Auteur : Heather-Shelley (Evy)
Personnages : Chris R. (– Rebecca C. = souvenir)
Résumé du chapitre : Deuxième jour d'absence pour Rebecca... Certains s'inquiètent, d'autres relativisent... Et un autre se souvient.
Oui, j'ai encore des choses à dire :Ben en fait... Non. A part que le chapitre doit être bourré de faute parce qu'il n'est pas passé par la case "correctice", non.
- Tu veux venir prendre un café, Chris ? Me propose Jill.
- Volontiers, aquiescè-je, me levant de mon bureau.
C'est fou la lassitude et la passivité qui me prends, tous ces jours où je suis enfermé au QG auquel je suis rattaché. Je me sens nettement plus à ma place sur le terrain, arme au poing. Je me suis presque fait une habitude de faire de l'extermination de zombies et de courir après une personne qui, avant, était Wesker et qui, maintenant… Est quelqu'un d'autre. Je n'ai pas envie de faire le moindre effort de mémoire pour me rappeler d'un nom ou quoique ce soit. Tout ce que je sais, c'est que peu importe le nombre de dirigeants que nous exterminerons, il en reviendra un autre… Mais tous en sembles, il y a quelque chose à faire.
Mécaniquement, j'emboite le pas de ma partenaire, me plaçant sans trop y réfléchir juste à côté d'elle. Ceux qui s'amusent à analyser les comportements y verraient sans doute la symbolique du fait que nous sommes côte à côte depuis longtemps, moi je m'en contre fiche. Tout ce que je sais, c'est que c'est ma première pause-café de la journée et que j'en ai bien besoin ! La bureautique, ce n'est pas mon fort et ça m'agace assez vite. Mais bon, je ne peux pas non plus passer tout mon temps sur le terrain.
Une sorte de coin détente – même si c'est en soi un bien grand mot – est aménagé à chaque étage. Cafetière, bouilloire, gobelets, le strict nécessaire en somme. Mais bon, nous ne sommes pas non plus là pour trainasser et ceux qui passent plus de dix minutes dans le secteur doivent être les premiers arrivés car c'est à eux de préparer. En dehors de ça, on reste là juste le temps de boire notre café, et encore.
Plusieurs autres personnes sont là, discutant par petits groupes, c'est souvent comme ça. En même temps, sans mentir, être seul, c'est assez moyen… Je prends deux gobelets et Jill s'occupe de nous servir tous les deux. Je la remercie et cherche mécaniquement un sujet de conversation mais avant que je puisse prendre la parole, c'est elle qui me fait remarquer l'arrivée de Quint et Keith. L'un comme l'autre leurs adressons un signe de la main comme bonjour. Ils nous le retourne tout en s'approchant. Le plus caller des deux en informatique nous montre une feuille écrite.
- Vous n'auriez pas vu Rebecca ? Nous interroge-t-il. Elle n'est pas dans son bureau.
Jill leur fait « non » de la tête et moi, je regarde autour de nous. Elle n'est pas ici non plus. Bizarre. Elle qui est toujours là avant tout le monde et qui s'en va après les autres…
- Déjà hier, elle était absente, précise son camarade.
Maintenant qu'ils le disent, c'est vrai que je ne l'ai pas vue non plus mercredi… Je doute qu'il y ai lieu de s'inquiéter, mais ce n'est pas normal pour autant. Elle ne fait quasiment plus de terrain et même si c'était le cas, nous serions au courant. Elle ne peut pas avoir disparu du jour au lendemain sans laisser de trace. Pas elle, si fidèle au poste.
- Elle est peut-être malade, propose Jill à tout hasard.
- Je doute que ce soit le genre de chose qui l'arrête depuis le jour où elle est venue avec 39 de fièvre… Je pense que tu t'en souviens, Chris, me sourit Keith, tu es le seul qu'elle ait écouté !
Ce souvenir me fit sourire.
Depuis deux jours, déjà, elle se portait moyennement bien mais faisait bonne figure face à tout le monde. Ce matin-là, elle est arrivée en même temps que les autres, à la différence de son avance habituelle. Rien de bien affolant, en soi, mais elle semblait complètement épuisée. Plus d'un ont cherché à savoir ce qui lui arrivait, mais elle ne disait rien. Seulement il suffisait de la regarder pour comprendre qu'elle était souffrante. Je ne me rappelle pas combien ont tenté de lui faire comprendre qu'elle n'avait « pas besoin de ce donner tant de peine », que « les dossiers pouvaient bien attendre quelque jours » ou encore que « le travail passe après la santé », elle n'avait rien voulu entendre.
