Bonjouuur mes amours ! :D Et bonne année 2017.

Voici le tout premier défi de ce nouveau recueil. Je tiens à vous remercier celleux qui ont participé au premier lancer de fanarts. Si vous voulez participer au prochain et proposer un ou plusieurs fanarts sur lesquels je pourrais écrire, rendez-vous à partir du 12 janvier sur ma page FB Cailean Charmeleon.

Pour celui-ci, vous pouvez remercier Julie, dont le fanart m'a inspiré. Il s'agit d'un Drarry, et le fanart en question est visible sur ma page FB dans le dossier "Le défi du mois".

Je remercie l'Impératrice Charlotte et NathanaelleS pour la relecture. D'ailleurs, si vous aimez le Drarry, allez voir son profil. :p Merci aussi à MissPika42, qui a repéré les dernières erreurs d'inattention. :p
Mon coup de cœur personnel en matière de Drarry, si je devais vous conseiller un-e seul-e auteur-e, c'est Rose Malefoy, et en particulier son OS Catch a falling star, sa fic longue Le diable au corps ainsi que sa fic de Noël I'll be home for Christmas. Sortez les mouchoirs. Même moi qui suis insensble à la magie de Noël, je l'ai ressentie dans cette histoire.

Je vous laisse avec cet OS, et comme d'habitude, rendez-vous en bas pour discuter !

Pour cet OS, rated M à cause des thèmes abordés (TW : maladie, mort), mais pas de lemon.


Oris somnium : un rêve révélateur

Harry traversait un couloir sombre, avec une impression d'urgence qui faisait bouillonner le sang qui coulait dans ses veines. Sur sa peau, il sentait la douceur d'un tissu léger sa cape d'invisibilité. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus portée, quelques années au moins. Ce constat l'étonna et lui fit froncer les sourcils.

Bientôt, il parvint à une porte vitrée, avec l'intime conviction qu'il devait l'emprunter, sans en connaître les raisons. Simplement, il devait la franchir.

Au-dehors, il faisait nuit noire. L'air était frais et un souffle du vent le fit frissonner. Harry regarda autour de lui, découvrant le lieu où il se trouvait. Il s'agissait d'un toit, qui surplombait la ville, illuminée par l'éclairage public. Londres, de nuit, vivait. Mais le brun était beaucoup trop élevé pour en percevoir les sons – à moins qu'un sort d'insonorisation soit à l'œuvre -, lui donnant la sensation d'une distance.

Il se sentait d'ailleurs distant de sa propre enveloppe corporelle, qui continuait à suivre cette impression d'urgence que sa conscience avait du mal à concevoir. C'était presque comme s'il était alcoolisé, mais Harry sentait que là n'était pas l'explication, même s'il n'en avait pas pour l'instant.

Son corps s'arrêta soudainement, avant que son cerveau n'en comprenne les raisons. Son regard parcourut rapidement l'environnement alentour, et ses pupilles se posèrent alors sur une silhouette courbée sur le muret qui entourait le bord du toit.

Des cheveux clairs, probablement blonds - l'obscurité ne permettait pas une certitude absolue -, un corps élancé, presque sec. La silhouette tressautait par saccades, comme si la personne pleurait. La scène parut familière à Harry, faisant écho à une situation vécue alors qu'il était en sixième année à Poudlard, dans les toilettes de Mimi Geignarde.

L'évidence claqua alors comme un coup de fouet dans son esprit. Malefoy. La personne qui pleurait face à lui était Drago Malefoy, plus âgé que dans les souvenirs qui avaient refaits surface. Et l'impression d'urgence avait à présent un goût de certitude, celle qu'Harry était là pour Malefoy et qu'il devait savoir. Il y avait quelque chose à comprendre, et il allait le découvrir.

À la manière d'un automate, Harry fit glisser sa cape du sommet de son crâne jusqu'au sol en pierre dure, ayant déjà avancé d'un pas en direction du sorcier alors que le tissu n'avait pas encore formé un tas à ses pieds.

En quelques enjambées, il se trouva juste derrière le blond, percevant avec précision les tremblements de son corps. Il entendait également sa respiration saccadée et son souffle, ainsi que les vibrations qui s'échappaient en sons rauques de sa gorge. Il n'y avait plus aucun doute à présent : Drago Malefoy pleurait. Et son chagrin, pour une raison obscure, touchait Harry, qui sentait le besoin de le réconforter, de lui dire que tout allait bien se passer, parce qu'il était là, avec lui.

D'instinct, sa main se posa sur le dos du blond, qui se redressa dans un sursaut violent. Il fit face à Harry, le regard fou de rage et de honte d'être ainsi découvert dans un instant de vulnérabilité.

