Thorin me manque ... Pas vous ?

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Soudainement, il attrapa les rênes et donnaune impulsion pour que le poney reparte au pas. Sans me regarder il grogna d'un ton glacial :

- On rentre.

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Une fois que l'on fut arrivée dans les écuries, il descendit du poney et partit sans même me regarder. Je dus me dépêcher pour descendre à mon tour et pour le suivre dans les couloirs du palais. Cette fois ci, il se moquait bien de m'attendre et marchait plus vite qu'à l'allée. Je peinais à le suivre et j'avais un pincement au cœur. Je me sentais mal de l'avoir mis en colère et je ne comprenais pas la raison de son emportement. Je ne voulais pas croire qu'il était la cause de la tristesse de mon père et de la disparition de ma mère. Je ne connaissais pas bien Thorin mais je ne pouvais pas penser qu'un Roi si digne puisse faire une telle chose.

Du moins je l'espérais fortement et, si ce n'était pas lui qui était en tord, j'étais certaine qu'il savait des choses qu'il ne voulait pas me dire. Pourquoi me gardait on toujours dans l'ignorance sur des sujets qui, pourtant, me concernaient directement ? Je tremblais de peur de savoir la vérité et je priais du plus profond de mon âme que Thorin n'y était pas impliqué. Sinon ma vie avec lui risquerait d'être encore plus chaotique que tout ce que j'avais pu m'imaginer.

Je remarquai soudainement que nous ne nous dirigions pas vers la salle commune où tous les convives dansaient et buvaient abondamment. Qu'est ce que le Roi me voulait il encore ? Au lieu de descendre vers la salle principale, nous montions dans les appartements royaux. Et puis, je pris soudainement peur quand je compris notre destination et, je m'arrêtai automatiquement. Thorin qui pourtant semblait ne pas m'accordai d'intérêt s'arrêta lui aussi quand il sentit que je ne le suivais plus. Alors, pour la première fois depuis que l'on était rentré, il posa son regard sur le mien.

En voyant le doute et la méfiance dans mes yeux, il adoucit les traits de son visage et s'approcha de moi. Sans vraiment savoir pourquoi, je dus me retenir pour ne pas partir en courant. Il dut le sentir car il s'arrêta net pour observer mes réactions, prêt, s'il le fallait, à me rattraper en cas de fuite. Mais je n'allais pas refaire la même bêtise et je me rappelais parfaitement bien de la menace du roi au début du banquet. Je restai donc immobile à me perdre dans le bleu des yeux du nain. Alors, il s'avança d'avantage et me prit la main. Il me demanda finalement d'un ton neutre et en revêtant son masque impassible :

- Pourquoi tremblez vous ?

- Je ... J'ai ... Je ne tremble pas.

- Arrêtez de me voir comme un monstre. Je ne vais pas vous manger.

Alors sans un mot de plus, il m'emmena vers les escaliers en me tenant toujours la main. Nous montâmes tellement que je commençais à avoir mal aux jambes et à me demander si cet escalier avait une fin. Heureusement, au bout de quelques minutes, nous arrivâmes en haut. Les escaliers débouchaient sur un grand couloir de pierres taillées et de carrelage en marbre. Au bout de celui-ci, il y avait une porte en bois d'ébène. Thorin l'ouvrit, à l'aide d'une poignée en or, et me fit entrer en première. C'était, comme de nombreuses salles dans Erebor, sublimes. Encore plus belle que la chambre de Dis. Il y avait une cheminée en marbre blanc et un lit à baldaquin rouge bordeaux sur lequel était déposée une épaisse peau d'ours.

Je remarquai aussi qu'on avait monté tous les présents que j'avais reçu ainsi que toutes mes affaires ce qui me fit me rappeler que cette chambre était, dorénavant, aussi la mienne. Nostalgique, je me dirigeai vers la grande fenêtre de la chambre. Celle-ci donnait sur toute la vallée. On pouvait parfaitement bien voir la ville de Del ainsi que n'importe quelle personne entrant ou sortant du royaume. Ma main se posa sur le carreau et mes yeux se perdirent dans le vide. La voix grave du Roi me fit sortir de mes pensées :

- Votre père et moi avons conclu un marché.

