne se voit sur mon visage… J'ai gagné le gros lot, on dirait ! Evidemment que c'est gênant de se dire que l'on a dormit juste à côté de la personne que celui que l'on aime cherche à descendre ! N'est-ce pas logique et normal ? Remarque, je ne suis ni logique, ni normale, donc bon…

- C'est juste que… Tentè-je vainement de me justifier.

Impossible de finir ma phrase, n'ayant pas le courage de reconnaitre ce qu'il était.

A mon essai échoué, son sourire se renforce. Sur ce point je ne peux pas lui en vouloir, je dois encore avoir l'air ridicule. Comme toujours de toute façon… Comme si je n'étais bonne qu'à ça ! Mais si c'était le cas, je n'aurais pas fait partie des S.T.A.R.S. et maintenant du B.S.A.A.

D'un coup le fait d'avoir oublié la veille au soir me reviens en pleine figure. Je me sens vulnérable face à lui. En même temps il y a de quoi : si Chris n'a toujours pas réussi à la descendre, ce n'est pas pour rien.

Toujours pas réussi à le descendre ? A oui ? Ton souvenir n'est pas clair à ce sujet ?

Oh que si ! Ce type devrait être six pieds sous terre à l'heure qu'il est ! Pour la seconde fois, enfaite… La première empalé par Tyran et la seconde, celle que mon premier amour nous a racontée, une roquette en pleine tête. Ce rappel me laisse un espoir d'être au beau milieu d'un rêve. Seulement je sais très bien ce qui s'est passé la nuit dernière, et je sais aussi bien que ce dont j'ai rêvé, c'est de ce souvenir.

- Vous ne devriez pas être mort ? Dis-je malgré moi à voix haute et d'une tonalité enfantine.

- Quelle belle naïveté, rit-il comme s'il allait en pleurer.

Son exagération me blesse profondément, il n'a pas besoin d'en faire tant pour me rayer. Je ne suis pas susceptible, j'aurais disjoncté depuis longtemps sinon, mais je trouve qu'il en fait beaucoup trop.

- Effectivement, je devrais, reprend-t-il un peu plus sérieusement, mais ce n'est ni la première ni la dernière fois que je réchappe à la mort, ma Rebecca.

J'aurais bien apprécié de savoir l'envoyer balader par rapport à cette marque possessive qu'il place devant mon prénom. Je ne lui appartiens en aucune manière. Il verra bien, quand Chris viendra ! Il lui apprendra, lui, à croire que tout est acquis ! Non mais oh !

N'ayant rien à répondre, je me tais et la discussion s'arrête. Je le regarde, il me regarde… Je crois… Rah, qu'est-ce qu'il peut être pénible avec ses lunettes noires ! Il a honte de ses yeux ou quoi ? En plus, je suis sûre qu'il n'y a pas de quoi. En effet, s'il y a une chose que je ne peux pas démentir, c'est que Wesker est bel homme. A tous les coups, ses prunelles vont de pair. Comme pour…

Arrête un peu avec Chris !

A rester planté là, j'ai tout le temps de me focaliser un peu sur moi. J'ai de plus en plus faim. Mécaniquement et sans trop y prêter garde, je pose ma paume droite sur mon estomac. Ce geste semble avoir attiré l'attention de mon supérieur.

- Tu veux déjeuner ? Me demande-t-il, mimant pour la seconde fois en peut-être cinq minutes la question rhétorique.

J'acquiesce d'un signe de tête et il m'indique de le suivre. Bien évidemment, je le fais sans rechigner le moins du monde. En même temps, je ne vois pas bien pourquoi j'opposerais une résistance.

Je me suis permise d'abandonner mon arme sur le côté du lit où j'ai dormis. De toute manière, s'il me voulait du mal, il l'aurait fait avant. Et puis il a porté secours à Jill, alors je doute qu'il s'en prenne à moi. Bien que je n'ai toujours pas compris pourquoi il me voulait à ses côtés, évidemment… Mais vu qu'hier soir il a mis en avant un travail scientifique, je pense que c'est surtout pour ça qu'il souhaite ma présence. Je ne vois rien d'autre en tout cas.

Il m'amène jusqu'à un balcon arrondis. Très joli ! Fleuri, même ! Si on m'avait dit ça de la demeure de mon ex-capitaine, j'aurais pouffé de rire. Moi qui l'imaginais vivre dans une véritable garçonnière, je me mettais le doigt dans l'œil. Au centre du balcon, une petite table de métal blanc et deux chaises se sont perdues… S'il ne m'avait pas amenée là pour prendre le petit déjeuner, je me serais demandée ce qu'elles fichaient là. Le soleil encore un peu rougis baigne l'étendue de la terrasse et nous offre sa douce chaleur. Il fait encore un peu frais, mais c'est tout de même très agréable. Curieuse, je m'avance jusqu'au point le plus reculé de l'arc de cercle et observe un moment la bâtisse en elle-même. A première vue, Wesker vit dans un manoir. Un grand manoir, même. Il doit y avoir de quoi se perdre, là-dedans. En tout cas, ce n'est pas le genre d'endroit qui manque de lumière, une petite dizaine de fenêtres parsèment la façade. Visiblement, il y a un étage au-dessus de celui duquel nous sommes sortis. Je fais demi-tour sur moi-même et observe le paysage. D'après la vue – magnifique, sur un bois et même un lac, tout au fond ! -, nous devons être au premier étage…

Mais c'est qu'il a les moyens, ton chef !