Le blond s'éloigna du brun, les yeux rougis par les larmes qui lui lançaient des éclairs. Sa mâchoire s'était crispée d'une telle manière qu'elle devait être douloureuse. Harry tendit la main vers lui, comme pour l'empêcher de partir, mais il n'avança pas, et Malefoy était déjà trop loin pour qu'Harry puisse le toucher. Les yeux du blond fixaient la main tendue avec une haine non dissimulée.

« Qu'est-ce que tu fiches ici, Potter ? », cracha-t-il.

Harry soupira, laissant retomber son bras contre son corps. Sans une once de crainte, il dévoila ses intentions, d'une manière totalement anormale et improbable.

« Je t'ai vu pleurer, et je ne pouvais pas le supporter. »

La stupeur se dessina sur le visage du blond, qui ouvrit les yeux en grand.

« Comme si tu pouvais t'inquiéter pour moi. À d'autres », lui répondit-il sur un ton peu convaincu. Mais sa voix semblait s'être adoucie et ses muscles s'étaient quelque peu relâchés.

« Pourtant, c'est le cas », lui lâcha Harry. Il abaissa la voix avant de continuer à parler, comme si c'était un secret. « Pourquoi est-ce que tu pleurais ? »

Le blond soupira à son tour, avant de passer une main dans ses cheveux, mal à l'aise.

« Tu ne comprendrais pas… », insinua-t-il d'un filet de voix.

Harry lui fit un sourire encourageant.

« Essaie quand même. Je ne suis pas si bête que ça. »

Un léger rire s'échappa des lèvres du blond, qui rassura un peu le brun, bien qu'il ait encore les résonnances de son chagrin.

« Mon père… », commença-t-il.

Puis il secoua la tête, comme s'il ne pouvait pas. Comme s'il était incapable de parler.

Malefoy se tourna subitement vers le vide, tournant le dos à Harry. Mais ce dernier avait eu le temps de voir les larmes qui formaient de nouvelles stries sur le visage de porcelaine de son ancien ennemi.

Il s'approcha une nouvelle fois du blond, posant pour la seconde reprise sa main sur son dos. Cette fois, il ne le repoussa pas, et les tremblements reprirent de plus belle, annonçant le retour des sanglots.

Puis, sans trop savoir comment, le corps du blond glissa au sol où il se recroquevilla, et Harry le rejoignit, l'enveloppant alors de tout son être, comme une carapace protectrice. Malefoy se laissa aller contre lui, comme un enfant se réfugierait dans les bras de sa mère.

Les deux sorciers restèrent ainsi pendant un temps indéterminé, jusqu'au moment où il sembla à Harry que sa conscience se dissipait, comme lorsqu'il glissait dans les méandres du sommeil…

OoOoO

Harry sentit sa conscience revenir à lui en même temps qu'il perçût la tiédeur et la douceur de ses draps.

Merlin ! Tout cela n'était qu'un rêve. Le brun ouvrit les yeux, redécouvrant sa chambre, éclairée par un seul rai de lumière. Il avait mal refermé son store la veille. Il se leva pour l'ouvrir, ouvrant également la fenêtre.

Il prit une grande inspiration, sentant l'air frais du matin s'insinuer dans ses poumons. Cela lui fit du bien, le dégageant des dernières impressions de son escapade nocturne.

D'un sortilège informulé, il éteignit son réveil, referma la fenêtre et, en quelques enjambées, rejoignit la salle de bain, où il se glissa sous l'eau glacée de la douche. Il avait toujours eu besoin de froid pour se réveiller, et il en avait particulièrement besoin ce jour-là.

Il mit rapidement des sous-vêtements propres, un pantalon en jean et un simple T-shirt qu'il avait pris au hasard dans la pile. Il avala en quelques gorgées son café encore brûlant et sortit de son appartement.

Manhattan Avenue. Il habitait dans le quartier sorcier de Londres, dissimulé au cœur même de la ville, et il débouchait dans la partie moldue en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Ensuite, il reliait son domicile au Ministère de la Magie à pied. Il aimait bien prendre ce temps-là, pour se réveiller en douceur, ordonner ses pensées et être opérationnel pour le travail.

Mais ce matin-là, Harry ne parvenait pas à se concentrer. Son rêve ne cessait de lui revenir à l'esprit, comme des réminiscences d'un vécu trop préoccupant. Il n'aurait su l'expliquer, mais il avait la sensation que ce rêve-là n'était pas anodin et qu'il lui avait révélé une vérité. Après tout, ce n'était pas la première fois que ses rêves lui montraient quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir…

Certes, dans ses précédents cauchemars, il voyait ce que Voldemort voyait, ce qui n'était pas possible ici. En plus, Malefoy l'avait clairement appelé par son nom.

