Bonsoir mes amours !
Vous l'attendiez peut-être, le voici enfin : le défi du mois d'août. J'ai mis du temps à vous le poster, d'une part parce qu'il a fallu que je l'écrive et, d'autre part, parce que j'ai préféré le faire relire par plusieurs personnes.
La raison tient dans son thème : il s'agit d'une darkfic.
Comme vous le savez peut-être, je prépare une Drarry en fiction longue, dont le début se déroule à Azkaban. Je me documente sur l'univers carcéral, et ça m'a mal à plusieurs reprises, tellement l'ambiance est lourde et oppressive. J'ai eu besoin d'évacuer tout cela. Et puis, de cette façon, je peux me tester, voir si je sois au point à ce niveau. Du coup, en tout logique, vous devriez ressentir ce que j'ai moi-même ressenti. Warning donc, si vous n'aimez pas ce genre d'ambiance. Et surtout, ce que je voulais dire, c'était que je ne voulais pas que vous repartiez avec cette lourdeur.
A ce sujet, je remercie énormément MissPika42, qui m'a aiguillé sur la clôture de l'OS. Mon premier jet était vraiment trop sombre.
Il s'agit d'un Dramione. Mais ce n'est pas vraiment central ici. J'espère que ça vous plaira.
Merci à NathanaelleS, Line.M, BrownieJune, MissPika42, Mery-Alice Gilbert et Sylwia.
Et il emportera la vérité en pénitence.
« Tell me would you kill to save a life? Tell me would you kill to prove you're right? Crash, crash, burn, let it all burn. This hurricane's chasing us all underground. » Hurricane, 30 seconds to Mars.
« Dis-moi… tuerais-tu pour sauver une vie ? Dis-moi… tuerais-tu pour prouver que tu as raison ? C'est l'explosion, c'est l'explosion, tout brûle. Laisse le feu se propager. La tempête nous poursuit jusque dans nos retranchements. » La tempête, 30 seconds to Mars.
OoOoO
Dans le parloir de la prison d'Azkaban, un couple profite du temps qui lui est imparti. Une fois par semaine, le samedi après-midi. C'est comme ça depuis deux ans, à présent.
La femme, fin de la vingtaine, a les yeux rougis, le visage ravagé par les larmes.
L'homme, de la même tranche d'âge, a les yeux fatigués, le visage émacié, ravagé par le temps qui s'écoule distinctement en prison. Il paraît être en geôle depuis le triple du temps, au moins.
Aucun des deux ne semble tenir bon. Ils dorment peu, survivent plus qu'ils ne vivent. Et pourtant, ils sont là, tous les weekends, à se damner pour quelques mots de l'autre, une tendresse, un baiser.
« J'ai besoin de savoir… Tu dois me le dire… Je t'en prie, Drago », le supplie-t-elle pour la millième fois au moins.
En face, le détenu ne fait pas bonne figure. Il semble se décomposer, devenir plus blanc que la craie, accentuant sa pâleur déjà effrayante. Il lutte pour ne pas laisser le flot de paroles se déverser. Il souffre visiblement de son silence, mais son intérêt doit être bien supérieur pour en faire tout un mystère.
« Hermione, mon amour… Tu sais bien que je ne peux pas », lui répond-il d'une voix qui se brise, déchirée par son mutisme. Dans sa cellule, il ne parle pas avec son codétenu. Dans ses déplacements, il exécute, mais ne pactise pas avec les surveillants.
Drago Malefoy n'est plus ce qu'il était. Il n'est plus qu'une âme errante. Sa compagne ne fait pas meilleur amendement. Elle n'est libre qu'aux yeux de la Justice. Son esprit, lui, se trouve dans un étau inextricable.
« Mais j'ai besoin de savoir ! Je ne peux plus vivre avec ce…ce… ce trou noir ! Il faut que je me souvienne, que je me rappelle pour comprendre. Et tu es le seul à connaître la vérité… », insiste-t-elle, le ton de sa voix frôlant l'hystérie.
Drago ferme les yeux. Les muscles de tout son corps sont tendus, son cou et ses épaules semblent noués dans un dilemme suppliciant. Il grimace, déglutit.
« S'il te plaît… Drago, je ne survivrai pas à ça… », ajoute-t-elle, la voix tremblante.
De nouvelles larmes perlent au coin de ses paupières. Drago le sait. Il ouvre les yeux, plongeant son regard éternellement anthracite, dans lequel on sombre comme dans une tempête dévastatrice.
Il tend la main, caressant du pouce la joue de celle qu'il aime. Avec la tendresse qui traverse ses pupilles, personne n'oserait douter de ses sentiments, pas même les plus sceptiques.