Et pas qu'un peu !

Je pivote à nouveau et ne le vois pas. Il a littéralement disparu… A mon avis, ce n'est pas la dernière fois qu'il se volatilise, comme ça.

Je me ravance vers la petite table blanche. Elle me rappelle celle de la maison de mes parents, quand nous sommes arrivés à Racoon… Mais qu'importe la nostalgie ce ces deux mois où j'ai été stagiaire puis S.T.A.R.S., ce temps est très largement révolu.

Je tire la chaise qui ne l'est pas et m'assoie sagement. Je n'ai que quelques secondes pour me perdre à jouer innocemment avec un verre vide que Wesker réapparait. Je le regarde brièvement et revois ce foutu sourire en coin sur son visage. Rien qu'en voyant ça, je détourne le regard. Je ne supporte pas cette expression sur son visage. Amusée et méprisante alors que je n'ai rien fait.

L'image que mes yeux ont enregistrée avant de se reporter sur la table blanche met un moment pour être claire à mes yeux. Elle me parait complètement absurde. Je dois être mal réveillée…

Pour vérifier, je repose mes yeux sur lui. Non, je vois tout à fait clair et je n'hallucine pas…

Je n'arrive vraiment pas à croire qu'un homme aussi fier que lui soit vraiment en train de venir vers moi, un plateau dans les mains. Cette image est complètement surréaliste.

Il arrive à ma hauteur et dépose ce qu'il tient sur la table. Devant mon expression atterrée, il joue la carte du mystère.

- Qui a-t-il, chère Rebecca ? Commence-t-il, impassible. Je n'ai pas le droit d'être un homme un tant soit peu galant ?

Pourquoi ai-je l'impression d'entendre, derrière cette façade de marbre, quelque chose comme « Heureusement que tu es la seule à pouvoir me voir comme ça. » ou « Tu regretteras de m'humilier de la sorte, Rebecca. »… ? Est-ce que je me fais des idées ou est-ce que je perçois vraiment cette note de haine derrière son ton parfaitement neutre ?

Moi, je crois que tu te fais des idées…

A côté de ça, je ne parviens pas à répondre et bats des cils sans discontinuer. Non, là, c'en est trop pour moi. Je m'attendais à le voir dans des situations bien différentes de celles rencontrées durant la période où j'ai fait partie de l'équipe d'élite de la RPD, mais pas à ce point-là. Je crois que l'on peut dire sans exagérer le moins du monde que je suis en état de choc…

Il soupire face à mon imbécilité et s'assois dans la chaise en face de la mienne. J'ai du mal à me rendre compte que nous sommes vraiment en tête à tête… Pour me défaire de cette nouvelle gêne, je laisse mon regard admirer encore la vue.

N'ayant rien à faire, je cherche à me souvenir de quelque chose remontant à la veille au soir, après que nous ayons discuté. Seulement, rien à faire, je ne me rappelle de rien. Que je marche, qu'il est devant moi, oui… Mais en dehors de ça… Franchement je ne trouve pas, je ne retrouve rien.

Je lève le nez vers lui et me décide à lui demander. De toute manière je n'ai pas vraiment d'autres moyens de savoir et rester dans le doute est plutôt frustrant.

- Je peux savoir quelque chose ? Commençè-je prudemment.

- Demande, je verrais bien si je te réponds ou pas, me répond-t-il avec la plus grande neutralité.

- Après notre conversation, hier soir, il s'est passé quoi ?

- Tu ne te rappelles pas ?

- Non…, avouè-je avec un signe de tête. Pas du tout…

Je ne le voyais pas, mais j'étais certaine que ses yeux affichaient de la surprise. En même temps, un coup pareil, il faut le faire ! Je crois qu'il n'y a bien que moi pour le faire, enfaite…

- Je t'ai accompagnée jusqu'à un banc public où je t'ai demandé de m'attendre, le temps d'aller chercher notre moyen de transport, tu t'en doute. Je ne pense pas avoir été long, mais tu t'es endormie. Je pensais au moins que tu te rappellerais de ça.

Moi, m'être endormie sur un banc, à cran comme j'étais alors que je tourne toute les nuits sur du 1h-6h et qu'il n'était probablement même pas minuit ? C'est complètement impossible. Serais-je sortie si tard que ça du bureau… ce matin ? Mais alors dans ce cas, quelle heure est-il ? Assez tôt, en tout cas : le soleil n'a pas fini de se lever.

J'ai le réflexe de jeter un coup d'œil à ma montre. 23h10. Ah oui, j'avais oublié ce détail. Ou tout du moins, je viens de confirmer, ce détail…

- Je croyais que tu avais faim, me rappelle Wesker.

Oui, j'ai faim, mais mon souci des horaires est tout de même un peu plus important qu'un repas que je pourrais sauter sans problème. C'est arrivé plus d'une fois, d'ailleurs. Enfin maintenant qu'il a fait l'effort de me servir, je ne vais pas lui dire que non, je ne veux rien. En plus c'est faux.

