J'avais en tête cette "Solution pour mieux dormir" dès le départ de la fic...
Chapitre 16
Une solution pour mieux dormir
« Shûhei...
— Oui ?
— … Shûhei... ».
Tous les deux avaient interrompu leur promenade. Byakuya contemplait la mince silhouette de son amant dont le visage s'était fait interrogateur. Un visage où ne subsistait aucune trace de tristesse ou de colère née de la jalousie. Un visage suspendu à ses lèvres. Son pouvoir sur la personne qu'il aimait lui aurait presque fait peur s'il n'avait pas connu également sa force de caractère.
« Shûhei... ».
Shûhei resta silencieux. Byakuya l'avait choisi, lui, et l'avait emmené. Alors, toute sa morosité avait disparu. Et son prénom que Byakuya répétait sans cesse formait à ses oreilles un doux chant de bonheur.
« Shûhei... » dit une fois encore Byakuya.
Shûhei s'interrogea. Qu'avait donc son amant pour qu'il lui soit si difficile de s'exprimer ? Quels étaient les mots qu'il retenait ainsi ?
« Si je ne te connaissais mieux, je croirais que tu t'en veux » fit-il, un rien rieur.
À la stupéfaction de Shûhei, Byakuya se détourna.
Voilà qui était nouveau ! Son fier seigneur ne semblait vraiment pas savoir quoi dire, se moqua intérieurement Shûhei.
Mais, précédant l'embarras de son noble amant qui prêtait à sourire, il y avait eu la douce litanie de son prénom, dans laquelle il percevait maintenant les nuances d'inquiétude.
« Byakuya, je vais bien, le rassura-t-il en lui prenant la main, l'obligeant à lui faire face à nouveau.
— Non, ce n'est pas vrai, contredit Byakuya en lui serrant involontairement les doigts.
— Je ne peux pas dire que la situation me convienne, mais tu n'es pas en tord. Je sais que je suis irrationnel.
— Je ne veux pas que tu souffres.
— Tu ne peux pas tout contrôler, Byakuya. »
Lequel jeta un regard de défi à Shûhei, car même s'il ne pouvait réfuter ce fait, il en avait toujours trouvé l'idée très désagréable.
Shûhei se mit à rire, amusé par le désir de Byakuya de soumettre le monde à sa volonté et charmé par sa finesse d'en reconnaître l'inutilité.
Cet éclat de joie rasséréna le cœur de Byakuya plus sûrement que des mots. Transpercé d'émotion, il frissonna et ferma les yeux. Il en savourait les échos.
« Ton rire m'a manqué » dit-il.
Par cette simple phrase, il laissait paraître sa vulnérabilité confronté à l'attitude boudeuse de Shûhei de ces derniers jours bien qu'il en fût en partie responsable. Et Shûhei ne s'y trompa pas :
« Irrationnel, égoïste et puéril, reprit-il, pardonne-moi, Byakuya.
— Il n'y a rien à pardonner. Rentrons, laissons-là les mots pour n'écouter que nos cœurs ».
Ils apercevaient la lumière qu'on avait allumée dans leur chambre et ils se dirigèrent vers elle. La nuit était fraîche et Shûhei croisa ses bras nus pour se protéger de la brise nocturne. Byakuya posa le sien sur ses épaules et l'attira contre lui. Ainsi, ils partageaient leur chaleur, dans un prélude à l'étreinte amoureuse par laquelle ils exprimeraient bientôt leur amour.
Hélas ! Trois fois hélas ! Pourquoi cette nuit serait-elle différente des autres ?
Notre pauvre Ichigo se fit un devoir de rappeler à tous son existence et celle de ses cauchemars.
Dans la chambre où Byakuya et Shûhei s'isolaient dans un monde créé par et pour eux seuls, le retour à la réalité fut rude.
« Cette fois-ci, la coupe est pleine » prononça Byakuya en se relevant.
Sous les yeux de Shûhei, irrité tout autant qu'étonné, il sortit.
Quelques temps plus tard, bougonnements et pas hâtifs se firent entendre. Et dans l'entrebâillement de la porte coulissée apparurent Ichigo, échevelé, et Byakuya le tenant par le col et lui maintenant fermement le bras par une prise dans le dos.
« Entre, commanda Byakuya, en propulsant sans délicatesse son prisonnier à l'intérieur de la pièce.
— Enfoiré, qu'est-ce que ça signifie ? s'écria furieusement Ichigo.
— Tu vas dormir avec nous.
— Quoi ? T'es malade ! Jamais de la vie ! »
Sur quoi, Ichigo tenta désespérément de prendre la fuite. Il fut arrêté dans son élan par un déploiement déraisonnable de reiatsu si soudain qu'il lui coupa le souffle. Une fureur retenue mais implacable, une pression bouillonnante mais glaciale. Même Shûhei suffoquait sous l'intensité de cette manifestation de l'humeur de Byakuya.
