Bonjour mes amours et joyeux Noël !

J'espère que vous avez passé un bon réveillon et que vos cadeaux sont à la hauteur de vos espérances. Dans le cas contraire, sachez que vous n'êtes pas seul-e-s à vivre des Noëls nuls ou dans une famille qui ne vous fait pas sentir à votre place. Je ne peux qu'espérer pour vous que le prochain Noël sera meilleur, et que vous serez entouré-e-s de personnes que vous aimez et qui vous aiment tel-le-s que vous êtes.

Pour la première fois depuis que j'écris (donc presque deux ans ! Pfiou, déjà), je vous offre un cadeau, cet OS. Très long OS : il fait presque 18.000 mots, soit l'équivalent de 38 pages Word.

Mais est-ce vraiment un cadeau ? Je n'en suis pas certain. A l'origine, il devait s'agir d'une fiction de Noël mais, très vite, l'histoire d'amour originale et un peu mièvre entre Drago et Harry a perdu de l'ampleur face à ce qui est devenu le thème central : la relation entre Harry et son fils cadet, Albus. Et c'est loin d'être joyeux.

Comme l'a très justement fait remarquer Rose Malefoy, dont je suis extrêmement reconnaissant pour la relecture, on pourrait davantage qualifier cet OS de fiction d'hiver. On est à des années de vol de chouettes de la gaieté et de la légèreté des fictions de Noël. J'ai donc clairement échoué sur ce point, sur ce défi de Noël, et je le sais. N'empêche que cet OS n'est pas inintéressant pour autant (la preuve, 18 000 mots, si ça ne m'avait pas porté, franchement...). Peut-être que ce sera pour l'année prochaine, qui sait ?

Dans cette fiction, j'ai eu envie de mettre en avant un de mes combats dans le militantisme : il faut impérativement qu'on parle de maladies, de valadisme et de capacitisme (c'est une forme d'oppression envers les personnes malades, non valide ou ayant un fonctionnement psychologique différent). Si je suis moi-même concerné, étant non valide, haut potentiel et anxiodépressif (j'y reviendrai par le biais des Portraits inclusifs), j'aurais aimé me faire relire par une personne concernée. Malheureusement, ma référence en la matière ne possède pas les cuillères nécessaires pour le moment. Clothilde, si d'aventure tu passais par ici, sache que je suis admiratif de tout ce que tu as fait. Tu es une personne formidable.

Bon, du coup, il faut que je vous avoue quelque chose. Quand je vous dis que ce n'est pas joyeux, je ne rigole pas. Pour cet OS, tigger warning : maladie et mort d'enfant. Si vous ne vous sentez pas de lire ce genre d'histoire, ne vous forcez pas. J'écrirai d'autres histoires. Vous aurez le premier missing moment de TALYPE à partir de jeudi, et dès le mois de janvier, les Portraits inclusifs commenceront. Mais si vous vous sentez de le faire, alors... bienvenue. Je vous promets un voyage riche en émotions.

On se retrouve en bas.

Merci à Line.M, Rose Malefoy, Victoria Malefoy, Sam, ainsi que MissPika42 pour son début de relecture. Rose et Victoria, si jamais vous passez par ici : j'ai pris en compte vos remarques. Il se pourrait qu'il y ait quand même quelques surprises (passages inédits ou plus complets) pour vous...


Trois flocons de neige et réglisse sur mes lèvres.

"My shadow's dancing
Without you for the first time
My heart is hoping
You'll walk right in tonight
And tell me there are things that you regret
'Cause if I'm being honest I ain't over you yet"

Too much to ask, Niall Horan.

« Mon ombre danse
Sans toi pour la première fois
Mon cœur espère
Que tu vas rentrer ce soir
Et me dire toutes ces choses que tu regrettes
Parce que, si je suis honnête, je ne suis pas encore passé à autre chose. »

Trop pour demander, Niall Horan.


Le samedi 25 décembre 2010.

Assis sur le bord du lit de son fils cadet, Harry caressait son crâne dégarni avec tendresse. Avec son teint pâle, ses cernes et sa lunette nasale d'oxygène, Albus Severus Potter ne faisait pas bonne figure.

Son état de santé avait commencé à se dégrader au début de l'année. Au départ, il semblait surtout plus fatigué qu'à l'accoutumée, mais progressivement, d'autres signes inquiétants étaient apparus : fièvre, pétéchies, nausées matinales… Il avait consulté son médicomage de famille, qui les avait renvoyés à la maison avec des potions calmantes.

Lorsqu'Albus avait commencé à régurgiter et à souffrir de douleurs osseuses, Harry n'avait plus hésité. Il s'était directement rendu chez Hermione, qui travaillait comme oncomage en service de pédiatrie, et il lui avait demandé d'examiner son fils. Le test sanguin avait été sans appel : Albus, âgé d'à peine quatre ans, souffrait d'une leucémie aigüe lymphoblastique, la forme la plus répandue chez les enfants. Derrière son nom compliqué se cachait une terrible maladie. Il s'agissait de la forme de leucose avec le plus bas taux de survie : seulement 30% des enfants en guérissaient.

Le diagnostic posé, Harry avait décidé de quitter son poste d'Auror pour se consacrer à ses enfants et, plus spécifiquement, à Albus, dont la vie était rythmée par ses rendez-vous médicaux et ses hospitalisations fréquentes. Le cancer était encore trop invasif pour permettre à Albus de rester à la maison. Mais Albus était tenace, et Harry tentait lui-même d'être fort devant lui pour l'aider à tenir le coup.

En vérité, c'était la pire chose qui pouvait lui arriver. Harry avait toujours rêvé d'une grande famille baignant dans le bonheur. Depuis qu'il avait rencontré les Weasley, il avait trouvé cette famille, et son mariage avec Ginny avait concrétisé tout cela en lui permettant de construire son propre foyer. L'idée que son fils souffre et qu'il puisse le perdre à tout instant était insoutenable.

Heureusement, James Sirius et Lily Luna étaient des enfants en pleine forme.

James, son aîné, avait six ans. Régulièrement, il cassait un élément du mobilier en volant dans la maison malgré l'interdit imposé par sa mère, si ce n'était pas une fracture qu'il s'infligeait en percutant violemment un arbre du jardin du 12, Square Grimmaurd. Lui-même faisait des séjours fréquents à l'hôpital, mais dans un contexte qui faisait beaucoup moins songer à la mort.

Lily, quant à elle, avait tout juste deux ans. Elle était beaucoup moins hardie que James, c'était plutôt une enfant calme et attentive. Surtout attentive à Albus, qu'elle regardait toujours avec de grands yeux curieux et inquiets. Elle lui tenait la main après avoir consciencieusement désinfecté les siennes pour ne pas lui transmettre de microbes, imitant ses parents. Pour elle, c'était un jeu, mais elle savait que ça permettait d'éviter à des monstres microscopiques de faire du mal à son frère.

Et Albus, alors… du haut de ses quatre ans, il avait parfaitement conscience de la réalité de sa maladie. Il savait que, s'il se sentait faible et qu'il devait prendre autant de potions, c'était parce qu'il avait un cancer. Il se le représentait comme un Cognard qui attaquait tour à tour le Gardien de but et ses remplaçants, laissant l'équipe adverse marquer et rendre incertaine la victoire. Harry ne savait pas où il avait trouvé cette métaphore, mais une chose était sûre : la leucémie l'avait fait grandir trop vite.

Pourtant, ce jour était consacré à la magie de Noël, aux rêves d'enfants. Comme tout enfant de son âge, Albus croyait au père Noël, qui lui apportait chaque année un pull tricoté avec un A sur le devant. Il était fier, et son grand sourire manifestait sa joie d'appartenir à la famille Weasley. James, Albus et Lily paradaient ainsi avec leur tout nouveau pull sans savoir que leur grand-mère en était à l'origine.

Cette année-ci ne faisait bien sûr pas exception, même s'ils en étaient réduits à fêter leur premier Noël dans une chambre aseptisée.

« Papa ? » l'interrompit Albus du cours de ses pensées.

Immédiatement, le regard d'Harry se posa sur lui, plus attentif.

« Oui, mon grand ? »

« T'as pris le tripogriffe ? » demanda Albus, parlant du jeu.

Harry acquiesça, levant la tête vers sa femme. Cette dernière ouvrit son sac à main, duquel elle sortit l'objet demandé. Le tripogriffe était un jeu où il fallait charger un hippogriffe miniature avec divers objets. Chaque action nécessitait de le saluer au préalable, même si cela ne l'embêtait pas de ruer et d'envoyer valser son chargement de plusieurs battements d'ailes. Il aimait bien jouer une partie avec son père lorsque celui-ci venait lui rendre visite.

Harry installa l'objet animé sur la table qui servait à poser les plateaux repas et laissa à Albus le plaisir de préparer les pièces qui devaient être placées sans déclencher la colère dudit objet.

Albus était si consciencieux dans ces gestes. C'était un intellectuel, contrairement à ses parents. Il aimait beaucoup Hermione, d'ailleurs, qu'il appelait « sa tata Hermi ». Ce n'était pas son oncomage de référence, pour des raisons évidentes de distance professionnelle, mais elle travaillait dans le même service et passait tous les jours lui rendre visite. C'était un amour, et Albus adorait leurs conversations.

Hermione était toujours honnête avec lui sur sa maladie et ne le considérait pas comme un bébé… même si Albus avait déjà avoué à Harry qu'il ne comprenait pas toujours tout ce qu'elle lui racontait.

« Voilà », fit Albus en annonçant fièrement la fin de son travail.

Harry suivit son fils des yeux alors qu'il choisissait le premier objet à placer. Il sourit en voyant qu'il s'apprêtait à réaliser sa première action sans saluer l'hippogriffe. Au demeurant, celui-ci affichait un air méfiant, amorçant un mouvement de retrait. Harry sourit, amusé.

« Tu es sûr que tu n'oublies pas quelque chose ? » lui demanda sur un ton rieur.

Décontenancé, ses prunelles, aussi émeraude que celles de son père, se déplacèrent jusqu'au tas d'objets, avant de tomber sur l'hippogriffe, ouvertement mécontent. Il soupira, déçu d'avoir fait une erreur, avant de le saluer dans les règles de l'art.

« Ce n'est rien », lui assura Harry, qui connaissait les aspirations ambitieuses d'Albus. « La prochaine fois, tu t'en souviendras. Tu as tout de suite compris à quoi je faisais référence, en plus. »

Albus acquiesça. Il était déjà concentré sur la partie et attendait que son père fasse son premier mouvement.

Le début de la partie se déroula alors dans le plus grand calme, père et fils concentrés sur leurs actions, veillant à bien s'incliner au préalable. Lily commença par les observer avec attention, en mentionnant le nom des pièces utilisées qu'elle connaissait, avant de réclamer les bras de son père, s'amusant avec la main dont il ne se servait pas pour jouer.

James, quant à lui, s'ennuyait et avait hâte de partir. Il ronchonnait, le visage dissimulé dans les jupes de sa mère. Il en avait marre des visites à l'hôpital et piquait parfois des colères pour quémander de l'attention, surtout auprès de Ginny, de laquelle il était le plus proche.

C'était lui qui appréciait le plus les changements d'horaires de cette dernière, à présent qu'elle avait trouvé un nouveau travail pour être plus disponible pour Albus. Il avait besoin d'être rassuré, de passer du temps loin de l'hôpital pour oublier, et Harry et Ginny lui avaient promis qu'après avoir rendu visite à Albus, ils iraient faire du patin à glace sur la place du marché de Noël de Londres. De ce fait, il n'attendait plus que ça.

« Pourquoi tonton Ron y joue plus avec moi ? » lança subitement Albus, levant la tête pour regarder fixement son père.

Harry regarda son fils, qui attendait une réponse, avant de tourner la tête vers Ginny. Elle avait resserré les bras autour de James, caressant distraitement ses cheveux. Elle avait également les lèvres pincées. Ce n'était pas tellement à cause de la mention de Ron, mais plutôt par appréhension de la réponse qu'Harry risquait de donner à leur fils. Elle considérait qu'Harry manquait de recul avec ses enfants, qu'il fallait qu'il les considère davantage comme des enfants, et pas comme des grands avec des mots d'enfants. Ce avec quoi Harry n'était pas d'accord.

« C'est parce que je suis malade ? » continua Albus.

Harry fixa de nouveau son attention sur lui, avant de soupirer. Avant, Ron venait régulièrement jouer avec Albus. Il lui avait même promis que, lorsqu'il serait plus grand, il lui apprendrait à jouer aux échecs.

« Mais non, mon cœur. Tu sais bien que ton oncle est très occupé avec son travail », le contredit Harry.

« Je sais, mais avant, il venait tout le temps à la maison », insista Albus.

Harry hocha la tête. Lui aussi avait remarqué que son meilleur ami avait pris ses distances. Mais les raisons étaient autres que celles que son fils imaginait.

« C'est vrai. C'est parce qu'avant, on travaillait ensemble. Alors, souvent, tonton Ron revenait manger à la maison avec moi », lui expliqua Harry. « Comme maintenant je ne travaille plus, on a perdu cette habitude. »

« Alors c'est bien parce que je suis malade », persista le plus jeune.

Harry soupira longuement.

« Al'… »

« Mais c'est vrai. C'est parce que je suis à l'hôpital que tu ne vas plus au travail », affirma-t-il.

Ginny avança alors vers eux, la main dans la nuque de leur aîné. Quand elle fut à leur niveau, Lily se mit debout sur le lit. Ginny lui tendit instinctivement les bras, tandis qu'elle répondait à Albus.

« Quand tu sortiras de l'hôpital, on demandera à tonton Ron de venir à la maison, tu veux ? » lui proposa-t-elle avec obligeance.

Albus secoua plusieurs fois la tête, comme pour signifier la fin de la discussion avec leur accord. Les raisons étaient bien autres, mais il y avait longtemps qu'Harry avait cessé de comprendre Ron et de lui donner des excuses pour son absence prolongée.

La partie de tripogriffe se poursuivit dans le calme, Harry l'emportant. La seule fois où il avait laissé Albus gagner en oubliant volontairement de s'incliner, ce dernier avait protesté, les bras croisés, en répétant que son père « le prenait vraiment pour un bébé ».

Depuis lors, Harry ne le faisait plus, mais n'hésitait pas à rappeler à Albus d'y songer, lui rappelant au passage que le respect était primordial chez l'animal. Évidemment, il était bien loin des connaissances poussées qu'aurait pu lui fournir Hermione, mais ce n'était pas vraiment le centre des préoccupations d'Harry.

Le rangement du jeu signala la fin de la visite, sans que l'hippogriffe ait déployé ses ailes pour renverser son chargement.