Je sentis mon cœur battre à cette déclaration et mes poings se serrèrent automatiquement. J'en étais sure ... Je savais qu'il y avait quelque chose. Mais qu'est ce que cela signifiait ? Toujours dos au Roi, je ne pouvais pas voir l'expression de son visage et je fronçais les sourcils. Une peur désagréable s'empara de moi et je du fermer les yeux pour reprendre mon souffle. En contrôlant ma voix pour ne laisser apparaitre aucunes craintes je lui demandai :

- Quel sorte de marché ?

- Un marché qui ne vous concerne absolument pas.

- Pardon ?

Les poings toujours fermement serrés, je me retournais pour affronter le regard sévère du si puissant roi. Il avait arqué ses sourcils à ma dernière réplique et je profitais de son manque de réaction pour enchainer :

- Au contraire ... Je pense que si vous faites des marchés avec mon père dans mon dos cela me concerne directement !

- Ne haussez pas le ton.

- Je ne hausse pas le ton !

- Ah oui ?...

- Et vous ne répondez pas à ma question.

- Je ne vois pas en quoi je me dois de répondre.

- Je vous l'ordonne !

Rouge de colère, j'avais presque hurlé ma dernière phrase. Seulement, je vis le regard du roi, qui luttait depuis le début pour garder son calme, s'assombrir dangereusement. Je me figeais sur place lorsqu'il me répondit de sa voix grave et menaçante :

- Je pensais que depuis la dernière fois vous auriez retenu la leçon ... Mais je me trompais.

Il fit demi tour et lentement il se dirigea vers la porte. Etonnée, je le suivais des yeux car je pensais qu'il aurait éclaté de colère. Il ouvrit la porte et, juste avant de sortir il me dit :

- Je ne lance pas de parole en l'air. Je vous avais dis que je n'accepterai pas d'impertinence et, étant donné que vous êtes à présent ma femme, je peux aisément vous apprendre la politesse. N'oubliez pas, je suis Roi.

Et là, il me montra une clef d'or qu'il fit danser entre ses doigts. Je compris bien trop tard ses intentions et, avant que je ne puisse faire quoi que se soit, il était déjà sorti et m'avait enfermé dans la chambre. Je couru à la porte et frappai de toute me force en hurlant que je n'étais pas un animal mais, rien n'y fit. Il était déjà parti et je me retrouvais seule, enfermer dans le doute.

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La première chose que je fis, ce fut d'enlever, le plus vite possible, cette robe qui me serrait trop, qui m'empêchait de bouger et qui me rappeler déjà trop de mauvais souvenirs. Je pris dans mes bagages les premiers habits agréables et faciles à enfiler et machinalement, j'ouvris la fenêtre. J'avais besoin d'air frais pour me changer les idées. La colère faisait encore pulser mes veines et il fallait que je pense à autre chose pour pouvoir me calmer.

Seulement, comment pouvais-je donc penser à autre chose ? Toutes mes pensées étaient dirigées vers mes parents. Cette fois ci, il n'était plus question de regret, de nostalgie ou d'envie de fuir. Non ! Il était question de peur, de doute et de besoin de me rassurer. Qu'est ce qu'on prenait tant de mal à me cacher et pourquoi Thorin ne me disait rien. Le pire était de rester dans l'ignorance, de savoir qu'il se passait des choses à des gens que j'aimais mais qu'il était impossible pour moi de les aider.

Je regardais autour de moi et je me mis à fouiller la chambre. Je regardais les habits du roi, ses papiers et ses lettres, j'ouvrais toutes les armoires, les coffres, les malles ... Je voulais trouver quelque chose qui me mettrait sur une piste. Malheureusement, je ne trouvais rien d'intéressant et je suspectais le roi d'avoir mis tous ses papiers importants dans son bureau.

Cependant, alors que j'ouvris un autre coffre, je tombai sur un objet que jamais de ma vie je ne pensais voir un jour. C'était le tronc de chêne qui servait de bouclier à celui qu'on appelait jadis Ecu-de-Chêne. Pendant un instant j'oubliais ma colère contre lui et je tentais d'imaginer quel genre de nain il avait été et, s'il avait beaucoup changé. Je m'imaginais un nain noble, fier et courageux et je me demandais s'il l'était encore. Après tout, je ne connaissais de lui que ses regards sombres et sa voix grave qui se plaisait tant à me remettre à ma place.