Petit déjeuner tranquille, sans trop de discussion, je ne pouvais rien attendre de mieux. Tout ce que je peux dire, c'est que mon chef, en plus de ne pas habiter n'importe où, ne mange pas n'importe quoi ! Vivre avec lui quelques temps va être sacrément cool ! Mais je n'en attends pas moins avec impatience la venue de Chris. Non, je ne me priverais pas de profiter de ce paradis artificiel, après tout, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas, mais je ne me vois pas y passer le restant de mes jours. Quelques mois, tout au plus.

Bref, après manger, mon supérieur me montre les commodités. Une bonne douche me fera du bien. Le problème se posera, par contre, pour les vêtements : je n'ai absolument rien !

Te voilà dans de beaux draps !

Plutôt, oui !

Sans prendre le temps de choisir mes mots, je me retourne vers Wesker pour l'interroger à ce sujet. Plutôt porter le mêmes fringues jusqu'à la fin de mes jours que me retrouver sans rien à mettre !

Il m'explique alors, d'un air détaché et en haussant les épaules, que les vêtements qu'il avait pris pour Jill durant la période où il l'avait hébergée et soignée étaient restés ici, chez lui. « Ils devraient t'aller aussi », ajoute-t-il.

Mieux qu'une chemise à lui, en tout cas !

Si j'arrêtais de me foutre de moi toute seule, ça serait pas mal. Quoiqu'on dit toujours que l'autodérision est importante… Et puis ce n'est pas faux non plus.

Jill est peut-être quelques centimètres plus grande que moi, je pense que nous pourrions sans trop de difficultés échanger nos vêtements. Ou tout du moins, je pourrais largement enfiler les siens, si l'inverse est plus difficile. Et puis elle n'a pas de mauvais goûts, non plus. Je saurais bien faire avec le temps que Chris vienne me chercher et ceux quand bien même j'ignore combien de temps il prendra pour me retrouver.

Evidemment, demi-tour de la salle de bain vers la chambre où il m'ouvre un tiroir en bas de son armoire qui doit bien faire la moitié d'une pièce de mon appartement. J'ai le pressentiment que retrouver mon vingt-cinq mètre carré va être joliment difficile… Mais bon, un donné pour un rendu ! Déjà ai-je de la chance de le quitter temporairement pour quelque chose de plus grand et non de plus étroit, alors je ne vais pas me plaindre. En tout cas pas encore.

Considérant que je suis suffisamment grande pour ne pas me perdre à travers les couloirs qu'il m'a montré à peine une minute auparavant, il s'en va de son côté et me laisse me servir directement dans le tiroir. En même temps à moins qu'il cache quelque chose au même endroit, il n'a aucune raison de ne pas me faire confiance. Il sait très bien que je ne suis pas du genre à fouiller partout et encore moins sans raison. Même en cherchant mon arme, je n'ai fait que déplacer superficiellement les objets qui trainaient dans les parages.

Assez impatiente de prendre une douche chaude, je prends au hasard une robe et des sous-vêtements. Je fais confiance à cette chère descendante Valentine pour tomber sur quelque chose de correct. En même temps, ce n'est pas comme si je l'avais déjà vue porter une seule fois des choses vulgaires durant toutes ces années de travail commun et ceux même si elle part régulièrement en mission.

Je retourne – sans m'égarer, Miracle ! – vers la salle de bain et, une fois rentrée, ferme le verrou derrière moi. C'est plus un geste mécanique qu'autre chose, mais on est jamais assez prudent. Surtout après ce qu'il m'a dit hier soir… Ou peut-être ce matin…

Bref, je m'attarde enfin sur la salle toute couverte de carrelage blanc et bleu. Encore une fois, elle fait au moins le double de la mienne. Non, largement plus, même. Rien d'étonnant à ça vu la taille de la chambre et même plus globalement, celle du manoir. Encore une fois, peu de décorations, seulement des choses simples et presque anodines. Au moins une chose sur laquelle je ne me serais pas trompée, Wesker est tout sauf excentrique. La chose qui me surprends le plus n'est ni le très grand miroir, ni la robinetterie de couleur dorée, mais plutôt le fait qu'il n'y a pas de cabine de douche, seulement une baignoire.

Bon, et bien tant qu'à faire ! Autant profiter ! Je dépose les vêtements propres sur l'évier sec et me défait soigneusement de mes affaires, prenant soin de les plier correctement malgré tout pour enfin me diriger vers la baignoire.

De mémoire, je crois que je n'ai jamais perdu autant de temps dans l'eau chaude. En même temps, je n'ai pas pris de bain depuis… Au moins douze ans, si ce n'est plus, parce que je n'ai pas souvenir d'en avoir profité une seule fois depuis le début de mes études supérieures. Effectivement, malgré que je n'aie pas 30 ans, ça fait déjà loin, pour moi, l'une de ses rares gosses « surdoués ». Honnêtement, je n'ai jamais apprécié ce mot. Pour moi il est exagéré, je trouve. Oui, j'ai de très grandes facilités dans… Enormément de domaines. Mais ce n'est pas une raison pour me croire supérieure aux autres. Je concède volontiers qu'il faut sans doute l'être un peu pour terminer des études comme celles que j'ai faites à 17 ans, mais pas autant qu'ils semblaient tous le dire. Tout du moins je ne pense pas…

Je me décide à sortir et attrape une serviette de toilette sur la barre dorée proche de la baignoire – celle que Wesker a désignée comme à mon intention quand il m'a guidé jusqu'ici. Je fais quelques pas pour retourner vers le lavabo où j'ai laissé mes affaires, si je puis dire, et en profite pour me sécher.