L'impression d'urgence qu'il avait ressentie durant son sommeil poigna à nouveau, l'incitant à presser le pas. Il devait en avoir le cœur net.

Il arriva au Ministère, après avoir emprunté le passage réservé aux Aurors, arrivant directement au Bureau des Aurors. Il fut salué par ses collègues, dont Ron, mais il continua sa route vers le laboratoire d'expertise scientifique, l'annexe judiciaire rattachée au Bureau.

Là, il entra sans cérémonie, se retrouvant face à Malefoy qui était penché sur un microscope. Celui-ci ne sursauta même pas quand Harry entra dans son antre. Voilà trois ans qu'ils travaillaient dans le même service, l'un enquêtant, l'autre analysant les traces retrouvées sur les scènes d'infraction. Et le moins que l'on puisse dire, c'était que le blond avait l'habitude de voir le brun débouler sans frapper.

« Toujours aussi poli à ce que je vois. Je n'ai pas encore reçu les résultats des tests pour les vêtements que tu m'as donnés hier », lui dit-il sans même décoller l'œil de son microscope.

« Je ne viens pas pour ça. »

Harry vit le sourcil gauche de Malefoy se soulever, alors qu'il relevait la tête pour le regarder. Harry continua.

« J'ai fait un rêve », annonça-t-il sans préambule.

Un rictus se forma sur le coin de la bouche du blond.

« Je ne suis pas ton psychomage, Potter. »

Harry secoua la tête, exaspéré.

« Ce rêve te concerne. »

Cette fois, le blond rit franchement.

« Tu peux garder tes rêves érotiques pour toi, je ne suis pas intéressé. »

Harry leva les yeux au ciel. Son orientation sexuelle ne faisait plus aucun doute pour personne à présent. Depuis qu'il avait quitté Ginny, quelques années auparavant, il avait enchaîné les conquêtes masculines, ayant compris la raison pour laquelle il ne ressentait aucun désir sexuel pour la rousse.

Mais ce n'est pas le propos.

« Ça n'avait rien de sexuel. Tu pleurais. »

Malefoy le regarda comme s'il était fou.

« Je voulais savoir si…c'était vrai », ajouta-t-il.

« Tu confonds les rêves et la réalité, Potter. Va faire un petit tour à Sainte Mangouste, et laisse-moi travailler. »

Face à l'immobilisme du brun, Malefoy insista.

« Sors de mon labo, Potter. »

Sans un mot, Harry s'exécuta, sortant de l'annexe scientifique. Il alla donc rejoindre Ron, l'esprit ailleurs.

« Qu'est-ce que tu fichais avec la fouine ? » Ron avait continué à utiliser le terme, bien qu'avec le temps, il avait perdu sa connotation et son intention péjoratives. « On ne lui a donné les traces qu'hier, il ne peut pas les avoir déjà analysées. »

Harry secoua la tête, puis se pencha vers lui pour lui parler à voix basse. Il lui raconta alors son rêve.

« Ouah ! Le truc de dingue. Mais ça n'explique pas pourquoi tu es allé le trouver. »

Harry lui lança un regard équivoque. Ron ouvrit la bouche de surprise.

« Tu ne lui as pas demandé si c'était vrai, quand même ? »

« Si. Écoute, tu te rappelles les rêves que je faisais quand on était ado ? Sur le moldu qui a été tué par Voldemort, ton père qui a été attaqué par le serpent. C'était réel. J'ai l'impression que c'est réel aussi ici. Ou en tout cas, que ça a une part de réel. »

« Mais…mais… », continua Ron. « Ce n'était pas la même chose. Tu étais connecté à Tu Sais Qui. Et les événements se passaient réellement. Si Malefoy avait vraiment pleuré devant toi et dans tes bras, il s'en souviendrait, non ? »

Harry soupira. Évidemment, Ron avait raison.

« Je sais. Mais je reste persuadé qu'il y a une part de vérité dans tout cela. Malefoy ne va pas bien, et je dois découvrir pour quelle raison. »

OoOoO

Le reste de la journée se déroula aussi normalement que cela était possible dans un bureau d'Aurors.

Finalement, à seize heures, Harry décida de s'accorder une pause bien méritée à la machine à café. Lorsqu'il y parvint, il vit qu'il n'était pas le seul à avoir eu cette idée. Malefoy était appuyé contre le plan de travail de la cuisine, une tasse de café à la main.

Harry s'arrêta, repensant au rêve et à ses interprétations. Malefoy ne semblait pas aller mal, il était aussi neutre et inexpressif qu'à l'accoutumée. Il ne ressemblait en rien au sorcier tourmenté et en souffrance de cette nuit. La conviction d'Harry s'ébranla quelque peu, mais ce sentiment qu'il devait vérifier persistait.

