Encore une longue absence pour la suite de cette fic. Un petit accident m'a privé de l'usage de mon bras droit pendant quelques semaines : écrire ou taper sur le clavier était impossible.
Le chapitre est court mais je pense qu'il commence enfin à amener des choses plus claires pour Tomo.
Bonne lecture. Et comme vous savez, un petit commentaire est toujours le bienvenu.
Chapitre 8
J'entrai dans le petit restaurant qui tenait lieu d'accueil pour le bar au sous-sol, toujours aussi inquiet et tourmenté par rapport à Kame et Emma. Mes émotions valsaient de l'un à l'autre sans arriver à se focaliser sur une personne. Etait-il possible de ressentir la même chose, avec la même intensité pour deux personnes diamétralement opposées ?
Peut-être que ce que j'avais vécu en été n'était qu'une affabulation de mon esprit, due au fait que je n'étais pas moi-même à cette époque. Je soupirai. Non, j'étais sur de moi et pour rien au monde je ne voulais que ce soit un songe. Mais alors ? Que penser de Kame qui en tout temps était là telle mon ombre ? Pourquoi n'avais-je jamais remarqué sa présence lors des événements bouleversants de ma vie ? Je devais admettre que je l'avais perdu de vue à la défection définitive de Jin de la Johnny's et de ma dépression suite à la disparition de Tatsu(*). Nous étions trop enfoncés l'un l'autre dans notre douleur pour trouver refuge dans notre amitié.
Apres un signe de tête rapide à Rika qui servait un client, je me précipitai dans les escaliers étroits et dévalai les marches en les sautant presque. La musique jouait un air de fond dans la petite pièce pourtant aucun groupe n'était présent sur la scène. La salle était à peine remplie et donnait de cette manière une allure presque intime.
Je me dirigeai vers Kyouchi qui était penché sur un homme dont la tête reposait sur ses bras repliés sur le comptoir. Je m'approchai et posai une main dans son dos. Je le sentis se tendre sur le toucher alors je le caressai doucement en prenant la parole :
— Merci de m'avoir appelé, dis-je au barman qui se redressa. Le corps sous ma main se détendit.
Kyouchi me sourit tristement.
— Il est malheureux. Depuis que je le connais, je ne l'ai jamais vu comme ça.
— C'est ma faute.
Il secoua la tête.
— Non, c'est plus profond. Il m'a expliqué pour le groupe.
— Je lui avais promis que je serais là.
— Tu sais, jamais il ne t'a accusé. Il s'en voulait même ce soir de t'avoir dérangé. C'est pour ça qu'il est venu ici m'a-t-il dit.
Je m'assis à côté de mon ami. Je ne voulais pas argumenter. Ma culpabilité était suffisamment présente pour me rassurer. Kame n'avouerait jamais le mal que je lui faisais en le repoussant. Je glissai ma main jusqu'à sa joue d'où je retirai une mèche vers son front. Il avait la peau râpeuse d'une barbe de quelques jours et rugueuse par le manque de soin. Un début d'acné était aussi visible suite à sa surconsommation d'alcool.
— Ramène-le chez lui, ordonna Kyouchi. Il sera mieux allongé dans son lit qu'ici où un regard indiscret pourrait faire plus de mal.
Je hochai la tête et secouai l'épaule de Kame.
— Kame, réveille-toi.
Il leva son visage de quelques centimètres dans un effort douloureux. Il esquissa un sourire.
— Tu es venu ? souffla-t-il dans un léger murmure.
Je lui souris en retour.
— Viens. Je te conduis chez toi.
Je le soulevai par les aisselles pour le maintenir debout et passai son bras sur mes épaules. Bien m'en prit car dès que son corps porta sur ses jambes, il se déroba et manqua de s'affaler sur le sol. Je le rattrapai tant bien que mal.
— Tu es venu en taxi ou en voiture ?
— Voiture... Clé poche arrière.
Ces quelques mots, jetés du bout de la langue, furent suivis d'un gémissement.
— Eh bien, mon vieux. Tu ne t'es pas encore raté ! ne puis-je m'empêcher de lancer. Qu'est-ce qui s'est passé ?
— Pas maintenant.
Je le guidai vers la sortie puis vers sa voiture avec plus de difficulté, le temps de se repérer ou plutôt de se souvenir où il l'avait garée.
Dans ses nombreux messages écrits de la soirée, il m'avait envoyé le code d'accès de son immeuble qui servait autant pour l'entrée que pour le garage. J'en étais soulagé en écoutant le léger ronflement qui retentissait sur le siège passager. Je n'avais pas le coeur de le réveiller.
