Chapitre 19

Un jour, peut-être...

Dans les jours qui suivirent l'entrevue de Byakuya et Ichigo, la vie reprit un cours tranquille.

Pour Ichigo qui s'était soulagé de ses angoisses en les exprimant à voix haute, les noirs simulacres qui perturbaient son sommeil n'étaient plus si oppressants. Si ses cauchemars continuaient, ils perdirent en intensité et ne le réveillèrent plus. Au fur et à mesure qu'il reprenait confiance en lui, leur fréquence diminua. Il arrivait à dormir et la maisonnée avec lui.

C'est un Shûhei tout sourire qui rentrait maintenant chez eux, Byakuya ayant cessé de materner Ichigo. La nuit venue, les amants refermaient la porte de leur chambre sur leur amour et désiraient plus que tout s'isoler du reste du monde. Ils avaient langui des bras l'un de l'autre.


Byakuya s'éveilla à l'heure habituelle et profita un moment du petit miracle qui s'accomplissait chaque matin depuis quelques jours.

Sourd au chant des oiseaux accueillant le matin, insensible au ruissellement de l'eau dans le jardinet de pierres, oublieux du rythme du bambou qui scandait les minutes, son attention était toute entière centrée sur son compagnon encore plongé dans le sommeil.

Il respirait son odeur, sentait son souffle chaud et régulier, percevait les battements de son cœur. Sa peau contre la sienne, plus que jamais il avait conscience de son parfum.
Il était l'heureux captif de ses bras, car non seulement Shûhei était là à son réveil mais encore il l'avait enserré dans son étreinte.
Alors il le regardait, n'en perdait pas une miette et contemplait son bonheur.

Les minutes s'écoulaient et il fallait s'arracher au charme. Byakuya se chargea de réveiller son prince en déposant deux baisers sur ses paupières fermées pour ensuite titiller le lobe de son oreille droite.
Shûhei poussa un gémissement exquis et resserra son étreinte autour de lui. Il ouvrit les yeux et lui prit la bouche dans un suçotement sucré qui enveloppa sa lèvre inférieure.
L'étreinte devint mutuelle et caressante, puis ils se séparèrent :

« Bonjour » se dirent-ils à l'unisson.

Ils se levèrent et se préparèrent sans échanger une autre parole. Souvent ils préféraient le silence, évoluant simplement dans la présence de l'autre.

Depuis quelques jours, le désir de Shûhei était auprès de son seigneur et non pas dans ses habituels vagabondages.
Pour Byakuya, ces matins étaient des joyaux parmi les autres, étincelants de la présence à ses côtés de son bien-aimé. Il ne savait pas combien de temps cela durerait mais peu lui importait. Il s'émerveillait de ce que l'épisode avec Ichigo avait déclenché.

Le petit-déjeuner prit, Shûhei et Ichigo partirent ensemble pour la neuvième division.

Shûhei y conviait de temps en temps le Shinigami remplaçant pour un entraînement. Il avait trouvé là un adversaire intéressant et résistant. Il lui soumettait sans vergogne ses techniques, s'amusant de ses contre-attaques qui n'avaient rien d'académiques, et le poussait avec agilité dans ses retranchements.
Ichigo, lui, voyait dans ces combats un heureux dérivatif aux contacts brutaux et monotones de ceux de la onzième division, ses partenaires habituels durant ses séjours au Seireitei.

Étaient-ils amis ? Rien n'était moins sûr.

Comme Shûhei ne maîtrisait pas le bankai, Ichigo s'était donné pour règle de ne pas l'utiliser non plus. Ce qui fait qu'il se faisait malmener régulièrement malgré la puissance de Zangetsu.
Le vice-capitaine de la neuvième division semblait prendre un malin plaisir à le tourner en ridicule devant ses troupes. Quant à Ichigo, il avait dû mal à digérer la défaite de leur première rencontre. Une rivalité était née, qui allait de pair avec une rancune tenace pour l'un et un féroce amour-propre pour l'autre.

Et pendant tout ce temps, Rukia débordait de contentement, entourée de l'ami qu'elle chérissait et qui se rétablissait, et de son frère adoré qui formait avec Shûhei le couple le plus craquant qui soit.

Vint le jour du retour au monde réel.


Sur le grand parvis du senkaimon, ils étaient réunis tous les quatre une dernière fois.

« Byakuya, Shûhei, je vous remercie pour tout » dit d'un ton de circonstance Ichigo, en s'inclinant avec un respect sincère.

Il s'avança ensuite vers Rukia qui le regardait avec de grands yeux légèrement brillants. La mèche qui lui barrait le front s'agitait sous la brise plus forte qui soufflait sur l'acropole.
Il lui devait beaucoup. Où en serait-il aujourd'hui sans son soutien indéfectible ?
Les reflets de tristesse qui agitaient le regard de la jeune Shinigami ternissaient l'éclat violet de ses iris. Il en fut troublé. Une émotion singulière lui étreignit le cœur.