En soupirant, je m'adossai au mur et posai ma tête sur mes genoux. La nuit commençait à tomber et je me demandai ce que ma mère faisait à ce moment là. Etait elle au coin de notre cheminée, emmitouflée dans sa couverture de velours en train de lire un de ses livres favoris ? Ou dormait-elle seule en se posant les mêmes questions que je me posais ?

Lentement, je me laissai glisser sur le sol et, en me roulant en boule, je me refusais d'aller dans ce lit qui n'était pas le mien. Je grelottais légèrement mais ce n'était pas à cause du froid. Avec difficulté, j'ordonnais à mes paupières de se fermer et je me forçais à m'endormir. C'était ma troisième nuit dans le royaume et, même si je trouvais que c'était la meilleure, je fis encore pleins de cauchemars.

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Le lendemain, je me réveillais sous des couettes bien chaudes et sur un matelas douillet. Je mis un petit moment à me rappeler des évènements de la veille mais, lorsque ma mémoire fut de nouveau opérationnelle, je fus surprise de me retrouver dans le lit. A coter de moi, la place était vide mais je pouvais sentir qu'elle était encore chaude. Lentement, je me redressai sur mes coudes pour m'aider à me réveiller. On avait fermé la fenêtre mais les rayons du soleil noyaient la pièce de lumière éblouissante.

Je retombai sur l'oreiller en rabattant la couverture jusqu'à mes oreilles. Je ne voulais pas me lever, cela me demander trop d'effort. J'entendis alors la porte s'ouvrir et je me figeais sous la couverture. Ne pouvaient-ils donc pas me laisser une minute de répit ? Je sentis alors une main se posait sur mon épaule et on me secoua légèrement. Je priais tous les dieux du monde pour que cela ne soit pas Thorin. Heureusement, une voix me confirma le contraire :

- Méliana ? Il faut que tu te lèves.

Lentement, je fis descendre les couettes sous mon menton et je reconnu tout de suite Dis. Sans vraiment trop savoir pourquoi, je me sentis remplie de joie. Depuis combien de temps n'avais je pas pu être seule avec une personne de la gente féminine ? Je lui offris mon sourire le plus beau et je lui demandai en me redressant :

- Quelle heure est il ?

- Bien trop tard pour une reine !

Elle semblait de bonne humeur et elle laissa un petite rire lui échapper en tirant sur les couettes. Je sortis du lit en continuant de l'écouter :

- Aujourd'hui est un grand jour !

- Ah bon ?

- C'est ton premier jour de règne. Tu n'es pas anxieuse ?

- Et bien ...

Je passai machinalement ma main derrière ma nuque et je baissai la tête en continuant :

- Comment ne pas l'être ?...

- Pas d'inquiétude Mel ! Je vais t'aider et tu verras ça sera bien plus simple que ce que tu aurais pu imaginer. Ah ! Et avant que je n'oublis, Thorin est parti à Del pour voir comment la ville se porte. Tu sais, cela ne fait pas longtemps qu'elle de nouveau habité et restauré ! Il voulait voir en personne le maire de Del. Tu dois sûrement le connaitre, c'est Bard.

- Ah. Euh ... Oui, oui je le connais. Il vivait à Esgaroth avant ? C'est lui le tueur de dragon.

- Exact ! Allez grouille ! Enfiles moi cette robe. Je t'attends dehors. Je pense que tu ne dois pas encore bien te retrouver dans Erebor.

- Non, c'est sur ... Merci Dis.

La soeur du roi me lança un sourire radieux et sortit de la chambre en me répondant qu'il n'y avait pas de soucis. Le flot de paroles avec lequel elle m'avait noyé me rappela à quel point Thorin n'était pas quelqu'un de bavard. J'avais l'impression d'avoir passer des années en sa compagnie tellement je n'étais pas habituée à autant d'allégresse. Je m'étirai en baillant bruyamment et, je sautai du lit. Aujourd'hui, je ne verrais pas le roi. Bonne nouvelle ! De quoi me mettre d'excellente humeur ...

Tout en parlant, Dis m'avait laissé sur le lit une robe bleu et verte que j'attrapai avant de me diriger vers le miroir. Et là, j'aperçus mon visage. Je ne reconnus pas la naine que je devrais être. Encore une fois, ma différence me donna une claque désagréable au visage qui me faisait trembler de rage. Qu'est ce qui n'allait pas bien chez moi ? Pourquoi ma peau était elle si pale ? Pourquoi était elle si lisse ? Pas un brin de barbe. Pas un seul. Ma main se dirigea vers ma joue et glissa le long de ma mâchoire jusqu'à mes lèvres. Rouges. Le maquillage de la veille était toujours présent et faisait ressortir mes yeux trop bleus, trop pur. Mes cheveux bruns étaient lisses, fins et longs. J'avais trop honte. Trop honte d'être la reine d'un peuple de nain puissant et fier alors que je ressemblais plus à une femme ou pire, à une elfe.