J'en vins à me dire que je prenais l'habitude dernièrement de le porter saoul. Cela ne devait pas en devenir une habitude. Je mordis ma joue intérieure. J'entrevoyais bien maintenant un moyen pour éviter un nouveau plongeon dans l'alcoolisme, surtout en vue de son prochain drama, mais j'avais encore besoin de temps pour passer le cap. Par contre, j'avais enfin compris que lui était fin prêt.
Dans l'appartement, il était de nouveau suffisamment éveillé pour retirer ses chaussures seul. Il enleva ensuite son blouson que je récupérai pour l'accrocher dans la penderie avec le mien. Il se dirigea ensuite sur le canapé, s'aidant des murs et des meubles pour ne pas tomber. Je le suivis attentif, prêt à le récupérer. Dès que je fus assuré que là où il était, il ne risquait plus de chute, j'allais dans la cuisine à la recherche de verres et d'une carafe d'eau. Je n'étais pas encore venu chez lui. J'appréciai l'agencement de la pièce reconnaissant le professionnel culinaire. Kame adorait la cuisine et ça se voyait à l'ilot central qui servait de plan de travail, d'évier et de table avec la batterie de casseroles pendue au-dessus, la taque de cuisson dernier cri en passant par le frigo double porte avec distributeur de glaçons.
Je déposai les verres, la bouteille de thé glacé, trouvée dans le frigo et rejoignis Kame qui s'était entre temps couché sur le canapé. Je plaçai mon chargement sur la table basse, remplis les récipients puis soulevai ses pieds pour m'assoir en dessous.
— Si tu as soif, j'ai amené de quoi te désaltérer, lui dis-je en me penchant pour récupérer mon verre.
Je souris en entendant un grognement. Tout en buvant, je le dévisageai. La fatigue se lisait sur son visage de même que le découragement. Les cernes sous les yeux, les joues légèrement gonflées étaient les signes distinctifs chez lui d'une forte consommation d'alcool. J'espérai que cela ne soit que ça.
— Tu travailles aujourd'hui ? m'assurai-je avec un serrement au coeur.
— Non. J'ai le reste de la semaine. Le tournage ne commence que lundi, murmura-t-il d'une voix essoufflée.
— Pourquoi...
— Pas maintenant, m'interrompit-il en gémissant.
Il porta sa main sur les tempes et commença à les masser. Je repoussai ses jambes et me levai, résolu à le mettre dans son lit. Je lui secouai l'épaule et lui tendis la main.
— Allez, va au lit.
— Veux pas. Mal de tête.
— Raison de plus. Viens, tu sera mieux sur le matelas que sur le canapé, bien qu'il soit confortable.
Il prit ma main, et je l'aidai à se mettre sur ses pieds. Je le conduisis jusqu'au couloir puis la porte du fond qu'il m'indiqua.
— Je ne t'ai quand même jamais vu comme ça.
— On ne se voit jamais. Normal.
Je tiquai devant le reproche sous-entendu mais ne relevai pas. Il avait parfaitement raison. Je l'assis sur le lit et allumai la lampe de chevet.
— Déshabille-toi et mets-toi dans les draps Je t'apporte une aspirine.
— Dans la salle de bain. Armoire à pharmacie.
Je hochai la tête et me détournai pendant qu'il commençait à retirer son pull. Quand je revins, il essayait de soulever son bassin pour faire glisser son pantalon. J'admirai les grimaces sur son visage avant de descendre mon regard plus bas. Il décida soudain de s'allonger, jambes un peu écartées. La vue de son boxer noir me fit frissonner. J'avançai doucement et lui tendis le verre et le cachet. J'entendis un soupir de soulagement quand il s'installa confortablement dans ses draps. Je me retournai pour sortir de la chambre quand il m'attrapa mon poignet.
— Reste s'il te plait.
— Je vais dormir sur le canapé. Si tu as besoin d'autre chose, appelle moi.
— Non, j'ai besoin de chaleur. Tu veux bien dormir près de moi ?
Il avança ses lèvres dans une moue adorable.
— Je vais me rafraichir, cédai-je. Demain, nous devrons parler.
Il hocha la tête tout en s'enfouissant sous les couvertures.
A mon retour, il dormait déjà. Je le regardai un instant, admirant son front bombé, ses longs cils recourbés sur ses paupières boursoufflées de fatigue, l'arête de son nez déformée, sa bouche qui savait si bien faire la moue. Je m'étendis sur le dos, évitant de le toucher. Je me rappelais une scène si similaire. J'avais peur, peur de ne pas trouver les mots et de m'enfuir. Peur de tout casser encore une fois. Longtemps je gardai les yeux ouverts, passant et repassant les phrases pour exprimer mes émotions comme un script. Je décryptais la gestuelle, le décors. J'analysais ses réponses possibles. J'arrêtais de lutter devant mon cerveau embrouillé et fatigué et m'endormis enfin.