Je commence à m'habiller et à ma grande surprise, aucun problème ne se pose avec les sous-vêtements. Seulement les bretelles à raccourcir, mais le contraire aurait été impossible par le simple fait que mon ancienne camarade est quelques centimètres plus haute que moi. Mais en tout cas, pour une fille comme moi qui ressemble plus qu'elle ne le devrait, à son âge, à une adolescente, c'est plutôt flatteur.

Une môme de 16 ans aurait réagis de la même manière !

C'est vrai, mais pour une fois que je peux être contente de mon corps, je m'en fous !

Je regarde la robe que j'ai prise et me demande si Jill l'a vraiment portée, à un moment ou un autre… Elle est très jolie, certes… Blanche, avec ces bretelles de dentelles larges qui revient sur le devant comme dans le dos. Des deux côtés, le haut est droit, mais la dentelle lui donne un joli effet arrondi. Elle est cintrée, juste en dessous de la poitrine, par un ruban rose pâle au moins aussi large que les bretelles et faisant tout le tour de la robe. Une sorte de volant de mousseline de la même teinte que le ruban couvre le jupon blanc, dentelé lui aussi. Le voile est froncé à intervalle régulier et décoré au-dessus de ces plis par de jolis rubans doubles, blanc et roses.

Non, c'est impossible, elle n'a pas pu mettre un vêtement pareil, pas elle ! Je me demande d'ailleurs si je vais moi-même le porter…

Ne fais pas ta gamine, ce n'est pas comme si tu allais travailler dans un accoutrement pareil ! Heureusement, d'ailleurs…

Finalement, n'ayant rien à perdre, je l'enfile et découvre qu'elle me va bien mieux que je n'aurais pu le croire. J'aurais eu les cheveux longs, je me serais amusée à chercher s'il n'y avait pas un serre-tête blanc ou rose que je puisse mettre avec la robe !

Jill étant un peu plus grande que moi, en admettant qu'elle l'ais mise ne serait-ce qu'une seule fois, elle devait lui arriver au-dessus du genou vu que pour moi, elle tombe en dessous.

Je m'observe un moment dans le miroir, à la fois satisfaite et dubitative : j'hésite fermement à me montrer comme ça face à Wesker. D'un autre côté, je ne sais pas ce qu'il y a d'autre dans le tiroir où je me suis servie et je ne me vois pas bien me changer dans sa chambre… Et puis faire l'aller-retour juste pour prendre d'autres vêtements… Non, tant pis pour moi, je n'avais qu'à regarder avant.

Je sors, mes vêtements d'hier sous le bras, me demandant sincèrement où j'allais pourvoir les mettre… Sans trop savoir quelle direction prendre, je décide de les laisser au moins temporairement dans la chambre de mon hôte, avec mon arme. Je lui demanderais des consignes plus tard. Et puis au moins, j'en serais débarrassée un moment.

Il ne me faut pas deux minutes pour faire le crochet et retourner sur le balcon où j'ai petit déjeuné. Le soleil est bien plus haut, maintenant, et a perdu sa teinte un peu rouge, aussi. La chaleur est toujours aussi agréable et un vent léger joue avec le bas de ma robe. Comme ce matin, je m'avance vers le bout du balcon pour redécouvrir le paysage. C'est fou comme la lumière peut le faire évoluer.

Je me perds à rêver et n'ayant rien à perdre, m'imagine que Chris me retrouvera ici, comme ça, innocente comme il me connait. En tout cas, comme il m'a connu. A cause du soleil, juste en face, il mettra un moment avant de pouvoir distinguer ma silhouette. Et puis quand enfin pourra me reconnaitre, il m'appellera, à la fois content et rassuré de me voir. Alors je me retournerais, pour lui montrer que je vais bien qu'il n'a pas en s'en faire. Je garderais les yeux fermé pour me laisser la surprise de sa réaction. Et à ce moment-là, je lui dirais. Je lui dirais enfin ces mots qui me crèvent le cœur depuis tant d'années…

- Je t'aime, énoncè-je à voix haute.

Puis je relèverais les paupières et il y a quelqu'un, juste en face de moi, 3 mètre tout au plus nous séparent. Et ce quelqu'un est bel et bien là au présent, pas au futur. Cette personne, ce n'est malheureusement pas Chris. Non, pas du tout, même. L'homme devant moi ne peut-être personne d'autre que Wesker. Mes yeux me le confirment.

Il a pris le temps d'enfiler une chemise, d'ailleurs. En même temps, vu les plombes que j'ai passé dans mon bain…

Admirable bourde ! Lui dire « Je t'aime » à lui ! Alors là, tu t'es vraiment, vraiment surpassée !

- Quelle déclaration flamboyante, ma Rebecca, me sourit-il, toujours de la même manière.

- Non… Enfin… Je veux dire… Ce n'est pas… ! Begayè-je, tenant vainement de me défendre.

Pas moyen de trouver les mots pour former une phrase. J'ai la gorge nouée et je sens mes joues s'empourprer. Mais quelle idée ? Quelle idée j'ai eu ? Encore un éclair de génie ! Décidément, je ne suis pas maligne !

- Tu as choisis une bien jolie robe, dis-moi, change-t-il de sujet, à mon avantage. Je me rappelle que Jill la portait souvent.

- Vraiment ? Rétorquè-je, surprise au possible.