L'un de nos collègue l'a traitée de folle – ce qui n'était en rien une insulte, vu la situation – et j'ai simplement voulu savoir ce qui se passait exactement… Et c'est comme ça que je me suis mis en tête d'aller la voir. En réalité, j'avais aussi quelques feuilles à lui remettre, mais pour le coup, c'était un peu une excuse vu les circonstances…
J'ai slalomé entre les gens et les bureaux pour atteindre le sien, perdu au milieu des autres. Malgré le fait que rien ne le que rien ne le distingue des autres, tout le monde sait où il se trouve. Tout le monde a, à un moment ou un autre, confié un document retrouvé en mission à Rebecca. Après tout, c'est elle qui en a la charge. Elle n'est pas la seule à comprendre, quelques autres savent également tirer l'essentiel des informations que nous trouvons, mais étant donné qu'elle ne fait pas - ou très peu - de terrain, c'est elle qui a le plus gros du travail. Si ça lui déplait, personne ne le sait, elle n'est pas de ceux qui se plaignent.
Je suis arrivé juste devant elle et, dans le but d'attirer son attention, j'ai passé ma main sous ses cheveux pour toucher son front. A la seconde où ma paume est entrée en contact avec elle, j'ai pensé exactement la même chose que mes collègues avant moi : « elle est complètement folle de venir avec la fièvre qu'elle a ».
Elle a mis un moment avant de prendre conscience de mon geste et même sa réaction est plutôt lente : la fatigue, sans doute. Elle a relevé la tête comme si cela était pour elle un effort surhumain et quand finalement elle m'a vu, elle a bondis vers l'arrière.
- Chris ! Tu m'as fait peur ! A-t-elle gémis.
- Tu vas bien ? Ai-je enchainé, soucieux.
- Oui ça va… Et toi ? A-t-elle fait l'effort de me demander pour paraitre naturelle.
- Tu en es sûre ? Ai-je insisté.
- Oui, je t'assure, tout va bien.
Mais il m'a suffis de la regarder pour savoir qu'elle mentait. Bien qu'elle n'ait jamais vraiment été mate, sa peau était bien plus claire qu'à la normale, les traits tirés, les yeux marqués par la fatigue… Elle n'a pas non plus réagis comme d'habitude. En temps normale, elle se serait levée et m'aurait regardé droit dans les yeux avec son habituel regard pétillant et bien trop doux. Là, elle ne s'était pas mise debout et, dès que j'essayais de croisé son regard, elle le détournait. Comme si elle avait honte. La connaissant, cela devait être le cas.
- Tu mens comme un arracheur de dents… Ai-je soupiré.
- Mais pourquoi personne ne me crois ? A-t-elle objecté avant de tousser.
- Pour ça, peut-être ?
- Chris… !
- Je te ramène.
- Non, ne te dérange pas pour moi. Ce ne sont pas… Un peu de fièvre et de la toux qui vont m'empêcher de travailler normalement…
- Un peu de fière ? Tu es brûlante !
- Pourquoi faut-il toujours que tu dramatises ? A-t-elle tenté de contré.
- Pourquoi faut-il toujours que tu mentes ? L'ai-je rayée.
Elle a un peu plus baissé la tête, refusant obstinément de se levé et me suivre. J'ai soupiré face à sa bêtise. Encore, si elle tombait facilement malade, qu'elle s'entête à rester parce qu'elle considère avoir été trop longtemps absente est concevable. Mais ce n'est pas le cas ! Elle ne s'est jamais absentée pour une raison ou une autre et elle fait plus d'heure en une seule journée que nous en deux !
- Ecoute-moi bien, Rebecca, ai-je repris sereinement. Tout le monde s'inquiète pour toi. Tu n'aurais pas dus venir et tu le sais donc s'il te plait, laisse-moi te ramener.
- Je ne peux pas rentrer… Je veux dire… Il me reste trop à faire…
- Trop à faire ? Alors que tu fais des journées de 16 heures ? Sois tu ne te rends pas compte et c'est grave, soit tu me prends pour un idiot et c'est vexant.
