Des yeux rouges comme le sang, des cheveux blonds et une haute carrure, de toutes les personnes qu'elle avait pu croiser, c'était la pire rencontre qu'elle ait pu faire en venant à Kyoto.
Kazama se tenait devant elle avec un large sourire arrogant. Elle repoussa fermement la main qu'il avait posé sur son épaule, prit une profonde inspiration et le regarda droit dans les yeux.
-J'aime bien... non... J'ai beaucoup ce regard, Chizuru. Un regard d'une Kazama. Dur, beau et respectable, lui dit-il en riant, un rire toujours si arrogant. Elle ne répondit pas, paya pour les fruits et commença à partir, tandis que Souta était toujours sur le cheval dévisageant le grand homme blond.
Après quelques mètres, ce même homme légèrement effrayant commença à les suivre avec un mauvais sourire sur le visage.
-Maman... chuchota discrètement l'enfant. Il nous suit...
-Appelle-moi papa, et oui, je sais qu'il nous suit... Ne t'inquiètes pas, rien ne t'arrivera, je suis avec toi. Il ne faut pas avoir peur.
Si elle ne marchait pas devant lui, Souta aurait pu voir l'expression meurtrière de sa mère, qui fit s'écarter de son chemin plusieurs passants apeurés.
"Quel homme effrayant..." pensaient -ils.
Une femme belle, magnifique et respectable. Une femme puissante capable de gouverner son ancien clan et le rendre encore plus puissant. Une telle femme allait devenir la sienne. Il avait bien fait de la choisir, même si à l'époque, il l'avait voulue seulement pour lui faire des enfants et uniquement pour cette raison. Avec une femme comme elle, il pourrait conquérir le monde s'il le souhaitait. Elle était à lui et à personne d'autre, qu 'elle le veuille ou non...
Leur regard se rencontrèrent un instant et il put voir le changement de couleur de ses yeux, qui étaient passés d'une couleur noisette à une couleur dorée. Reste loin de moi, ou tu es un homme mort, avaient dit ses yeux avant de se retourner et de continuer son chemin. Intéressant... pensa Kazama en riant avant de s'en aller, décidant de la laisser seule avec ce petit humain qui continuait à le regarder de ses yeux vert clair perçants, des yeux verts qui lui rappelaient un paire d'yeux vert sombre, les yeux qui avaient causé sa rencontre avec sa chère Chizuru, Princesse de l'ancien puissant clan Yukimura et sa future épouse.
-Enfin, il est parti, soupira-t-elle de soulagement. Après une demi-heure de marche, elle arriva à sa destination. Une auberge calme, bien fréquentée, loin de tout problème ou mauvaise fréquentation, pas très chère et offrant une délicieuse nourriture. Cette année et demie à Kyoto lui avaient bien servi.
Si tout se passait bien, le lendemain, à midi, elle arriverait aux anciennes frontières des terres des Yukimura.
Comme prévu, ils avaient quitté l'auberge à l'aube et ils arrivèrent aux frontières de leurs terres à midi. Tout ce qu'elle pouvait voir était une forêt dense, qui n'indiquait ni la présence d'un humain ou d'un démon. Cette forêt était cachée par de grandes et hautes collines qui l'entouraient. Si des démons voulaient se cacher des humains, c'était l'endroit idéal. Elle vérifia sa carte une énième fois pour s'assurer qu'elle était sur le bon chemin avant de continuer. Le petit enfant devant elle sautait légèrement de joie en voyant les hauts arbres et les nombreux petits animaux. Elle sourit tendrement à la joie de Souta pour les choses simples de la vie.
-Dans une heure, on arrivera à ce qui devrait être l'ancien village du clan Yukimura... annonça-t-elle.
-C'est super ! Je me demande à quoi il ressemble... !
-Moi aussi...
Une semaine. Cela faisait une semaine qu'elle était partie. Où ? Pourquoi ? Comment ? Tant de questions sans réponses tournaient dans sa tête. Le docteur Matsumoto n'avait pas voulu lui dire son lieu de résidence ou ses attentions. Soupirant, Souji se retourna péniblement sur son flanc pour observer deux oiseaux qui s'étaient posés sur le bord de sa fenêtre. Depuis trois jours, il ne pouvait plus effectuer aucun mouvement, son corps était très faible, chaque respiration lui déchirait ses poumons engorgés de tuberculose. Le médecin, stoïque, lui annonça qu'il mourrait dans les deux prochaines semaines à venir, et, s'il était chanceux, il survivrait trois semaines, mais pas plus. Il se contenta de rire à cette annonce. Il allait mourir à 22 ans, sans avoir rien accompli, sans avoir rien réussi, sans avoir rien vécu.