- Oui, me répondit-il, la respiration légèrement sifflante. Mais pour ne pas mentir, elle te va mieux à toi.

Si j'avais pu, je me serais reculée, gênée. Il a vraiment le don, celui-là, pour me mettre dans des situations qui m'embarrassent. Je suis certaine qu'il le fait exprès. Deux compliments en moins de deux jours… Ce n'est pas normal. Pas venant d'un homme comme lui. Du moins je ne pense pas. Mais avec un peu de chance, je me trompe. Même si je ne sais jamais où me mettre quand il me complimente, je ne vais pas m'en plaindre.

- Merci, bredouillai-je cette fois, ayant bien retenu la leçon d'hier soir.

Ne parvenant toujours pas à le regarder en face, je contemple le paysage par-dessus mon épaule gauche le soleil est au zénith et les ombres ne se voient pas. Le lac, au loin, brille plus que ce matin. C'est encore plus beau à voir.

Wesker s'approche et de nouveau, le sifflement contigu de sa respiration m'interpelle. Il est bien trop fort pour être nouveau… Pourtant je ne m'en suis jamais rendu compte avant. Ce n'est pas normal. S'il avait été faible, à peine audible, oui. Mais pas tel qu'il est là. Je l'aurais entendu, hier soir, déjà… Ou au plus tard ce matin, quand nous étions face à face…

Il arrive juste sur ma droite et appuie ses bras sur la rambarde du balcon. Lui aussi semble se perdre en pensées. Si je ne tourne pas la tête, je n'en ouvre pas moins grands mes oreilles. Non, je ne délire pas, il respire mal.

Le plus gros du problème est que cette difficulté semble aller crescendo… Je ne peux pas le laisser étouffer ! Mais en même temps que puis-je faire ? Je ne sais pas ce qu'il a ! Je me torture les méninges mais rien à faire. Finalement il se redresse et m'ordonne plus ou moins « aimablement » de le suivre.

Je lui emboite le pas dans un sacré dédale de couloir, je me demande comment il peut faire pour ne pas se perdre. En même temps, s'il vit ici ça change beaucoup de choses. Nous descendons d'un étage et après un nouveau couloir, il ouvre une porte, me laissant poliment passer devant lui. J'entre vite et garde un œil vigilante sur mon hôte. Il rentre lui aussi et ferme derrière lui.

Nous sommes probablement dans le labo' dont il m'a parlé hier. Paillasses blanches, verrerie… Je ne prends cependant pas le temps d'en dresser tout l'inventaire, trop à cran à cause de l'état étrange de mon supérieur.

Il me dit d'aller chercher une sorte de mallette un peu plus loin. Intriguée mais serviable, je n'objecte pas le moins du monde et me presse tout en prenant soin de ne pas courir et encore moins de faire le moindre geste un peu trop brusque. Je reviens avec et il me fait signe de l'ouvrir. Je pose ce que je tiens sur la paillasse la plus proche et déverrouille la « boite à mystère », pour parler de manière enfantine.

- Tu sais encore faire les piqures, rassure-moi, s'assure-t-il.

- Bien sûr. Mais… Pourquoi ? Cherchè-je à savoir.

- Parce que tu vas devoir m'injecter ce qu'il y a là, me répond-t-il en désignant l'un des petits flacons.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Je pense que c'est encore légèrement trop compliqué pour toi.

- Je n'ai pas l'habitude de…, commencè-je avant de me faire interrompre.

- Nous n'avions pas convenu que tu dois toujours m'obéir ?

Effectivement, c'est la contrepartie qu'il a exigé de moi en échange de son hébergement et tout un tas de jolis avantages. Pas grand-chose, en soi, mais je dois avouer que sur ce point, être coopérative me pose quelques problèmes d'éthique… Il est assez contraignant de se dire que l'on va donner à quelqu'un quelque chose, mais que l'on ne sait pas du tout ce que c'est. Je doute qu'il soit un drogué, cependant que pourrait-il vouloir s'injecter d'autre ? Mais pour autant que je sache, aucun psychotrope ne cause de problèmes respiratoires…

Et plus ça va, plus ça prend encore de l'ampleur… Wesker est obligé d'hyper ventiler pour pouvoir s'oxygéner normalement !

Je m'entête à vouloir savoir ce que c'est, ou je me plie aux règles ?

Arrête de te poser des questions, tu vas finir par te faire engueuler…

Je me retourne et agis enfin. Je prépare la seringue comme dans mon souvenir et aussi un coton de désinfectant. Vu la longueur de l'aiguille, je dirais que c'est une simple sous-cutanée, mais par précaution, je lui demande confirmation. Effectivement, j'ai raison. Là, une nouvelle question se pose, pourquoi ne se pique-t-il pas lui-même ? Un adolescent sans aucune connaissance de médecine saurait le faire !

C'est tellement plus agréable pour un homme d'avoir sa petite infirmière !

Pas faux. Je me dépêche un peu, passe le coton sur son bras et pique droit, comme avec une fléchette – c'est avec cette image que l'on m'a appris… Vider la seringue, retirer l'aiguille, remettre le coton pour empêcher que ça saigne de trop… Et tout ça en évitant de le toucher, par réflexe idiot d'éloignement. Je suis plutôt fière de voir que je n'ai rien perdu, depuis le temps ! Quoique, j'ai déjà fait l'infirmière pour les rapatriés de guerre, comme il m'amuse de les appelés.