« Je sais que je suis beau, mais n'abuse pas non plus », lui renvoya le blond, faisant sursauter Harry.

« Je ne pensais pas à te mettre dans mon lit, rassure-toi. »

« À d'autres », lui répondit le blond, avec un sourire en coin. « Je suis irrésistible. »

Le brun ne pouvait pas le nier, en effet. Malefoy était un très bel homme, et il avait le charme de l'homme qui dégage autant d'assurance que de prestance. Mais il n'y était définitivement pas.

« Je repensais à mon rêve », lui dit Harry. « Tu semblais si triste… »

Le sourire de Malefoy se fana, et il soupira.

« Tu m'agaces avec ton rêve, Potter. »

« Dis que ce n'est pas vrai. Dis que tu ne souffres pas. »

Les yeux de Malefoy lui auraient lancé des Stupéfix s'ils avaient pu le faire.

« T'as pas fini avec tes rêves ? T'es devin maintenant ? Lâche-moi avec tes conneries », lui répondit-il sur un ton un peu trop hargneux pour la situation.

Il reposa alors sa tasse encore à moitié pleine, en renversant une partie sur le plan de travail, et s'apprêta à repartir à grandes enjambées, quand Harry reprit la parole. Il tenta le tout pour le temps, bluffant.

« Je suis au courant pour ton père. »

Malefoy se figea. Il resta ainsi, de dos, ne bougeant plus d'un seul millimètre.

Il se tourna alors vers Harry. Son visage avait quitté son masque d'inexpressivité et même son agacement ses yeux étaient légèrement écarquillés et brillaient à présent d'une étrange lueur.

« Comment est-ce que… », commença-t-il. « Granger, bien sûr. »

Ce fut au tour d'Harry d'être surpris. Hermione était oncomage, spécialisée dans le traitement et la recherche de traitements des cancers.

« Qu'est-ce qu'Hermione a avoir là-dedans ? »

Malefoy soupira.

« Prends-moi pour un con, Potter. »

Harry secoua la tête.

« Je te promets, je n'en sais rien. Je…sais juste que ça a quelque chose à voir avec ton père », avoua-t-il.

À présent qu'il savait qu'il pourrait de toute façon avoir des réponses auprès d'Hermione, il n'avait aucun remord à admettre qu'il avait prêché le faux pour savoir le vrai. Malefoy le comprit également, ses paupières se plissant sous l'effet de son agacement non dissimulé.

« C'est toi qui es vraiment con, alors. Granger. L'oncologie. Mon père. Il a un cancer. C'est elle qui était chargée de lui trouver un traitement. »

Harry ouvrit la bouche, surpris. Pour le coup, il se trouvait un peu stupide, en effet. Mais surtout, il encaissa le coup. Est-ce que cela pouvait réellement être ce qui rendait Malefoy si malheureux ? Il avait une image si négative de Lucius Malefoy qu'il avait du mal à le concevoir, mais après tout…c'était son père.

« Je…je suis désolé », avoua Harry, sincère. « Je ne savais pas. »

Malefoy lui lança un regard glacial, avant de tourner les talons.

OoOoO

Les jours suivants, Malefoy l'évita majestueusement, jusqu'à faire demi-tour lorsqu'il le croisait dans les couloirs. Mais ce matin-là, le blond ne pourrait plus l'éviter. Ils avaient une réunion entre Aurors et experts scientifiques, afin de présenter les résultats des analyses et de formuler des pistes d'intervention.

Harry avait bien essayé de soutirer des informations à Hermione, mais celle-ci avait décrété qu'elle était soumise au secret professionnel et avait campé sur ses positions. Harry savait qu'il ne saurait rien venant d'elle, et que sa seule possibilité d'obtenir des réponses était d'intercepter Malefoy. Il y comptait bien.

Il eut beaucoup de mal à se concentrer pendant la réunion. Il ne cessait de jeter des coups d'œil à la dérobée au blond et, même quand ce dernier prit la parole, il ne cessa de le fixer, n'écoutant pas un traître mot de ses analyses il se rattraperait plus tard, Ron saurait lui expliquer de quoi il retournait.

À la fin de la réunion, il ne perdit pas une minute, il rattrapa le blond.

« Malefoy. »

« Potter », lui répondit-il sans même le regarder.

« Je peux te parler ? », lui demanda le brun.

« Tu me parles déjà, je te signale. »

Harry accusa le coup. Il avait l'habitude de ses répliques acerbes. Il attendit que leurs collègues respectifs sortent de la salle de réunion, pendant que Malefoy rangeait ses documents.

