Merci aux deux personnes qui ont déposé une review, cela m'a vraiment réjouie. Je commençais à me demander si cette fic à courts chapitres, légère dans son scénario il faut bien l'avouer, plaisait.

Bon, place à la suite : comment va donc réagir Shûhei ?


Chapitre 4

Quiproquo

Le vice-capitaine de la neuvième division remontait les allées du parc de la résidence des Kuchiki. Son pas léger faisait à peine crisser les gravillons sous ses pieds. Il ne se pressait pas et appréciait avec délice la douce brise printanière sur la peau de ses bras nus. Son esprit vagabondait, songeur, un sourire aux lèvres. Levé tôt, il avait échappé à la langueur dans laquelle la présence décontractée de l'objet de sa passion amoureuse n'aurait pas manqué de le jeter. C'est l'esprit clair et remarquable d'efficacité qu'il avait enchaîné entretien sur entretien. De son dur labeur et de son planning serré, il était maintenant récompensé : il disposait de deux heures qu'il allait pouvoir partager avec son noble amant avant de reprendre ses activités. Celui-ci n'étant pas au courant, il anticipait avec malice de voir la surprise éclairer furtivement son regard impassible.

Il distingua le chant d'un oiseau faisant sa cour. Une femelle lui répondit aussitôt. Un autre mâle se fit entendre. La femelle se tut un instant puis répondit au triolet vibrant. Inconstante, son chant s'alliait tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, et l'air embaumé fut bientôt rempli des appels pressants de ses deux prétendants.

Légèrement impatient maintenant, il chemina d'un pas plus dynamique et fut bientôt arrivé en face de l'étang situé près du pavillon de Byakuya. Étang près duquel il stoppa net, trop choqué pour manifester sa présence. Les cloisons du petit salon avaient été complètement repoussées aussi avait-il une vue directe sur l'intérieur de la pièce. Et il ne pouvait croire que la scène qu'il avait devant les yeux fusse réelle. Son amant, sa chevelure d'ébène retombant souplement sur ses épaules, était penché sur quelqu'un allongé sur le sol et dont il ne pouvait voir le visage. Mais il ne pouvait pas ne pas remarquer l'attention dont Byakuya l'entourait. D'une main dont il reconnaissait la douceur, cette personne recevait les caresses et le réconfort qui jusqu'ici avaient été réservés à lui seul.

« Qui-est-ce ? demanda-t-il d'une voix tranchante et froide, aussi cinglante que le vent de son sabre pouvait l'être lorsqu'il était en shikai.

— Shûhei ! Mais que fais-tu ici ?

— J'habite ici.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire » reprit Byakuya, légèrement énervé par le ton qu'avait pris son amant pour s'adresser à lui. « Tu m'as dis que tu avais une journée chargée. Tu en as même annulé le repas que nous devions prendre ensemble. »

— Oui, et si j'avais su, je ne me serai pas donné cette peine.

— Ce que tu dis n'as pas de sens » remarqua calmement Byakuya pour qui il était impossible que son intégrité puisse être mise en doute par qui que ce soit et encore moins par la personne à qui il avait ouvert son cœur.

La tranquille assurance de son amant, dont il venait d'être témoin de la perfidie, acheva d'irriter Shûhei. Il contourna l'étang à grandes enjambées et pointa du doigt la forme allongée.

— Jamais je n'aurai cru que tu profites si lâchement de mon absence !

— Chut... Tu vas le réveiller.

— QUI vais-je réveiller ? Et pourquoi est-il fatigué au point de dormir au milieu de la journée ? demanda sans baisser le ton Shûhei.

— Kurosaki Ichigo.

Byakuya s'écarta et laissa Shûhei voir l'adolescent, tout en s'assurant qu'il était toujours endormi. Il était hors de question que les efforts qu'il venait de fournir fussent réduits à néant. Autrement dit, il n'accordait aucune attention au trépignant jeune homme resté dehors. Tout en observant donc, notre jeune Ichigo, il s'adressa à Shûhei. En habitué des émois de son compagnon, il prit un ton patient et ferme :

« Il est venu se reposer chez nous. Rukia m'en a confié la garde. J'ai mis du temps à le calmer alors parle moins fort, Shûhei. »

Mais cette fois-ci, il ne fut pas question d'un retour à la raison. Shûhei fulminait de colère. Il regardait tour à tour son Byakuya et cette caricature de Shinigami aux cheveux ridiculement orange et cherchait en vain à comprendre ce qui arrivait. Bien sûr, il avait entendu parler des exploits de ce "poil de carotte". Bien sûr, il connaissait l'importance qu'il avait dans la vie de Rukia. Mais ce qu'il ne pouvait concevoir, c'était la relation qui existait entre lui et son bien-aimé. Pour la première fois, un homme autre que Renji bénéficiait de l'attention hors de propos de l'aristocrate.

Pour Renji, il pouvait l'accepter. Pour ça ! Pour un humain ! Jamais.

« Il te préoccupe donc tant que cela, le Shinigami remplaçant ? ». Et le ton avec lequel il prononça ces deux mots était rien moins que méprisant. « Dans ce cas, je vais éviter de te déranger ! » hurla-t-il, emporté par sa jalousie.

Et Shûhei tourna les talons, aussi vite reparti qu'il était apparu, sous le regard surpris de Byakuya qui s'était retourné. Il se rendait compte trop tard du trouble dans lequel était Shûhei. Celui-ci n'avait pas un esprit aussi discipliné que le sien et se laissait facilement emporter par ses émotions surtout s'il en était le sujet. Comme il n'avait rien fait qui puisse entacher son honneur, la raison de la soudaine jalousie de Shûhei lui échappait mais il était sûr d'une chose : la présence de l'humain Kurosaki Ichigo était la source du conflit entre lui et Shûhei.

Du fond de son sommeil où il s'était à nouveau plongé, étrangement rassuré par une présence bienveillante, une voix grave aux accents coléreux s'était faite entendre. Brutalement réveillé, Ichigo émergea dans un état confus. Il se redressa dans un sursaut, jeta un coup d'œil à la ronde en cherchant à reconnaître l'endroit où il était, et se figea sur place face au regard irrité de Byakuya planté directement sur lui.

fin du chapitre 4


prochain chapitre : Solitudes