Harry embrassa Albus sur le crâne, lui glissant discrètement son fromage préféré dans la main, un Babybel. Après un regard noir lancé dans sa direction, Ginny serra Albus contre elle à l'étouffer. Lily lui fit un bisou en se penchant des bras de sa mère, et James lui tapa dans la main pour l'encourager comme des joueurs de Quidditch le feraient entre eux, mais en évitant de le regarder dans les yeux. Il avait du mal à être proche de son frère depuis le diagnostic, mais Harry pensait que c'était plus par crainte de la mort que par réel malaise.

En quittant la chambre, puis le bâtiment hospitalier, Harry passa un bras autour des épaules de sa femme. Lily, qui avait vu sa main passer à quelques centimètres de son visage, rit. Pour l'embêter, Harry se mit à lui chatouiller la joue, et l'enfant rit de plus belle.

Dévisageant sa fille puis son mari, Ginny soupira. Harry s'arrêta, la questionnant du regard.

« Il faut que tu arrêtes de penser que tes enfants et toi avez le même âge. Ce ne sont pas tes amis, Harry. Ils ont six, quatre et deux ans. Tu en as trente », le sermonna-t-elle.

Interdit, Harry récupéra son bras.

« Je suis proche de mes enfants, mais je sais que ce ne sont pas mes amis. Si tu ne veux pas leur expliquer les choses et dire ce qui est, O.K., c'est ton choix », répliqua-t-il en haussant les épaules. « Mais, moi, je leur parle. »

Ginny lui lança à nouveau un regard noir.

« Dis tout de suite que je suis une mauvaise mère », s'offusqua-t-elle.

« N'importe quoi », se radoucit Harry en se rapprochant d'elle sous le regard attentif de Lily. « On fait tous les deux ce que l'on peut. Si j'ai choisi d'arrêter de travailler pour m'occuper d'eux, toi, tu as fait en sorte d'avoir un travail qui te permet de rester au pays. Et on va rendre visite à Albus aussi souvent que possible. »

Ginny soupira longuement.

« N'empêche, tu devrais faire attention à ce que tu dis devant eux », insista cette dernière. « Et il faut que tu arrêtes de lui glisser ce fromage moldu à chaque visite ! Ce n'est pas bon pour lui ! »

« Tu le protèges trop », la contredit Harry. « Vois les choses en face : on ne peut pas le protéger de tout. J'aurais voulu épargner Albus de la maladie, j'aurais voulu être leucémique à sa place. Mais c'est lui qui est malade. Et ça impacte toute la famille. L'empêcher d'avoir des petits plaisirs comme celui-là ne changera pas la réalité des choses et ne le rendra pas plus malade qu'il ne l'est déjà. »

Cette fois, ce fut Ginny qui s'arrêta, interdite. Ses yeux remplis de larmes.

« C'est dégueulasse, ce que tu dis là », lâcha-t-elle avant de renifler bruyamment et de reprendre sa route.

« Gin'… », la rappela Harry, désemparé.

Mais elle ne se retourna pas et il laissa retomber ses bras le long de ses flancs. Il ne comprenait pas ce qu'il avait pu dire de mal. Il ne le comprenait plus sa femme tout court, en fait.

Leur couple allait de mal en pis depuis que le diagnostic d'Albus avait été posé. Entre les hospitalisations fréquentes et le fait qu'Harry ne travaillait plus, un fossé s'était creusé entre eux. Après dix ans de vie commune et huit ans de mariage, le couple Potter-Weasley battait de l'aile.

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Le dimanche 25 décembre 2011.

Assis sur une chaise, Harry regardait avec un grand sourire la scène qui se déroulait sous ses yeux. Ses enfants jouaient avec Mia, Molly et Lucy, ainsi que Louis et Dominique, leurs cousins et cousines, tandis que les aînés, Teddy et Victoire, discutaient dans un coin du salon. C'était le premier Noël où la famille Weasley était réunie au grand complet sur trois générations. Enfin, c'était le premier depuis qu'Albus était malade.

En effet, l'année 2011 s'était montrée plus clémente envers le cadet. La chimiothérapie avait suffisamment combattu le cancer pour lui permettre de rentrer à la maison, auprès de son père qui lui administrait son traitement sous forme de potions gélifiées, même s'ils devaient régulièrement retourner à Sainte Mangouste pour contrôler son taux de globules blancs.

Albus courrait et jouait comme son frère et sa sœur, se disputait avec eux comme n'importe quel autre enfant. À la différence qu'il se fatiguait plus vite et qu'il avait des nausées, particulièrement après avoir pris son traitement, d'ailleurs.

Il avait d'autres médicaments pour les atténuer, ainsi que pour diminuer les douleurs, mais ça ne fonctionnait pas toujours, et Harry le remarquait à la façon qu'avait Albus de se retirer du monde pour gérer ses douleurs. Tout seul comme un grand. Tout seul, tout court, parce que ce n'était pas juste un enfant de cinq ans. C'était un enfant courageux et autonome.

Harry sentit une main se poser sur son épaule, avant que quelqu'un ne l'étreigne par-derrière. Il n'y avait que Molly pour se montrer aussi expressive sans raison aucune.

« Harry, mon chéri », fit la voix maternante. « Tu n'as pas envie de te mêler aux autres ? Ne reste pas seul le soir de Noël ! Tiens, reprends un peu d'élixir viticole. »

Se redressant, elle lui resservit du Finnigan Winezard, un grand cru de l'exploitation de Seamus Finnigan, devenu viticulteur après Poudlard. Harry avait depuis longtemps cessé de refuser les services de Molly, bien qu'il déclinait parfois, pour la forme.

« Merci, Molly », la remercia-t-il distraitement.

Il la vit ouvrir la bouche pour parler, sans doute dans le but d'insister pour qu'il socialise un peu, quand Albus arriva près d'eux, traînant les pieds.

« Papa ? » commença-t-il, attirant toute l'attention de son père et de sa grand-mère sur lui. « Je crois que c'est l'heure pour mes médicaments. »

Harry regarda sa montre. 13 heures 58. Tous les jours, Albus prenait ses potions à 14 heures précises. Ce garçon était réglé comme une horloge.

« Va chercher ton traitement, mon grand, on monte. »

Albus acquiesça, allant chercher le nécessaire auprès de sa mère, qui le gardait dans son sac. Père et fils montèrent alors dans la salle d'eau, Harry s'asseyant sur le bord de la baignoire après avoir fermé la porte derrière eux. Ils préféraient être au calme pour pouvoir se concentrer. C'était leur petit rituel rien qu'à eux.

Harry observa Albus se laver consciencieusement les mains, avant de prendre un gobelet et d'y verser une petite quantité de sa potion, la gourde en contenant suffisamment pour une semaine de traitement.

« Papa ? » fit-il d'une voix qui résonna, le visage à moitié caché à l'intérieur de son gobelet.

« Oui, Al' ? »

Albus sembla hésiter un instant, le visage toujours dissimulé.

« Tu sais à l'hôpital, il y a un garçon comme moi », commença-t-il.

Harry le dévisagea attentivement, attendant la suite.

« Il a la même maladie. Comment c'est, déjà ? »

« La leucémie », lui répondit calmement Harry, qui souriait tristement.

C'était tellement injuste que la vie d'enfants soit à ce point impactée à cause de leur santé…

« Non, mais le grand nom ! » s'impatienta Albus.

« La leucémie aigüe lymphoblastique. »

« Voilà. Lui aussi. Mais ça fait plus longtemps que moi. »

Harry acquiesça lentement, ne sachant que répondre.

« Comment il s'appelle ton copain ? » lui demanda-t-il malgré tout.

« Scorpius », lui répondit fièrement Albus, un sourire édenté barrant son visage. La dent de devant qu'il avait perdue deux jours auparavant lui donnait une allure plutôt rigolote.

« C'est original comme prénom. »

Albus confirma d'un hochement de tête, avant de changer de sujet.

« Je peux te dire un secret ? » la questionna-t-il avec un sourire espiègle qui fit rire son père.

« Bien sûr ! Je t'écoute. »

Le garçon s'avança, s'asseyant sur la jambe de son père, qui souleva le poids plume avant de l'enlacer. Le silence se fit pendant quelques dizaines de secondes, père et fils ainsi blottis l'un contre l'autre, avant qu'Albus ne reprenne la parole.

« Je crois que tante Hermi a un amoureux », lui chuchota-t-il.

Malgré le fait qu'Hermione n'était finalement pas liée par union à la famille Weasley, Ron et elle ayant rompu après quelques mois de relation, les enfants Potter la considéraient comme telle. Elle était si importante dans la vie d'Harry qu'elle était de toute façon comme une sœur, faisant d'elle une tante de cœur.

« Ah bon ? » s'étonna Harry, qui ne l'avait plus vue en couple depuis des années, sinon pour une relation sans engagement qui n'avait pas duré, le sorcier souhaitant officialiser les choses, au contraire de son amie.

« Oui », soutint Albus. « C'est tonton George. »

Harry cligna plusieurs fois des yeux, abasourdi. S'il n'était pas aussi surpris par cette affirmation, il aurait probablement explosé d'un rire claironnant. Mais son fils était on ne peut plus sérieux et il ne voulut pas le contrarier.

« Qu'est-ce qui te fait croire que tante Hermione et tonton George sont amoureux ? » le questionna malgré tout Harry.

Albus fronça les sourcils, son regard exprimant une réflexion intense.

« Eh bien. Tu sais que tonton George donne des bonbons à l'hôpital, parfois ? »

Harry confirma d'un hochement de tête. George travaillait toujours comme gérant de Weasley & Weasley, la boutique de farces et attrapes du Chemin de traverse. Chaque année, au Carnaval, à Pâques, à Halloween et à Noël, il apportait des sacs entiers de confiseries pour les enfants hospitalisés.

« Je les ai vu, un jour, quand le Dr Niels m'a dit que je pouvais aller faire pipi », expliqua Albus dans le plus grand des calmes. « J'ai pas entendu quand ils parlaient. Mais ils ont fait des gros bisous avec la langue et tout. C'était dégueulasse. Mais je suis parti faire pipi, alors je sais pas s'ils ont fait pleeeeein des bisous ou juste un peu. »

Harry s'était figé, complètement interdit. Hermione et George. C'était le couple le plus improbable qui soit à ses yeux.

« Des bisous avec la langue ? Tu es sûr ? »

« Bah oui ! Comme toi avec maman quand vous étiez très amoureux ! » s'exclama le cadet.

« Mmmh… », répondit simplement Harry, désarmé par son franc parler.

Son fils analysait bien trop de choses pour son propre bien. En effet, son mariage avec Ginny n'était pas des plus heureux. Il l'aimait, bien sûr. Ou, plutôt, il avait beaucoup d'affection pour sa femme. Mais depuis un an et demi, presque deux ans, un fossé se creusait en eux. Ils cohabitaient plus qu'ils ne vivaient ensemble. Ils faisaient leur vie chacun de leur côté, ne se souciant que de l'organisation du quotidien entre le travail de l'un et les enfants de l'autre.

« Qu'est-ce que vous faites ? »

Harry sursauta, levant les yeux en direction de la voix. La porte avait été ouverte sans qu'il ne s'en aperçoive et Ginny se tenait dans l'encadrement, les dévisageant, les lèvres pincées. Comme toujours, elle désapprouvait la relation qui unissait Harry et Albus, la jugeant excessive.

« On fait des câlins et on raconte des secrets », répondit naturellement Albus en se lovant davantage contre Harry, qui ne quittait pas sa femme du regard. Cette dernière semblait contrariée.

« Tu veux bien nous laisser deux minutes, Al' ? » lui demanda-t-elle, sans se départir de son expression courroucée.

L'enfant glissa des genoux de son père, lui faisant un petit signe de la main auquel Harry répondit par un léger sourire dans lequel se mêlaient attendrissement pour son fils et inquiétude pour la conversation à venir. Il ne voulait pas se disputer avec son épouse.

Les bras croisés sur la poitrine, Ginny passa la tête derrière l'encadrement de la porte, attendant qu'Albus disparaisse dans les escaliers, avant de revenir vers Harry, toujours assis sur le bord de la baignoire.

« Tu voulais me parler ? » lui demanda Harry, la voix tendue par l'appréhension.

Elle le fixa quelques secondes, le laissant dans le doute. Finalement, elle soupira.

« Harry, ce n'est plus possible de continuer comme ça. »

Harry fronça les sourcils. Il ne voyait pas où elle voulait en venir. De quoi parlait-elle ?

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« On n'est clairement pas d'accord sur la façon dont on doit se comporter avec Albus. »

Cette fois, Harry haussa les épaules. Certes, il avait remarqué. Mais ce n'était pas nouveau, ils en avaient déjà parlé. Qu'est-ce qu'elle pensait pouvoir changer ?

Il se leva, approchant de Ginny qui le suivait du regard. Il s'appuya contre le mur, à quelques centimètres à peine d'elle.

« On en a déjà parlé… On agit différemment, mais on lui apporte aussi des choses différentes. Je ne pense pas que l'un de nous s'y prenne mal… Le plus important, c'est l'amour qu'il y a dans notre famille. Et ça, Albus, le sait », tenta Harry.

Ginny maintenait leur connexion visuelle, leurs prunelles s'accrochant si intensément que les siennes se mirent à briller. Harry sentit une attraction pour elle et tendit le bras pour caresser la peau nue de son épaule. Baissant les yeux, son regard tomba sur ses lèvres, qui lui firent envie.

Il esquissa un geste pour approcher son visage, mais alors qu'il approchait effectivement, Ginny tourna la tête. Harry s'interrompit dans ses mouvements. Rapidement, la main de Ginny vint attraper son doigt, toujours appuyé contre son épaule, et le serra.

Anxieux, Harry attendit.

« Quand j'ai dit qu'on ne pouvait plus continuer comme ça… », commença Ginny.

Une boule se forma dans la gorge d'Harry.

« Je parlais de nous. »

Le monde sembla tourner pendant un temps infini. Ginny avait relevé la tête, le dévisageant dans l'attente d'une réponse. Harry déglutit au moment où il prit conscience qu'il avait cessé de respirer.

Il prit une grande inspiration, douloureuse.

« Tu veux… tu veux me quitter ? » fit-il d'une voix tirant vers les aigus.

Il se fustigea intérieurement, tandis que Ginny soupirait.

« Non », lui asséna-t-elle fermement, laissant Harry complètement perdu. « On va rester une famille unie, parce que je ne veux pas que ça affecte la santé d'Albus si… si on divorce. »

Harry encaissa difficilement. Ginny voulait le quitter. Mais pas vraiment. Il avait du mal à comprendre.

« Qu'est-ce que tu veux ? » l'interrogea-t-il d'une voix plus posée, bien qu'exprimant l'incertitude.

Elle haussa les épaules.

« Juste reprendre ma liberté de femme », lui répondit-elle le plus naturellement du monde.

« Tu as rencontré quelqu'un ? » voulut-il savoir.

Ginny ferma les yeux. La vérité risquait de faire mal.

« Oui… », murmura-t-elle.

« Depuis quand ? » continua Harry, malgré le risque de se blesser davantage.