Finalement, Malefoy se tourna vers Harry, non sans un soupir.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Comprendre. »

Harry ne mentait pas en lui disant cela c'était peut-être ce qu'il lui avait dit de plus honnête depuis qu'ils se connaissaient.

« Pourquoi ? »

« Parce que… »

Harry s'arrêta. Pourquoi finalement ? Tout ça parce qu'il avait vu Malefoy pleurer dans son rêve ? Mais il n'était même pas son ami. En quoi cela pouvait-il le toucher ?

Harry se gratta la tête, mal à l'aise.

« Je ne sais pas trop », avoua-t-il. « Juste que… Je crois que j'ai fait ce rêve pour une bonne raison, tu vois ? »

Malefoy haussa un sourcil.

« Pas vraiment, non. Je suis un scientifique, les arts divinatoires, c'est pas tellement mon truc. »

Harry ne dit rien. Il n'avait pas d'argument valable, il n'avait que son instinct.

Malefoy regarda alors sa montre, avant de soupirer une nouvelle fois.

« Allons déjeuner ensemble, si tu veux. On pourra parler », lui suggéra-t-il en désignant la porte. « Mais pas dans la cafétéria du département. Il y a trop d'oreilles indiscrètes ici. »

Harry acquiesça, comme soulagé de la proposition du blond.

Harry et Malefoy étaient descendus dans une petite brasserie moldue, là où leur identité ne signifiait rien. Ils seraient donc à l'abri de rencontrer des connaissances ou des curieux.

Les deux sorciers mangeaient en silence, peu habitués à la situation. C'était la première fois qu'ils partageaient un repas ensemble, sans qu'ils soient réunis par des circonstances purement professionnelles et par la présence d'autres collègues.

Le regard plongé dans ses raviolis avec supplément de fromage, Harry sentit un regard appuyé sur lui. Relevant la tête, il croisa le regard perplexe du blond.

Leurs pupilles s'accrochèrent, transmettant ainsi ce qu'ils leur semblaient étrange à formuler à voix haute après tant d'années de haine et d'évitement : l'intérêt et la curiosité. Mais également l'inquiétude de l'un, la tristesse de l'autre.

« Mon père…il…il n'en a plus pour longtemps », avoua Malefoy après un long silence.

La nouvelle prit Harry au corps, poignant son cœur avec la force de l'horreur que l'on ne veut pas admettre. Il ouvrit la bouche d'étonnement, mais aucun son ne s'échappa. Il la referma, conscient de l'air penaud qu'il devait afficher.

Il croisa le regard gris anthracite et douloureux du blond, qui détourna les yeux dans la seconde, honteux.

« Qu'est-ce que… Qu'est-ce qui lui est arrivé ? », osa finalement Harry, d'une petite voix emplie de douceur. Lui-même ne s'était jamais entendu parler de cette façon.

« Cancer du foie qui s'est généralisé », lâcha le blond, d'une voix qui se cassa tristement. « La magie et les potions n'ont rien pu faire. Les médecins lui donnent quatre mois… »

Harry se rappelait la couleur de craie du visage de Lucius Malefoy, déjà si claire d'ordinaire, mais paraissant si faible et si cireux. Ce n'était pas tout récent, mais il n'y avait jamais pensé auparavant…

Il ne pouvait imaginer la douleur de Drago, lui qui n'avait jamais connu ses parents. Il ne pouvait pas savoir la souffrance que cela engendrait de connaître quelqu'un depuis toujours et de savoir que la perte était imminente et irrévocable.

Il ne savait pas, mais il ressentait ce besoin d'être présent pour son ancien rival.

« Depuis combien de temps vous le savez ? »

Les yeux perdus Merlin ne savait où, Malefoy avait le visage tourné vers la vitre qui donnait sur la rue. Harry crut qu'il ne l'avait pas entendu, mais sans tourner la tête, il lui répondit.

« Depuis avril 1997. Son état physiologique a commencé à se dégrader alors que le Seigneur des Ténèbres était en plein apogée. Plus celui-ci gagnait en pouvoir, plus mon père semblait perdre en puissance. »

Malefoy ne semblait plus pouvoir s'arrêter, comme si c'était la première fois qu'il en parlait. À présent, les vannes étaient ouvertes.

« Évidemment, mon père ne voulait pas consulter, dans un premier temps. Ma mère et moi avions compris et, plus le temps passait, plus elle l'incitait à aller voir un médicomage. Il n'a finalement accepté qu'un jour où ma mère l'a retrouvé en pleurs en bas des escaliers, incapable de remonter se coucher. Il était trop faible pour cela. »

Malefoy parlait à présent comme s'il était seul, comme si Harry n'était pas en face de lui pour lui répondre. Mais de toute façon, le brun n'aurait jamais voulu l'interrompre.