Je cachai mon visage de mes mains et respirait lentement pour calmer mes envies de hurler de colère. Pourquoi devais je tout le temps me sentir mal ? Dans des gestes lents et automatiques je me changeais pour revêtir la robe en soie bleue qui n'était même pas à moi. Encore une fois, mon regard croisa mon reflet. Je n'avais même pas de hanches, même pas de forme. Il m'en venait parfois à me demander si j'étais réellement une naine. Pourquoi Mahal avait il fait de moi un monstre ?

Habituée à ce dégoût face à mon physique, je détournai le regard pour me diriger vers l'extérieur. Dehors Dis m'attendais et, quand elle me vit, elle m'offrit un de ses sourires si merveilleux. J'eus du mal à lui répondre et j'écoutais ce qu'elle me disait sans rien dire. Dis était vraiment belle et, j'en venais même à me demander pourquoi elle ne c'était pas remarier à la mort de son époux.

Une fois arrivées à la salle à manger privé de la famille royale et de ses proches, je me dirigeais à ma place, c'est à dire : à côté du grand siège vide du roi. Il n'y avait presque personne à part moi et Dis. Les autres ne nous approchaient pas vraiment, ils nous avaient juste salué poliment à notre arrivé en s'inclinant le plus bas qu'ils pouvaient le faire. Je mourrais de faim et en décidant que je devais arrêter de penser pour ne pas me tourmenter davantage, je mangeais comme si c'était la dernière fois que je pouvais le faire. Au bout d'un moment, je remarquai qu'on me regardait de biais et qu'on parlait en chuchotant. Qu'était ce encore que cela ? Dis, à côté de moi, répondit à ma question muette :

- Ne t'inquiètes pas. C'est normal. Tu viens des Montagnes Bleues et tu es la fille d'un autre qu'un nain d'Erebor. Ici, on est très méfiant. Avec des nains comme ceux que tu vois là bas, même si tu es leur reine, il faudra que tu leur prouves que tu es à la hauteur des nains d'Erebor.

- Et comment dois je faire pour gagner leur confiance ?

- Je pense que c'est surtout avec le temps. En faite, j'ai sais pas grand chose. Je n'es jamais été Reine et je n'ai jamais quitté mon peuple, même quand nous avions du quitter Erebor. Je suppose qu'il faudra que tu prouves ta valeur d'une manière ou d'une autre.

Je lançais alors des regards noirs en direction des nains qui me pointaient discrètement du doigt. J'avais déjà assez de soucis pour devoir m'occuper de quelques personnes qui n'avaient pas confiance en moi.

- Ahah ! Et c'est pas comme ça que tu vas y arriver ma p'tite dame !

Je sursautais par la surprise et releva mon regard vers le nain qui m'avait adressé la parole. Un sourire se dessina sur mes lèvres quand je reconnus Dain. Je lui répondis malicieusement :

- Et que me conseillez vous alors ?

- Tu veux que te je donne un conseille ? Mmh ... Qu'est ce que j'aurais en échange ?

- Toute ma gratitude.

- La gratitude d'une reine ? Ca vaut de l'or mais je suis quelqu'un qui voit toujours plus loin que ce qu'il peut obtenir.

Il me fit un clin d'oeil en riant à gorge déployée.

- Très bien, gardez vos secret Monsieur Dain ! Je me débrouillerai bien toute seule. De toute façon ça ne sera pas mon occupation aujourd'hui !

- Tu te trompes Méliana. Ca sera ton occupation tous les jours. Cela peut être très dangereux de se faire de ennemis.

Le ton dans la voix du nain des Monts de Fer avait soudainement changé et il me regardait avec sérieux. Je lui trouvais même un ton grave qui me fit perdre mon sourire. Je comprenais parfaitement bien ce qu'il voulait dire et la manière dont il me regardait me faisait froid dans le dos. J'enregistrais sa dernière phrase. Désormais, j'allais réfléchir à la manière dont j'allais parvenir à m'intégrer au sein du peuple d'Erebor. Dain me fit un signe de tête et s'éloigna sans un mot de plus. Je le suivis du regard. J'avais perdu mon appétit et heureusement, Dis se tourna vers moi pour me dire qu'on pouvait y aller.