« Deux mois… Je… Mais je lui ai dit que je voulais t'en parler avant qu'on… qu'on aille plus loin. »

Cette fois, ce fut Harry qui ferma les yeux, reculant brusquement. Il percuta l'armoire, mais le sentit à peine. La douleur intérieure, elle, était plus intense : c'était comme s'il venait d'être poignardé en plein cœur.

Comment pouvait-elle lui lancer cela de cette façon, comme si elle lui parlait de l'organisation de la semaine ? Avec une telle affirmation, il l'imaginait nue, dans les bras d'un autre, et dans des positions plus que suggestives. La bile lui remontait dans la gorge, brûlante. C'était répugnant…

« Harry… »

Il se rendit compte que son regard devant inspirer de la pitié pour qu'elle le regarde avec cette infinie tendresse. Elle ne pouvait pas le regarder ainsi après ce qu'elle venait de lui dire…

Il secoua vivement la tête.

« Je ne pense pas que mentir à nos enfants sur notre relation les rendra plus heureux. Mais fais ce que tu veux, je ne te pousserai pas hors de la maison. Juste… il n'est pas question que l'on continue à partager le même lit. Et ton cher et tendre ne passera jamais la porte d'entrée », décida-t-il d'une voix acerbe, ironisant sur les qualificatifs dans une tentative de se protéger lui-même.

Ginny acquiesça, confirmant ses paroles.

« C'est plus que légitime », admit-elle d'une petite voix.

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Le mardi 25 décembre 2012.

Le troisième Noël d'Albus depuis son diagnostic n'avait pas été le plus joyeux de tous. La veille du réveillon, il avait fait une chute dans les escaliers du 12, Square Grimmaurd.

Depuis quelques jours, il ressentait de violentes douleurs dans différents membres, toussait et perdait l'équilibre. Si Harry avait remarqué qu'il tanguait, Albus ne lui avait pas fait part de sa détresse. L'un dans l'autre, ce dernier était plus faible et avait dégringolé en sortant de la salle de bain.

Il se retrouvait donc à Sainte-Mangouste pour une période incertaine, les urgences ayant annoncé qu'il vivait une rechute dans son cancer.

Cette fois-ci, il partageait sa chambre avec un autre enfant. Un enfant qui avait la même leucémie que lui. Lorsqu'Harry était entré dans la chambre de son fils, après que les médicomages lui aient annoncé que son état était stable et qu'il pouvait recevoir de la visite, Albus l'avait accueilli d'un grand sourire.

Il lui avait annoncé que c'était lui, le garçon. Apparemment, il lui en avait déjà parlé, mais Harry ne s'en souvenait pas. Il n'en était pas moins heureux de savoir qu'Albus avait un ami, aussi tristes soient les circonstances.

Le garçon était aussi calme qu'Albus l'était lui-même. Il avait les cheveux d'un blond pâle, presque blanc et les yeux d'un gris métallique hypnotisant. Il se dégageait de lui une force tranquille, comme si la nature même de son caractère était à la froideur, sans être désagréable pour autant. Le mélange était assez impressionnant, en réalité.

Mais le plus impressionnant encore, c'était peut-être la connexion qui semblait exister entre Albus et ce garçon, dont Harry n'était pas parvenu à retenir le prénom.

« Scorpius, papa », lui répliqua Albus, alors que son père lui avait demandé une nouvelle fois. « Mais moi, je dis Scorp', hein ? »

Ce faisant, il tourna la tête en direction de son ami, dont la commissure des lèvres se souleva doucement. Ce dernier ne leva pourtant pas les yeux de son livre.

Il lisait Galaan le dragon. C'était une saga fantastique pour enfants de six à huit ans qui parlait de maladie et de courage, qu'Harry avait lui-même offert à Albus quelques mois auparavant. Il sourit à l'idée que les parents de cet enfant voulaient lui permettre de s'évader tout en lui donnant l'impression d'être compris ou, du moins, pris en compte.

Pensant aux parents de Scorpius, Harry l'interrogea.

« Tes parents ne viennent pas te rendre visite ? »

« Mon père va bientôt arriver. Il devait aller chercher ma grand-mère après la Messe de Noël », expliqua-t-il.

Harry hocha la tête, notant que l'enfant n'avait pas mentionné de mère. Il ne voulait cependant pas être plus intrusif que la politesse l'exigeait.

« Ta grand-mère est croyante ? »

Scorpius haussa les épaules.

« Elle aime les traditions, en tout cas. »

« Papa ? » le rappela Albus, d'une voix croassante qui attira l'attention d'Harry sur lui.

Son visage était déformé par la douleur, ses yeux brillants de larmes. Le cœur de papa d'Harry se serra comme un étau. Les douleurs pouvaient arriver si soudainement qu'il ne pouvait pas toujours les prévoir.

« Oui, mon ange ? »

« Tu veux bien appeler un médico ? J'ai mal… », requerra-t-il sur un ton plaintif.

« Oui, évidemment », répondit Harry, réagissant immédiatement. Il savait à quel point la douleur pouvait être insupportable et ô combien une simple potion pouvait l'atténuer.

Sautant sur ses pieds, il utilisa le système de communication de l'hôpital. Il s'agissait d'un cadre au mur, dans lequel on indiquait simplement le numéro de la chambre d'un coup de baguette magique. L'inscription était retransmise dans un autre cadre, situé dans le bureau des soigneurs, par ordre d'apparition.

Sitôt avait-il fait passer le message que la porte de la chambre s'ouvrit. Son ouverture laissa entrer non pas un soigneur, mais… Drago Malefoy et sa mère, Narcissa. Harry se figea, interdit. Bien sûr. Scorpius était le fils de Malefoy. Comment avait-il pu ne pas faire le rapprochement avec de telles caractéristiques physiques ?

Malefoy marqua également un arrêt, mais se reprit rapidement.

« Potter », le salua-t-il, avant d'avancer vers Scorpius dans une attitude totalement désintéressée pour son ancien camarade de classe.

Il ne semblait pas surpris que cela de rencontrer Harry dans cette chambre. Narcissa, quant à elle, posa un doux regard sur lui, comme une mère poserait une main sur un fils, le saluant d'un sourire. Ses pupilles glissèrent alors sur Albus, en faisant de même avec lui.

Harry se tourna vers son fils, observant alors son visage. Ses lèvres s'étaient soulevées malgré un combat évident avec la douleur. Les pupilles du père et du fils s'accrochèrent.

« Papa ? » demanda Albus, tandis qu'Harry lui accordait toute son attention. « Maman arrive bientôt ? »

Harry dissimula difficilement une grimace. Il ne savait pas où se trouvait Ginny ni ce qu'elle faisait. Elle était censée arriver avec Molly et leurs autres enfants.

Il avança, s'asseyant au bord du lit de son cadet, avant d'attraper sa main, la caressant avec tendresse.

« Elle ne devrait pas tarder », lui promit-il, parlant à voix basse, de peur qu'elle se brise.

Entre Ginny et Harry, rien n'avait changé, rien ne s'était amélioré : le fossé ne cessait de se creuser, indiscutablement. Indiscutablement. C'était le cas de le dire, puisque plus rien n'était discuté entre eux. Chacun menait sa vie de son côté, Harry se préoccupant et vouant toute son existence à sa progéniture, Ginny vivant la sienne et revenant le soir pour son rôle de mère… de manière beaucoup plus détachée.

Sauf avec James, qui trouvait du réconfort et de l'attention auprès d'elle, supportant de moins en moins les visites à l'hôpital. D'ailleurs, Harry avait cessé de l'emmener avec lui, se soumettant à ses colères. Il se trouvait impuissant face à la détresse ainsi exprimée par son aîné.

La porte de la chambre s'ouvrit à nouveau, l'assemblée se retournant sur le nouveau venu : il s'agissait d'un soigneur à peine un plus âgé qu'Harry, qu'Albus aimait beaucoup.

« Jax ! » fit Albus d'une voix radoucie, se relaxant quelque peu.

Jax, ou plutôt le Md. Healtouch, tourna la tête en direction de celui qui l'avait appelé. Son visage respirait la bienveillance : entre son expression ouverte et son attitude d'expert, il paraissait être la personne idéale à travers laquelle soigner ses maux.

« Bonjour, Albus », commença le médicomage. « Est-ce pour toi que j'ai été appelé ? »

Albus acquiesça, mais ce fut Harry qui intervint.

« Oui, il se plaint de douleurs. »

Md. Healtouch, qui l'avait regardé par politesse lorsqu'il avait pris la parole, s'assit sur le tabouret à proximité du lit d'Albus et lui posa des questions de précision pour mieux comprendre son ressenti.

Réalisant que son fils se trouvait entre de bonnes mains et parvenait à s'exprimer sans son aide, Harry se décida à sortir de la chambre pour tenter de joindre son épouse par téléphone.

D'un pas déterminé, il traversa le couloir principal du service des enfants cancéreux, se dirigeant vers la terrasse réservée aux fumeurs. Cependant, il fut arrêté net dans son élan par un rire éclatant qu'il connaissait bien, même s'il ne l'avait plus entendu depuis longtemps.

Interpellé, il revint sur ses pas, passant la tête dans le couloir d'où provenait le rire. Et là, il se figea.

Dans l'un des bureaux de spécialistes paramédicaux se trouvait Ginny. Et, bien sûr, elle n'était pas seule. Assise sur la table d'auscultation, elle se faisait littéralement dévorer le cou par une armoire à glace en blouse blanche qui contrastait avec la couleur chocolat de sa peau. L'ergothérapeute Blaise Zabini.

Harry soupira. Il ne savait pas s'il s'agissait de l'homme que Ginny lui avait annoncé fréquenter un an auparavant et, d'un côté, cela lui était égal puisqu'il avait fait un trait sur leur relation, mais il se disait que son épouse aurait pu trouver son remplaçant ailleurs que dans le service où leur fils recevait ses soins…

N'ayant aucun scrupule pour la gêne qu'il pourrait leur occasionner, Harry s'engagea dans le couloir, s'arrêtant devant le bureau, avant de se racler la gorge.

Sous les yeux apeurés de Ginny, il prit la parole.

« Notre fils demande à te voir », lança-t-il avant de tourner les talons, revenant sur ses pas. Albus avait besoin de lui.

OoOoO

Quelques heures après avoir appelé le médicomage pour les douleurs d'Albus, Harry se trouvait sur un banc devant Sainte Mangouste, fumant une cigarette, l'esprit ailleurs.

Vu l'intensité des douleurs dans ses membres, son cadet avait demandé une potion à base de morphine. Au début, Harry s'était montré réfractaire, craignait les effets sur son corps d'enfant, tandis que Ginny s'y était farouchement opposée. Mais, face aux yeux brillants et suppliants, Harry avait changé d'avis. Bien sûr, il avait peur. Pourtant, plus il réfléchissait, moins il voyait de raison d'imposer cela à son fils, alors que la médecine avait les moyens d'y pallier.

Ainsi, une fois Ginny convaincue, Albus avait bu sa potion, qui l'endormit doucement. Ses yeux papillonnaient de temps à autre, souriant à ses parents. Il paraissait se trouver dans un autre monde, un peu comme lorsqu'on mettait un futur opéré sous anesthésie. Il était là, mais pas totalement non plus.

Ginny avait bien tenté à plusieurs reprises de s'expliquer à propos de la situation compromettante dans laquelle Harry l'avait découverte. Honnêtement, Harry s'en fichait. Il ne voulait juste pas qu'elle en parle devant Albus qui, même endormi, pouvait l'entendre. Ce n'était pas le moment pour se disputer.

Parce que, oui, il y avait bien matière à conflits : Harry ne supportait pas l'idée que Ginny substitue le temps passé avec Albus par du temps passé avec son amant. Qu'il s'agisse de Blaise Zabini ou d'un autre, cela n'avait vraiment pas d'importance. Elle avait fini par quitter la chambre, furieuse.

Soupirant, il tira une nouvelle fois sur sa cigarette. Il était resté au chevet d'Albus bien après que la morphine l'ait emporté dans le sommeil, jusqu'à ce qu'un soigneur lui signale la fin des heures de visite. Il avait alors délicatement lâché la petite main, dénouant un par un les doigts qui le maintenaient. Il avait à peine remarqué que Malefoy et sa mère étaient également toujours présents, les saluant distraitement en quittant la chambre.

Et, depuis, il se trouvait sur ce banc, enchaînant les cigarettes, alors que sa femme et ses enfants dînaient pour Noël au Terrier. Il n'avait pas eu le cœur de les rejoindre.

« Potter », fit une voix traînante.

Il sursauta, manquant de lâcher sa cigarette.

« Malefoy », répondit-il sur le ton le plus détaché possible.

Sans ajouter un mot, ce dernier le rejoignit sur le banc. Harry se demanda brièvement ce que son ancien ennemi voulait, mais il évacua rapidement cette pensée. Après tout, ça lui était égal. Il avait plus important à régler, même s'il ne voyait pas comment s'y prendre. Après un silence prolongé, Malefoy reprit la parole.

« C'est assez ironique de fumer quand on sait qu'on court le risque d'un cancer et que c'est justement ce qui pourrit notre vie », déclara-t-il.

Harry le dévisagea, la bouche entrouverte pour répliquer, lorsqu'il remarqua que Malefoy avait lui-même sorti une cigarette. Coupé dans son élan, il l'observa l'allumer et rejeter sa première bouffée, avant d'ouvrir finalement la bouche.

« C'est encore le meilleur rapport entre l'effet recherché et le risque encouru », répliqua-t-il d'une voix morne.

« Pas faux », admit Malefoy.

Ce dernier regardait devant lui, le regard perdu dans le vide, semblant détaché de tout. Harry, quant à lui, le dévisageait ouvertement.

Il n'avait aucune idée de ce qu'il était devenu après la guerre. Bien sûr, il avait entendu parler du procès, il y avait même témoigné en sa faveur, lui permettant d'échapper à Azkaban, contrairement à son père. Puis la famille Malefoy avait tout simplement disparu de ses préoccupations, bien vite remplacée par sa vie de couple et de famille, son travail, puis la maladie d'Albus.

Il ne savait donc pas ce qu'il avait pu traverser jusqu'à ce jour, bien qu'il s'en fasse une certaine idée à présent : ils étaient tous les deux pères d'un enfant cancéreux. Et s'il en croyait son propre fils, Scorpius avait donc la même leucémie que lui.

Son cheminement mental le ramena à sa rencontre avec le dernier fils Malefoy et à cette absence de mère. Une part d'Harry se disait que la question ne se posait pas, mais la curiosité fut la plus forte. Au pire, Malefoy l'enverrait paître avec les Sombrals, il pourrait y survivre. Mais il avait soudainement envie d'en savoir plus sur cet homme qui ne semblait pas si différent de lui, en fin de compte.

« Où se trouve la mère de Scorpius ? »

Deux pupilles de couleur métallique vrillèrent brièvement sur lui, avant de se perdre à nouveau dans le vide.