« Au revoir, Rukia, dit-il d'un ton grave et sérieux qui l'étonna lui-même.

— Porte-toi bien, Ichigo » dit Rukia. Elle semblait fragile, sans le dynamisme qui d'ordinaire lui seyait.

Byakuya voyait d'un mauvais œil l'ambiance intime qui venait de se créer. Il s'avança d'un pas, décidé à couper court aux effusions hors de propos des jeunes gens. Il en fut empêché par Shûhei qui affichait un air espiègle. Ce dernier se colla dans son dos et le prit par les épaules.

Ichigo fronça les sourcils alors qu'il cherchait à percer le mystère de cette impression irréelle. Sa main se leva, comme pour caresser la joue de son amie et la rassurer, mais il la laissa retomber bien avant d'y arriver, comme s'il avait oublié en chemin ce qui était à l'origine d'un tel geste.

« Allons, Ichigo, détend-toi. Si le vent tourne, tu porteras à jamais cet air grognon et tu feras fuir toutes les jeunes filles.

— Peuh ! Je suis plus fort que tous les mauvais augures. »

Rukia s'était reprise et leur rapport redevenait celui qu'ils connaissaient : une forte amitié, où chacun se soutenait l'un l'autre, parfois tendre et émouvante, parfois turbulente et malicieuse.

« Tu vois, chuchota Shûhei à l'oreille de Byakuya, il n'y a rien à craindre. Le gamin est aveugle et ta sœur connaît sa place. »

Quelques minutes plus tard, Ichigo était parti, et le calme revint dans la Soul Society.


Rukia avait rejoint la treizième division. Shûhei et Byakuya faisaient un bout de route ensemble avant que leurs chemins ne se séparent.

Byakuya restait silencieux et laissait à Shûhei les rênes de la conversation, quand celui-ci aborda un sujet qui le prit au dépourvu :

« Tu sais, lui dit Shûhei, je n'aurai jamais cru que tu sois du genre à pouponner. On devrait peut-être adopter ? Il y a une quantité de jeunes âmes délaissées au Rukongai... »

Un regard noir le fit taire et il sourit, puis il s'accrocha à son bras et lui souffla à l'oreille : « Je plaisantais, je n'ai pas envie de te partager. Pour l'instant... » rajouta-t-il malicieusement, avant de s'éclipser.

Le visage de Byakuya resta de marbre. Quiconque l'aurait croisé à ce moment là l'aurait cru plongé dans une intense concentration. En fait, il imaginait une vie avec des enfants : lui et Shûhei dans une chambre aux tapisseries colorées, veillant sur le sommeil des bambins ; lui et Shûhei se promenant sous un pont d'arbres, tout en les tenant par la main ; lui et Shûhei parmi les cerisiers du jardin, jouant avec eux au centre d'un tourbillon de pétales ; lui et Shûhei les initiant au maniement de l'épée... Cette simple idée suffisait à le stupéfier. Et pour la première fois de sa vie, il sourit en public. Oh ! Un mince sourire bien sûr. Mais suffisant pour que son visage en soit illuminé et perde cette austérité qui l'accompagnait.

Seul Shûhei connaissait l'art de générer chez lui un tel émoi.

Byakuya reprit sa route et laissa transparaître la douceur qui l'habitait. Il resta indifférent à ceux qu'il croisait, uniquement attentif à l'évocation d'un futur dont il n'avait jamais rêvé.

F I N


Ainsi se termine Le Séjour d'Ichigo. Est-ce que cela vous a plu ?

Disclaimer : Je rappelle que Bleach, son univers et ses personnages, dont est issue cette fic, est un manga de Tite Kubo.

Je remercie les fidèles d'entre vous qui ont déposé des reviews (c'est un grand plaisir de les lire), des "story alert" ou ont classé cette fic parmi leurs favoris. Merci également à vous, dont je ne connais la présence que par vos "hits".
Je m'excuse encore des interruptions dans la publication.


Il existe un bonus de cette fic, "Le bentô", qui raconte ce qui a été passé sous silence dans le premier chapitre : Comment Shûhei se fait pièger par Tsujirô et sort du pavillon pourvu d'un bentô !
Cet OS fait partie de la fic "Chroniques d'un serviteur des Kuchiki".


Maj du 03/07/2013 suite à la review de Benitsuki :

J'aurais bien aimé savoir en quoi et où la fic est un peu trop descriptive. C'est intéressant comme remarque. J'ai fait un passage en revue, mais j'avoue que j'échoue à trouver une lourdeur dans les descriptions. Certes, il y en a...
Merci pour ta review, et pour trouver ce couple, pas forcément populaire, "trop mimis ensemble" :)