Elle aussi avait perdu son sourire pour une raison que j'ignorais. Elle n'avait pas lâché des yeux le grand seigneur des Monts de Fer et ne lui avait respectivement pas adressé la parole. Je sentis même qu'il y avait un froid entre les deux nains dont j'ignorais la provenance. C'étaient ils disputés ? En y repensant, Thorin non plus n'avait pas été énormément ravis, lors du banquet, de voir son cousin. Pourtant, j'avais entendu dire qu'il existait de bonnes relations entre Erebor et les Monts de Fer. Je pouvais rajouter cela à la liste des mystères que je devais éclaircir pour en apprendre plus sur la lignée de Durin et leurs secrets. Après tout j'étais aussi liée à cette lignée.

Nous passâmes toute la matinée dans le bureau du Roi. Plusieurs fois, j'eus fortement envie de fouiller un peu les papiers qui s'y trouvaient mais, la présence de Dis m'en empêchait. Elle m'expliqua comment gérer et trier tous ses dossiers. J'avais déjà bien appris à gérer un royaume avec mon père aux Montagnes Bleues mais Erebor était bien plus conséquent que le palais de ma famille et tout était bien plus compliqué. En début d'après midi, je rencontrai les ministres du royaume. Certains ne semblaient pas du tout m'apprécier et je compris parfaitement ce que Dain voulait dire. J'avais beaucoup de travail à faire pour gagner leur confiance ...

Je n'eus même pas le temps de penser à mes parents et malgré l'inquiétude qui me tiraillait je voulais mettre cette affaire de côté. J'étais la reine d'Erebor et, j'avais pris ma décision, grâce à Dwalin, que je devais accepter ma position. De plus, plus le temps passait, plus j'optimisais. Même si Thorin et mon père avaient conclu un marché, rien de grave ne pourrait lui arriver et, tout les problèmes avaient une solution.

A force de rencontrer ministre sur ministre, de signer papier sur papier, je commençais à fatiguer. J'avais été tellement concentrer que je n'avais pas vu le temps passer. Il devait être trois heures de l'après midi quand mon ventre commença à crier famine. J'étais assise à la place du Roi quand, je posai la plume que j'avais en main et me levai pour m'étirer. Dis, quelques mètres à côté assise sur un fauteuil en train de lire, me suivait du regard. Je vins me placer devant la fenêtre et je scrutais l'horizon. La fenêtre, ouverte, laissait passer des brises fraiches qui caressaient mon visage. C'était tellement agréable que j'en fermai les yeux. Derrière moi, la voix de Dis retentit :

- Il c'est encore passer quelque chose n'est ce pas ?

Dans mon ventre, une boule se forma à nouveau. De quoi parlait elle ? J'espérais qu'elle n'était pas au courant de notre dispute entre Thorin et moi, ainsi que pour tout le reste. Malheureusement, je me doutais bien qu'elle devait tout savoir. Je continuai de fixer le ciel. Non. Je n'avais pas envie d'en parler. En voyant que je ne répondais pas, elle continua :

- Il était en colère ce matin.

- Ce n'est pas mon problème.

J'avais répondu un peu trop rapidement et sur un ton un peu trop cassant. Je m'en voulu aussitôt. Je n'avais pas envie de parler de cela avec elle car je savais que, pour le moment, c'était un sujet qui me fâchait. Cependant, elle ne sembla pas énerver et elle me répondit :

- Je ne sais pas exactement ce qu'il a fait mais je pense qu'il est, d'une manière ou d'une autre, attaché à toi.

- Cela m'étonnerait énormément Dis. Ce mariage n'était qu'un mariage arrangé et vu comment cela se passe, je pense plutôt qu'il souhaiterait n'avoir jamais eu à se marier.

- Je connais bien mon frère. Au début c'était un pur mariage arrangé c'est vrai mais, tu l'as énormément surpris. Il s'attendait plus à une femme ennuyante et tu es tout le contraire.