Pleurant doucement au creux de sa paume, Hermione se laisse aller. Elle n'a plus que l'énergie de l'abandon. Il emportera, une fois de plus, son secret dans la cellule 483.
C'est l'heure des séparations. Les amants se quittent d'un baiser chaste et appuyé, grappillant quelques secondes d'un temps qui ne leur appartient déjà plus.
Dans la salle de maintenance, un étage au-dessus, le directeur de la prison, accompagné d'un technicien de vigilance, accueille le Chef des Aurors, lui-même en présence de l'un de ses officiers, le célèbre Harry Potter.
« Alors, qu'en pensez-vous ? » demande le supérieur.
Harry prend une grande inspiration.
« J'en pense que vous me placez dans une situation délicate, Monsieur. Avec tout votre respect, je ne peux pas travailler dans ces conditions. Il s'agit de ma meilleure amie. Cela induit forcément quelque chose de ma part », explique-t-il, tentant de paraître le plus assuré possible.
Le Chef des Aurors soupire.
« Je savais que vous diriez cela, Harry. C'est également pour cette raison que je vous le demande. Vous êtes intègre, courageux, impliqué dans vos fonctions. J'ai confiance en vous. »
Harry se frotte les yeux, mal à l'aise. En cet instant, il ne se sent pas Auror. Voir Hermione dans un tel état lui donne envie de vomir, bien que cette situation ne présente rien qu'il ne sache pas déjà.
« Qu'est-ce que l'on a encore comme légitimité dans cette affaire ? » questionne-t-il malgré tout.
Le Chef lui tend un document. Un mandat provenant du Ministre de la Magie, autorisant l'écoute et l'enregistrement des conversations entre Drago Lucius Malefoy et Hermione Jean Granger. Motif : Narcissa Druella Malefoy, née Black, retrouvée sans vie à son domicile. « Merde », pense Harry.
« Les circonstances de son décès ne sont pas suspectes », répond son supérieur. « En revanche, son corps disperse encore les halos d'un Secret Inviolable particulièrement puissant. Le médicomage légiste et l'expert en sortilèges évaluent le moment de l'incantation dans une fourchette de dix mois à trois ans. »
La nouvelle tombe comme le corps d'un joueur de Quidditch chutant du haut de son balai. Une boule se forme dans sa gorge. Tout cela confirme ses premiers soupçons. Les faits qui ont amené Drago derrière les barreaux remontent à deux ans et huit mois.
« Je ne… Je ne possède rien de concret, Monsieur », avertit-il en déglutissant.
Son Chef sourit.
« Allez-y. »
« Il protège quelqu'un », avance-t-il.
Il en est persuadé, pourtant il n'en a aucune preuve.
« Qui donc ? Votre amie ? »
Harry secoue la tête.
« Non, je ne la vois pas commettre un meurtre, quand bien même cet homme était abject », la défend-il.
« Pourtant, elle a été retrouvée dans… »
« Je sais dans quel état elle a été retrouvée ! » hurle-t-il alors. « J'étais là, je vous rappelle ! »
Une main solide se pose sur son épaule.
« Je sais, Harry, je sais. Ce que je veux dire, c'est que le psychisme est quelque chose de puissant. Si Hermione Granger ne se souvient de rien concernant les faits, il est possible, je dis bien possible, que sa conscience ne puisse pas supporter la réalité », suppose-t-il.
Cependant, Harry ne peut concevoir cette possibilité. Pas Hermione.
« Ça ne repose sur aucune preuve. Mais, au fond de moi, je sais qu'elle n'est pas coupable. »
« Et le Juge n'affirmera jamais le contraire. Son état psychologique au moment des faits l'exempte de toute responsabilité », confirme-t-il.
Harry fronce les sourcils.
« Dans ce cas, quelle utilité à chercher la baguette pour se torturer ? Quelle utilité à laisser bouillir le chaudron qui ne nous apportera pas une potion différente ? »
« Pour la Justice. Pour la Vérité. Peut-être pour innocenter un prisonnier injustement privé de sa liberté. »
Se peut-il que Drago Malefoy soit innocent ? Qui protège-t-il ? Et de quoi ?
Harry laisse son regard se perdre sur les écrans de surveillance. Dans la salle de fouille, Drago Malefoy subit un examen corporel, nu comme un Véracrasse. Gêné dans cette observation impudique, il se détourne.
Il a choisi de se sacrifier. C'est une évidence pour lui. Il ne l'imagine pas s'imposer une captivité, coupable ou pas. Si lui, Drago Lucius Malefoy, décide consciemment de pourrir à Azkaban, alors il protège quelque chose qui a plus de valeur à ses yeux que sa propre liberté. Qui est-il pour lui retirer ça ?