Le genre de gros dur qui sous prétexte que se sont de simple égratignures, ne prennent même pas le soin de désinfecter ! Il est arrivé, une fois, que l'un d'entre eux refuse vraiment de perdre quelques minutes à se laisser soigner. Et bien celui-là, je l'ai laissé partir. Coup de chance pour moi, son éraflure s'est infectée ! Et du coup, au lieu de passer cinq ou dix minutes avec moi, il a passé au moins une heure avec des médecins plus expérimentés. Pour le coup, ça lui a servi de leçon !

Je ne sais plus quoi faire. J'attends. Je me tais.

Avec un peu de chance me donnera-t-il un ordre. Pour l'instant, je me contente de le regarder, compatissante et attentionnée, prête à suivre le moindre de ses désirs. J'écoute sa respiration se calmer, reprendre un rythme normal, puis cesser de siffler. Cela prend du temps, mais ça ne me dérange pas de rester debout et silencieuse. Je ne suis pour rien dans l'amélioration de sa condition, mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que j'ai fait du bon boulot. Que ce que j'avais à faire était bien fait.

- Voilà ton travail, intervient-il, me faisant sursauter.

- Comment ça ? Ne suis-je pas en mesure de comprendre.

- Je t'ai fait venir pour ça. Pour être mon infirmière.

- Mais… Vous pourriez facilement le faire seul…

- C'est vrai. Mais je préfère avoir de la compagnie. La maison est grande, pour une personne seule.

Alors là, oui ! Pas qu'un peu !

- Mais… C'est tout ? C'est uniquement pour être aux petits soins avec vous, que je suis là ? Demandè-je, rassurée.

- Oui, c'est tout. A quoi t'attendais-tu ?

A être votre esclave, pourquoi ?

- A rien… Mais je dois avouer que je suis surprise. Je me serais attendue à une fonction bien plus désagréable…

- Je suis déçu de ton opinion de moi.

Il y a de quoi !

- En tout cas, laisse-moi te prévenir, je n'aime pas vraiment les seringues, m'avoua-t-il après un bref silence. J'ai tendance à éviter jusqu'au point de non-retour, que tu as eu tout le loisir d'observer.

- Ce qui signifie ? Jouè-je la curieuse.

- Qu'il te faudra empêcher ça. Me surveiller. Tout le temps…

- Mais aussi ?

- Etre ferme avec moi.

Je tic. Je déteste quand il me parle comme ça ! Qu'a-t-il à jouer sur les doubles sens ?

"Obéir à tous mes ordres. Même des demandes d'adultes."

Calme-toi ! Tu te fais peur pour rien !

On va dire ça comme ça…

Et le restant de la journée se passe ici, au labo, à reprendre la main sur des choses dont je ne connais plus que le théorique, maintenant. Enfin ce n'est pas comme si j'avais vraiment tout perdu. Heureusement, le fait d'être traductrice m'a permis de ne pas oublier les formules, le vocabulaire assez particulier de mon domaine de formation.

Entre rappels et manipulation, le temps parait s'accélérer. J'oublie avec qui je suis, j'oublie ma robe de gamine, j'oublie ceux qui me manquent… celui qui me manque… Ma passion prend le dessus et je ne m'occupe de Wesker que pour écouter ses conseils ou ses remarques complémentaires.

Encore un domaine dans lequel il n'est pas nul ! Putain mais qui est ce type, à la fin ? Ça ne te choque pas, toi, qu'il vive dans une super baraque, qu'il soit biochimiste… Très probablement malade, aussi… Et tout ça couplé avec le fait qu'il devrait être mort deux fois et que de toute manière, il a Chris au cul… Non ? Vraiment pas ? Bon ben reste.

Pour le moment, je n'en n'ai rien à faire. Peu importe qui il est et ce qu'il représente pour d'autres. Moi, je l'admire d'en savoir autant. Cet homme est un puits de science. J'ai encore tant à apprendre…

Pour finir la journée une soirée de toute innocence. Dîner, puis se taire, chacun de notre côté. Rester muets dans un salon tout simplement immense… Je passe au moins une heure entière à la détailler. Toutes les décorations, tout le mobilier… je fais en sorte que rien ne m'échappe. Et c'est, je pense, le cas jusqu'à ce que mes yeux tombent sur un piano droit.

Je me lève du fauteuil où je me suis posée et avance prudemment jusque devant le clavier. En me déplaçant, j'ai attiré sur moi le regard de Wesker.

- Je peux ? Demandè-je gaiement, bien que cet instrument ne me rappelle pas que de bons souvenirs.

- S'il n'est pas désaccordé, oui, me répondit-il d'un air complètement détaché. Tu sais jouer ?

- J'ai su. De là à dire que j'en suis encore capable…, ironisè-je, relevant le couvercle du clavier.

- On dit que la musique fait partie des choses que l'on n'oublie pas.

Je hausse les épaules et m'installe devant le piano. Une première fois, j'effleure le clavier pour m'assurer qu'il est encore correctement accordé. Même si j'ai perdu l'habitude d'entendre ce genre d'instrument, depuis le temps, il sonne très juste. Un léger sourire glisse sur mes lèvres. Une expression que Wesker ne voit pas. J'essaie tant bien que mal – et plutôt mal que bien - de me rappeler d'un des morceaux que j'ai appris, il y a bien quinze ans de ça. Et encore, c'est un minimum. Enfin non, la dernière fois que j'ai posé mes mains sur un piano, c'était il y a onze ans et onze mois, dans le manoir spencer. Mais concernant les cours en eux-mêmes, c'est une toute autre histoire. Rien à faire j'ai les airs en tête mais je ne retrouve aucune note.