« À la sépulture des Malefoy », révéla-t-il, comme s'il parlait d'un événement quelconque.

« Oh ! Je… je suis désolé… », répondit Harry, soudainement mal à l'aise. « Je ne savais pas. »

Malefoy ricana, ne semblant pas s'offusquer de sa maladresse.

« J'imagine bien, sinon tu n'aurais pas posé la question. Astoria était malade. Cancer », ajouta-t-il face au regard interrogatif d'Harry. « C'était avant le diagnostic de Scorpius. L'avantage, c'est que, dès les premiers signes, j'avais compris. J'ai pu l'emmener voir un spécialiste. »

« Par la barbe de la maman de Dumbledore… », exprima Harry, sous le choc.

Malefoy fronça les sourcils dans une expression sarcastique, avant d'exploser dans un rire sans joie.

« J'ignorais que la mère de Dumbledore avait une barbe. J'ignorais même que tu avais connu la mère de Dumbledore. »

Il semblait si sérieux qu'il fallut quelques secondes à Harry avant de comprendre de quoi il parlait.

« C'est juste une expression de merde. Je ne sais pas d'où elle me vient… une habitude », dit-il à voix basse.

« Je m'en doute. »

Leurs regards se perdirent dans le vide. La présence de l'autre ne les perturbait pas outre mesure, comme s'ils se retrouvaient régulièrement au même endroit. Alors qu'ils ne s'étaient pas vus depuis près de dix ans.

Harry soupira derechef. Quelle vie de merde, tout de même. Malefoy avait perdu sa femme, son fils était malade. Harry, lui, avait un fils malade et un mariage explosé mais dont l'illusion ne souffrait pas des yeux du monde.

Il aurait donné n'importe quoi pour que son fils guérisse et puisse juste… vivre comme n'importe quel autre enfant. Grimper aux arbres, jouer au Quidditch, faire des parties de Bataille explosive pendant des heures, tout cela sans craindre la fatigue, les chutes ou les rechutes. Chaque accident pouvait lui coûter énormément en énergie et le conduire tout droit à Sainte Mangouste.

En tant que père, c'était déjà un enfer. Alors il n'osait même pas imaginer ce qu'Albus pouvait ressentir. Harry avait juste envie d'oublier, de s'oublier, aussi égoïste cela soit, puisque lui pouvait réellement oublier quand Albus devait vivre avec ça chaque seconde de conscience, chaque seconde de sa vie. L'enfant malade ne pouvait pas oublier sa condition, contrairement à lui.

« Et toi ? » continua Malefoy, le sortant de ses pensées.

Harry le dévisagea, perdu. Il avait perdu le fil de leur conversation.

« Ta vie de couple, de famille… Qu'en est-il de la mère d'Albus ? » le questionna-t-il.

« Une vie de couple ? Je n'en ai plus », lui révéla-t-il sans détour. « Ginny et moi sommes toujours mariés, mais la maladie d'Albus nous a séparés. Elle voit quelqu'un d'autre. Ou plusieurs autres personnes, je n'en sais rien. »

« Et ça t'est égal ? »

Harry haussa les épaules, soupirant longuement.

« Pas vraiment. Disons que ça m'emmerde royalement pour les enfants, parce qu'elle ne s'éloigne pas juste de moi, mais de la famille dans son entièreté. Mais je la comprends, elle a besoin de fuir l'ambiance morose. Je ne lui en veux pas », expliqua-t-il d'une traite.

Malefoy resta silencieux un moment, comme s'il rassemblait ses pensées. Puis un rictus moqueur se dessina sur son visage et, avant qu'Harry puisse le questionner à ce propos, il enchaîna.

« Comme toujours, tu te dévoues pour le plus grand bien, tu fais passer le monde avant toi », commenta Malefoy, un brin sarcastique, mais sans méchanceté.

« C'est vrai », admit Harry. « Et je continuerai à faire passer mon fils avant moi. Mais, en fait, tu sais de quoi j'aurais envie ? »

« Je t'écoute », l'enjoignit Malefoy.

Harry avait parlé sans même réfléchir à ce qu'il allait dire, les mots sortant naturellement. C'était comme si Malefoy n'était pas là, qu'il se parlait à lui-même, à haute voix. Il avait l'intuition qu'il le comprenait, et il était la première personne avec laquelle il se sentait légitime à parler de ses ressentis, alors que le reste du temps, il était centré sur Albus.

« De retrouver ma jeunesse, le temps d'une soirée. De boire des bières, de rigoler avec mes amis. De retrouver l'insouciance qui a suivi la guerre, avant les préoccupations de la paternité et surtout de la maladie. De baiser. Juste de baiser, sentir le désir exploser par tous mes pores, mais aussi hurler mon impuissance actuelle et mon sentiment de puissance conjugués, et ce, pendant des heures », déclara-t-il, impudique.

Il se perdit alors dans son imaginaire, imaginant le corps nu d'une femme courbant l'échine sous ses coups de reins, sentant presque la délicieuse tension grimper en lui, au même instant.

« Qu'est-ce qui t'en empêche ? »

Harry tourna la tête dans sa direction, se rappelant soudainement son existence. Pendant une fraction de seconde, le corps perdit de ses formes, devenant plus anguleux et blanc comme la craie. L'image se superposa à celle de l'homme assis à côté de lui et il s'empressa de la chasser de son esprit. Quelle idée de laisser son esprit s'égarer de manière si indécente, alors que Malefoy se trouvait juste à quelques centimètres de lui…

Harry baissa la tête, confus. Il cligna plusieurs fois des paupières, tentant de recouvrer ses esprits. La vision avait quelque chose de perturbant, n'ayant jamais envisagé l'idée d'avoir des rapports sexuels avec un homme. Mais il craignait surtout que Malefoy eût usé d'un pouvoir de Légimencie sur lui. Il ne savait même pas s'il en était capable, mais cela serait terriblement gênant.

« Heuuu… », hésita Harry en relevant finalement la tête. « Le fait que mon cul soit gelé sur ce banc, juste à côté de toi ? »

Il avait tenté l'humour, sans savoir s'il allait pouvoir se dépêtrer de la situation.

« Moi, je crois que tu ne te l'autorises pas. Et ça se comprend », répliqua Malefoy en éclatant d'un rire sans joie. « Mais si ce n'est que le fait d'avoir le cul gelé qui te pose problème, je peux te proposer quelque chose. »

Il se leva alors d'un bond, jetant sa cigarette consommée au sol, avant de l'écraser d'un coup de talon et de lui tendre sa main dans un geste d'invitation.

« J'ai un salon chaleureux, pas énormément de bières mais d'excellents whiskies et élixirs viticoles. Et, à moi aussi, ça me ferait du bien de me changer les idées », exposa-t-il.

Harry le regarda, interdit. Il réalisa alors que sa propre cigarette s'était éteinte et la jeta à son tour, acceptant la main tendue de son vis-à-vis sans se donner le temps de la réflexion.

La seconde suivante, il se retrouva dans le Manoir Malefoy, quelque peu sonné. Maîtrisant la situation, le propriétaire lâcha sa main, se dirigeant d'emblée vers l'armoire buffet, de laquelle il sortit une bouteille de Whisky pur feu et deux verres en cristal.

« Je t'en sers un ? » lui proposa-t-il.

Toujours perdu, Harry acquiesça au ralenti. Il réalisait difficilement qu'il se trouvait dans le salon de son ancien ennemi, à peine quelques minutes après avoir sympathisé avec lui sur un banc couvert de givre.

Lorsque Malefoy lui mit un verre rempli entre les mains, Harry reprit un peu contenance et osa enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Tu y arrives, toi, à te changer les idées ? Je n'arrive pas à penser à autre chose qu'à Albus, à sa maladie, à son traitement… Il est le centre de ma vie, si pas toute ma vie », avoua-t-il.

Malefoy haussa les épaules.

« C'est compliqué. Mais je pense que Scorpius ne peut être que plus heureux s'il sent que son père trouve son équilibre. Ma vie ne s'est pas arrêtée avec sa maladie, elle s'est retrouvée… fracassée. Mais je trouve du temps pour moi, oui. Quand je suis à bout », raconta-t-il.

« Alors tu invites des anciens ennemis à boire un verre dans ton Manoir », exposa Harry avec humour.

Malefoy lui sourit sincèrement. Harry ne l'avait jamais vu sourire de cette façon, mais il avait la certitude qu'il ne trichait pas. Là se trouvait le véritable Drago Malefoy.

« Des anciens ennemis, non. Le plus souvent, ce sont des hommes que je ne connais pas. Sorciers, moldus, qu'importe. Tant qu'ils me permettent d'oublier un peu, pendant un temps », confessa-t-il.

Harry cligna des yeux, interdit. Il ne s'attendait pas à de telles révélations.

« Alors tu es… », commença-t-il.

« … Gay ? » acheva Malefoy. « Oui. Mon mariage n'était qu'une façade de conventions. Je n'étais pas malheureux pour autant. Astoria était une épouse très agréable à vivre au quotidien. Je trouvais simplement ma satisfaction sexuelle en dehors de notre relation. Et je le fais toujours. »

Il avait formulé sa dernière phrase en ancrant son regard dans celui d'Harry, qui s'empourpra légèrement.

« Je ne suis pas gay », crut-il bon d'ajouter.

Malefoy haussa les épaules.

« Je sais. »

« Mais alors… »

« Pourquoi je t'ai amené ici ? » acheva-t-il de nouveau pour lui.

Harry acquiesça. Il n'aurait pas osé le formuler lui-même, par crainte que Malefoy ne se moque de lui pour y avoir songé.

« Je ne sais pas. Peut-être parce que j'ai pensé pendant une seconde que tu pourrais être tenté. Je me suis trompé, apparemment », expliqua-t-il, affichant sa déception.

Harry repensa à l'image qui avait furtivement traversé son esprit un peu plus tôt, alors qu'ils étaient assis sur le banc de l'hôpital.

« Je ne crois pas », lâcha-t-il.

Malefoy le fixa. Harry se rendit compte que sa constatation n'était pas aussi claire qu'il l'aurait voulu. De toute façon, il en avait trop dit pour ne pas en exprimer davantage. Il se racla la gorge.

« Non, tu ne t'es pas trompé. C'est juste que… je n'ai jamais couché avec un homme. Je n'ai même jamais envisagé de coucher avec quelqu'un d'autre que Ginny, pour être honnête. »

Il ne savait pas pourquoi il avouait tout cela à Malefoy, comme s'ils étaient des amis. Il se sentait en confiance, tout simplement. Sa bouche parlait tout de même beaucoup plus vite qu'il ne l'aurait fallu.

Le mercredi 25 décembre 2013.

Au service oncopédiatrique de Sainte Mangouste, Noël se fêtait dans la cantine. Si Albus était une fois de plus hospitalisé, il était, cette année, suffisamment en forme pour y participer.

Le repas consistait en une entrée de la mer – verrines de saumon pour les adultes et bâtonnets de poisson pour les enfants -, une volaille à la sauce caramel et ses noix de cajou en guise de plat principal et une bûche glacée pour le dessert. L'ensemble des plats étaient financés par l'association Un Noël à l'hôpital, qui fonctionnait grâce à des dons durant l'année et grâce à des bénévoles qui œuvraient à la préparation et au service le jour J.

Malefoy était présent, placé à l'autre bout de la salle en compagnie de Narcissa. Harry ne pouvait pourtant pas s'empêcher de jeter des coups d'œil fréquents dans sa direction. Enfin, c'était plus que des coups d'œil qu'il jetait. Une partie de lui se serait jetée tout entière dans sa direction s'il n'avait pas eu si honte de son comportement, un an auparavant.

Harry était bien resté au Manoir. Il avait pris place dans le fauteuil, bu son premier verre de Whisky, en avait accepté un second puis, alors que Malefoy s'était montré plus entreprenant, lui caressant la cuisse, Harry s'était raidi. Il n'avait pas réagi dans l'immédiat, mais, lorsque le visage de son ancien ennemi s'était rapproché du sien, il s'était levé d'un bond, renversant son verre au passage, dispersant le liquide ambré sur son pantalon et sur le tapis persan. Puis il avait fui, tout simplement.

Il avait pris peur. Il avait pris peur parce qu'il avait réalisé que le toucher de Malefoy ne l'avait seulement raidi par gêne, mais également par excitation. Son membre érectile s'était manifesté et c'était finalement cela qui l'avait le plus déstabilisé. Avoir envie de s'envoyer en l'air était une chose. Désirer un homme en était une autre, qu'il n'avait pas pu assumer sur le moment.

Aujourd'hui, il regrettait sa réaction.

Il observait Malefoy, occupé à discuter avec son fils, formant une petite famille à eux trois. Lui ne semblait pas attristé ou déçu de ne pas avoir concrétisé. Après tout, un an était passé. Puis, Harry n'allait pas se mentir : il avait sans doute d'autres sujets d'inquiétude, tels que son propre fils et sa santé. Et il devait facilement pouvoir trouver d'autres hommes avec lesquels avoir des rapports sexuels. Harry Potter n'avait jamais été qu'un autre individu de son âge pour Drago Malefoy. Et c'était peut-être cela qui attirait autant Harry.

Il avait de l'élégance, cela était certain. Même avec ce pull en cachemire vert qui dénotait par rapport à ses habituels costumes, Harry le trouvait chic. Il y avait plus que probablement mis le prix, mais là n'était pas la question. Le vêtement, parfaitement ajusté sur sa chemise noire, le mettait tout simplement en valeur. Ses sourires attendris, lancés à son fils, ne gâchaient en rien l'image de l'homme idéal qu'il renvoyait.

Malefoy releva la tête à ce moment-là et leurs regards s'accrochèrent. Le coin de ses lèvres s'étira légèrement alors qu'il le saluait d'un hochement de tête. Pas d'animosité, pas de moqueries. Harry en resta coi, se perdant dans le regard métallique durant les quelques secondes que durèrent leur contact visuel.

« C'est lui, l'amoureux de maman ? » le fit sursauter Albus en tirant sur la manche de son pull.

Momentanément désemparé, le regard d'Harry parcourut la salle sans savoir où s'arrêter, avant de tomber sur la chaise vide à côté de son fils. Ses anciens sens d'Aurors à l'affût, il nota également l'absence de James et Lily, qui s'amusaient avec d'autres enfants dans l'espace de jeux, avant de revenir sur Albus et de suivre son regard.

Partiellement dissimulés par la porte battante qui s'ouvrait et se refermait sur le passage du personnel médical et d'enfants rapidement ramenés dans la salle de réception, Ginny et Zabini riaient, se dévoraient mutuellement des yeux, ne laissant aucun doute sur leur attraction mutuelle. Même sans cela, leur pose était si expressive qu'elle suffisait pour exprimer ladite attraction.

