Me revoilà donc, avec deux chapitres tout frais. J'ai décidé de les mettre en ligne bien que je ne sache pas quand j'aurais les suivants. J'en suis vraiment désolée, c'est sans doute assez pénible surtout que les chapitres sont courts. Un conseil : relisez la fic une fois qu'elle sera finie, je crois qu'elle y gagnera.

Donc, nous avons laissé Ichigo sur le carreau, après son combat avec Hisagi, et Byakuya arrive à point nommé pour constater les dégats :


Chapitre 13

Le paramètre Rukia

« Il aurait été préférable que vous n'utilisiez pas le chemin principal comme terrain de jeu, remarqua Byakuya, notant à la ronde le sentier crevassé et les nombreuses branches cassées, victimes fragiles des vents cinglants qui avaient soufflé quelques minutes auparavant.

— Te tracasse pas, Byakuya, un coup de râteau et il n'y paraîtra plus ».

C'était Ichigo qui s'exprimait ainsi d'une voix chevrotante.

Byakuya et Shûhei se tournèrent vers lui.

Ichigo offrait un spectacle de désolation complète. Il essayait vainement de se redresser, le corps parcouru de tremblements et ne maîtrisant pas encore tout à fait ses membres. Il se rapprochait plus d'un pantin désarticulé que d'un Shinigami.

Shûhei s'approcha pour lui offrir un bras secourable.

Ichigo ne se fit pas prier pour profiter de cet appui, et se remit sur ses pieds tant bien que mal. Il était solide, malgré son état de fatigue généralisé, et il récupérait vite. Son cœur avait arrêté de cogner dans sa poitrine comme s'il voulait en sortir et il reprenait le contrôle de lui-même. Son côté droit restait gourd et sa main était blessée. Mais le côté gauche allait. Il renonça à ranger Zangetsu, lequel restait sous le choc et, de sa main valide, s'efforça d'éteindre les derniers volutes de fumée qui consumaient encore quelques fibres textiles de ce qui avait formé son enveloppe.

« Pendant un instant, j'ai cru que j'allais y rester ! résuma-t-il, tout en balançant Zangetsu au dessus de son épaule.

— Un Shinigami, même remplaçant, se doit de résister à un sort d'un si faible niveau, rétorqua Shûhei d'une manière sentencieuse, ce qui lui valut un regard noir de la part d'Ichigo.

— En tout cas, je ne me ferai pas avoir deux fois ! défia Ichigo en pointant son aîné du doigt.

— Bien, j'ai hâte de remettre ça, se réjouit Shûhei, ce duel était un peu court. »

À nouveau, les yeux d'ambre d'Ichigo s'assombrirent et exprimèrent son mécontentement d'être traité comme un sous-fifre. Et devant Byakuya en plus, qu'il avait un jour battu : quelle misère !

Ce dernier était resté muet pendant l'échange.

Il observait son amant, dont le visage animé avait perdu son air taciturne et il s'en réjouissait intérieurement. Et il remarquait, rassuré, qu'Ichigo avait conservé sa vivacité et sa combativité malgré la persistance de ses cauchemars. Tout cela était prometteur.

Sur ces entrefaites, une autre présence se fit connaître :

« Ichigo ? Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

Tous se retournèrent pour voir arriver Rukia, qui avançait vers eux d'un pas rapide.

Puis :

« Bonsoir, Nii-sama. Bonsoir Hisagi-san » salua-t-elle avec une légère courbette, la présence de son frère l'emportant sur sa curiosité et son souci.

« Alors ? » insista-t-elle ensuite en revenant vers son ami, « Raconte ! Tu vas bien au moins ? ».

Ichigo était embêté. Il redoutait de lui dire qu'il venait de se battre avec Shûhei, le concubin de son frère adoré. Il arborait donc une mine embarrassée, sourcils relevés et froncés, bouche pincée en un soupçon de grimace et regard fuyant.

« Et bien, tu vois, c'est-à-dire que j'ai baissé ma garde, et alors... euh... j'ai perdu. Mais ne t'en fais pas, je n'ai rien que des égratignures. Je suis solide » termina-t-il d'un air plus convaincu, en se frappant la poitrine de son poing gauche au pouce tendu tout en bombant le torse.

Les doutes de Rukia augmentèrent et remplacèrent le mauvais pressentiment qui l'avait saisie à la vue des trois Shinigamis et de l'allure dépenaillée d'Ichigo. Elle regarda Shûhei, « Non, il est si gentil » se gourmanda-t-elle, et elle regarda son frère, incapable de discerner quoique ce soit devant son apparence impénétrable. Mais à y voir de plus près, une lueur amusée et satisfaite éclairait son regard.

« Kidô ? devina-t-elle en retournant son attention vers le rouquin aux cheveux dressés sur la tête comme s'ils étaient attirés vers le ciel par une force inconnue.

— Un truc électrique, je n'ai pas bien compris. Zangetsu n'a servi à rien.