- Pourquoi est-ce que tu ne joues pas ? M'interpelle Wesker. Il y a un problème avec le piano ?

- Non, le corrigè-je, le seul problème que je rencontre, c'est ma mémoire qui me le pose…

Il se lève et s'approche. Je ne le vois pas, mais j'entends ses pas. Je tente toujours aussi vainement de retrouver quelque chose dans mes souvenirs, mais rien à faire. Déjà, je me rappelle du clavier, c'est un bon début.

- Aller, je suis sûr que tu te souviens d'un air, insiste-t-il.

- Je voudrais bien, affirmè-je.

- Tu ferais bien un petit effort.

Je soupire et ferme un instant les yeux. Machinalement, je place mes mains au-dessus des touches. Je recommence à jouer, ne cherchant plus à me rappeler des notes, mais plutôt de mes mouvements. J'aurais cru m'en sortir bien plus mal. A plusieurs reprise, je me trompe, normal, après tout. Et à chaque fois, c'est la même chose. Je m'arrête, je secoue la tête, je retrouve la note, puis je recommence.

Il me faut pas mal de temps, mais je finis par y arriver. Je finis fière de moi, capable de terminer ce vieil air que j'avais partiellement oublié. De peur de perdre cette automatisme que je me suis recréé, j'attends le dernier moment pour rouvrir les yeux. De nouveau, je souris. Finalement, j'ai réussi.

Un silence, Wesker m'applaudis. Je ne crois pas que ce soit sincère, pas de la manière dont il frappe dans ses mains. Ne sachant pas vraiment comment réagir, je préfère me taire. Enfin quelques secondes, juste le temps qu'un bâillement me prenne. Par réflexe, je cache ma bouche derrière ma main droite et m'efforce de rester muette. Ce n'est pas un échec non plus.

- Oui, tu as tout à fait raison. Il doit bien être l'heure d'aller se coucher, m'accorde mon hôte. En tout cas tu t'es bien débrouillée, pour une fille qui a tout oublié de ses leçons.

La soirée se termine comme ça. Nous regagnions sa chambre, que je pourrais presque qualifier de notre, tout du moins temporairement. Petit rappel quant à mes vêtements sales… En deux secondes l'affaire est réglée, il m'explique tout simplement où les mettre. Je décide de laisser mon arme au sol. En même temps, je ne vois pas bien qu'en faire.

Un instant, il me laisse seule pour que je puisse me changer. Je ne lui ai rien demandé, sa réaction a été instinctive. De toute manière, qu'il ait dû y réfléchir un instant ou pas n'importe rien pour moi, dans un cas comme dans l'autre, je le remercie de me laisser ça. Concernant ma tenue de nuit, je l'ai prise – encore au hasard – dans le même tiroir. En même temps, quand on voit la taille de l'armoire et l'épaisseur du rangement, que toutes les affaires d'une personne rentrent dedans ne surprends pas du tout.

- Tu as déjà été en mer ? Me demande-t-il alors que j'ouvre la porte pour le laisser rentrer à nouveau.

- Non, jamais… Lui avouè-je en toute honnêteté, ne comprenant cependant pas le but de la question.

- Ça te plairait ?

- Beaucoup ! Mais pourquoi ces questions ?

- Et bien j'ai un bateau qui a un peu oublié le goût du large. Je me demandais simplement si l'idée d'une petite croisière tous les deux t'intéressait un minimum.

- Une croisière… Tous les deux…, répétè-je dans un murmure.

Parce qu'en plus, il est navigateur ?

Je rougis un peu. Mais à tout perdre, je ne suis pas là pour ne profiter qu'à moitié de ce paradis qu'il me propose. Et puis passer quelques jours au milieu de l'océan me changera un peu d'horizon. Je pense que j'ai assez donné niveau travail en quasiment douze ans pour profiter pleinement de cette trêve. Et puis avec un homme comme Wesker à mes côtés, je doute de m'ennuyer une seule seconde. Chris mettra du temps avant de me chercher et de me retrouver. Si nous ne sommes pas trop longtemps loin des côtes, il n'y aura pas de problème.

- Volontiers, conclus-je, enthousiaste.

- Dans ce cas nous irons…, réfléchit-il. Vendredi. Prends ça comme ton cadeau d'anniversaire.

Encore une fois, je me renfrogne un peu. Cela fait des lustres que je n'ai plus fêté mon anniversaire. Je ne compte pas recommencer avec lui. En même temps, s'il ne fait que m'offrir un tour en mer, ça ira. Surtout, je ne veux aucune « cérémonie ». Pour moi, le 4 juin est une date comme une autre. Qu'elle soit ma date de naissance ne change rien, si ce n'est, pas grand-chose.

Je rouvre doucement les yeux. Il fait très sombre… Normal, en pleine nuit ! Je me rappelle très bien, cette fois, de ce qu'il arrivé avant que je m'endorme. Rien d'important. Seulement le silence entrecoupé du glissement des draps et le claquement de l'interrupteur qui a éteint la lumière.