- Chris…
- Tu n'es pas la seule qui peut se charger de ton travail et tu le sais. Les autres n'auront qu'à se répartir la tâche pendant ton absence. Je doute que ce système tienne à la longue, mais il sera suffisant pour quelques jours, non ? Maintenant, tu as le choix entre me suivre et te faire trainer de force. J'ai décidé de te ramener et tu sais que je le ferais. Alors sois gentille et ne me complique pas la tâche.
- Sois gentille… A-t-elle répété, vexée. Sois gentille… Mais je dois toujours être gentille ! Je ne suis plus une enfant, Chris…
Elle aurait sans doute voulu me le crier, mais je n'ai trouvé dans sa voix que de la contrariété. C'est qu'elle semblait bien décidée à nous tenir tête, en plus. Si d'habitude la voir se défendre un peu me fait plutôt plaisir, là, je trouve qu'elle en fait mille fois trop. Et puis en plus de ça, elle me connaissait suffisamment pour savoir qu'elle ne me ferait pas changer d'avis et ceux peu importe ce qu'elle dirait.
- Non, tu ne l'es pas, ai-je approuvé. C'est bien pour ça que tu vas être logique et raisonnable.
Elle a soupiré puis c'est enfin levée et a attrapé son manteau. Rapidement, elle arrange les feuilles sur son bureau pour conserver un semblant d'ordre. Rebecca s'est avancée, précautionneusement, comme si elle marchait sur des œufs. J'ai mis un moment avant d'en comprendre la raison, mais finalement, la réponse m'a sauté aux yeux…
Fatiguée et affaiblie au point de ne pas tenir correctement sur ses jambes, elle est quand même venue…
En silence, nous avons quitté le bâtiment après que j'ai été prendre mon manteau. Ce n'est pas que je sois frileux, mais comment être pris au sérieux par une personne qui ne jure que par la logique quand on sort dans la neige en T-shirt... Je me suis efforcé de rester tout le temps à sa hauteur. C'était beaucoup plus raisonnable vu sa démarche vacillante. Je me fichais éperdument que les autres nous voient tous les deux. Et puis la laissé partir toute seule n'était absolument pas une bonne idée, même si elle habite à un peu moins de 800 mètres. Au pied de l'immeuble, je me suis vaguement souvenu de la direction de son appartement mais l'ai laissé me montrer le chemin, je ne préférais pas me tromper.
De la même manière qu'à l'intérieur, je suis resté à côté d'elle, prenant soin de ne pas la devancé ne serait-ce que d'un pas. Et j'ai bien fait, a mi-chemin, à peu près, elle a perdu l'équilibre et se serait retrouvée le nez par terre si elle n'avait pas pu se rattraper à la manche de mon manteau. Le plus vite possible, je l'ai sous tenue. Avant que je n'aie eu le temps de lui demander si ça allait ou si elle s'était fait mal, elle a justifié cette chute en termes scientifiques… Tout ce que j'ai réussi à en comprendre, c'est qu'en plus d'être crevée, d'avoir de la fièvre et mal à la gorge, elle subissait aussi une migraine.
Je ne mentirais pas sur le fait que je me suis demandé comment elle pouvait tenir malgré tout. Elle restait silencieuse, pas une plainte, rien… Il n'y avait pas à dire, cette fille était dure au mal. En tout cas plus que je ne l'aurais cru. Mais chose admirable ou pas, elle n'aurait pas dû venir. Faire bonne figure ne sert à rien, surtout quand on se fait du mal.
Sur le reste du chemin, elle est restée accrochée à moi. Je n'ai rien dit, pour elle s'était rassurant. Et puis pour moins de 500 mètres, ce n'est pas un drame !
La partie la plus difficile du retour a été de monter jusqu'à son appartement… Pour tout dire, heureusement que j'étais là. Et si jamais elle était partie d'elle-même, la rampe m'aurait sans aucun doute remplacé. Une nouvelle fois je me suis demandé comment elle avait fait pour venir dans un été pareil… Et j'ai préféré l'ignorer.
- C'est bon, je suis chez moi, maintenant… Plus la peine de me tenir la main… A-t-elle murmuré, fébrile.
- Non, je reste, ai-je réfléchis. Je te connais et si je te laisse seule, tu ne te reposeras pas.
