Chapitre 17

Le lendemain

Ichigo se réveilla dans un sursaut, avec l'impression qu'à la fois il avait vécu la pire expérience de son existence mais aussi qu'elle avait généré un sentiment persistant de bien-être.
Il faut dire qu'il se sentait reposé pour la première fois depuis des semaines. Il avait dormi sans être hanté par ses visions habituelles.
Il sourit, fier de lui-même et reconnaissant envers Rukia à qui il s'était partiellement confié la veille.

...

Il fronça les sourcils.
Quelque chose n'allait pas.
Il se tourna de droite et de gauche. Et tout lui revint en mémoire.
Il n'était pas dans sa chambre. Il avait été claquemuré dans l'emprise de Byakuya et Hisagi-san. Et pire que tout, il s'était endormi.

...

Il tendit l'oreille, à l'affût du moindre bruit.
Apparemment, il était seul.
Il respira de soulagement. La seule idée de se réveiller en compagnie du couple de despotes lui hérissait le poil.
Il se leva, et entreprit le voyage retour vers sa chambre en profitant de la véranda qui entourait le pavillon. Il ne voulait rencontrer personne.


Douché, habillé, Ichigo se tenait au milieu de sa chambre, perplexe et hésitant. Qu'allait-il faire ? La colère et l'humiliation cédaient peu à peu à la reconnaissance. C'était malheureux mais il se sentait bien. Son corps était léger, le brouillard qui recouvrait ses pensées s'était éclairci. Et il n'était pas suffisamment sot ni ingrat pour ne pas savoir à quoi et à qui il devait l'amélioration de son état.

La méthode était discutable, certes, mais son efficacité était là. Aussi mal à l'aise se trouvait-il à devoir reparaître devant les deux amants, aussi incapable se trouvait-il de repartir sans un mot.

Sa résolution prise, il s'arma de courage, fronça de plus belle les sourcils, serra les poings et parti d'un pas ferme en direction de la salle à manger.

À quelque distance de l'entrée, Ichigo s'arrêta.
Par la porte entrouverte, filtraient les bruits d'une conversation animée.

Mais il avait renoncé à s'enfuir. Il ne voulait plus redouter les nuits à venir. Pas plus qu'il ne voulait revivre la scène de la veille. Il se l'était promis, aujourd'hui, il parlerait.

Il s'avança et entra. Le silence se fit, les regards convergèrent vers lui. De la gauche vers la droite, se trouvaient Shûhei, Byakuya à la place de maître, au bout de la table, et Rukia. Il rougit tout en saluant à la ronde :

« Ohaio ! ».

Les magnifiques prunelles violettes de Rukia étincelaient d'un éclat soupçonneux. Il avala difficilement sa salive, plus gêné qu'on ne pourrait le dire, tandis que, suivi par son regard, il s'asseyait à côté d'elle.

« Oh, Ichigo ! Bien dormi ? s'enquit-elle dans la tonalité grave qui lui était si particulière.

— Oui, merci Rukia. Et toi ? »

Circonspect, il se demandait si Rukia savait où il avait passé la nuit.

« Hem, la nuit a été plus calme que de coutume. Tu as résolu tes problèmes ? »

Son amie n'était pas née de la dernière pluie. Elle plongeait ses yeux dans les siens, le défiant d'apporter une explication au chahut nocturne, autre que celle à laquelle elle ne voulait pas croire.

« N-non, pas vraiment » se contenta de répondre Ichigo en se risquant à jeter un œil du côté de Byakuya et Hisagi-san.

Byakuya était merveilleux d'indifférence, ne daignant pas se joindre à une conversation dont le sujet lui était pourtant imputable.
Ce fut Shûhei qui vint à la rescousse de son infortuné et involontaire compagnon de chambrée :

« Byakuya et moi lui avons procuré un moyen de dormir, fit-il, mi-figue, mi-raisin.

— Ne comptez pas sur moi pour recommencer ce soir ! s'écria Ichigo, exaspéré par la tournure des événements.

— Pourquoi ? De toute évidence, cela marche au-delà de ce que l'on peut espérer, demanda Rukia, d'une voix où perçait la ruse alors qu'un restant de contrariété transparaissait dans son regard.

— Mais enfin, parce que... ».

Ichigo se tut brusquement, incapable de fournir une explication qui ne l'obligerait pas à parler de l'état misérable dans lequel il s'était retrouvé, contraint dans une position équivoque, et pressentant que ce ne serait pas au goût de la sœur protectrice de l'honneur et des amours de Byakuya.

Dans le silence qui s'était fait autour de la table, retentit une voix froide et sans émotion.

« Kurosaki Ichigo, intervint Byakuya, nous avons à parler. Je ne reviendrais pas sur la nuit dernière, pas plus que je n'envisage de recourir une nouvelle fois à cette solution. Ceci dit, j'estime que la situation a suffisamment duré. Je désire que revienne la tranquillité en ma demeure et dans ma vie. Mais j'ai accédé à la demande de Rukia qui a souhaité t'héberger et je ne peux plus me détourner des tourments qui t'affligent. Si tu le veux bien, retrouvons-nous ce soir et discutons en, ou sinon, je considérerais que tu refuses mon aide et je me verrais dans l'obligation de te demander de partir. Renji t'accueillera volontiers.

— Mais ! Nii-sama...

— Ma décision est mûrement réfléchie, Rukia » persista Byakuya d'un ton qui ne laissait place à aucune réplique.

Il regardait Shûhei, lequel le dévisageait comme s'il était la huitième merveille du monde tout en prenant en même temps un air singulièrement étonné. Il recouvrit sa main de la sienne et s'adressa de nouveau à Ichigo :

« Ta réponse, Kurosaki Ichigo ?

— De toute façon, Rukia, après avoir repensé à ce que tu m'as dis hier soir, je me suis décidé à en parler. Cela tombe bien, Byakuya. J'accepte ta proposition et je t'en remercie.

— Je suis bien aise de voir nous nous comprenons » conclut Byakuya.

Byakuya avait terminé son petit-déjeuner, à la différence des trois autres convives. Shûhei et Rukia n'avaient plus le temps de bavarder. Le silence revint autour de la table, uniquement coupé par le bruit des tasses que l'on reposait sur les soucoupes, d'une cuillère qui heurtait le bord d'un pot de confiture ou d'un couteau qui glissait sur une assiette.

Shûhei se contentait de picorer distraitement. Sa faim était ailleurs. Il frémissait d'envie de se serrer dans les bras de Byakuya et l'emprisonnait de son regard, à tel point que pour celui-ci plus rien d'autre ne comptait. Le seigneur Kuchiki perdait son allure distante et rosissait à vue d'œil.

Rukia avait accepté l'ultimatum de son frère. Si cela convenait à Ichigo, c'était le principal. Et puis, tout lui semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Entre deux coups de fourchette, elle suivait discrètement le jeu des amoureux et se délectait de cet heureux dénouement.

Ichigo, lui, n'en menait pas large et s'était découvert un monstrueux appétit qui lui permettait d'occuper son attention et ses gestes. Refoulant la vision des deux amants enlacés, ne serait-ce que par le regard, il se concentrait sur une question qui venait lui tarauder l'esprit : comment pourrait-il se confier à Byakuya alors qu'il avait partagé son lit, même si cela n'avait été qu'en tout bien toute honneur ?

fin du chapitre 17


Prochain chapitre : Byakuya le preux