« Seulement, le temps qu'il se décide, trois ans étaient passés. Pendant trois années supplémentaires, les médicomages ont cherché sa maladie et, surtout, ont cherché à la comprendre. Parce que c'était la première fois qu'un cancer présentait une telle puissance magique. Aucun des traitements connus, magiques comme moldus, n'avaient un effet satisfaisant. Le cancer a continué à s'étendre, et rien n'a pu l'arrêter. »

Malefoy fit une pause, comme s'il se remémorait des événements. Il ferma les yeux quelques instants. Lorsqu'il les rouvrit, il reprit son discours.

« On nous a alors présenté une toute jeune médicomage, qui s'était spécialisée dans la recherche et le traitement des cancers. On nous a prévenus que c'était probablement notre dernier espoir. C'est là que Granger est entrée en scène. »

Malefoy secoua la tête, comme s'il chassait une pensée qu'il préférait oublier.

« Pour la première fois, un médicomage a pris le temps de nous expliquer de quoi il retournait réellement. Elle nous a également expliqué les tests qu'elle comptait appliquer, et je dois avouer que j'étais assez impressionné… Mais elle n'a rien trouvé de concluant. Plus les mois passaient, et plus elle affichait une mine triste et désolée. Elle n'avait plus que de mauvaises nouvelles, et la dégradation physique et mentale de mon père en attestait. »

Malefoy soupira, tournant enfin son regard vers le brun.

« Le mois dernier, l'ensemble du corps médical nous a annoncé que c'était fini. Il n'y a plus rien à faire, si ce n'est le mettre sous morphine pour qu'il parte avec le moins de souffrances possible. »

Leurs regards s'accrochèrent à nouveau, et Harry se sentit tellement triste pour le blond.

« Je suis désolé, Malefoy. Désolé pour ton père et pour ce que tu endures. »

Harry ne sut déchiffrer l'expression du blond, mais un voile passa dans son regard, lui donnant la certitude qu'il avait bien fait de chercher à savoir.

OoOoO

Deux semaines étaient passées depuis que Malefoy et Harry avaient déjeuné ensemble. L'épisode avait fait jaser tout le département, tous plus persuadés les uns que les autres que les deux sorciers entretenaient une relation. Mais comme eux-mêmes n'avaient pas réagi et que cela ne s'était plus produit, les commérages s'étaient taris d'eux-mêmes.

Malgré tout, depuis les révélations de Malefoy, leur relation avait évolué. Les échanges se faisaient plus cordiaux, et ils se parlaient avec un respect perceptible. Parfois, ils se retrouvaient par hasard autour d'une tasse de café, mais ils ne parlaient jamais beaucoup, à moins de parler travail. Ni l'un ni l'autre ne savait quoi dire de toute façon, même si parler semblait avoir fait beaucoup de bien au blond.

Harry était cependant très inquiet, et restait aux aguets. En vérité, il portait beaucoup d'attention à l'attitude de Malefoy, dans l'optique de déceler tout changement de comportement.

Ce ne fut cependant pas le comportement du blond qui attira son attention, mais un mauvais pressentiment.

Alors qu'il se dirigeait vers la machine à café, il eut l'impression urgente qu'il devait être ailleurs. Retournant sur ses pas, il prit la direction du laboratoire.

Il ouvrit la porte sur un espace de travail vide. Il eut le sentiment que ce n'était pas normal. Il demanda alors à Théodore Nott, un ancien Serpentard qui travaillait dans un laboratoire voisin, où se trouvait Malefoy.

« Il est rentré plus tôt aujourd'hui. »

« Merde ! », lâcha Harry.

Il le sentait, ce n'était pas normal. Malefoy ne rentrait jamais plus tôt.

Sortant en trombe du service, ne répondant pas aux interpellations de ses collègues qu'il entendait sans vraiment en prendre conscience, il transplana jusqu'à l'appartement du blond. S'il ne s'y était jamais rendu personnellement, chaque membre du département connaissait les adresses de ses collègues, par mesure de précaution. Ils étaient des cibles toutes désignées pour les délinquants mécontents de leurs arrestations.

En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Harry se trouva devant le domicile du blond. Il frappa d'abord, appelant le blond. Mais personne ne lui répondit. Il voulut alors annuler les sortilèges de protection, mais il se rendit compte qu'ils n'avaient pas été activés.

Suspicieux, il actionna la poignée, et la porte s'ouvrit.

La baguette à la main, pointée vers un éventuel danger, prête à le défendre ou à appeler son équipe en renfort, il avança à pas de loup-garou dans l'appartement du blond.

Au bout de quelques instants, il entendit un léger bruit saccadé, étrangement familier. Quelqu'un pleurait.