- Mais que veux-tu que je fasse, enfin ? S'est-elle vexée.
- Ne me prends pas pour un idiot. Tu dois bien avoir des dossiers, quelque part… Ou des fichiers informatiques dont tu ne t'es pas encore occupée.
Elle a poussé la porte en même temps qu'un soupire et est entrée la première. J'ai refermé derrière nous. La première remarque que j'ai faite sur son lieu de vie est sans doute le fait que ce soit vraiment petit. Mais bon, quand on en a l'habitude… Du reste, c'est assez jolie et clair…
- Tu veux un café, peut-être ? M'a-t-elle proposé.
- Seulement si tu me laisse le faire et que tu vas t'allongé, ai-je rétorqué.
- Si tu veux… La cafetière est là, m'a-t-elle dit en la désignant. Et les tasses dans le placard au-dessus.
Et puis elle s'est éloignée de la porte de sa kitchenette pour longer le mur et ouvrir une autre porte, au carrelage blanc, celle de la salle de bain. Comme dans les ¾ de habitations, l'armoire à pharmacie devait s'y trouvé. Je m'apprêtais à lui porté conseil quand je me suis souvenue que, biochimiste de formation, elle était aussi infirmière. Conseiller quelqu'un qui en sait plus que soi… Dur, dur !
Un moment, je l'ai entendu me dire que, si je la cherchais, elle était simplement dans sa chambre, en face. J'ai acquiescé et ai terminé de me faire couler du café. Quand je reviens vers elle, elle s'est sagement résignée à s'allongée. Surement parce qu'elle sait parfaitement bien que je n'en démordrais pas.
Si j'agis avec tous de la même manière, elle est la seule qui m'ait forcé à aller aussi loin, mais elle m'agace. Elle ne semble toujours pas avoir compris qu'elle doit se soucier d'elle avant les autres. De sa santé avant son travail… Nous avons besoin d'elle, il n'y a pas à dire, mais nous téléphoner aurait été tellement plus simple !
- Tu comptes rester longtemps, encore ? A-t-elle voulu savoir. Je ne voudrais pas que tu ais nos supérieurs sur le dos par ma faute…
- Ne t'en fais pas pour ça, ai-je souris Tu m'importes bien plus que leur autorité. Et pour te répondre : jusqu'à ce que tu dormes. Au moins, je n'aurais pas de doute sur le fait que tu te reposes.
Et puis le silence est retombé. J'ai pris une chaise dans ce qui devait être son séjour et l'ai glissé entre le mur, l'armoire et le lit. J'ai commencé à la veillé innocemment avant qu'elle ne me demande :
- Pourquoi fais-tu tout ça ?
- Comment ça ?
- Je ne suis personne vis-à-vis de toi… Je ne comprends pas pourquoi tu te démène autant juste pour moi…
- Et pourquoi « juste » pour toi ? Tu n'es pas personne, tu es mon amie. Tu ne m'as pas abandonné et je ne t'abandonnerais pas.
- Je n'en ai jamais fait autant pour toi…
- Ca ne change rien, pour moi.
- Je ne te comprends pas.
- Je ne te le demande pas.
Et puis le silence est retombé… Elle s'est endormie avant même que je finisse mon café. J'ai remis les choses à leur place et je suis parti, écrivant en marge ses notes de travail qu'il n'était pas question qu'elle revienne avant lundi et que je m'occupais de l'excusée. Puis c'est ce que j'ai fait. Mes camarades m'ont dit que j'avais bien fait. Jill à plaisanter en me disant que je « l'aime beaucoup, notre Rebecca ».
Que dirait-elle, si elle savait qui je fais l'horrible erreur d'aimer… ?
…
Des rires me sortent de mon souvenir. Je réponds à Keith, lui assurant que je me souviens bien de ce jour-là. Jill me regarde, intriguée, se demandant probablement à quoi je pouvais penser. Je me repose la même question qu'il y a des années de ça et comme à chaque fois, préfère en ignorer la réponse.
- Et puis elle sait se servir d'un téléphone ! Si elle a retenu la leçon, elle aurait appelé ! Insiste le plus inquiet d'entre nous.
- Je passerais chez elle, en rentrant. En attendant… Voyez avec eux, dis-je en désignant d'un geste du menton eux de nos supérieurs hiérarchiques.