Harry soupira. Il n'avait pas envie de mentir à son fils. Au diable la demande de Ginny, au diable cet accord selon lequel ils ne devaient pas parler de l'état de leur couple aux enfants. De toute façon, Albus semblait déjà bien informé et avoir digéré l'idée que sa mère avait un autre homme que son père dans sa vie.

« Oui, c'est l'amoureux de ta maman », lui confirma-t-il. « Mais ça ne signifie pas que… »

« Je sais », l'interrompit Albus. « Toi et maman, vous m'aimez. Et vous aimez James et Lily aussi. »

Harry ouvrit les yeux comme des soucoupes, avant d'acquiescer.

« Pourquoi vous le dites pas ? On est grands », l'interrogea très justement son cadet.

Harry le regarda avec un sourire triste. Albus était bien plus mature que Ginny ne voulait bien l'admettre. Il l'était même bien plus qu'Harry l'imaginait, alors qu'il avait la sensation de faire au mieux avec lui.

« Ça, ce sont des affaires d'adultes. C'est entre ta maman et moi. On vous le dira quand on pensera que c'est le bon moment », lui expliqua Harry. « Tu sais, parfois, c'est compliqué de prendre une décision. »

Albus hocha la tête, ouvertement compréhensif.

« D'accord. Mais tu sais que je t'aime même si tu me le dis pas ? Puis je veux que tu sois heureux aussi. Comme maman quand elle regarde le Md. Zabini », lui affirma-t-il naturellement.

Les pupilles d'Harry glissèrent instinctivement vers la table des Malefoy, remarquant qu'elle était à présent seulement occupée par la matrone. Il ne prit cependant pas la peine de le chercher des yeux. Pour l'instant, il était avec son fils, et c'était là ce qui lui importait le plus.

« Promis, mon grand », lui assura-t-il en lui souriant avec sincérité. « Tu veux encore un morceau de bûche ? »

« Oh oui ! » s'écria Albus, le vert de ses yeux scintillant d'enthousiasme.

« Tu me prends un morceau avec du chocolat ? » lui demanda Albus alors qu'il se levait.

« Bien sûr, mon ange », lui répondit-il avec douceur. « Tout ce que tu voudras. »

Harry n'était pas certain que ce fût la meilleure façon de penser, mais lorsque ce regard vert, si semblable au sien, s'illuminait de cette façon, il trouvait là son bonheur et sa satisfaction. Son fils était la chair de sa chair. Il passait avant tout, et surtout avant lui-même.

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Le jeudi 25 décembre 2014.

Lorsqu'Harry ouvrit les yeux ce matin-là, il sut de suite où il se trouvait. La bonne odeur de biscuits à la cannelle et aux amandes emplissait la maison. Il se trouvait au Terrier et, évidemment, Molly s'était levée à l'aurore pour gâter de sucreries sa tribu.

Harry se dégagea de la couette en prenant garde de ne pas réveiller la personne qui dormait encore, sans pour autant regarder par-dessus son épaule. Les fêtes de famille étaient les seuls moments dans l'année où il partageait encore un lit avec Ginny, dans l'illusion d'un couple uni.

Il soupira en songeant que cela faisait déjà trois ans qu'ils jouaient la comédie pour leurs enfants et pour la famille élargie. Trois ans, c'était long. Et, parfois, Harry se demandait pour quelle raison ils continuaient ainsi. À quoi cela leur servait-il ? Puis il se rappelait que, dans le fond, ça lui était égal. Sa seule préoccupation était de voir des sourires sur les visages de ses enfants.

Attrapant le pull-over tricoté par la matriarche Weasley, il y fit passer tête et bras avant de descendre les deux étages qui le séparaient du rez-de-chaussée et de la délicieuse odeur de biscuits.

« Harry, mon chéri ! » s'exclama Molly en le voyant entrer dans la cuisine. « Tiens, prends un lutin de la première fournée et dis-moi comme tu les trouves. Tu veux un thé en accompagnement ? Un café ? »

« Un café, s'il te plaît », lui répondit-il en l'embrassant sur la joue, avant de s'asseoir autour de l'immense table, un grand sourire accroché aux lèvres.

Elle avait le don de le mettre de bonne humeur. Si ce n'était pas pour Ginny, il avait au moins ce grand plaisir d'avoir Molly pour belle-mère.

Tandis qu'il dégustait son lutin à la cannelle, Hermione apparut dans l'encadrement de la porte, le visage et les cheveux chiffonnés par le sommeil, rapidement suivie par George, qui la dépassait d'au moins deux têtes. Si Harry fronça les sourcils, songeant pour la première fois aux révélations de son fils concernant une possible relation entre eux, Molly ne sembla pas s'étonner de leur apparition simultanée.

Hermione dut sentir le regard insistant d'Harry sur elle, puisqu'elle tourna la tête dans sa direction, avant de rougir jusqu'à la racine de ses cheveux. Harry lui renvoya un sourire moqueur, amusé par sa gêne. Un clin d'œil la mit encore plus mal à l'aise et elle se déroba de sa vue. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Albus avait vu juste : il y avait quelque chose entre oncle George et tante Hermione.

Décidément, son entourage avait tendance à trouver sa moitié à l'hôpital. Entre George qui collaborait avec le service où Hermione exerçait comme oncomage, Ginny qui y avait rencontré Zabini avec lequel cela semblait durer, et puis… lui, Harry, y avait retrouvé Malefoy. Il avait eu l'occasion de le croiser quelques fois durant l'année, fumant sur un banc. Parlant de leurs fils, mais ne mentionnant jamais l'épisode au Manoir. Ils étaient simplement présents dans une écoute compréhensive. Seuls des parents d'enfants malades pouvaient comprendre ce qu'ils traversaient.

Peu à peu, la maison s'éveilla alors qu'Harry était perdu dans ses pensées. Bientôt, il ne manqua plus qu'Albus. Si personne ne sembla s'en rendre compte, les discussions s'animant autour de la perceptive de déballer les cadeaux, l'inquiétude grimpait du côté d'Harry. Il échangea un regard avec Hermione, qui se mordit la lèvre inférieure, puis il croisa les pupilles de Molly, qui venait de compter le nombre de personnes présentes, constatant du même coup l'absence du cadet. D'un mouvement de tête, Harry lui signala qu'il montait le chercher.

Ce n'était pas tant le fait qu'Albus dorme plus longtemps qui lui causait du souci. C'était plutôt le fait que ce n'était pas dans ses habitudes : il était régulièrement dans les premiers levés, au point qu'il regardait souvent Harry préparer le petit-déjeuner pour la maisonnée. Même si cela se faisait dans le silence, Harry appréciait sa présence. De ce fait, son absence se faisait grandement sentir. Et de manière inquiétante.

Ayant monté quatre à quatre les marches qui menaient à la chambre que partageaient ses deux fils. Il ouvrit la porte, trouvant rapidement Albus : il était dans son lit, roulé en boule.

« Hé, mon grand, tout le monde t'attend pour déballer les cadeaux », lui apprit Harry, une pointe de soulagement dans la voix.

Mais plus il approchait, plus il se rendait compte que le corps caché sous les couvertures était secoué de sanglots. Arrivant près du lit, Harry s'y assit, se penchant vers le visage trempé de larmes. Instinctivement, il porta la main à la chevelure brune, la caressant avec tendresse, dans une volonté de réconfort.

« Qu'est-ce que tu as, mon grand ? » fit Harry dans un chuchotement pour ne pas le brusquer.

Les sanglots redoublèrent sans qu'Harry ait obtenu de réponse. Délicatement, prenant garde à ne pas faire pression contre son corps fragilisé, il se glissa dans le lit à ses côtés, pour pouvoir lui parler au plus près.

« Je ne sais pas à quel point c'est dur pour toi », commença-t-il, comprenant que c'était la maladie qui le mettait dans un tel état, se sentant coupable de ne pas l'avoir rejoint plus rapidement. « Mais je suis là, je ne te laisse pas tout seul avec ça. »

« Je…je veux pas… retourner… à l'hôpital… », geignit Albus, combattant les larmes pour s'exprimer. « Je veux… rester… à la maison… avec toi. »

Les mots ainsi exprimés furent comme un coup de poignard pour Harry. Les larmes lui montèrent aux yeux, et sa gorge se serra. Pourquoi son bébé ? Pourquoi devait-il souffrir autant ?

« Mon cœur… il faut que tu prennes ton traitement. Il faut… »

« Je veux plus », insista Albus en reniflant bruyamment. « Je veux plus. Je veux être à la maison. »

Harry ferma les yeux une seconde. Son esprit bataillait entre l'idée qu'il fallait apporter des soins à son fils et l'idée qu'Albus avait le droit de choisir pour sa dignité.

« Est-ce que je peux quand même demander à tante Hermione qu'elle t'examine ? »

« Je veux pas aller à l'hôpital. Tu lui dis ça. »

« D'accord », abdiqua Harry en l'embrassant délicatement sur la tempe. « Je vais la chercher. »

Il refit le chemin en sens inverse sans se rendre compte qu'il était déjà en bas, dévisagé par l'assemblée. Son départ avait été remarqué. Ginny s'était redressée d'un seul coup, sans qu'Harry lui accorde la moindre attention. Il alla droit au but, vrillant son regard dans celui d'Hermione.

« J'aimerais ton avis de médicomage », lui lança-t-il, glaçant l'atmosphère.

Sans un mot, Hermione acquiesça, le suivant dans les étages.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » lui demanda-t-elle lorsque leurs paroles furent hors de portée des oreilles indiscrètes.

« Je ne sais pas trop. Il… m'inquiète, surtout. Je ne sais pas s'il y a quelque chose de différent. Il m'a juste dit qu'il ne voulait pas retourner à l'hôpital. »

« O.K., je vais voir avec lui », dit-elle en s'arrêtant devant la porte de la chambre. « Reste là. »

Harry hocha la tête, tandis qu'elle pénétrait dans la pièce, refermant la porte derrière elle. Il avait une entière confiance en sa meilleure amie. Il avait juste tellement peur… Il avait beau avoir affronté et détruit le Seigneur des Ténèbres alors qu'il était à peine majeur, la leucémie semblait être la pire des magies noires.

Ginny le rejoignit alors, s'apprêtant à appuyer sur la poignée.

« Attends. Hermione l'ausculte », l'interrompit-il.

Elle lui lança un regard noir.

« Je suis sa mère ! » s'offusqua-t-elle.

« Et alors ? Il a aussi droit à son intimité. Déjà qu'il est toujours lavé par ses parents alors qu'il a huit ans, qu'il est passé entre les mains d'une ribambelle de médicomages et de soigneurs, tu peux au moins lui permettre de ne pas avoir un attroupement quand il est mis à nu », l'incendia-t-il d'une voix étrangement basse, qui le rendait effrayant.

« Je ne suis pas n'importe qui ! »

Harry soupira.

« Tu m'agaces, Ginny. Cesse deux minutes avec ton confort à la noix et tes pseudo-droits parentaux. C'est un enfant, pas un objet. »

« Un enfant malade. »

« Qu'est-ce que ça change ? » s'impatienta-t-il.

Ginny darda ses prunelles enflammées dans les siennes, ternies par des années d'abnégation, au point d'oublier qu'il était lui-même un homme fait de joie et de désirs.

« Il faut que tu arrêtes de vivre à travers ton fils », le réprimanda-t-elle, sans même prendre la peine de répondre à sa question.

« Et toi que tu arrêtes d'être aussi égoïste », répliqua-t-il, piqué au vif.

« Je t'emmerde, Harry ! » s'écria-t-elle.

Harry lui tourna le dos, ouvertement exaspéré. Il avait conscience que son comportement était digne d'un enfant de cinq ans, mais ça lui était égal.

Alors que Ginny ouvrait la bouche pour l'attaquer à nouveau, la porte s'ouvrit et ils oublièrent complètement l'objet de leur querelle.

« Alors ? » firent-ils en même temps.

Hermione afficha une mine contrite.

« Il n'a pas dormi de la nuit à cause des douleurs. Je vais lui donner un calmant pour qu'il puisse se reposer pendant la journée. Je contacterai son médicomage de référence dès demain », leur expliqua-t-elle. « Pour qu'il connaisse le contenu de la potion que je vais lui donner et qu'il l'ajoute à son dossier. »

« Et… pour le fait qu'il ne veut pas retourner à l'hôpital ? » voulut savoir Harry, sur le qui-vive.

« C'est possible. Difficilement, mais ce sera possible. Je voulais vous parler de ça, justement. On va se poser quelque part ? » leur proposa-t-elle.

Ils s'installèrent dans une des autres chambres sur le palier et, pendant la demi-heure qui suivit, Hermione leur précisa l'état de santé d'Albus.

Sa pâleur, même si elle n'était plus un signe exceptionnel de sa maladie, était tout de même révélatrice d'une diminution de l'efficacité de son système immunitaire, diminution également confirmée par la présence d'ecchymoses sur plusieurs endroits. Il faudrait lui faire passer un examen plus approfondi mais, au vu des douleurs décrites, Hermione suspectait une atteinte des os.

« Tout cela, ajouté à sa perte de poids et ses toux de plus en plus fréquentes, ce n'est pas bon signe. Je pense qu'il faut lui poser une sonde gastrique… et envisager la greffe de cellules souches », leur asséna-t-elle. « Pour le reste, il faudra voir avec son médicomage de référence s'il accepte de lui prodiguer des soins à domicile, mais il faudra au moins qu'il soit hospitalisé le temps de la greffe, si on parvient à lui trouver un donneur. »

« Je ferai les tests pour savoir si je suis compatible », répondit immédiatement Harry, sous le faible sourire d'Hermione. Il savait que c'était rarement aussi facile et qu'Hermione ne manquerait pas de le lui rappeler, mais il n'avait pas pu s'en empêcher.

« Il est hors de question que mon fils reste à la maison si sa santé se dégrade », s'opposa Ginny alors, qui se leva d'un bond. « J'appelle le service oncopédiatrique. Tout de suite. »

Harry se leva à son tour, s'interposant entre Ginny et la porte. Il en avait marre d'elle, de son comportement. Il sentait ses nerfs se crisper sous l'effet de la colère.

« Oh ta gueule, maintenant, vraiment. Si tu crois que c'est facile pour moi comme décision, tu te trompes. Mais si c'est ce qu'Albus veut, il l'aura », dit-il, avant d'hésiter pendant un dixième de seconde. Il risquait de regretter les paroles qui allaient suivre. « Ce n'est pas une mégère comme toi qui se mettra en travers de son chemin. »

Ginny fit un pas en arrière, choquée. Il n'y eut que la main d'Hermione sur l'épaule d'Harry pour le faire revenir à la réalité et le calmer. Dans un coin de la pièce, des flammes s'éteignirent aussi subitement que le meuble, à présent en cendres, qui avait pris feu.

