Et revoilà Chizuru, encore métamorphosée. Hier, elle portait son indestructible masque et le lendemain son sourire sincère, plus brillant que des diamants, éclairait la salle sombre dans laquelle il vivait et certainement où il mourrait aussi.
-Et bien, Chizuru-chan, que me vaut l'honneur de voir un si beau sourire lors de cette triste et pluvieuse matinée ? Demanda Souji à son infirmière.
-De quoi parlez-vous, Okita-san ? Répondit-elle en rangeant les kimonos blancs et fraîchement lavés de son patient. Je porte se sourire tous les jours.
-Penses-tu que je suis aveugle ? Demanda-t-il, son ancien ton jovial complètement disparu pour être remplacé par une voix sombre et pleine de dangers. Le sourire que tu m'offres depuis un mois maintenant était faux. Tes yeux étaient morts. Puis te revoilà, encore métamorphosée du jour au lendemain...
Il se releva de son lit et s'approcha lentement d'elle par derrière. Elle ne bougeait pas, paralysée depuis qu'elle avait entendu sa sombre voix. Elle frissonna en le sentant se rapprocher, petit à petit, jusqu'à que leurs corps ne soient distants que de quelques centimètres. Il leva lentement sa main pour la poser sur son épaule et la retourner afin de la regarder dans les yeux, mais la voix du docteur Matsumoto appelant Chizuru l'arrêta. Elle se précipita et quitta la salle sans prendre la peine de refermer la porte. Dans sa précipitation, elle frôla sa poitrine et pu sentir son odeur masculine troublante tandis qu'il sentait sa séduisante odeur florale.
Souji soupira, se demandant ce qu'il avait bien pu lui prendre. Elle le rendait faible, instable, rendant ses sentiments et ses actes plus difficilement gérables. Il finit par se rasseoir sur son futon et admira la journée pluvieuse d'octobre, sachant qu'ils allaient encore se confronter plusieurs fois cette journée. Elle était son infirmière, après tout.


-Oui, Matsumoto-sensei, m'avez-vous appelé ? Demanda Chizuru une fois arrivée au bureau de son patron.
-Ah, Yukimura-chan ! Tu voulais me parler ce matin. Tu as besoin de quelque chose ? Demanda le docteur avec son éternel sourire bienveillant.

-Ah, oui... C'est à propos de mon père...

-As-tu réussi à trouver une quelconque information sur lui ?

-Oui... enfin non... pas exactement. Hier, j'ai fouillé son bureau et j'ai trouvé quelque information sur mon passé et j'ai lu que vous saviez que je suis un démon et que...

-Ah, oui, je me rappelle tout à fait de cette histoire, ainsi que celle de ta famille...

-J'aimerais partir quelque temps dans mes terres natales, afin de trouver des réponses...

-Ce sera dangereux... Tu es sûre de vouloir y aller toute seule ?

-Oui, Matsumoto-sensei. Mais... Il y a un léger problème... J'ai adoptée un enfant, Souta-kun. Il a sept ans. C'est un enfant intelligent et calme...

-Tu veux que je le garde jusqu'à que tu revienne, c'est bien cela ?

-Oui... S'il vous plaît...

-C'est d'accord, répondit le docteur sans hésitation. Tu sais que moi et ma femme n'avont jamais eu d'enfants, alors on a un léger faible pour eux. On gardera Souta-kun pour toi, Yukimura-chan !
La jeune femme se baissa plusieurs fois pour montrer sa gratitude. Cependant, le docteur avait encore quelques consignes à donner.
-Yukimura-chan, je sais que tu veux aller dans tes terres natales pour cette fameuse source, dit-il avec une voix grave. Les yeux de Chizuru s'écarquillèrent, ce qui ne fit que confirmer les soupçons du docteur. Et je sais que c'est pour sauver ce jeune capitaine, Okita Souji, continua-t-il. Quoi qu'il arrive, tu ne dois en aucun cas ramener une goûte de cette source en dehors de ces terres.

-Pourquoi ?! Cela pourrait le sauver et le guérir... ! Dit-elle paniquée.

-Tu ne comprends pas, Yukimura-chan, dit-il calmement. Si quelqu'un découvre cette source, ce serait une catastrophe planétaire.

-Comment ?

-Tous les Japonais voudront la boire et arroser leurs cultures avec, en conséquence, il y aura une guerre pour la sécession de cette source. Puis, la rumeur circulera à travers le monde et les autres pays vont tuer tous les Japonais, femmes et enfants y compris, pour s'entre-tuer ensuite, pour cette source. Les mers et les océans deviendront rouges, teintés par le sang humain. Ce n'est pas aussi facile que tu le penses, tu voudras en premier temps sauver une personne, puis une autre et une autre jusqu'à que quelqu'un découvre la source. L'être humain n'est jamais heureux de ce qu'il a...

Avant qu'il ne puisse continuer, Chizuru le coupa gentiment.

-Mais je ne puis pas humaine... Je ne partage pas les mêmes sentiments que les êtres humains, ni leurs corps d'ailleurs...

-Je vois qu'il est impossible de te faire changer d'avis, soupira Matsumoto-sensei. Sois prudente, c'est tout ce que j'ai à te dire.

-Merci, sensei.

Elle se courba puis quitta la salle.

De retours chez elle au coucher du soleil, elle retrouva Souta endormie devant la porte, attendant son retour. Elle ria légèrement avant de le porter jusqu'à sa chambre et le poser sur son futon. Elle lui embrassa le front et s'en alla pour préparer le dîner pensivement.