Même si je ne peux plus dire que la pièce est lumineuse, j'arrive tout de même à tout voir de manière correcte. Je me redresse très légèrement et m'aperçois que le volet n'est pas fermé. La lune brille à travers le verre. Ceci explique cela.

Je repose doucement ma tête là où elle se trouvait pour me rendre compte qu'elle n'était certainement pas sur l'oreiller… Mais sur l'épaule de Wesker. Je frissonne, embarrassée. De peur de le réveiller, je n'ose pas m'éloigner. En même temps, il faut bien dire que l'un de ses bras me retient par la taille.

Et puis je n'ai pas envie de me décoller de lui. Je me fais horreur rien qu'à le penser, mais je suis tellement bien, là… Cette douce chaleur autour de moi… Je peux même entendre son cœur battre, doucement… Ou peut-être est-ce le mien, qui sait ?

De nouveau, je me redresse un peu, prenant encore plus soin de ne pas m'appuyer sur ma main gauche, prisonnière entre son torse et sa main. Je le regarde, endormis… Il est encore plus beau sous la pâle lumière de la lune. Les traits de son visage semblent plus doux, plus calmes… Et pour une fois, je le vois sans ses foutu lunettes de soleil ! Certes, ses yeux sont clos, mais ça change déjà beaucoup de choses.

Une envie folle me prend. J'ai envie de libérer ma main de son emprise, d'aller caresser sa joue et ses cheveux blonds… Non… Pas seulement en réalité… Je voudrais même lui voler un baiser… Pourquoi… ? Pourquoi ce désir alors qu'il n'est pas l'homme de mon cœur ? Comment puis-je penser faire une chose pareille ? Et si jamais il se réveille ? Que ferais-je ? Comment m'expliquerais-je ?

Qu'importe, l'opportunité est trop tentante. Doucement, je retire ma main gauche et prends plus convenablement appuis sur l'autre. Lentement, j'approche mes doigts de son visage. A peut-être deux centimètres j'hésite, mais finalement, c'est le désir qui prend le pas sur la raison.

A peine ai-je le temps de l'effleurer qu'une main m'attrape le poignet. La surprise me fait reculer et frissonner.

Tu aurais dû t'y attendre.

- Que comptais-tu faire, ma Rebecca ? M'interroge-t-il, ouvrant les yeux.

- Je… Rien… Je… Bafouillè-je, maladroite

Cette fois, je regrette qu'il n'y ait pas un meilleur éclairage : il a les yeux ouverts et non dissimulés face à moi, mais je ne parviens pas à en distinguer la couleur. Ce n'est pas juste ! Je voudrais tellement pouvoir voir ses iris… Leurs teintes… Pourquoi m'en empêcher ? Pourquoi me priver de cette première et probablement dernière occasion ? Je lui en voudrais presque pour ça. Je lui en voudrais si je n'étais pas parfaitement consciente qu'il n'y est pour rien. C'est moi qui l'ai réveillé.

Il relâche son emprise autour de mon poignet, mais quand je commence à me reculer, il resserre ses doigts.

- Tu n'es pas obligée de te remettre à l'écart, tu sais, me dit-il à sa manière complètement neutre. Si tu veux rester, je ne t'en empêche pas.

- Vous êtes sûr… ? Demandè-je, sceptique et aussi très intimidée.

- Pourquoi est-ce que je te le dirais, si c'est pour te dire non ensuite ?

J'acquiesce et me recouche, exactement dans la même position que celle dans laquelle je me suis réveillée. Cette douce chaleur me revient et je ne peux pas retenir un soupir d'aise. Il me rapproche un peu de lui avec son bras gauche qui n'a jamais quitté ma taille et presse gentiment ma paume droite entre ses doigts. Je ne sais pas comment l'interpréter, mais je me sens bien. Tellement bien. Je voudrais rester comme ça tout le temps.

Je ne sais pas ce qu'il attend de moi. Je ne sais pas s'il veut quelque chose en retour. Je ne sais pas non plus si son geste est une marque d'affection ou un signe qu'il ne m'abandonnera pas.

Je n'en ai aucune idée, mais je n'ai pas besoin de savoir. Tout ce que je veux, pour le moment, c'est que rien ne change.

Pourquoi n'es-tu pas là, Chris ? Je te voudrais tant à sa place.


Je ne compte pas prendre l'habitude de mettre un mot en bas de page alors que je fais déjà une grosse apartée avant le chapitre, mais j'en vois déjà se dire « oO Mais… Depuis quand Wesker est aussi… Sociable… Elle le fait même passer pour quelqu'un de… De sympa ! ». Et ben oui. J'ai fait ça. Et je suis parfaitement consciente que le personnage de Wesker ne réagirait très probablement pas comme ça. Mais soyez bien sûrs que je n'ai pas écris des aberrations pareilles sans raison ! D'ailleurs mon résumé de chapitre le sous entends )

Malheureusement pour vous, il va falloir attendre le chapitre 4 pour avoir le fin mot de l'histoire, le 3 étant complètement différent de ces deux là.

Edit : Bon, quelque petites modifications quand même, surtout en fin de chapitre histoire de corriger un peu le tir concernant "Dieu". Bon, il reste encore beaucoup plus accessible qu'il ne devrait mais bon... Disons que j'ai finis par limiter la casse ^^"