Le voyage de Souji avait duré une semaine, qui était passé très vite. Ses yeux vides regardaient le paysage qui passait sans vraiment y prêter attention.
Il s'éloignait lentement de Kyoto, du Shinsengumi et de Kondo -san. Il avait trouvé sa raison de vivre quand il avait neuf ans, quand il avait juré qu'il protégerait et servirait Kondo-san jusqu'à la fin de ses jours. Mais le "démon", Hijikata-san, l'avait envoyé à Edo en espérant un miracle qui le soigne de sa maladie. Sa vie n'avait plus de goût, plus de sens, plus d'espoir, plus rien. Tout s'effondrait autour de lui, plus rapidement que quand il avait apprit qu'il avait la tuberculose.

Il était inutile, maintenant. Si inutile, qu'ils l'avaient viré du Shinsengumi, là où il appartenait.

Il était arrivé au cabinet du docteur Matsumoto la veille au soir, et il s'enfermait depuis dans sa chambre. Le docteur l'avait informé qu'une infirmière allait venir lui rendre visite le lendemain. Il n'avait pas répondu, s'était contenté de s'allonger dans le futon et s'endormit rapidement. Le lendemain, comme prévu, l'infirmière était venue le voir, mais il ignora simplement sa présence. Il regardait les personnes défiler dans la rue pensivement.
Chizuru habitait à Edo, auraient-ils la possibilité de se rencontrer ?
Puis, il entendit la voix mélodieuse de la jeune fille qu'il n'avait pas vue depuis quatre longs mois, et celle qui occupait ses pensées en ce moment même. Il se retourna et il la vit... Elle s'était embellie, elle était devenue une vraie femme. Son corps s'était plus développé, son visage plus embellit. Elle était devenue une femme magnifique en seulement quatre mois. Elle fut la première à reprendre ses esprits après cette rencontre inattendue, et s'avança lentement vers la petite table au bout de la chambre pour y poser les serviettes et le seau d'eau chaude. Elle restait dos à lui pour ne pas rencontrer son regard. Quelques secondes plus tard, Souji était ressortit de sa transe, capable de porter un masque joyeux et de faire face à Chizuru.

-Eh bien, eh bien, dit-il d'un ton faussement jovial, quelle rencontre inattendue, n'est-ce pas, Chizuru-chan ?
Elle se raidit légèrement puis prit une grande inspiration et se retourna pour enfin rencontrer son regard. Elle sourit à son tour, faussement.

-Oui, c'est très inattendu, Okita-san. Comment allez-vous?

-Très bien. Il faut avouer que tu es assez sournoise, Chizuru-chan. Tu es partie, sans prévenir personne, même Oni* Hijikata-san a été très surpris ! Il ria légèrement pour détendre la tension présente dans la pièce.

-Oui, c'est du passé, maintenant, répondit-elle froidement, pour mettre fin à cette discussion. Si vous voulez bien, je vais maintenant vous laver le haut de votre corps puisque je suis votre infirmière.
Il ne répliqua pas, surpris par son ton, et se laissa laver sans protestation.

-Hey, Chizuru-chan, dit-il alors qu'elle était lui essuyait la sueur sur son dos. Pourquoi n'as-tu parlé à personne de ma maladie ?

-Car je vous l'avais promis, répondit-elle comme si c'était très évident.

Il se contenta de rire légèrement à cette réponse. Comme elle commençait à lui laver le torse, il avait pu l'observer de très près. Ses longs cils noirs encadrant des yeux couleur noisette, son petit nez, ses lèvres pulpeuses et roses, et sa peau blanche comme de la porcelaine. Ses cheveux étaient attachés en un chignon bas et sur le côté, rendant ainsi un côté de son cou exposé à ses yeux, et à ses lèvres s'il le voulait. Il était un homme, avec des désirs, et les désirs de Souji se traduisaient sous le nom de Yukimura Chizuru.
Il avait rêvé plusieurs fois de l'avoir dans ses bras, son corps exposé à ses yeux, ses lèvres, et ses mains. Son désir pour elle grandissait de jour en jour quand elle était encore au Shinsengumi, se multiplia quand elle était partie et augmenta d'un cran maintenant qu'elle était devant lui. Mais lui, pauvre pêcheur, ancien sabre du Shinsengumi, n'avait pas même le droit d'espérer la toucher.