« Je vais vous apporter le formulaire de consentement parental le plus rapidement possible. Vous prendrez une décision éclairée, chacun de votre côté. Mais… si vous ne vous mettez pas d'accord, c'est le médicomage de référence qui prendra la décision qu'il jugera la plus…. efficiente. »

Quelques instants plus tard, Harry se retrouva seul dans la chambre. Il se laissa glisser le long d'un mur, avant de se prendre le visage dans les mains et de s'effondrer. Il sentait qu'il allait devoir être fort pour les mois à venir. C'était le moment ou jamais pour créer une soupape et évacuer la tension.

.

Le vendredi 25 décembre 2015.

Harry aurait pu passer ce Noël chez lui, à défaut de pouvoir déplacer Albus jusqu'au Terrier vu la dégradation de sa santé. Mais ça, ça aurait été sans compter l'obstination de sa mère.

Évidemment, Ginny avait refusé de signer le formulaire de consentement. L'oncomédicomage de référence avait ainsi tranché : Albus serait admis à l'hôpital et y resterait le temps de sa chimiothérapie. Il avait recommencé à perdre ses cheveux, ses cils, ses poils. Il vomissait et avait la diarrhée plusieurs fois par jour.

Malgré la chimiothérapie, une boule s'était formée au niveau de son dos, l'empêchant de dormir confortablement. Il était inscrit sur la liste des patients en attente de greffe. Harry n'était pas compatible, et aucun des Weasley ne l'était. Le comble pour une si grande famille… De toute façon, Albus n'aurait pas supporté la greffe de cellules souches. Il était trop faible pour cela.

De plus en plus régulièrement, son regard se voilait, il paraissait absent, comme dans un autre monde. Et quand il était présent, il semblait triste et impuissant. Il n'en pouvait plus. Plusieurs fois, il avait supplié son père : il voulait mourir. Il ne voulait plus supporter ça.

Le médicomage lui avait donné un an tout au plus. Et Albus avait été transféré dans le service des soins palliatifs.

Harry avait signé le consentement pour une euthanasie, faisant fi de sa propre douleur si elle était accordée. Chez les sorciers, les démarches étaient plus aisées que chez les moldus… Bien sûr, Ginny ne l'avait pas fait, rendant nulle la demande. Rendant inutile l'attestation de trois médicomages. Rendant improbable le désir le plus cher d'Albus.

Harry avait envie de casser des murs à coups de poing. James ayant fait son entrée à Poudlard, réparti chez les Gryffondor, Lily se rendant à l'école des GrandsBalais, Ginny de plus en plus absente de cette autre relation qui durait et Albus hospitalisé, le père de famille passait son temps à taper sur un sac de frappes. Il terminait généralement en sueurs, parfois les jointures en sang, mais c'était son seul moyen pour trouver le sommeil sans recourir aux potions. Du moins, quand il ne faisait pas de cauchemars.

Ses cauchemars impliquaient toujours les supplications imaginaires d'Albus. Imaginaires, puisqu'il ne se plaignait jamais. Parfois, les cauchemars menaient à une mort brutale, non choisie, n'ayant pas obtenu la mort assistée qu'il souhaitait.

Harry se sentait bien seul depuis l'admission d'Albus en service de soins palliatifs. Il avait l'impression d'avoir déjà perdu son petit garçon. Drogué en permanence pour pallier la douleur, il dormait la plupart du temps. Adieu les parties de jeu où Albus affichait un air fier et victorieux. Adieu sa force, son courage quand la maladie ne l'avait pas encore atteint. Adieu la préparation des petits-déjeuners dans le silence partagé de la cuisine.

Assis sur un tabouret au bord du lit, Harry vit les yeux d'Albus papillonner, prouvant que la potion de morphine ne faisait plus effet.

« Hé, mon grand. Je vais rappeler un soigneur pour te rapporter une potion », lui promit-il d'une voix douce.

« Papa ? » croassa Albus.

Harry, qui s'était levé pour utiliser le tableau, s'interrompit dans son mouvement.

« Oui ? »

« On est quel jour ? »

Harry baissa sa baguette.

« C'est Noël », murmura-t-il comme si cela pouvait atténuer la douleur.

C'était supposé être la fête où les familles se réunissent pour célébrer l'amour, le bonheur d'être ensemble. Mais ce n'était rien de tout cela. Harry avait connu ça, par le passé. Il ne s'en souvenait même plus. Chaque Noël avait l'odeur du désinfectant et le goût amer de la mort, à présent.

« Tu sais de quoi j'ai envie ? » lui dit Albus dans un mince filet de voix.

« Dis-moi », fit Harry en revenant s'asseoir.

« Tu te rappelles le fromage avec la peau rouge ? Tante Hermi disait toujours que c'était pas du vrai fromage, alors elle faisait une tête bizarre. »

Harry rit doucement. Il s'en souvenait. Une fois, les parents d'Hermione avaient apporté du Babybel aux enfants. Albus avait adoré, Hermione avait râlé en disant que rien n'était naturel, que c'était une fabrication chimique et que rien n'était bon là-dedans.

Il perdit son sourire en se rappelant qu'Albus aurait dû se souvenir qu'il lui en avait apporté à chaque visite pendant quatre ans.

« Tu en veux ? »

Albus acquiesça, ayant déjà trop parlé.

« Tu tiendras jusqu'à ce que je revienne avec ? »

« Non. Pour après », souffla-t-il d'une voix faible.

Harry acquiesça, avant d'appeler un soigneur. Il attendit qu'Albus se rendorme sous les effets de la morphine, avant de se lever pour aller dans un supermarché moldu.

Avec la sonde gastrique, Albus n'était plus supposé se nourrir par la bouche. Si Ginny l'apprenait, elle allait partir dans une colère noire. Mais Harry s'en fichait totalement.

OoOoO

Après avoir été cherché les disques de fromage souhaités, Harry s'était installé sur un banc près de l'entrée de Sainte Mangouste. Il en était à sa troisième cigarette, et il se rendait compte que le tabac n'avait plus l'effet relaxant tant recherché. Il en avait sans doute usé et abusé au fil des années.

Au bout d'un temps, quelqu'un vint le rejoindre sur le banc, le faisant légèrement sursauter au passage.

« Tu fais subir un sacré sort à tes poumons, Potter », commenta le nouveau venu.

Évidemment, il ne s'agissait de nul autre que Malefoy. Harry lui répondit sans état d'âme, insensible à tout ce qui ne concernait pas le sort de ses enfants.

« Mes poumons s'en battent les boules de Merlin de leur sort quand mon fils est en train de crever », rétorqua Harry sur un ton sec.

Le silence se fit. L'ambiance était froide, mais c'était peut-être dû aux températures hivernales et à la présence de neige.

« À ce point ? » releva alors Malefoy, d'une voix basse.

« Soins palliatifs. Depuis trois mois. »

« Merde. Merde. Merde », répondit Malefoy, à la grande surprise d'Harry.

Il le regarda sortir à son tour une cigarette, tirant plusieurs fois dessus avant d'éclaircir ses propos.

« Ton fils est le seul ami de Scorpius. Il se bat depuis si longtemps… depuis octobre 2008, pour être précis. Il a souvent voulu baisser les bras, disant qu'il allait de toute façon mourir, comme sa mère », conta Malefoy. « Puis Albus a été hospitalisé. Il a repris espoir. Il me parlait souvent de lui. Il était content d'avoir un copain « comme lui », qui le comprenait, qui vivait la même chose que lui. Par les quatre fondateurs, Potter. Désolé de te dire ça, mais s'il arrive quelque chose à ton fils, c'est surtout pour le mien que je m'inquiète. »

Harry acquiesça, jetant sa cigarette consumée à ses pieds. Touchant la neige fondue sous les traces de pas, elle s'éteignit instantanément, noyée dans l'eau.

« Je comprends, t'en fais pas. Dans la situation inverse, j'aurais pensé la même chose. Mon fils avant tout. Même si ma femme ne cesse de me le reprocher », répondit Harry d'une voix amère.

« T'as fait tout ce qui était en ton pouvoir pour apporter le soutien nécessaire à ton fils », lui affirma Malefoy.

Harry le dévisagea. Malefoy ne semblait pas vouloir le rassurer : il pensait ce qu'il disait.

« T'en connais beaucoup qui arrêtent leur job de leur rêve pour consacrer leur vie à leur enfant malade ? J'ai gâché ma vie », s'énerva Harry, sans raison valable.

La colère, trop longtemps contenue, montait à présent qu'il s'exprimait.

« T'en connais beaucoup qui convertissent le job de leurs rêves pour chercher un remède à la maladie de leur enfant ? Sept ans que je cherche, sans relâche, sans y croire, juste pour me donner bonne conscience. Et je n'trouve rien, purin de merde de Troll couvert d'étron ! » s'exclama Malefoy sous les yeux écarquillés d'Harry, étonné par sa vulgarité. « Ouais, moi aussi je voue ma vie à mon fils, Potter. Et moi aussi, je suis épuisé. Mais c'est la vie. C'est la mort. On n'y peut rien. »

À son tour, il balança son mégot et disparut à l'intérieur du bâtiment hospitalier sans plus ajouter un mot.

La conversation avec Malefoy, bien que brève, avait chamboulé Harry. Lui aussi était torturé par les mêmes peurs, et il avait tendance à oublier qu'il n'était pas le seul dans cette situation, même s'ils s'étaient régulièrement retrouvés à discuter le temps d'une cigarette. Harry était tellement centré sur son fils qu'il en avait réussi à oublier l'aventure à laquelle il avait fui, quelques années auparavant.

Qu'avait-il fait de sa vie depuis ? Rien, sinon s'occuper de son fils. Il ne sortait plus, n'avait même pas cherché à fréquenter d'autres femmes. Il avait bien commencé la boxe, mais il avait simplement acheté un sac de frappes, installé dans la cave. Il était seul, toujours seul.

En cet instant, il avait la sensation que Malefoy avait tenté de lui tendre la main, puisqu'ils vivaient la même chose. Mais, même cette main, Harry ne l'avait pas vue. Ou il l'avait vue trop tard.

De toute façon, vu le temps qu'il restait à Albus, il n'était plus à ça près. Il se délivrerait en même temps que son cadet. Cette idée lui serra le cœur.

Plus tard dans la journée, Harry remonta dans l'établissement, transi par le froid. Il s'assit, patientant jusqu'au réveil d'Albus. Alors, il lui sourit avec tendresse et lui présenta le sac de Babybel, observant les yeux de l'enfant briller comme des guirlandes de Noël.

Harry fit un trou dans le filet, puis en sortit un disque de fromage tout en lui racontant des histoires de ses Noëls à Poudlard, puis au Terrier avant la Grande Guerre des sorciers. Albus l'écoutait attentivement, mâchant tranquillement le morceau de fromage promis.

À la fin, Albus lui tendit la cire rouge. Mu par un élan, Harry prit un demi-disque pour le mettre sur le nez d'Albus, puis en fit de même avec la seconde moitié sur son propre nez. Touchant la pâte du bout des doigts en louchant, puis en dévisageant son père, Albus partit dans un rire étouffé qui fit éclater de rire Harry, le bruit se répercutant contre les quatre murs de la chambre.

C'était de cette façon qu'il voulait se rappeler son fils. Il voulait garder en mémoire leur complicité et tous ces moments de tendresse partagés.

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Le dimanche 25 décembre 2016.

Albus avait perdu la vie le 26 septembre de la même année.

Sans grande surprise, l'année 2016 avait été marquée par une dégradation progressive dans son état de santé. À plusieurs reprises, Harry avait tenté de faire comprendre à sa femme que c'était la fin, qu'il ne servait plus à rien de se battre contre l'idée. Rien n'y avait fait, elle n'avait jamais accepté de signer le formulaire donnant droit à l'euthanasie.

Dire qu'il avait passé plus de la moitié de sa vie à souffrir. Sauf, peut-être, la dernière année, mais on ne pouvait pas dire que c'était une vie quand on la passait à dormir.

Étrangement, la libération d'Albus avait davantage signifié la libération de Ginny, et non celle d'Harry. Moins d'un mois après le décès, elle avait demandé le divorce, avait emménagé avec son amant qui était toujours Zabini. James et Lily étaient en garde partagée.

Lily. Pauvre petit cœur de neuf ans dont le destin venait brutalement de se briser. Si James avait plutôt bien encaissé la situation, Lily avait eu plus de difficultés. Elle avait toujours connu Albus malade, elle le croyait invincible. Son grand frère, c'était son super héros. Et il avait été vaincu par la leucémie. Et, dans la foulée, ses parents avaient divorcé.

Là où James avait hurlé, pleuré, avant de se calmer et d'accepter la situation, gérant du mieux qu'il le pouvait du haut de ses treize ans, Lily n'avait pas manifesté la moindre émotion, se refermant complètement sur elle-même. Et c'était cela qui inquiétait Harry.

Pour lui, elle déprimait. Tout le monde lui disait qu'elle faisait son deuil, mais il ne trouvait pas son comportement typique d'un deuil : si elle était en deuil, elle aurait au moins passé l'étape de la colère. Ou même du déni ! Cela faisait trois mois qu'elle était apathique, qu'elle regardait dans le vide sans répondre lorsque quelqu'un lui parlait. Elle ne l'entendait plus, mais agissait comme si elle savait.

L'exemple le plus flagrant pour Harry, c'était au réveil. Chaque matin, elle descendait dans la cuisine pendant qu'Harry préparait le petit-déjeuner, et s'asseyait sur la chaise qu'Albus avait toujours occupée.

Il en avait parlé avec Hermione. Elle avait confirmé les propos des autres, mais elle avait également confirmé ses doutes, lui conseillant d'aller voir un pédopsychomage avec Lily. Quand le spécialiste les avait appelés pour entrer dans son cabinet, Lily avait commencé à hurler tel un démon en s'accrochant au pied de la table de la salle d'attente. Honteux et désarmé, Harry était rentré chez lui, promettant à sa fille qu'ils n'y retourneraient plus jamais. À lui-même, il s'était promis qu'il trouverait une solution, malgré tout. Parce que si Lily avait hurlé au moment d'entrer dans le cabinet, depuis lors, elle était restée aussi apathique qu'au lendemain de l'enterrement.

Ce jour-là, ils longeaient la rue principale qui menait à Sainte-Mangouste. Dans le plus grand des silences, Harry songea qu'il n'avait pas vu sa petite fille grandir. Il la voyait encore, âgée d'à peine deux ans, grimpant sur le lit d'hôpital d'Albus. Ensuite, il avait des lacunes de mémoire, la voyant à des moments précis, son évolution prenant la forme d'un diaporama de photographies dans l'ombre de son frère malade, auquel Harry avait accordé toute son attention.

Pourquoi s'y rendre ce jour-là précisément ? Harry ne savait pas vraiment. Il avait simplement l'intuition que c'était le moment ou jamais.

Il avait pris une décision, sans réellement savoir si cela fonctionnerait. Ni même si Malefoy accepterait.