— Idiot ! Quand te décideras-tu à comprendre que la force seule ne peut pas tout résoudre ! Il serait grand temps que tu te mettes à l'étude des sorts, au moins ne serait-ce que pour les contrer. »

Ichigo haussa les épaules, jusqu'ici il s'en était fort bien tiré, contre des ennemis à la force titanesque et aux pouvoirs démesurés. Bon, souvent d'extrême limite, il fallait bien le reconnaître, et plus souvent encore il ne devait son salut qu'au talent de guérisseuse d'Orihime. Mais nul n'est parfait, n'est-ce pas ? Et il défia du regard sa jeune amie.

Connaissant l'énergumène, elle n'insista pas mais ne put s'empêcher d'ajouter :

« Je suppose que tu as encore dit ou fait quelque chose qu'il ne fallait pas. Que cela te serve de leçon ! Allez, rentrons, je vais te soigner. »

Ils suivirent le couple qui les précédait de peu. Le chuchotement d'une conversation leur parvenait sans qu'ils puissent en comprendre les mots. Mais une entente paisible s'en dégageait, créant une atmosphère discrète et légère, naturelle.

Ichigo, depuis son involontaire incursion dans l'intimité de leur liaison, restait sensible à la moindre parcelle de démonstration de leur amour. Et il faisait le parallèle avec son père et sa mère, n'arrivant pas à imaginer entre eux une telle harmonie. Il ne se souvenait pas. Peut-être qu'il n'y avait pas fait attention. Il était si jeune alors. Il soupira.

« Ichigo ?

— C'est trop étrange, tenta-t-il d'expliquer à la question sous-jacente de Rukia.

— Quoi donc ? » insista celle-ci.

Elle le regardait, le menton relevé du fait de sa petite taille, de ses yeux de biche à la douce couleur bleutée.

« Je ne sais pas, finit-il par dire.

— Idiot ! Si tu ne sais pas, c'est qu'il n'y a rien d'étrange. » conclut-elle.

Et comme d'habitude lorsqu'il était avec elle, son obscur fardeau s'allégea.

« Ichigo, reprit-elle, alors qu'à son tour elle fixait son regard sur son frère et son amant, je suis contente que Nii-sama puisse t'aider à dormir un peu, mais tu es conscient que cela ne peut pas durer ainsi, n'est-ce-pas ? »

Suite au silence qui s'obstinait à répondre à sa question, elle insista :

« Quand vas-tu te décider à parler de ce qui hante tes nuits ? ».

Mais le même silence mit fin à ses interrogations.

« Bon, je ne suis pas la seule à qui tu peux parler. Aujourd'hui, je vais me contenter de te soigner, puis tu pourras aller le retrouver.

— Non, pas aujourd'hui. Je vais rester avec toi.

— Tu es sûr ? Tu ne vas pas pouvoir dormir.

— Je ne veux pas les déranger.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Tu commences à peine à aller mieux. »

Comme pour appuyer ses dires, son frère se retourna vers eux. Ils étaient arrivés tous les quatre devant la porte de la maison.

« Rejoins-moi dès que tes blessures auront été soignées, Kurosaki Ichigo.

— C'est que je me disais que ce soir je vous laisserai tranquille. »

La mine de Shûhei s'était illuminée.

Mais Byakuya, par contre, avait plissé les yeux et pincé les lèvres :

« J'ai donc fait l'effort de m'absenter de ma division pour le seul bénéfice d'un manant qui finalement refuse l'honneur qui lui est fait. »

Shûhei serra les poings, déçu que Byakuya n'ait pas profité de l'occasion. En même temps que l'aiguillon de la jalousie resurgissait, il réalisa ce que les mots et le ton de Byakuya cachaient. L'aristocrate s'inquiétait pour Ichigo et s'était fait un devoir de veiller sur lui, incluant son bien-être dans sa charge au détriment de leur couple. Pourtant, ce qui l'emporta à ce moment-là dans l'esprit de Shûhei, fut d'observer avec amusement la maladresse de son amant à exprimer ses sentiments, maladresse dont, pour une fois, il n'était pas la victime.

Rukia frémit aux paroles de son frère, qui décidément l'intimidait toujours.

Ichigo soupira, une nouvelle fois. La fatigue lui tombait dessus tout d'un coup. Jetant un coup d'œil vers Shûhei, il dit d'une voix découragée :

« Non, j'apprécie vraiment, Byakuya. J'ai juste voulu... ». Il hésita à en dire plus. Il était embarrassé d'avoir à expliquer ce qui l'avait motivé dans son refus.

« Kurosaki Ichigo, ne me fais pas perdre mon temps, dit Byakuya en se dirigeant vers l'entrée, suivi de près par Shûhei.

— Viens, Ichigo, fit Rukia en saisissant la manche du kimono de son ami devenu amorphe et en le tirant derrière elle, et ne t'en fais pas pour eux ».

La porte du pavillon privé de Byakuya se referma sur les quatre Shinigamis et leur histoire. Un amant qui se sentait à tord ou à raison délaissé, un chef de clan loyal envers ses proches mais qui n'acceptait pas la contrariété, un adolescent perdu, et une jeune fille partagée entre deux affections, l'une amicale et l'autre fraternelle.

fin du chapitre 13


Prochain chapitre : "Ichigo Kurosaki : Shinigami remplaçant" déjà en ligne