Que connaissons-nous de la vie à 22 ans ? Rien. On ne connaît absolument rien de la vie. Il mourrait bientôt, pathétiquement, sans avoir rien connu de la vie, de cette belle vie très douloureuse.
Sans qu'il le réalise, ses pensées étaient pleines de Chizuru, son sourire, ses yeux, son corps ô si beau et si fragile.
-Chizuru... Où-es tu..
Soudain, il ressentit un douloureux resserrement dans ses poumons, un très familier resserrement qu'il ressentait avant de commencer à cracher du sang. Mais cet fois-ci, la douleur était mille fois plus puissante que les autres. C'était comme si ses poumons, déjà très faibles, se faisaient arracher de sa poitrine.
C'est la fin... pensa-il en crachant une grande quantité de sang. Avant de s'évanouir, il vit le visage de son médecin lui aboyant des mots qu'il comprenait à peine, mais il avait bien compris le mot " mourir ".
Chizuru... Reviens...
C'est ainsi qu'il plongea dans un profond sommeil... sans réveil ?
-On est arrivés ! Cria Chizuru en descendant du cheval. J'y suis enfin arrivé... !
Son ancien village était en ruine, mais cela ne l'empêchait pas d'être heureuse de le retrouver. Toutes les maisons étaient brûlées mais recouvertes de mousse et de plantes. La nature avait repris ses droits depuis très longtemps.
Elle avança progressivement jusqu'à ce qui devait être le centre du village. Une énorme maison, sûrement celle de ses vrais parents, se tenait encore fragilement debout. Elle prit la main de Souta dans la sienne et avança lentement. Elle avait le sentiment d'être attirée par ce grand «château », ou plutôt d'être attirée par quelque chose à l'intérieur. Dès qu'elle posa un pied sur le vieux plancher, une force aussi violente qu'agréable traversa son corps. Elle ferma doucement les yeux à cette sensation.
À cet instant, elle avait l'impression d'être une princesse, un démon et sa force. Dès qu'elle les rouvrit, elle pu voir son ancien village avant qu'il ne soit brûlé. Sa maison décorée des plus belles décorations en or, les villageois souriant, heureux de vivre. Son regard se redirigea vers sa maison et ce qu'elle vit la fit tomber à genoux. Elle et son frère jumeau couraient main dans la main vers un couple, une femme richement habillée aux longs cheveux noirs et un homme grand, musclé avec un regard dur, mais qui sourit à la vue des deux enfants courant vers lui.
Ce sont mes parents... ce sont eux... ce sont eux... C'est Kaoru... Mon frère... pensa-t-elle les yeux larmoyants.
Puis, en une fraction de seconde, tout ce beau spectacle se métamorphosa en une affreuse scène, où les personnes se faisaient tuer et brûler. Elle laissa échapper un cri de surprise et ferma ses yeux pour ne plus voir ce génocide. Elle entendit une douce voix inquiète l'appeler et elle ouvra ses yeux pour croiser les yeux vert clair de Souta. Il lui disait quelque chose qu'elle n'avait pas pu tout à fait comprendre. Elle le prit dans ses bras et le serra très fort.
-Je ne suis pas seule, Souta-kun est avec moi... Je ne suis pas seule, Souta-kun est avec moi... répéta-t-elle plusieurs fois. Après plusieurs minutes, elle se calma et remercia l'enfant. Tel un ange, il lui sourit joyeusement et tendrement. Il aimait sa mère, il l'aimait très fort.
-Viens, je pense que ce que je cherche est par là...
Une autre force mystique l'attirait vers un endroit inconnu hors du village, à quelques kilomètres. Plus elle avançait dans la forêt dense, plus cette impression se renforçait. Ils arrivèrent à une grotte, invisible à l'œil de Souta qui ne voyait qu'un mur de pierre mais très visible aux yeux de la princesse des Yukimura. Elle avait été contrainte de laisser l'enfant à l'entrée de la grotte et elle y entra prudemment. Petit à petit, la sombre grotte s'éclaira du fait de cristaux bleus brillants. Puis, elle entendit ce qu'elle était venue pour: le bruit d'une eau qui coulait doucement. Elle se précipita vers ce bruit, mais elle s'arrêta quand elle vit une source d'eau qui brillait grâce aux cristaux bleus et un homme qui se tenait devant. Sa beauté était pareille à celle d'une eau du paradis.
Quand l'homme se rendit compte de sa présence, il se retourna rapidement pour regarder dans les yeux de la femme, habillée en homme, qui le regardait hébétée...