Je ne répondis pas. J'étais loin de pouvoir lire dans les yeux sombres de Thorin. Ce qu'il pensait de moi était un vrai mystère mais de là, pour qu'il ait de l'affection ? C'était du n'importe quoi. J'étais un vrai problème à ses yeux tout comme il était un vrai danger aux miens. Son caractère lunatique m'empêchait d'en apprendre plus sur lui. Parfois je le trouvais séduisant, beau et attirant mais à l'instant d'après je le trouvais autoritaire, cruelle et sombre. Qui était il vraiment ?

Soudainement, la porte du bureau s'ouvrit brusquement et Balin apparut essoufflé et, avec une inquiétude qui marquait les traits de son visage. Il resta quelques secondes immobile, la bouche ouverte pour reprendre son souffle et les sourcils déformaient par la peur. Dis c'était levée en le voyant et il laissa glisser son regard entre moi et la soeur du Roi. Au bout d'un moment ou personne n'avait osé dire un mot il articula difficilement :

- Elle ... Elle va mourir ...

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Les larmes menaçaient déjà de couler sur mes joues. Je courrais derrière Balin qui nous conduisait vers la chambre. Comment ? Comment ? Je me moquais des regards qui se posaient sur moi quand nous traversions les couloirs d'Erebor. Je devais aller plus vie, plus vite ! Il fallait que je la vois ! Tout de suite. Avant qu'il ne soit trop tard. Avant que ...

Je ne pouvais y croire, ce n'était pas possible. N'est ce pas ? On se jouait de moi comme toujours depuis que j'avais posé les pieds ici. C'était certain quelqu'un me faisait une farce. Il devait être là, tous près, en train de rire sombrement. C'était pour me punir. Me punir pour avoir été insolente, pour lui avoir manquer de respect. Je vous en supplie ! Mahal ! Faites-en sorte que Thorin me fasse une affreuse blague ! Faites-en sorte que tout ceci ne soit qu'un affreux cauchemar ! Ma mère n'était pas vraiment ici !

Ma mère ne pouvait pas mourir !

On ouvrit la porte, mon père était là, il s'efforçait de cacher ses larmes. Même si la pièce était plongée dans l'obscurité, je pouvais parfaitement bien distinguer le grand lit ou était allongé un corps. J'accourus près du lit et je me jetais aux côtés de ma mère. Je lui pris la main fiévreusement et je murmurais doucement, en tremblant et en espérant une réponse :

- Maman ?...

Je sentis d'abord la main que je serrai trop fort bougeait un peu puis, les paupières de ma mère bougèrent et ses yeux se dirigèrent vers moi. Elle était trop blanche, trop tremblotante, le sourire qu'elle me fit était celui d'un mourant acceptant son sort. Je voulu hurler de rage. Elle me répondit dans un faible sourire :

- Ma chérie ... Je suis si contente de te voir ...

- Maman ! Tiens bon ! Je suis là. Il n'y a plus rien à craindre. On va prendre soin de toi.

- Je ne crains plus rien maintenant que je t'ai vu mon enfant. C'était ... perdu d'avance.

- Ne .. Ne dit pas ça !

Mes larmes coulaient maintenant à flot sur mon visage et je tremblais de toute mes forces. Je ne pourrai survivre sans elle.

- Je suis condamnée. Je ... Je suis désolée ma chérie ne te pas te l'avoir dit ... Je lui avais fais promettre.

- Pa ... Papa ?...

- Ton époux.

- Je m'en fou de lui ! Ne me parle pas de lui maintenant ! Je t'en supplie ne ...

Une quinte de toux violente me coupa la parole. Affolée, je me précipitai pour aider ma mère à se redresser. Lorsqu'elle cracha du sang je me retournai et, avec rage, je hurlai à ceux qui étaient présent dans la pièce de faire quelque chose. Quoi que je dise, personne ne bougea et, certains, gênés par le triste spectacle, détourna le regard. Je les maudissais en pleurant. Seul mon père accourut et pris la main de sa femme qu'il aimait tant. Quand elle réussit à se calmer, elle sourit à son mari et, en lui faisant un signe, il s'éloigna :

- Je ... dois parler à ma fille.

Il fit un signe de tête et recula malgré toute l'envie qu'il avait de rester à ses côtés.

- Méliana, n'en veut pas à Thorin, n'en veut à ton père, n'en veut à personne. Avant de mourir, je dois ... Je dois te dire ...

- Maman ! Ne parles pas ...

- Approches toi, tu dois être la seule à entendre ...

En pleurant toujours, j'obéis à ma mère, me penchant pour que je sois la seule à entendre ses mots.