Dépassant la zone de transplanage, Harry se rendit compte qu'il ne savait pas où chercher. Le banc auquel il avait pensé, c'était celui où il avait l'habitude de fumer. Toutes les fois où il y avait rencontré Malefoy, c'était parce que lui s'y trouvait déjà. Il l'imaginait mal fumer sur le balcon du service et se mêler aux autres parents. Il ne savait même pas si Scorpius était hospitalisé en ce moment.

Suivant ce que son intuition lui dictait, Harry contourna le bâtiment. Si Malefoy était dans le coin, il ne pouvait être qu'à deux endroits : soit dans la chambre de son fils, soit à l'extérieur, à l'abri des regards.

Cela n'y manqua pas : à la façade est, sur le banc le plus éloigné de l'entrée, une forme humaine et longiligne se dessinait. Au plus Harry et Lily se rapprochaient, au plus la forme devenait précise. Il s'agissait bien de Malefoy, les pupilles perdues au loin tandis qu'il tirait sur sa cigarette. Face à ce constat, l'estomac d'Harry se tordit. Cela faisait trois mois qu'il ne l'avait pas revu.

Il se dégageait quelque chose de cet homme. Entre tourments et forces, entre attractivité et rejet. Harry était partagé entre l'envie d'accélérer le pas vers celui qu'il identifiait comme le sauveur de sa situation et celui qui lui rappelait sa condition de père esseulé. Tout le ramenait à Albus, y compris la seule personne qui avait tenté de lui offrir une échappatoire, le temps d'une nuit.

Alors qu'ils approchaient, certainement trahis par le crissement de leurs pas dans la neige, Malefoy tourna son visage dans leur direction. Ses pupilles se murent d'abord en direction d'Harry, puis en direction de l'enfant et, enfin, sur sa cigarette, partiellement consumée. Il la jeta dans la seconde, patientant jusqu'à l'arrivée des invités surprises.

« Malefoy », le salua Harry.

« Potter. »

« J'ai besoin de toi », lança le premier sans tergiverser.

Le regard de Malefoy passa de nouveau de l'un à l'autre.

« Je t'écoute. »

Harry prit une grande inspiration. C'était son ultime recours. Il misait tellement dans cette idée.

« J'aimerais rendre visite à Scorpius. Ou, plutôt, que Lily lui rende visite », requerra-t-il.

« Qu'est-ce que tu as en tête ? » se méfia Malefoy.

Quand Harry avait proposé à Lily d'aller voir le copain d'Albus, elle n'avait pas hurlé à grands cris. Elle avait simplement hoché la tête, rassurant Harry sur la probabilité d'une issue positive par cette rencontre.

Mais il ne savait pas comment elle allait réagir si elle entendait la suite.

« Je ne reconnais pas ma fille depuis… depuis quelques mois », commença Harry, espérant que Malefoy comprenne le sous-entendu. « Comme nos fils étaient amis, je… Tu es mon dernier recours, Malefoy. Je ferais n'importe quoi pour mes enfants. »

Leurs regards se croisèrent. L'argument avait fait mouche. Sur ce point, ils se comprenaient.

« Venez », répondit simplement le Serpentard, ouvrant la marche.

Harry et Lily le suivirent jusqu'à l'entrée du bâtiment, puis passèrent devant le guichet d'accueil. Ce fut à ce moment-là qu'Harry prit conscience qu'il revenait pour la première fois depuis la disparition d'Albus. Il cessa de respirer alors qu'ils s'arrêtaient tous les trois devant l'ascenseur.

Puis il déglutit en entendant le bruit caractéristique de l'appareil qui arrive et il eut la sensation de s'étouffer dans sa propre salive tant sa gorge était nouée. Il ne se sentait pas prêt pour ça. Une forte poigne se referma sur son épaule, tandis qu'ils rentraient dans l'ascenseur qui les mena à l'étage pédiatrique. Malefoy le relâcha dans le dédale des couloirs les conduisit dans le service oncopédiatrique, mais le message était passé : il avait compris. Se sentant soutenu, Harry prit une grande inspiration et se prépara mentalement à entrer dans la chambre qu'occupait Scorpius.

Malefoy y entra, pendant qu'Harry et Lily restèrent en retrait, dans l'embrasure de la porte. Il chuchota quelques mots à Scorpius, qui acquiesça plusieurs fois d'affilée. Alors Malefoy se retourna et les invita à entrer d'un mouvement de tête.

Pénétrant dans la pièce, Harry décida d'occulter ses angoisses pour se concentrer sur Lily en même temps qu'il remarquait la présence de Narcissa. Il la salua d'un sourire quelque peu crispé qu'elle lui rendit.

Lily, quant à elle, s'avançait lentement en direction de Scorpius, qui la regardait avec deux grands yeux curieux. Tout naturellement, la première tirait un tabouret pour s'asseoir en face de lui.

« T'es le copain de Bubus, hein oui ? » demanda-t-elle.

Malgré le surnom utilisé, Scorpius confirma d'un hochement de tête.

« Moi, c'est Lily. Je suis sa petite sœur. Tu as quel âge ? »

« Dix ans, presque onze. Et toi ? »

« Huit ans et demi. C'est vrai que tu as la même maladie que lui ? »

À nouveau, Scorpius répondit par un mouvement de la tête.

« C'est une leucémie aigüe lymphoblastique. »

« Oui, je sais. Ça veut dire que ton sang est malade. »

« Quelque chose comme ça, oui. »

Les deux enfants s'observèrent en silence, sans que cela soit pesant. Ils réfléchissaient.

« Tu sais que mon frère est… parti ? » lui chuchota Lily.

« Oui, je sais », lui murmura Scorpius.

« Tu te sens tout seul maintenant ? »

Scorpius rompit leur contact visuel pour regarder son père, qui était venu se placer près d'Harry, puis sa grand-mère, assise de l'autre côté du lit, avant de revenir sur Lily.

« Parfois, oui. Mais je ne suis pas vraiment tout seul. »

« Moi aussi, je me sens toute seule. Alors que j'ai mon autre frère, Jamie, et mon papa, et ma maman. Tu sais que Jamie est plus vieux ? Ça veut dire qu'il va à Poudlard. »

Les prunelles du garçon brillèrent à la mention de l'école de sorcellerie.

« J'aimerais bien y aller un jour », admit-il.

« Peut-être que tu pourras. Si tu guéris. Mon papa a dit que c'était possible », s'enthousiasma Lily, lui renvoyant son plus beau sourire, auquel Scorpius ne put résister, souriant à son tour.

« Peut-être. On verra bien. »

Soudainement, Lily devint un vrai moulin à paroles, partie sur l'idée d'intégrer la célèbre école. Harry eut l'impression de revoir sa fille, telle qu'il en avait l'habitude lorsqu'elle s'adressait à Albus.

« Tu sais, moi, je suis sûre d'aller à Serpentard. Albus aussi aurait été chez eux, c'est obligé ! Les Serpentard, ce sont les meilleurs ! » se pâma-t-elle.

Du côté des adultes, Malefoy lança un sourire moqueur à Harry, qui, lui, ne put s'empêcher de pouffer. Quel orgueil ! Mais autant de la part de son ancien camarade que de celle de sa fille.

« Toute ma famille est Serpentard », lui répondit Scorpius. « Je dois en être un aussi. »

« Chez moi, presque tout le monde est à Gryffondor. C'est pour ça que j'aimais autant Albus. Enfin », se reprit Lily, baissant soudainement la tête. « Je l'aime toujours… Mais, tu sais. »

« Oui, je vois ce que tu veux dire », la réconforta-t-il. « C'était mon meilleur ami et il le sera pour toujours. »

Lily acquiesça, soudainement rendue muette par le souvenir de son frère.

« Je voudrais qu'il soit encore là. Tu sais qu'il me racontait des histoires le soir ? »

Scorpius secoua la tête. Il ne semblait pas au courant de cette information. Harry se sentit plus triste, se rappelant ces moments privilégiés. Albus avait été quiétude et douceur les premières années, avant que la dégradation physique n'atteigne son mental. Lily était plus exubérante mais avait été attentionnée envers son frère, tant et si bien qu'ils avaient partagé du temps et de l'amour qui se passaient de mots, sans pour autant faire fi des maux.

Si James exprimait sa douleur par des colères, Albus et Lily la taisaient, la vivaient ensemble d'une certaine façon, lorsqu'ils le pouvaient. Harry le savait, Albus avait tenu une partie de sa force dans la relation qu'il avait entretenue avec sa sœur. Même si ça n'avait pas suffi. Même si le cancer avait été plus fort. C'était une bien maigre consolation.

Harry revint à la réalité en voyant Lily se relever.

« Je crois en la magie de Noël, tu sais », lança-t-elle, le visage tourné vers le fils Malefoy. « Et je crois que tu vas guérir. »

L'expression que Scorpius lui renvoya ressemblait à s'y méprendre à de la reconnaissance, ses pupilles brillant de larmes.

« Reviens me dire bonjour quand tu veux, Lily cœur », lui lança Scorpius à la surprise générale.

Se décalant pour laisser sortir sa fille, Harry se retrouva face à Malefoy. Il se sentit mal à l'aise de cette proximité imprévue.

« Mmmh ! Merci, Malefoy. »

« Apparemment, on se reverra bientôt », se moqua-t-il, paré d'une expression enjôleuse.

Ayant perdu toute faculté de parler, Harry se racla la gorge, avant de se résigner pour un hochement de tête. Oubliant totalement la présence de la mère de Malefoy, il quitta la chambre, puis le service, l'étage et, enfin, l'hôpital.

Ce soir-là, alors que James était resté au Terrier, Harry et Lily regardaient distraitement la télévision et ses bêtisiers moldus, quand cette dernière s'était approchée de lui pour éclater en sanglots dans ses bras. S'en était suivie une longue conversation sur la maladie, la mort, l'absence, le deuil.

Enfin elle exprimait des émotions, au grand soulagement de son père. Lui aussi pleurait. C'était comme si tous les deux se libéraient d'un fardeau.

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Le lundi 25 décembre 2017.

C'était le deuxième Noël sans Albus. La veille, les Potter s'étaient rendus sur le Chemin de Traverse et avaient dévalisé les magasins Weasley & Weasley et Honeydukes, qui avait ouvert une succursale à Londres. Ils avaient passé la soirée à se faire des blagues avec les jouets de farces et attrapes, avant de s'endormir tous les trois devant le feu de cheminée du salon du 12, Square Grimmaurd.

En se réveillant le matin même, ils avaient déballé les cadeaux en s'empiffrant de sucreries, avant qu'Harry ne les conduise au Terrier. Ce n'était évidemment pas le petit déjeuner idéal, mais Harry estimait qu'ils en avaient bien le droit. Après tout, c'était Noël.

Les mois qui avaient suivi la visite de Lily à Scorpius avaient été marqués par d'autres rencontres. Bien que triste, la benjamine avait cessé de marchander : la mort d'Albus était bien réelle et elle était irréversible.

James, également, avait fini par prendre conscience que sa prise de distance avec Albus l'avait empêché de profiter des moments où il était encore là. Adolescent, il avait demandé à être suivi en thérapie, et voyait un psychomage à chaque congé scolaire.

Les mois avaient donc défilé… et Scorpius avait guéri, lui permettant d'intégrer Poudlard. Lui et Lily avaient cessé de se voir, mais Harry avait entendu dire qu'il avait été réparti chez les Serpentard, sans grande surprise.

Alors que ses enfants étaient respectivement en phases de résignation et d'acceptation, Harry songeait qu'il était temps qu'il pense à lui et à sa propre reconstruction. Il avait consacré près des dix dernières années à Albus, puis au deuil de Lily. Et, depuis quelque temps, il repensait à ce qu'Albus lui avait dit un jour : « Je veux que tu sois heureux aussi. Comme maman quand elle regarde le Md. Zabini. »

Il n'avait pas pu s'empêcher de faire le lien avec Malefoy. Cinq ans auparavant, il avait manqué une occasion, il avait lâchement fui. Aujourd'hui, il le regrettait encore. Il avait conscience que s'il voulait réparer cela, c'était en partie pour respecter sa promesse faite à Albus, celle d'être heureux. Mais, d'un autre côté, il n'avait jamais véritablement pu sortir Malefoy de son esprit.

Il avait envie de découvrir cet homme qu'il avait jadis détesté, mais qui avait, en fin de compte, également eu une vie complexe : entre un père Mangemort, l'obligation de rejoindre les rangs pour sauver sa vie et celle de sa famille, puis l'humiliation des tribunaux et, enfin, la maladie de son fils, pouvait-on encore vraiment lui reprocher la vie qu'il avait menée ? Harry pouvait-il affirmer qu'il aurait posé des choix différents à seize ans ?

Au cours de leurs brefs échanges ces dernières années, il avait appris que Malefoy était surtout devenu un père et qu'il vouait sa vie à son fils. Et ça, Harry le comprenait parfaitement, sans compter cette inexplicable attraction qu'il avait niée, étouffée, jusqu'à ce qu'il puisse finalement la regarder en face. Et puis, ils s'étaient toujours soutenus. À distance, sans trop de mots, mais parfois, il n'y avait pas besoin de plus pour sentir une connexion entre deux personnes.

Aujourd'hui, il se sentait prêt à retenter sa chance. C'était pour cette raison qu'il se tenait devant la porte du Manoir, prêt à faire tinter la cloche du portillon, un sac de bonbons en vrac de chez Honeydukes à la main.

Dans la foulée de l'annonce de son arrivée, Harry entendit des pas dans le hall qui menait à l'entrée et, quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit sur Malefoy en personne. Harry en perdit momentanément l'usage de la parole, soudain tétanisé à l'idée qu'il l'envoie paître avec les Sombrals.

Un raclement de gorge le fit revenir à la réalité : Malefoy attendait qu'il parle.

« Potter, je peux t'aider ? » fit-il sur un ton sarcastique.

« Je… », commença-t-il, avant de lever le bras pour lui montrer le sac de bonbons, l'utilisant comme prétexte. « Comme c'est le premier de Noël de Scorpius depuis qu'il est entré à Poudlard, je pensais que ça lui ferait plaisir. »

Malefoy le dévisagea, le temps de ce qui semblait être une brève réflexion, avant de lui céder le passage en l'invitant à entrer.

Grimpant les marches qui lui permettaient d'entrer, il patienta le temps que Malefoy ferme la porte derrière lui et le précède pour lui indiquer le chemin à prendre. Ils ne se rendirent pas très loin, mais Harry eut suffisamment de temps pour le détailler : il portait un pantalon à pince bleu nuit, avec un pull de la même couleur, en cachemire évidemment, ajusté sur une chemise blanche. Comme à l'accoutumée, il était élégant et sans extravagance.

Dans la salle de séjour, il y avait Scorpius et Narcissa, tranquillement installés dans les fauteuils. Ils ne semblaient pas occupés à quoi que ce soit, et Harry se demanda sottement de quelle façon une famille de Sang pur pouvait célébrer Noël.

« Harry Potter, quelle charmante surprise », le salua Narcissa.