« Je suis désolé, Monsieur. Il vous faudra trouver un collègue pour mener à bien cette enquête », refuse-t-il.
Il obtient un sourire indulgent, puis ils quittent les lieux, remerciant leurs hôtes de les avoir reçus. Retour au Département de la justice magique.
OoOoO
Le soir même, allongé dans son lit, Harry est incapable de fermer l'œil. Il se rappellera de cette journée toute sa vie.
Ce jour-là, il entamait sa carrière en tant qu'Auror. Il venait de terminer l'école des officiers, réussissant avec succès son stage, travaillant pour la première fois avec son partenaire, et non plus en tant qu'élève. Il était enthousiaste. Et pourtant, ce jour resterait gravé dans sa mémoire comme celui qu'il aurait préféré de ne pas vivre. Ou, à défaut, oublier.
Durant la nuit, le Bureau avait reçu une note. Un meurtre, que l'on qualifiait de drame familial. L'équipe des experts avait été dépêchée sur les lieux et venait de donner son accord pour que les Aurors fassent leur apparition. Premier binôme arrivé, premier binôme servi. Harry et son équipier partirent.
Ils transplanèrent face à un bâtiment qu'il aurait reconnu entre mille : le Manoir des Malefoy. À l'intérieur, et plus particulièrement dans le salon, c'était un véritable bain de sang. Le liquide bordeaux, poisseux, recouvrait murs, plafond, tapis et meubles. La table était dressée pour quatre, la nourriture avait à peine été touchée.
Avec horreur, Harry se rappela que, la veille, Hermione était invitée à dîner chez les Malefoy. Drago et elle se côtoyaient depuis la fin de la guerre, ayant fait la même école de Magie-strature. Narcissa Malefoy était déjà informée de la situation. Le père devait l'être ce soir-là.
Harry était sorti de là, nauséeux. Il avait à peine vu la scène et entendu les faits : la dépouille de Lucius Abraxas Malefoy gisait dans son propre plasma, et sa femme, son fils, ainsi que sa belle-fille étaient suspectés.
Dans un état second, Harry était rentré au Bureau. Hermione était dans la salle d'interrogatoire, se balançant d'avant en arrière. Elle ne ressemblait plus à sa meilleure amie, elle ressemblait à un animal apeuré, couvert de sang. Elle sursautait au moindre bruit. L'angoisse la rongeait comme un feu dévasterait une forêt. Les officiers qui l'avaient arrêtée disaient l'avoir trouvée comme ça.
Harry avait préféré fermer les yeux, incapable de supporter cette vision. Il avait demandé à être écarté de l'enquête. Vu les liens qu'il partageait avec l'un des suspects, ça avait été une évidence.
Au jugement, elle avait été déclarée « en état de démence au moment des faits », et avait été acquittée malgré les preuves qui convergeaient vers elle. Elle avait été internée le temps de pouvoir retrouver ses capacités de discernement. Depuis, elle vivait en communauté avec d'autres personnes sujettes à des troubles de l'humeur, tentant de vivre une vie ordinaire.
Drago, lui, avait été déclaré coupable de meurtre avec circonstance aggravante de patricide, et condamné à une peine de réclusion à perpétuité. Son silence à l'interrogatoire et au procès n'avait pas joué en sa faveur, compte tenu des éléments qui l'impliquaient.
Narcissa, quant à elle, avait été acquittée, faute de preuves suffisantes. Elle avait elle-même appelé les autorités sur les lieux du crime, plusieurs heures après qu'il se soit produit, laissant entendre qu'un plan avait été discuté. Mais cela pouvait également être un rappel à la raison pour que son fils se rende. Personne n'avait jamais su ce qu'il s'était réellement passé.
Et puis, il y avait les victimes collatérales. Ron, fol amoureux d'Hermione, n'avait pas su faire face à la culpabilité. Il se disait qu'il aurait dû la retenir, l'empêcher de vivre son histoire avec Drago. Il s'était éloigné de tous, avait quitté le pays. Harry avait sombré dans la dépression et, quelques fois, usait un peu trop de la boisson. Son comportement avait eu raison de son mariage, et Ginny s'était remariée avec un riche héritier écossais, emmenant James, leur fils unique, avec elle.
Non, Harry ne pourrait jamais oublier comment cette journée d'entrée en service avait détruit tout ce qui faisait sens dans son existence.
OoOoO
Harry marche tranquillement aux côtés de Drago. Ce dernier a obtenu un congé pénitentiaire pour pouvoir assister aux funérailles de sa mère, et Harry est l'Auror désigné pour le tenir à l'œil. Discrètement. Il a simplement entravé ses poignets d'un sortilège, moyen plus discret que les menottes utilisées par les moldus. De toute façon, il n'a aucune intention de se substituer à son sort. Sans doute encore moins en ce jour, par respect pour sa mère.