Et, alors qu'aucun des deux n'osait plus bouger, l'aristocrate en colère daigna s'expliquer :
« Que tu me prives des bras de mon amant, soit ! Mais qu'au moins nous puissions dormir tranquilles ! »
Cette explosion de Byakuya, complètement inattendue, et aberrante aux yeux d'Ichigo qui en resta figé de stupeur, fit son chemin dans l'esprit de Shûhei. Il se surprit à rire à pleins poumons, rassuré. Cette mesure extrême le renseignait mieux que tout autre chose sur l'état de frustration de Byakuya et il en admirait l'éclat. Dire qu'il l'avait soupçonné d'indifférence !
Byakuya s'apaisait et reprenait son sang-froid. Le rire emplissait la pièce, allégeant l'atmosphère, effaçant la tension et propageant de chaudes vagues d'affection et de gratitude. Shûhei et Byakuya se regardaient, et Ichigo se taisait, bizarrement englobé dans un univers de tendresse. Cet instant d'inattention lui fut fatal. Un bref clin d'œil vers Ichigo et chacun des deux se précipita pour le prendre en tenaille. Ichigo se retrouva coincé entre eux, allongé dans leur lit et sans pouvoir bouger.
« Pervers, dit Ichigo.
— Tais-toi et dors » répondit Byakuya alors que le rire à peine étouffé de Shûhei se faisait entendre à nouveau.
Le Shinigami au visage marqué aimait son noble amant parce qu'il avait sa place à ses côtés, parce qu'il savait être là sans imposer sa présence, parce qu'il savait se taire, parce qu'il connaissait les mots qui le rassuraient. Il aimait son noble amant parce que celui-ci l'aimait, parce qu'il y avait gagné la liberté, la vraie, celle qui lui permettait de se laisser aller. Tendresse et courage, amour et soutien, silence et paix, sincérité et protection, rire, et même colère, jalousie et pleurs, il y avait tant de sentiments qu'il était injuste de les exprimer par des mots. Il aimait son noble amant parce que sa vie depuis qu'il l'avait rencontré était irisée de couleurs extravagantes, qui flirtaient sans peur dans la lumière aveuglante et les ténèbres envahissantes qui avaient constitué naguère ses seuls repères.
De corps et d'esprit en accord avec Byakuya, Shûhei chercha sa main par dessus Ichigo. Les doigts attendus vinrent à la rencontre des siens et ils ne se quittèrent plus.
À travers la couette, leurs deux mains croisées étaient légères sur le torse d'Ichigo. Mais il ne sentait plus qu'elles. Elles dégageaient une chaleur irradiante qui le rendait mal à l'aise. De son propre avis, il n'était pas prêt de tomber dans les bras de Morphée. Et tant mieux ! Dès qu'il sentirait ses deux gardiens endormis, il sortirait de cette chambre, il fuirait le manoir Kuchiki, et partirait de la Soul Society pour ne plus jamais y revenir.
Au dehors, la brise s'était transformée en un vent plus violent qui s'irritait de la douceur du printemps. Sur les parois transparentes, des ombres aux formes étranges s'agitaient, tandis que claquaient les jeunes branches souples contre leurs aînées plus rigides.
Ichigo s'obligeait à se calmer, à ne pas bouger. Il referma les yeux et respira régulièrement, essayant d'ignorer le cocon qui l'entourait.
Un hiver qui voulait s'attarder, l'abri d'une chambre à la tiédeur irrésistible. Sans le vouloir, il se laissait doucement gagner par la sécurité du lieu. Il revenait sans arrêt sur la fin de journée. Le regard grave de Rukia, le geste de Byakuya, et l'amertume de Shûhei. Ici, il n'y avait plus rien de tout cela. De part et d'autre de lui, deux corps détendus s'étaient unis et lui faisaient un rempart contre les orages qui ravageaient ses nuits. Ah ! Si seulement il n'était pas si fatigué...
L'un après l'autre, Byakuya et Shûhei remontèrent doucement le long des draps pour se retrouver au dessus de la tête d'Ichigo, leurs mains croisées suivant le mouvement jusqu'à se placer au niveau de son cœur. Les fins cheveux d'ébène de Byakuya étaient éparpillés sur le matelas. Shûhei, la joue contre les mèches soyeuses murmura :
« Il s'est endormi.
— Oui » chuchota Byakuya comme si une confirmation était nécessaire. Les épis noir corbeau de Shûhei lui chatouillaient le front.
Tous les deux sourirent, et rien, cette nuit-là, ne vint plus empêcher le sommeil des habitants de la demeure.
fin du chapitre 16
NB : Voilà, je me demande pourquoi je tiens absolument à mettre un troisième larron dans le lit de Byakuya et Shûhei ! (Cf Amours Imparfaits I, épilogue)
Prochain chapitre : Le lendemain