Allait-il accepter facilement qu'elle parte sans lui ?

Elle savait qu'il ferait tout pour sa mère, et elle ne pourrait pas résister si elle voyait son regard triste. Il était devenu une partie essentielle de sa vie et elle ne pourrait pas s'imaginer une vie sans lui. Elle ne savait pas ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter un si beau cadeau, mais les dieux l'avaient bien gâté. Une fois le dîner terminé, elle partit chercher son petit garçon. Ce dernier lui sauta au cou une fois réveillé. Après une légère bataille de chatouilles, ils s'installèrent pour manger tranquillement. Il lui relata avec enthousiasme sa journée en lui répétant, comme chaque soir, combien il était heureux qu'elle soit sa mère. Après un silence confortable, Chizuru entama la conversation sur son voyage.

-Demain, je vais aller chez nos voisins récupérer le cheval que mon père leur avait prêté il y a fort longtemps et que l'on n'avait
jamais récupéré. Ensuite, je préparerai mes affaires pour le voyage. Et pour terminer, après-demain, je te déposerais au cabinet du docteur Matsumoto-sensei, et je partirais 15 jours.

Après avoir terminé, elle jeta un coup d'œil à Souta pour voir sa réaction.
Il était pétrifié avec ses baguettes à mi-chemin entre son bol et sa bouche. Sa main avait commencé à trembler doucement puis assez violemment. Ses yeux se remplissaient de larmes et il déposa lentement son bol et sa baguette sur la table en baissant les yeux. Quand il vivait encore dans la rue, un des enfants lui avait raconté que sa mère l'avait déposé chez un médecin et lui avait promis de revenir le chercher plus tard. Malheureusement, elle n'était jamais revenue et le médecin l'avait jetée à la rue deux semaines après. Et s'il lui arrivait la même chose ? Dès que ses larmes coulèrent, Chizuru se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras et le rassurer. Il la supplia de la prendre avec lui, et à contrecœur, elle dû accepter.


Après deux jours, leurs affaires étaient prêtes, et ils partirent à cheval, Souta assis devant et Chizuru, qui s'était encore déguisée en garçon pour ne pas être dérangée lors du voyage. Elle avait pris la carte qu'elle avait trouvée dans la boîte, et au lieu de prendre son kodachi, avait pris à la place une vieille épée sans valeur mais encore en bon état. C'était après tout à cause de son kodachi que trois hommes l'avaient poursuivie sa première nuit à Kyoto. Elle sortie de sa transe quand elle entendit l'enfant devant elle lui parler.
-Maman, maman. Vous m'avez dit que nous allons dans vos terres natales afin de trouver notre bonheur. Il y a quoi de spécial là-bas qui puisse nous aider ? Demanda le garçon devant elle en caressant la crinière noire du cheval. Soupirant calmement à sa question, elle décida de tout lui expliquer.

-Tu vois, il y a un homme dont je suis amoureuse. Il est malade, très malade, et il va certainement mourir... Elle se mordit légèrement la lèvre avant de continuer. Et il y a une source de démons qui peut l'aider à guérir. Je veux lui sauver la vie. S'il meurt, je ne sais pas ce que je deviendrais. Je ne saurai plus comment prendre soin de toi, ni prendre soin de moi... Voilà pourquoi je veux aller là-bas. Tant qu'il reste vivant, je serais heureuse. Mais s'il meurt... J'ai peur de ce qu'il pourrait nous arriver ensuite...

-Je comprends ! S'exclama le garçon.
-Tu comprends ? S'étonna la jeune mère.

-Oui ! Si vous étiez malade et qu'il y ait un moyen de vous sauver, je n'hésiterais pas à parcourir le monde pour vous trouver un remède !

Quelle innocence... pensa-t-elle en le serrant légèrement dans ses bras.
Ils galopèrent pendant quelque temps pour arriver plus vite à Kyoto, leur dernier arrêt avant de pouvoir arriver dans ses terres natales. Elle espérait qu'un des capitaines surveillait l'entrée de la ville afin de passer plus facilement. Trois jours de galops et deux nuits à dormir à sur le sol dur étaient épuisant, et plus encore pour l'enfant. Après avoir vécu à Kyoto pendant un an, elle connaissait désormais toutes les bonnes auberges et les mauvaises, les endroits bien fréquentés ou non.
Enfin arrivé à l'entrée de la ville, trois heures avant le coucher du soleil, Chizuru et Souta se sont fait arrêter par les gardes. Elle se laissa fouiller sans se plaindre, sachant qu'elle ne portait rien de suspect et aucune marchandise avec elle. Les gardes vidèrent leur petit sac de vêtements par terre et Souta essaya de protester, mais fut arrêté par la main douce de Chizuru. Elle lui murmura de rester calme jusqu'à la fin, que cela était nécessaire. Boudant légèrement, il finit par accepter leur traitement indélicat et alla jouer avec leur cheval marron à la crinière noire. Malheureusement, elle ne pu trouver aucun capitaine du Shinsengumi, et c'est une demi-heure plus tard qu'elle pu enfin franchir l'entrée de la ville.
Elle continua sa route en direction de l'auberge et fit un arrêt chez un marchand de fruits afin d'acheter quelque chose pour elle et Souta.
Elle allait sortir son porte-monnaie et payer pour les trois pommes qu'elle avait pris, quand quelqu'un de très inattendu posa sa main sur son épaule...


Merci d'avoir lu ce chapitre ! Il a été corrigé par TheFrenchFujoshi, un grand merci à elle!

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