Chizuru, vêtue d'un kimono pourpre et d'un obi jaune, marchait dans la rue d'un pas rapide.
Cela faisait maintenant six semaines qu'elle avait quitté le Shinsengumi, et elle mentirait si elle disait que les capitaines ne lui manquaient pas. En fait, chaque capitaine lui manquait terriblement.
Elle voulait revoir le sourire de Heisuke-kun et rire à ses bêtises avec Nagakura-san.
Elle voulait discuter avec Harada-san et revoir son sourire apaisant.
Elle voulait regarder les pétales de sakura tomber avec Saito-san ou encore argumenter sur l'importance de se reposer avec Hijikata-san.
Et enfin, elle voulait voir Okita-san. Juste le voir, voir son sourire narquois et subir ses taquineries. Même l'entendre dire « Je vais te tuer » apaiserait son cœur, qui saignait dû à cette longue séparation.
Tu es désespérante... se dit-elle.
Essayant de ne pas penser à ce qu'elle considérait maintenant comme du passé, elle entra dans la clinique de Matsumoto-sensei.
Dès le premier jour, il avait accepté de la prendre comme infirmière, en apprenant qu'elle n'avait toujours pas trouvé son père, qu'elle était seule et presque sans argent.
Elle changea rapidement son kimono pourpre pour son kimono d'infirmière, rose et simple, et se dirigea vers les chambres des patients. Il n'était encore que l'aube et pourtant son travail commençait déjà.
Elle donnait à manger aux patients, les aidait à se changer, nettoyait leurs blessures et changeait leurs pansements. De temps en temps, elle livrait des médicaments à certains endroits de la ville. C'était ça, son quotidien depuis cinq semaines, et elle ne s'en plaignait pas.
Le premier jour de son arrivée avait été très dur mentalement et physiquement. Elle s'était retrouvée seule après avoir passé une année entourée par les capitaines. Ce changement soudain lui avait causé un grand choc. Puis, elle avait dû passer une journée entière à nettoyer sa maison, qui était très poussiéreuse, n'ayant pas été habitée depuis très longtemps. Heureusement, ses voisins, qui avaient plusieurs dettes envers son père, lui avaient fourni trois repas par jour pendant une semaine, jusqu'à qu'elle puisse s'en sortir seule.
Elle soupira légèrement en repensant à sa situation, ce qui attira l'attention du vieil homme à qui elle était en train de bander le bras.
-Et bien, jeune demoiselle, pourquoi donc soupirez-vous ? demanda-t-il gentiment.
-Ah, euh.. Ce n'est rien du tout, Monsieur, je suis désolée, s'excusa-t-elle en se courbant légèrement.
-Une jeune fille telle que vous ne devrait pas se soucier de la vie comme cela ! Si vous avez un problème, il faut le régler au plus vite ! Il faut profiter de votre jeunesse, Mademoiselle !
-Je vous remercie, Monsieur, répondit-elle en souriant
-Vieil homme que je suis, j'ai vécu beaucoup de choses dans ma vie, les regrets, les peines et les pertes... Alors, jeune demoiselle, si je peux vous donner un conseil, c'est qu'il faut faire en sorte de ne pas avoir de regrets, un seul regret peut vous gâcher votre vie entière...
Chizuru écouta très attentivement les sages paroles du vieil homme. Elle prit quelques secondes pour réfléchir puis releva la tête et le regarda dans les yeux. Il disait la vérité, mais cette vérité, était-elle valable dans sa situation ? En y réfléchissant, que voulaitt-elle vraiment ?
Okita Souji...
Voilà ce qu'elle voulait vraiment. Mais un vulgaire caillou ne pourra que rêver d'être un diamant, tandis qu'elle ne pourra que rêver d'être acceptée par Okita Souji.
Le vieil homme regarda les yeux de la jeune infirmière et remarqua l'hésitation, la peur et la tristesse traversant ses yeux. Oui, il avait regretté beaucoup de choses dans sa vie, et il ne voulait pas que cela se reproduise, même pour des inconnus, comme cette jeune fille.
- N'ayez pas peur ! Il vaut mieux avoir fait et regretter que ne pas avoir essayé et le regretter toute sa vie, comme disait mon père ! s'exclama-t-il d'un petit rire.
Chizuru le regarda et sourit à son tour, remerciant les Dieux de lui avoir envoyé cet homme. En manque de mots pour le remercier, elle salua très bas en espérant que cet homme ressentirait toute sa gratitude. Elle sortit sans un mot, en réfléchissant profondément à ses actions futures.
Le vieil homme sourit, heureux d'avoir pu aider cette jeune fille.
Cela fait déjà six semaines qu'elle est partie... pensa Souji.
Il n'aurait jamais cru qu'elle partirait comme cela, sans prévenir personne et sans dire au revoir à personne. Même si c'était une fille, même si elle ne se battait pas avec eux sur le champ de bataille, elle faisait partie d'eux. Elle était une partie d'eux, même si personne n'osait le dire à haute voix. Elle connaissait leurs secrets, leurs forces et leurs faiblesses, leurs préférences et leurs dégoûts. Elle était une bougie qui éclaire leur sombre monde. Mais elle était partie maintenant...
Elle avait planifié son voyage depuis longtemps et sans qu'il ne le remarque. Elle n'était pas aussi facile à lire que ce que je pensais... pensa-t-il, un petit sourire aux lèvres.
Après que Kondo-san leur ait annoncé son départ, tous les capitaines, très choqués, exigèrent des explications. Même Saito n'avait pu masquer son choc. Calmement, le Commandant avait annoncé que c'était sa décision et qu'il ne pouvait l'empêcher de partir.
Une semaine après son départ, à l'heure du déjeuner, Souji avait eu une crise de toux. Devant tout le monde, et sans qu'il put le cacher. Tout le monde avait été surpris qu'il ait la tuberculose, une maladie grave et incurable, sans qu'ils s'en soient rendu compte. C'était alors au tour de Souji d'être surpris quand il apprit que même Hijikata n'était pas au courant. Il pensait que Chizuru lui avait dit avant de partir, mais elle avait tenu sa promesse jusqu'au bout.
Il avait maintenant interdiction de quitter son lit, surveillé par le très strict Vice-Commandant.
Il passa cinq semaines au lit, la plupart du temps pensant à Chizuru. Chaque petite chose la lui rappelait à son souvenir. Sachant qu'aucun des capitaines ne savait cuisiner, tout le monde regrettait la délicieuse cuisine de leur ancienne protégée. Les jardins n'étaient plus aussi bien entretenus que quand Chizuru était là, ce qui l'attrista légèrement, car la beauté de la nature était quelque chose qu'il appréciait depuis son enfance. De nombreux détails lui rappelait la jeune fille. Mais elle était partie à jamais maintenant... pensait-t-il amèrement.
Un jour, après une autre de ses nombreuses quintes de toux, Kondo-san et Hijikata-san était venus à sa chambre pour lui annoncer : « Tu vas partir à Edo, au cabinet de Matsumoto-sensei, et sans objection. ».
Merci d'avoir lu ce chapitre, il a été corrigé par TheFrenchChibi , un grand merci à elle !