Hermione, elle, est absente. Personne n'a eu le courage de lui annoncer la nouvelle. Et ça arrange bien les autorités, puisqu'elle et Drago ne peuvent pas être en contact. Cela aurait été trop difficile pour eux deux, de se voir, sans pouvoir s'approcher ni se parler.
« Ils ont rouvert une enquête », lâche-t-il alors à l'attention du Serpentard. « Ils sont persuadés d'avoir découvert une nouvelle pièce du puzzle. »
Celui-ci s'arrête, le dévisage. Son visage émacié donne toujours des frissons à Harry. Il symbolise la misère, la déchéance, et toutes ces vies gâchées.
« Tu y es opposé », affirme-t-il en guise de réponse.
« Oui. Ils m'ont demandé de la mener », répond Harry sur le même ton monocorde.
« Qu'est-ce que tu leur as répondu ? »
Harry soupire.
« D'aller se faire foutre », déclare-t-il.
Un sourire en coin semble prendre forme sur le visage de Drago. Si léger qu'Harry croit rêver. Et, pendant une seconde, il put revoir l'éclat bleu qui brillait autrefois dans ses pupilles, lorsque lui et Hermione étaient heureux.
« Tu leur as vraiment répondu ça ? »
« Non », s'esclaffe discrètement Harry, n'oubliant pas qu'ils sont supposés être à un enterrement. « Mais je n'en pense pas moins. »
« Pourquoi ? »
Cette fois, il s'arrête, regardant celui qui aurait pu devenir son ami si la vie leur en avait donné le temps. Aujourd'hui, il est trop tard. L'un est considéré comme un meurtrier, l'autre est représentant de l'autorité publique.
« Tu protèges Hermione. Je ne sais pas de quoi tu la protèges, mais j'ai décidé de te faire confiance », admet-il d'une voix lasse.
Drago le regarde, sans expression pour le vendre. Comme toujours, Harry est incapable de déchiffrer ses pensées ou ses ressentis. Il est tel un mur de glace, dur et froid.
« Elle me fait peur », annonce alors Drago dans un soupir. « Je ne sais pas quoi faire. J'ai essayé de lui mentir, de lui créer une histoire de toute pièce pour qu'elle puisse avancer, vivre sa vie. Pour qu'elle soit heureuse. Mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression que plus rien n'a de sens. »
Sans lui confirmer explicitement, Drago lui a dit, à travers ses mots, qu'il cache bien la vérité. Il n'est pas ce que la Justice a affirmé. Il n'est pas le monstre que les quotidiens ont dépeint. Drago est un homme qui a sacrifié sa liberté, tant physique que psychique, par amour.
Il y a là une autre forme de justice que les Juges n'appliqueront jamais. Harry lui promet qu'il réfléchira à un moyen pour aider sa meilleure amie. Pour lui construire une vérité avec laquelle elle pourra vivre.
Ce jour-là, l'un est raccompagné jusqu'à sa cellule, tandis que l'autre retourne au Ministère rédiger son rapport de mission.
Ce soir-là, comme tous les soirs, des sorciers regardent le plafond de leur cellule, cherchant un sens à leur existence.
Le premier est derrière les barreaux, se sentant plus légère d'un poids. Il sait que son abnégation est comprise. Il sait qu'il n'est plus seul à raisonner sur une solution.
Le second est en-dehors de la prison, percevant enfin une éclaircie. Plus tôt dans la soirée, une tête rousse l'avait attendu à la sortie du Ministère. Revenu au pays au nom de leur trio.
Dans le fond, qu'importe où se situe la vérité. Qu'importe si le factuel est chimère. Parfois, le chemin à suivre est celui qui nous permet de retrouver ce qui a du sens.
L'histoire s'achève ici. C'est volontairement flou, et Drago emportera avec lui la vérité... Mais soyez libres d'émettre vos hypothèses, si vous vous sentez l'âme d'Aurors.
Qu'avez-vous pensé de l'ambiance ? Est-ce de cette façon que vous vous représentiez l'univers carcéral ? Est-ce qu'il vous est familier ? Si c'est le cas, votre opinion m'intéresse vraiment.
Je sais que, parmi les lecteur-trice-s, peu sont friand-e-s du Drarry. Est-ce que, malgré tout, cet OS pourrait vous avoir donné envie de découvrir la fic longue qui viendra après Tu as les yeux de ton père, Élia ? Ça ne changerait de toute façon rien à mes plans, parce que j'ai vraiment envie et besoin d'écrire cette histoire. Mais si vous suivez, je vous accueillerez avec plaisir dans mon monde.
Plein de paillettes de licorne sur vous. *cœur*
