Les chapitres suivants du Séjour d'Ichigo sont enfin arrivés ! Merci de votre patience.


Petit retour sur l'histoire :

Les manières de Byakuya sont rudes, Shûhei a les émotions à fleur de peau, l'incompréhension a grandi entre eux et Ichigo en est la pauvre victime.
Nos deux amoureux arriveront-ils à s'ouvrir enfin aux sentiments qui les animent ?


Chapitre 8

Shûhei : le retour

La scène qui s'était déroulée au petit déjeuner avait laissé une impression étrange sur Shûhei. Toute la journée, malgré les multiples occupations auxquelles il avait fait face, une partie de ses pensées étaient restées reliées à Byakuya et à Ichigo. Il n'avait pas déjeuné, délaissant l'agitation de sa division pour lui préférer le calme d'un des sites qu'il affectionnait le plus à proximité du Seireitei.

Une colline y dominait le cours majestueux d'une rivière qui s'écoulait sur un lit de pierres rendues lisses par l'usure des eaux. Un arbre s'élevait en son sommet, un vieux chêne dont les branches noueuses étendaient leur ombre sur le sol, formant un abri contre les intempéries ou un ensoleillement trop ardent. Adossé au tronc rugueux, il avait croisé les bras contre sa poitrine, dans un besoin dérisoire de réconfort.

C'était un lieu chargé de nombreux souvenirs. Des souvenirs de joie mêlés à des souvenirs tragiques, prémices de terribles bouleversements.

Il avait changé.

Depuis le temps où il s'était laissé emporté par une jalousie insane et avait impitoyablement agressé Renji, depuis le moment où il avait rencontré Byakuya, il avait été mis face à lui-même et avait été obligé de reconnaître ce qu'il était. Cette violence et cette agressivité en lui, cette gentillesse et cette douceur qui le recouvraient et le partageaient, le confinant parfois à la folie, ses émotions à fleur de peau, tout concourait à faire de lui un Shinigami qui n'était ni le génie ni la personne parfaite que beaucoup voyaient en lui et auquel il avait longtemps essayé de se conformer.

C'est à l'amitié indéfectible de Renji et à son absolution qu'il devait la sérénité de sa situation actuelle. C'est à l'amour, au soutien et à la compréhension hors du commun de Byakuya qu'il devait à la foi son équilibre et son bonheur.

Mais il manquait tellement d'assurance encore. Un seul geste de son amant, une seule parole, le faisait vaciller au bord des précipices effrayants de son cœur. Il y retrouvait jalousie, déraison, solitude et peur.

De ce pèlerinage au lieu de ce qui était pour lui l'endroit charnière entre son passé et son présent, entre ce qu'il avait été et ce qu'il s'efforçait d'être, il était revenu rassuré. Il avait mûri et sa relation avec Byakuya, bien qu'elle soit parfois tendue, l'avait assuré d'une chose : son amant l'aimait, et jamais il ne lui ferait sciemment du mal ou ne le trahirait. Cette certitude avait point ce matin, lorsque la colère de son fier compagnon avait jaillit. Seul le sentiment d'injustice - ou d'atteinte à son honneur - pouvait à ce point le faire sortir de ses gonds.

La suite de la journée se passa dans un relatif état de calme pour Shûhei, et lorsque vint le temps de rentrer au manoir, il vit venir avec soulagement le moment de l'explication qu'il devait à Byakuya. Il ferma les yeux, désireux d'oublier les images de la veille qui lui traversaient encore la mémoire et se focalisa sur l'air penaud qu'avait pris Byakuya ce matin. Shûhei, en quelques mois de vie commune, s'était vite aperçu que sous ses dehors stricts et fermés, Byakuya nourrissait pour Rukia une affection qui contrariait sa volonté. Protéger et rendre heureuse sa jeune sœur était pour lui plus qu'un devoir et jamais il n'aurait voulu lui déplaire. Cela amusait beaucoup Shûhei car aucun des deux ne semblait avoir conscience de l'influence qu'elle avait sur son frère.

C'est avec un sourire aux lèvres qu'il entra dans le hall du pavillon privé qu'il habitait avec Byakuya au sein de la propriété des Kuchiki. Tsujirô, comme à son habitude, était là pour l'accueillir. Shûhei s'étonnait d'ailleurs de cette ponctualité. Comment diable faisait le vieux majordome pour connaître l'heure exacte de son retour, alors que lui-même ne savait jamais quand il rentrerait ?

« Bonsoir, Shûhei-sama. Avez-vous passé une bonne journée ?

— Bonsoir, Tsujirô-san. Cela a été.

— J'espère que ce qui vous a été servi à midi a satisfait votre appétit ?

— ... ».

Zut ! Shûhei avait oublié l'inquisition qui se voulait subtile du maître valet, qui s'attachait à suivre de près son régime alimentaire, et avec encore plus d'application depuis qu'il avait été gravement blessé et avait failli mourir (1).

« Je n'ai pas pris le temps de manger, j'avais envie de me promener. »

Shûhei se risqua à dire la vérité, s'exposant ainsi aux remontrances domestiques auxquelles il s'était habitué. Il ne savait pourquoi, mais il lui était impossible de mentir au majordome dont la courtoisie cachait une volonté d'acier qui lui rappelait celle de Byakuya.

À sa grande surprise, le majordome se contenta de hausser un sourcil et de le questionner :

« Avez-vous faim ?

— Non, répondit Shûhei.

— Hum, fit Tsujirô son regard scrutant les traits du visage de son jeune maître.

— Où est Byakuya ? demanda Shûhei, pour couper court à l'examen.

— Dans son bureau, mais- ».

Shûhei s'était déjà élancé dans le corridor sans attendre la fin de la phrase. Tsujirô soupira. Lorsque ces deux-là se fâchaient, Shûhei-sama perdait l'appétit, ce qui compliquait sa tâche.

« Toc toc toc... Byakuya ?

— Entre, Shûhei » fit la voix profonde de Byakuya de l'autre côté de la porte.

Shûhei entra et resta sur le pas de la porte : Byakuya ne releva pas la tête et semblait additionner une série de nombres sur une feuille de papier à une vitesse prodigieuse.

« Ferme la porte et assied-toi, Shûhei » reprit Byakuya, toujours plongé dans ses calculs.

Shûhei pénétra plus avant dans la pièce, referma la porte sans bruit et se retourna pour ensuite se diriger vers l'un des fauteuils placés devant le bureau. Son regard croisa le canapé, ses yeux avisèrent la silhouette qui y était allongée, sa mémoire reconnut la personne en question et la fureur qui en résulta court-circuita dans son cerveau temporairement sous oxygéné la zone qui lui servait à interagir avec son environnement. Il ne s'assit pas, il resta statufié, le doigt pointant la chevelure carotte du Shinigami remplaçant, la bouche ouverte dans une tentative de hurler la question qui n'arrivait pas encore à ses lèvres : « qu'est-ce qu'il fait ici, celui-là ? ».

Le temps que les sons en accord avec ses pensées immédiates parviennent à émerger, il s'était déjà repris : il n'allait pas refaire l'erreur de la veille.

Avec un calme apparent mais digne d'un disciple du Bouddha vu son tempérament, il prit place et attendit avec une impatience grandissante que Byakuya daigne le regarder et s'expliquer une fois pour toutes.

chapitre 8 : fin


note (1) : cf Amours Imparfaits II


Prochain chapitre : Noblesse oblige