Si Souji disait que Chizuru avait changé légèrement, ce serait un euphémisme. Car non, elle s'était complètement métamorphosée. Elle avait été une fillette qui tremblait à la moindre peur, maintenant elle était une femme, qui était prête à faire face à toutes ses peurs et ses difficultés la tête bien haute. Elle avait été une jeune fille qui ne pouvait pas mentir même pour son propre bien, maintenant, elle avait même créé un masque pour cacher ses sentiments.
Les capitaines auraient été bien surpris, s'ils la voyaient maintenant... Il ria légèrement à ses pensées.
Son rire se transforma très vite en une quinte violente de toux. Après s'être calmée, il s'attendait à voir une jeune fille courir vers lui en criant un familier « Okita-san ! » avec des yeux légèrement globuleux, mais à la place, cette même jeune fille avait ouvert la porte calmement, lui tendit les antidouleurs avec un verre d'eau et s'en alla après avoir donné quelques consignes.
Il détestait simplement son masque. Mais avait-il le droit de se plaindre ? Lui, qui avait voulu la tuer dès son arrivée au Shinsengumi ? Lui, qui avait eu un malin plaisir à la menacer quotidiennement de la tuer à la moindre erreur ? Lui qui avait aimé la voir se raidir, baisser les yeux et se faire toute petite quand elle entendait ses menaces ? Non, il n'avait pas le droit de se plaindre de l'épaule froide qu'elle lui offrait.
C'était une infirmière et il était son patient. Comme si avant, ils n'avaient partagé aucun secret rien qu'entre eux, comme s'ils n'avaient jamais rit ensemble, comme si elle ne lui avait jamais sauvé la vie quand Kazama allait le tuer.
« C'est du passé », avait-elle dit. Un passé qu'il ferait bien d'oublier, car maintenant, sa maladie empirait, sa mort était de plus en plus proche. Il avait pris la résolution d'attendre sa mort, et simplement arrêter de se battre.
Tel un lâche...
Il aurait voulu une mort glorieuse face à un adversaire digne de le tuer, mais il n'aurait qu'une mort pathétique, rongé par la maladie, dans un futon, sans que personne ne se souvienne de l'homme fort et brave, prodige de l'épée, nommé Okita Souji.
Il serra les dents pour ne pas verser des larmes plus pathétiques que son état actuel.
Même Chizuru n'avait plus la peur habituelle dans ses yeux maintenant qu'il était plus faible et inférieur à tout le monde...
Elle se tenait devant la porte de la chambre d'Okita quand elle l'entendit tousser. Son masque avait failli se briser quand elle entendit sa souffrance. Elle allait se précipiter dans sa chambre pour l'aider de n'importe quelle façon, comme elle l'avait toujours fait quand elle l'entendait tousser, mais elle se recomposa très vite, attendit et entra dans sa chambre calmement.
Sois calme. Sois froide. Sois forte. Pour que ton cœur ne se blesse plus, avait encore dit cette voix.
Alors, aussi courageusement que possible, elle l'avait écouté. Elle entra dans la chambre, lui donna des antidouleurs, et s'en alla. Comme s'il était un simple homme malade. Comme s'il n'était pas l'homme qui possédait son cœur... son cœur brisé, qu'il avait inconsciemment détruit.
Pourquoi fallait-il qu'elle tombe amoureuse d'un homme sur le point de mourir ? Pourquoi avait-elle été empoisonnée par la maladie appelée « amour »... ?