Il se dirigea vers l'origine du bruit, arrivant dans une salle de bain.

Le blond se trouva là, assis sur le carrelage froid et recroquevillé sur lui-même. Son corps était pris de secousses, rythmées par sa respiration saccadée.

Harry s'approcha, s'agenouillant à ses côtés.

« Malefoy ? », l'appela-t-il d'une voix douce et basse. « Qu'est-ce que tu as ? »

« Il...est…était… C'était mon père, quand même… »

L'horreur frappa le brun de plein fouet, et son cœur se serra à l'annonce de la nouvelle. Instinctivement, il s'approcha davantage de Malefoy, lui offrant son étreinte comme d'une carapace.

À sa grande surprise, il ne le repoussa pas. Il s'agrippa à lui comme on s'accrochait à une bouée de sauvetage.

Après un temps incertain, la respiration du blond se calma, les reniflements faisant place aux larmes silencieuses, comme les dernières petites vagues qui s'échouent sur une plage après la tempête.

OoOoO

Ce jour-là, Harry était sous tension. Ce jour-là était le jour de l'enterrement du père Malefoy. Malefoy aurait dû prendre congé, il aurait dû être aux côtés de sa mère au funérarium, mais cet idiot était dans son laboratoire, occupé à faire des prélèvements pour une enquête.

Il fuyait.

Harry déboula en trombe dans son espace de travail, à la manière d'un éclair de feu lancé à pleine puissance.

Malefoy se crispa de manière à peine perceptible, gardant toute son attention sur sa potion révélatrice. Mais Harry n'était pas dupe : il faisait semblant d'être concentré.

« Qu'est-ce que tu fous là ? », lui dit-il sans ménagement.

« Je travaille », lui répondit le blond.

Harry secoua la tête, s'impatientant.

« Je vois bien. Mais tu ne devrais pas être ici. »

Malefoy redressa subitement la tête, dardant son regard dans celui d'Harry.

« Parce que tu sais mieux que moi où je devrais être peut-être ?! »

Harry soupira, préférant tomber les armes. Le blond était en souffrance, et il n'était pas là pour se battre avec lui. S'il fuyait, il était évident que c'était parce qu'il avait peur, peur d'affronter la réalité du décès de son père.

« Habille-toi », lui ordonna Harry. « On y va ensemble. »

Malefoy écarquilla les yeux, surpris.

« T'es malade, Potter. Complètement barge », dit-il entre ses dents. « Tu es un Auror, et tu sais ce qu'il y aura à l'enterrement de mon père. Tu sais ce qui va se montrer ? »

Harry haussa les épaules. Une poignée de Mangemorts acquittés, ayant purgé leur peine ou bénéficiant d'un congé pénitentiaire, ne lui faisait pas peur.

« Je m'en fous. Je viens quand même. »

Il était obstiné, c'était un Gryffondor. Mais surtout, ce qu'il ne disait pas parce que Malefoy se serait braqué, c'était qu'il savait que le blond avait besoin de lui.

« T'es pénible », lui assura-t-il, ayant néanmoins une inflexion plus douce dans la voix.

Harry sourit. Il savait qu'il avait gagné.

Une demi-heure plus tard, les deux sorciers se présentèrent dans leurs robes austères d'enterrement.

Malefoy était tendu, mais il portait son habituel masque de neutralité. Si Harry pouvait le voir, c'était parce qu'à force de l'observer, il avait appris à décoder le langage de son corps.

Lorsqu'il était concentré, son regard était intense et ses yeux habituellement anthracite se teintaient d'une lueur lumineuse, parfois presque effrayante. Lorsqu'il était de bonne humeur, il était plus enclin aux plaisanteries ses lèvres se soulevaient alors dans des rictus moqueurs et ses pupilles s'animaient de malice. Lorsqu'il était triste, ses yeux brillaient, mais rien n'était perceptible sur le reste de son corps.

En cet instant, tout son être semblait dur comme les gargouilles de Poudlard. Même ses pupilles avaient perdu de leur vivacité. Il semblait alors qu'il pourrait tout briser d'un seul coup bien calculé.

Oui, ces derniers temps, le brun ne cessait d'observer le blond. Il espérait être discret, et il pensait l'avoir été mais le fait était que le regard qu'il posait dorénavant sur son ancien rival témoignait d'un nouveau sentiment à son égard : il se souciait de lui. Et le voir ainsi lui donnait envie de lui prendre la main pour la serrer dans la sienne, pour lui assurer qu'il était là pour lui.

Mais il se retint. Comme il avait pris l'habitude de le faire.