Après avoir terminé de lavé son patient et lui avoir apporté sa médecine, Chizuru quitta Souji et alla dans la chambre du patient suivant. Visage stoïque, elle ne laissa personne deviner ce qu'elle pensait. Personne ne pouvait deviner que son coeur était en train de se briser en ce moment même, et elle garda ce masque insensible jusqu'à la fin de la journée. Elle avait fait le tour des chambres pour vérifier que les patients allaient bien avant de s'en aller, et elle avait donc dû passer voir Souji. Il agita sa main avec son éternel faux sourire jovial et la conseilla d'être prudente. Elle hocha simplement la tête et s'en alla. Elle rentra d'un pas rapide vers sa maison, ne souhaitant que déverser ses larmes si durement retenues. Mais, dans sa précipitation, elle oublia qu'elle partageait sa maison avec quelqu'un, qui l'accueillie avec un énorme sourire en accourant vers elle pour la prendre dans ses bras. Souta s'arrêta dans sa course quand il remarqua les yeux rouges de sa « maman », comme si elle allait s'effondrer.

-Maman... ? Murmura-t-il doucement.
-Comment m'as-tu appelée... ? Dit-elle les yeux écarquillés, les larmes menaçants de tomber.

-Ma...Maman... répéta-t-il incertainement, de peur qu'elle refuse d'être sa mère. Elle lui souria doucement, des larmes de joie coulaient au lieu des larmes de tristesse qu'elle avait retenues toute la journée. Elle le prit dans ses bras et lui murmura « Tadaima*, Souta-kun ». Il se nicha dans ses bras en la serrant plus fortement que jamais en lui murmurant joyeusement « Okaeri*, maman... !»

Elle ne s'attendait pas du tout à recevoir tant d'amour et de tendresse d'un petit enfant qu'elle aurait sûrement ignoré si elle l'avait croisé dans la rue.
Elle laissa ses larmes couler, heureuse que ce petit être soit là pour elle... Après s'être calmée, elle prit la main de son protégé et l'amena dans la cuisine pour qu'ils préparent le repas. Après avoir dîné, Chizuru commença à apprendre à son « fils » à écrire, car elle n'avait pas assez d'argent pour lui permettre d'aller à l'école. Cet enfant était assez intelligent et il apprenait les kanji* rapidement. Il remerciait sa maman à chaque fois qu'elle lui écrivait une lettre, et, à la fin de la soirée, il savait écrire son nom : « Yukimura Souta ».

Après avoir mis Souta dans son futon, Chizuru se dirigea à son tour vers son futon. Elle repensa à sa journée. Ce soir, elle était heureuse, comme jamais elle ne l'avait été, mais cette journée, c'était une autre histoire.

Comment faire face à la personne dont vous êtes amoureux, et la voir souffrir, prête à mourir ?

Souji Okita était musclé et en bonne santé avant son départ. Quatre mois après, il était devenu maigre, ses joues s'étaient creusées, ses épaules n'étaient plus aussi larges qu'autrefois, ses yeux n'étaient plus si verts. Il semblait s'éteindre et mourir petit à petit devant elle, sans qu'elle puisse rien faire. Il pouvait mourir du jour au lendemain sans qu'elle puisse rien faire. Ce sentiment d'impuissance était plus douloureux qu'une lame qui vous traverse le corps.

Elle, qui avait voulu reprendre contact avec le Shinsengumi, demander de leurs nouvelles, pourrait-t-elle supporter qu'on lui annonce qu'un des capitaines était malade, mourant ou blessé et actuellement sur son lit de mort ? Non. Non, elle ne pourrait pas le supporter, elle ne pouvait pas supporter la mort, pas quand cela touchait une de ses personnes chères.
Elle avait vu des personnes mortes plus d'une fois, quand elle était avec le Shinsengumi, quand son père était encore avec elle et actuellement en tant qu'infirmière, mais sans que cela lui fasse d'effet. « On ne comprend la gravité de la mort que quand on est sur son lit de mort ou quand un de nos proches est en train de mourir. »
Ses larmes coulaient sans qu'elle puisse les arrêter. Elle pleura jusqu'à minuit et s'endormit, voulant quitter la réalité quelques heures, pour rêver d'un monde meilleur...


Un grand merci à TheFrenchChibi d'avoir corrigé le chapitre !