- il faut que tu saches ... Ce mariage n'est pas le fruit du hasard ... Tu .. Tu ...

Sa voix s'affaiblissait, elle semblait souffrir de plus en plus et se battre pour parler.

- Enar n'est pas ton vrai père ...

Je m'éloignai pour regarder ma mère dans les yeux. Que venait elle de dire ? Son visage semblait etre plus apaiser et, elle posa sa main sur ma joue en me souriant. Que venait elle de dire ?

- Excuses moi, Méliana ... Excuses moi ...

Elle laissa retomber sa main et des larmes coulaient sur ses joues. Une quinte de toux la reprit mais je ne pouvais plus bouger. Je ne pouvais que la regarder, affolée et perdue à la fois. Mes tremblements avaient cessé alors que ma mère toussait de plus belle. Je la fixais comme si je ne faisais plus partie de la scène, comme si tout était irréelle. Mon père accourut en aidant ma mère à se redresser et en pleurant silencieusement. Je n'avais pas remarqué qu'il n'y avait plus que nous dans la pièce.

Quand la naine qui m'avait mise au monde lâcha son dernier soupire, que ses paupières retombèrent en laissant deux yeux bleues scrutaient le vide et, que mon père hurla de tristesse, je me rendis compte que je n'avais plus de mère. D'une main tremblante, j'approchais mes doigts du visage de ma mère et je lui fermais les yeux. J'étais complètement vide. Les larmes tombaient sans que je ne me rende compte et mon coeur semblait être briser. Qu'est ce qui venait de se passer ? Juste là. Qu'est ce qui venait de se passer ? Qu'est ce qui ve...

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Je m'étais évanouis et on m'avait ramené dans ma chambre. Quand je rouvris les yeux, la douleur dans ma poitrine n'était pas partie mais, je n'avais plus la force de pleurer. Je mis un certain temps pour apercevoir quelqu'un assis à mon chevet. Mon père ?... Non. Mon mari. Il était assis, les coudes sur les genoux, la tête penchée en avant. Quand je bougeai pour m'assoir, il releva les yeux sur moi et je crus voir une lueur d'inquiétude. Je ne lui dis rien et il ne me dit rien. Je l'en remerciai intérieurement.

C'était pour cela qu'il ne m'avait rien dit. C'était pour cela que mon père semblait malheureux. C'était pour cela que je me sentais dans l'ignorance. C'était pour cela que je me disputais avec Thorin. Et j'en étais tellement malheureuse. Et je m'en sentis mal. Je voulais m'enterrer six pieds sous terre et m'endormir pour ne jamais me réveiller, pour oublier. Je voulais retourner dans le passé, ne jamais à avoir eut à vivre ces affreux moments. Je me sentais briser en des millions de petits morceaux et il me semblait que jamais je ne pourrais recoller les morceaux.

Je croisai les yeux de Thorin et je m'en voulu d'avoir douté de lui. Je m'en voulu tellement que j'avais l'impression que tous ce qui étaient arrivée était de ma faute. Qu'avais je donc fais pour en arrivée là ? Un silence s'installa et aucun de nous ne bougea. C'était un silence apaisant pendant lequel nos yeux parlaient à notre place. Que me restait il ? Rien. Je serrais les dents et les poings. Rien, c'était un mensonge. Il me restait mon père qui devait mourir de tristesse, seul.

Je suivis du regard la main de Thorin qui alla se poser sur la mienne. Je la serrai de toutes mes forces et quelques larmes coulèrent pour aller mouiller les draps. De mon autre main j'allais essuyer mes yeux. Il fallait que je tienne, pour ma mère. Ma mère qui m'avait laissé comme héritage des énigmes dues à la folie de la mort. Il fallait que je tienne pour mon père, qui avait plus que tous besoin de mon soutient. Il fallait que je tienne pour mon Roi, qui avait un royaume tout entier à gérer et qui avait besoin de sa reine. Je murmurai :

- Désolé ... Je suis vraiment désolé ...

Et je le pensais réellement. La main du roi quitta la mienne et, tout en douceur, il la posa sur ma joue. Il la caressa avec son pouce et délicatement, il se pencha pour embrasser mon front. Enfin, il murmura de sa voix grave et envoutante :

- Il n'y a rien à pardonner.

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Ca faisait tellement longtemps. J'étais trop contente de m'y replonger :)