Ô joie ! J'ai récupéré tous les chapitres qui restent !
Merci à toi, Miss, pour ce grand coup de collier malgré tes péripéties quotidiennes.

Alors, à vos marques... Je vais essayer, si je peux, de mettre en ligne tous ces chapitres aujourd'hui... et vous verrez la fin de cette courte fic.
Prêts !
Partez !


Chapitre 15

La croisée des chemins

Une pièce qui se laissait gagner par l'obscurité naissante, un croissant de lune qui baignait l'atmosphère de sa lumière cendrée, quatre personnes qui s'étaient réunies après le dîner.

Deux qui parlaient entre elles d'un combat, de techniques, de sensations guerrières. Aux mots caractéristiques s'adossait une voix sensuelle et tendre, qui voulait savoir, qui voulait partager. En écho à cette voix, une autre vibrait sur des tonalités graves et vives. Parole après parole, la narration s'esquissait.
Une qui se contentait du silence, trouvant dans la contemplation de ce ballet verbal la source de son plaisir en cette fin de soirée.
La quatrième qui dormait.

Même fatigué, il faut avoir l'esprit tranquille pour s'endormir. Même fatigué, il faut avoir confiance dans son environnement pour laisser le sommeil vous emporter.
Ce qui n'aurait pu se produire la veille se passait aujourd'hui, Ichigo avait glissé dans un demi-sommeil, en présence de Shûhei et dans l'ignorance de tous.

Des voix déformées parvenaient à ses sens embrumés. La torpeur l'envahissait. Un regard amical pesait sur lui. Une sourde angoisse le gagnait. Des scènes familières mais sinistres et repoussantes se formèrent derrière ses paupières closes. Des volontés qui s'affrontaient. De la haine, du mépris. De la cruauté et du vice. Plus jamais il n'aurait à pleurer. Il protégerait et il vivrait. Du sang, de la douleur. Il endurerait. De l'impuissance. Il se dépasserait. Un carnage implacable. Il le surpasserait. L'abandon lui était interdit. De l'ivresse. De la rage. Il gagnait, gagnait encore, sacrifiant à la victoire son humanité et son rire. Il s'agita, refusant la révélation de ce cauchemar, et gémit. Une main vint immédiatement se poser sur son front, la présence forte, digne et rassurante, de quelqu'un qu'il n'avait pas besoin de défendre. Elle éloigna les images. Il s'apaisa et s'endormit.

Et l'humeur de Shûhei s'assombrit sous le regard de Byakuya qui ne l'avait pas quitté des yeux. Leur conversation continuait mais ce n'était plus pareil. Byakuya ne réalisa pas tout d'abord la raison de ce changement parce qu'il n'avait pas fait pas attention, son geste avait été machinal.

Mais Rukia n'était pas aveugle. Elle venait de comprendre l'origine de l'étrange malaise qui accompagnait Hisagi ces derniers temps. Retenue par le respect qu'elle vouait à son frère, elle bouillait intérieurement de fureur devant la privauté insensible de ce dernier. C'est sous les éclairs violets qui tempêtaient dans ses yeux alors qu'inconsciemment elle désignait Ichigo du menton, qu'il réalisa enfin et retira sa main.

Byakuya regarda son amant qui n'avait rien dit, qui avait laissé faire. Et s'en voulut de la tristesse qu'il avait fait naître sans même y penser.

Sans un mot, il se leva pour prendre la main de Shûhei. Sans un mot, il l'attira vers lui. Sans un mot, ils partirent tous les deux. Le bruit de leurs pas sous la véranda de bois décru puis laissa la place au lointain crissement de gravier, là-bas, vers la cerisaie.

Rukia resta seule avec Ichigo, fixant la voûte étoilée au-delà des panneaux ouverts et désirant ardemment bénéficier du même don que son frère pour éloigner ses cauchemars. Peine perdue, cette nuit, nulle étoile brûlant de mille feux n'exaucera son vœu. Au bout de quelques temps, Ichigo s'agitait et elle se révélait incapable de le calmer. Il se réveilla dans un halètement d'effroi.

« Ichigo, qu'est-ce qui te paralyse ainsi ? J'aimerai pouvoir t'aider. » dit-elle d'une voix grave.

Ichigo se retrouvait en tête à tête avec son amie. Rukia le regardait si sérieusement qu'il se demanda s'il avait fait quelque chose de mal. Il se leva et lui tourna le dos, offrant son visage à la lune. Il se rappelait une caresse et se toucha le front du revers de la main.

« Ils sont partis ?

— Oui, et toi tu t'es réveillé. Ichigo, c'est infernal.

— Hisagi-san va encore m'en vouloir.

— Si vraiment cela t'embête alors fais un effort. Bats-toi et parle. Libère-toi de ce qui te ronge.

— Rukia, comment fait-on pour ne rien regretter ?

— Que veux-tu dire ?

— Tout est tellement clair quand je combats. Je sais pourquoi je dois vaincre.

— Tu regrettes tes victoires ?

— Non ! s'exclama Ichigo dans un cri sorti de son cœur, sans cela je n'aurai pu protéger personne.

— Alors, tu as ta réponse. »

Le silence répondit à Rukia. Elle ne voyait que le dos aux épaules courbées de son ami. Il n'avait jamais aimé tuer et faisait tout pour l'éviter si c'était possible. Faucher les existences dénaturées des Arrancars, monstruosités à la frontière entre le Hollow et le Shinigami, mais de forme humaine et pourvus de sentiments et de raison, avait-ce été trop pour lui ?

Mais Ichigo s'était refermé et elle ne voulait pas forcer sa confession.

Pourtant, elle ne pouvait plus supporter de le voir vaciller dans ses certitudes. Il fallait le faire réagir.

« Reste ici jusqu'à ce que tu y voies plus clair et que tu ailles mieux Ichigo, mais n'embête pas mon frère plus qu'il n'est nécessaire ».

Les paroles de Rukia sonnaient comme un avertissement. Dans un léger sourire qu'il lui cacha, Ichigo rougit sous la clarté lunaire. L'immobilisme n'était plus de mise. Demain, il parlerait.

Fin du chapitre 15


Prochain chapitre : Une solution pour mieux dormir