« Bonjour, Mme Malefoy. Comment allez-vous ? » lui demanda poliment Harry, mal à l'aise.

À présent, il se demandait ce qu'il faisait là.

« Très bien, je vous remercie », lui sourit-elle.

« Et Lily, comment elle va ? » s'enquit Scorpius.

Harry tourna la tête dans sa direction, lui exprimant sa gratitude.

« Beaucoup mieux. Et c'est en grande partie grâce à toi, ça lui a fait du bien de discuter d'Albus avec toi. »

« Tant mieux, alors. Ce serait chouette qu'on puisse se revoir, un jour, pendant les vacances », affirma-t-il.

Harry sentit le coin de ses lèvres se lever instinctivement. Il était adorable.

« On essayera d'organiser ça », lui promit-il, avant de se rappeler l'existence des bonbons. « Tiens, c'est pour toi. »

Il s'approcha alors que Scorpius avait sauté sur ses pieds, enthousiaste.

« Oh ! Mr Potter…, il ne fallait pas ! Merci ! » s'exclama-t-il, ses yeux brillants le démentant.

Tandis que Scorpius découvrait le contenu de sa boîte avec sa grand-mère, Malefoy lui fit un signe de tête, l'invitant à le suivre.

Il le fit passer par un second salon, où il ouvrit l'armoire buffet, lui proposant un verre de Whisky. Les circonstances n'échappèrent pas à Harry : cinq ans plus tard, la scène se rejouait. Malefoy lui laissait-il cette seconde chance qu'il espérait ? Tendu, Harry accepta d'un hochement de tête.

Il se questionna mentalement sur ses intentions. Allait-il fuir, cette fois ? Non, ce n'était pas dans ses projets. Certes, il était stressé, mais il ressentait cette confiance mutuelle qui existait entre Malefoy et lui.

Pour atténuer sa tension interne, il préféra se tourner vers la porte-fenêtre, s'avançant dans sa direction pour observer le jardin qui s'étendait au-delà. Dehors, il avait commencé à neiger, de légers flocons se détachant du ciel pour venir s'échouer sur la terrasse en pierre et sur l'herbe parfaitement entretenue, y fondant après quelques secondes.

Il sentit Malefoy approcher avant de le voir effectivement s'arrêter à sa hauteur, respectant une certaine distance. Peut-être ne souhaitait-il pas le faire fuir. Il but une gorgée de Whisky pour se donner du courage, le regard perdu dans sa contemplation de la nature.

« Vous faisiez quoi avant que je n'arrive ? » le questionna-t-il.

Malefoy le dévisagea, sceptique.

« Heu… désolé, bête question », bafoua-t-il. « Je me demandais juste… comment… des Sang purs fêtaient… laisse tomber. »

Il se sentait tellement idiot en sa compagnie, agissant encore plus bêtement que s'il lui avait simplement dévoilé ses intentions.

Cependant, Malefoy haussa simplement les épaules.

« Je jouais des mélodies de Noël au piano pendant que ma mère et Scorpius m'écoutaient », déclara-t-il.

Harry hocha la tête, se perdant à nouveau dans la contemplation de la nature. Les flocons de neige continuaient à tourbillonner, indifférents à la tension que vivait Harry.

« La mort d'Albus m'a fait apprécier des plaisirs simples », se surprit-il à expliquer. « Regarder la neige tomber et les enfants jouer dedans fait partie de ses plaisirs. Ou encore l'odeur d'un gâteau qui cuit. Albus adorait celui au chocolat. Il adorait aussi l'odeur du linge qui sort de la lessive, avant de s'y envelopper pendant qu'il était encore chaud. Il semblait y ressentir la plus grande satisfaction du monde rien que par cette action. »

Il s'arrêta, prenant conscience de ce qu'il racontait.

« Désolé, je ne devrais pas dire ce genre de choses. Je n'ai toujours pas réussi à tourner la page. J'attends encore qu'il ouvre la porte de ma chambre pour venir dormir avec moi. Ou qu'il se lève le matin pour me regarder préparer le petit-déjeuner. »

« Potter, franchement. Tu as enterré l'un de tes enfants. Est-ce que l'on peut vraiment passer à autre chose ? Je ne suis pas certain que j'en aurais été capable si ça avait été Scorpius. Si tout ce que tu fais, c'est parler de lui, tu ne t'en sors pas si mal. Il vivra toujours à travers toi, de toute façon. »

Harry déglutit, avant d'acquiescer.

« Tu as raison. Je ne peux pas oublier. C'est mon fils. Il est encore là, il est partout, même si je ne le vois plus. Il nous a tous changés. Et je pense à lui à chaque fois que je prends une décision », déclara-t-il en se déplaçant pour faire face à Malefoy.

Finalement, il y arrivait sans même le chercher, juste en parlant. Il prit une grande inspiration.

« Un jour, j'ai promis à mon fils que je serais heureux. Je me suis rendu compte que je n'avais pas cessé de penser à cette occasion manquée, le jour où tu m'as invité chez toi et que je suis parti comme un voleur », expliqua-t-il en baissant la voix, perdant de son souffle dans le regard métallique qui avait accroché ses pupilles. « Pour être honnête avec toi, je ne pense pas que ce soit sexuel… ou, plutôt, c'est plus que ça. »

Il s'arrêta, reprenant son souffle. Il tenta de raisonner, de former mentalement des phrases pour continuer son discours, mais il n'y parvint pas. C'était peut-être mieux ainsi.

« Je ne dis pas que je ne serais pas contraire pour…essayer, une fois, pour voir. Mais… »

Il s'arrêta une nouvelle fois, fuyant les pupilles métalliques. Il entendit le bruit du cristal que l'on pose sur un meuble en bois et il déglutit. Il fallait qu'il aille jusqu'au bout, avant que Malefoy lui fasse comprendre qu'il allait trop loin en lui demandant de partir.

« C'est sacrément gênant et tu vas peut-être me trouver ridicule », admit-il, « mais ce que je veux, c'est apprendre à te connaître, c'est passer du temps avec toi. En dehors de l'hôpital, en dehors du contexte de la maladie. Même si, bien sûr, j'y retournerais si tu veux que je… enfin, je m'égare. »

Il avait baissé la tête, embarrassé par son déballage. C'était trop. Il en disait beaucoup trop, et il doutait que Malefoy lui répondre favorablement. À moins que… à moins que… et si Malefoy avait pensé à lui comme Harry avait pensé à lui ?

« Potter, regarde-moi », l'enjoignit Malefoy.

Harry releva la tête, se perdant d'emblée dans un abysse aux nuances de gris où il perdit pied. Malefoy avait approché son visage dans le silence de ses doutes et tergiversations, et son regard tomba sur les lèvres fines qui n'attendaient que lui. Il y fondit sans l'ombre d'une hésitation.

Leurs lèvres s'écrasèrent les unes contre les autres, et le torse d'Harry fut collé à celui de Malefoy par une pression de ses bras se refermant dans son dos. Avec la pointe de sa langue, Malefoy se créa un passage jusqu'à la sienne, les entremêlant avec une douceur exaltante et enivrante. Il y avait une tendresse insoupçonnée dans ce baiser. Harry y mit fin à regret, son cœur battant la chamade à l'en étouffer.

Pour autant, Malefoy ne relâcha pas son étreinte autour de sa taille, faisant de lui son prisonnier consentant. Troublé, Harry évita son regard en dissimulant son visage dans son cou.

« Je le savais. Tu es obsédé par moi, Potter », dit Malefoy sur le ton de la plaisanterie.

« Quoi ? Mais non ! » se récria Harry en relevant à nouveau la tête, faisant face à un Malefoy hilare. « Tu te fiches de moi ! »

« À peine », murmura-t-il en réponse, s'emparant une nouvelle fois de ses lèvres.

Deux fois en l'espace de quelques minutes, c'était trop pour Harry. Son cœur allait lâcher.

Lorsque le second baiser prit fin, Malefoy le lâcha, récupérant le verre qu'il avait posé pour le terminer, avant de lui proposer de le resservir. Harry accepta, n'ayant pas l'intention de partir tout de suite.

« Et maintenant ? » le questionna-t-il alors qu'il versait le liquide ambré dans son propre verre.

« Maintenant ? » lui répondit Malefoy avec un air détaché. « J'ai bien envie de goûter à ton petit cul. »

Harry rougit jusqu'aux oreilles à l'affirmation plus qu'explicite.

« Cependant, je pense que je vais commencer par t'emmener dîner. Je n'ai rien contre ce petit goût de réglisse sur tes lèvres, mais ce n'est pas vraiment ce qu'il y a de plus nourrissant, et il te faut un repas digne de ce nom pour tenir le coup. »

Harry se mit à rire, songeant au bâton de réglisse qu'il avait sucé en guise de petit-déjeuner, avant de réaliser ce que signifiaient les paroles de Malefoy.

« Tu veux vraiment… qu'on apprenne à se connaître ? » douta-t-il.

« Franchement, Potter. À l'instant où je t'ai vu sur mon perron, j'ai compris pour quelle raison tu étais venu. Si je n'étais pas d'accord, je ne t'aurais pas fait entrer », lui apprit-il avec un sourire amusé.

« J'aurais pu venir juste pour baiser », le contredit Harry.

Les traits de son visage se radoucirent pour faire place à un sourire plus sincère.

« Oui, tu aurais pu. Mais je ne crois pas qu'on aurait attendu autant d'années juste pour une nuit. Je me trompe ? »

« Non, tu ne te trompes pas », lui confirma Harry d'un murmure.

Il ne savait pas d'où lui venaient ses impulsions, mais il mourrait d'envie de reprendre les lèvres de Malefoy. Dans tous les cas, il le savait, lorsqu'il fermerait les yeux ce soir, il aurait le sentiment d'avoir respecté sa promesse.

Enfin, s'il dormait, songea-t-il alors que ses lèvres étaient capturées pour une pression des plus plaisantes.


On prend le temps de respirer. On prend un carré de chocolat (voir toute la tablette) parce que tonton Remus a dit que le chocolat c'est réconfortant. Et il a raison.

On y va ? C'est le moment analyse pour se distancier un peu de l'histoire.

Il y a plusieurs aspects. Les principaux : la maladie d'Albus et sa mort, la relation entre Harry et Albus, la relation entre Harry et Drago. Les secondaires : les relations entre Albus et Lily, Albus et James, Albus et Scorpius, Albus et Ginny.

Commençons par Albus. Je savais depuis le début qu'il allait mourir. Je le savais, et j'en suis désolé, mais je ne pouvais pas le faire survivre. J'avais besoin de lui pour que ça soit percutant, pour vous dire que oui, la maladie, c'est moche, et qu'elle ne nous épargnait pas. C'est comme ça. Mais Albus n'est pas à plaindre pour autant, ni à infantiliser (même si c'est effectivement un enfant) : pour sa dignité, il a des droits. Le droit à son intimité, par exemple. Le droit de choisir. Choisir, cela implique le droit de vouloir mourir (l'euthanasie est une possibilité en ce sens), de ne plus vouloir se battre. Mais il aurait pu vouloir se battre malgré l'annonce des médicomages. L'important à retenir ici, c'est que c'est un ressenti et que la décision appartient à la personne malade, et ce n'est pas à une personne extérieure (surtout non malade) de juger cela.
Dans mon histoire, le babybel était la métaphore des moments joyeux, du brin de vie d'Albus malgré la mort qui le grignotait peu à peu. La scène du babybel sur le nez, juste avant sa mort, je l'avais en tête avait même d'avoir construit l'histoire, j'en étais encore aux préparatifs. Je n'avais pas prévu qu'elle se trouve à cet endroit par contre, mais ça m'a paru évident, sur le moment.

La relation entre Harry et Albus. Mon idée première, en parlant de maladie, c'était d'adopter le point de vue d'un parent qui fait de son mieux pour prouver à son enfant qu'il l'aime. Cela se passe au détriment de son couple, mais aussi de ses autres enfants. Dans mon esprit, Harry aurait voulu donner sa vie pour sauver Albus, au point de s'oublier lui-même. La mort d'Albus, c'est une libération pour tout le monde, et pour lui en premier lieu, même si c'est horrible à dire. Enfin, il s'autorise à penser à lui, à être heureux. Même s'il le fait pour Albus, cela prouve aussi qu'Albus continue un peu à vivre à travers lui.

Ce qui m'amène à la relation entre Harry et Drago. Cette relation n'aurait pas été possible sans la mort d'Albus. Si Harry s'échappe en 2012, ce n'est pas seulement parce qu'il se rend compte qu'il désire un autre homme, même si c'est bien l'explication qu'il se donne à ce moment-là : c'est parce qu'il sent la vie en lui, qui s'anime, et il ne peut pas. Pour lui, ça aurait été comme s'il se détournait de son fils. On en pense ce que l'on veut, peut-être comme Albus : il a aussi le droit d'être heureux, et qu'un enfant a besoin de voir ses parents heureux... En tous les cas, Harry ne pouvait pas se laisser aller. Il n'empêche qu'Harry voit Drago comme une porte de sortie, un renouveau, une nouvelle page. Drago, quant à lui, est touché par la dévotion d'Harry envers son fils. Tous les deux apprécient la sincérité sans pincettes de l'autre.

Ensuite, il y a toutes ces relations secondaires, qui apportent quelques éléments supplémentaires. Albus était le héro de Lily, son grand frère, l'invincible... ou presque. Elle est la preuve que garder sa douleur pour soi-même génère davantage de souffrance. James, quant à lui, ne sait pas comment faire face, il voit la mort en son frère et il a si peur de le perdre qu'il l'évite... quand il le perd effectivement, il regrette, mais il est trop tard. Puis, à son âge, c'est difficile de voir que l'on accorde tout son attention à son frère... et lui, là dedans ? D'où l'importance de la communication, une fois de plus. Scorpius est ce meilleur ami avec lequel on partage tout, qui nous comprend et nous apporte de la joie de vivre, sans nous mentir sur la réalité de ce que l'on vit. Pour vous, les lecteurices, ainsi que pour Lily, il est censé symboliser l'espoir, parce qu'il a survécu et guéri. Enfin, Ginny, cette maman que beaucoup détestent sans doute. Je l'avoue, elle a un peu eu ce rôle du mauvais exemple à ne pas suivre. Ceci dit, elle représente aussi ce parent démuni, impuissant face à la maladie de son enfant. Elle manque à Albus, elle fait du mal à Harry, mais elle montre qu'elle a su trouver le bonheur (même dans les moments les plus sombres héhéhé).

J'ai ainsi voulu vous montrer une diversité dans les personnages et une certaine complexité. J'espère que vous avez passé un bon moment, et je serai encore plus heureuxe si vous avez appris des choses ou que ça vous a fait réfléchir. J'ai hâte de connaître votre avis.

Ainsi s'achève ce recueil de défis. On se retrouve très vite pour de nouvelles histoires.

Paillettes de licornes sur vous.

Cailean Charmeleon.