Ils arrivèrent rapidement sur les lieux de la cérémonie et, le moins que l'on puisse dire, c'était que leur présence ne passa pas inaperçue. Tous, sans exception, se retournèrent sur leur passage. Seules les circonstances firent en sorte de les garder muets, mais il était certain qu'ils feraient leurs choux gras de la nouvelle lorsqu'ils quitteraient les lieux. Harry n'en avait que faire, pour être honnête. Son attention fut, en vérité, toute accordée à la mère de Malefoy.

Cette dernière les regardait arriver, le visage vieilli par la tristesse, cerné comme jamais. Ses yeux étaient larmoyants, mais un léger sourire s'était dessiné sur ses lèvres en voyant les deux sorciers se diriger vers elle.

« Mère », la salua Malefoy en arrivant à son niveau.

« Mon fils », lui répondit-elle. « M. Potter, quel plaisir de vous voir. »

Harry hocha la tête.

« Mme Malefoy. Le plaisir est partagé. »

Il était étrange de parler de plaisir en de telles circonstances, mais Harry pensait réellement ses propos il était content d'être présent pour Malefoy, et Narcissa semblait touchée de cette attention.

La cérémonie se déroula dans le plus grand des calmes, Harry réfrénait toujours son envie d'attraper la main du blond pour lui signifier sa présence.

À la fin de la procession et des discours, la foule commença à se disperser et, bientôt, il ne resta que la famille proche du défunt. Harry sentit qu'il n'était plus vraiment à sa place. Il avait de toute façon fait ce qu'il était en mesure de faire pour le blond, alors il annonça son départ.

Narcissa le salua, le remerciant une dernière fois de sa venue. Il allait dire au revoir à Malefoy également, mais celui-ci secoua la tête.

« Je te raccompagne. »

Le regard qu'il lança à Harry le dissuada de contester sa décision. Ils marchèrent alors côte à côte, Harry ayant enfoncé les mains dans les poches, jusqu'à la zone de transplanage de l'église, puisqu'il était interdit de transplaner directement dans les lieux sacrés.

Les deux sorciers se faisaient face.

Malefoy prit une grande inspiration.

« Merci de m'avoir obligé à venir et d'être resté. »

Harry acquiesça, conscient de ce qu'il lui en coûtait.

Ne sachant quoi ajouter, il sortit alors une des mains de sa poche, et la présenta à Malefoy qui la regarda d'un drôle d'air.

« Amis ? », lui proposa Harry, conscient de la symbolique du geste.

Harry vit le rictus moqueur du blond avant que celui ne réponde.

« Voyons, Potter… Tu sais bien que ça a toujours été plus que cela. »

Stupéfait, Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.

« Si tu crois que je ne t'ai pas vu me reluquer ces dernières semaines… »

Une lueur brillait dans les yeux du blond, mais l'information avait du mal à arriver jusqu'au cerveau du brun.

Et ce fut face à un Harry interloqué que Malefoy tendit la main pour l'attraper par la nuque et l'attirer à lui. En lieu et place d'une poignée de main, les deux sorciers échangèrent leur premier baiser.

Assurément, le premier d'une longue liste.


Alooors. Voici donc mon deuxième Drarry, et je pense que comparativement au premier, c'est mieux ! En tout cas, j'en suis satisfait, et vous ?

J'ai une autre information à vous donner qui, je le sais, va en décevoir certain-e-s et en ravir d'autres. Depuis que j'ai découvert les Drarry avec les écrits de Rose Malefoy, c'est devenu le top one dans mon cœur...et oui, le Drarry est parvenu à détrôner le Dramione. J'envisage désormais Hermione plutôt avec Théodore qu'avec Drago. Par conséquent... Je vais écrire la Dramione qui sera publié à partir du 10 février, mais il s'agirait probablement de la dernière. De toute façon, je crois que vous avez dû le comprendre, je suis "trop" diversifié pour écrire infiniment du Dramione. Avec moi, c'est une promesse de diversités et pas de "Dramione for life" (oui, je sais, ces trois mots je les ai répétés 300 fois sans doute ahah Toute bonne chose a une fin paraît-il ?).

Bref, n'hésitez pas, comme d'habitude, à me faire part de vos avis : sur mon OS, sur le Drarry et même sur tout ce qui vous vient à l'esprit en lien.

Les prochaines dates auxquelles vous pourrez me retrouver :
- le 18 janvier pour un OS Drarrymione (just for fun) ;
- le 2 février pour le défi du mois de février ;
- le 10 février pour le prologue de la nouvelle fic longue.

Si vous le voulez/le pouvez, suivez-moi également sur FB ! Depuis le 23 décembre, je publie tous les vendredis une anecdote sur la nouvelle fic longue.

Des bisous et des paillettes de licorne ! *cœur sur vous*