Pas du tout sûr de comprendre ce qu'il entend par là, je le fixe d'un air interrogateur.
- He ?
- A l'origine, il était mon complice et c'est sur mon ordre qu'il est entré chez vous comme majordome. J'avais besoin de quelqu'un qui serait mes yeux et mes oreilles. Et Koyama et son désir de vengeance irraisonné à l'encontre de Koyama Ltd était le candidat d'autant plus idéal qu'il présentait bien. Et comme tu étais ma cible depuis le départ pour faire tomber mon frère de son piédestal, c'est "tout naturellement" qu'il s'est attaché à toi, te servant toi en préférence à n'importe quel autre, Kimitaka inclus, te faisant un peu plus tomber sous l'emprise de son charme à chaque jour qui passait.
J'en reste stupéfait et sens mon cœur se briser dans ma poitrine. Alors tout était faux depuis le départ. Tous ces sourires, ces mots gentils, ces paroles encourageantes et celles réconfortantes... Tout, absolument tout n'était qu'un gigantesque mensonge. Je n'avais donc en fait pas le moindre allié dans cette maison...
- Ca fait mal d'apprendre que son grand amour vous a trahi, n'est ce pas Takahisa ? Mais si ça peut te consoler, cet abruti a fait l'erreur fatale de tomber amoureux de toi lui aussi et il s'est scarifié l'avant-bras gauche pour jurer de te protéger de moi à l'avenir.
- Et je le protégerais jusqu'à ma mort ! fait alors la voix de Koyama que ni mon oncle ni moi n'avons entendu entrer. Ecartez-vous de lui, Masahiro-san. Ne m'obligez pas a vous blesser. Vous savez que j'en suis capable.
- Tiens tiens, le preux chevalier volant au secours de la damoiselle en détresse, ironise mon oncle.
Me faire traiter de fille me plait pas, mais là c'est le cadet de mes soucis. C'est tellement le bordel en moi depuis les révélations, que je n'arrive pas à savoir si je suis heureux qu'il m'aime et qu'il m'ait retrouvé ou si je suis en colère de sa trahison même s'il s'est rattrapé ensuite
- Takahisa-sama, allez m'attendre dans la voiture stationnée devant, me dit-il sans me regarder, les yeux rivés sur mon oncle.
- Parce que tu pense sincèrement que mes hommes vont le laisser sortir ? Tu es aussi naïf que lui mon pauvre Koyama. SUBARU-KUN !
Aussitôt la porte se rouvre et mon accompagnateur de tout à l'heure entre armé d'un pistolet, avec six autres hommes qui nous visent.
- Choisis Koyama. La vie du maitre auquel tu as voué la tienne... ou ma liberté.
- Vous n'irez pas loin, Masahiro-san. J'ai prévenu la police. Ils ne devraient pas tarder à arriver.
Mon oncle m'attrape alors par le cou et me serre contre lui en posant sur ma tempe un pistolet sorti de je ne sais où.
- Vous allez me laisser sortir gentiment, sinon je le tue. Il n'est qu'un fils adoptif et il n'a plus de mère, il ne manquera à personne.
Entendre ça, même si c'est parfaitement vrai, achève de me blesser.
- Non, ne lui faites pas de mal...
- Alors assurez-vous que la police que vous avez appelée avec tant d'insouciance ne m'arrêtera pas.
- Je... Très bien. Mais ne le touchez pas... capitule Koyama en reculant vers la porte.
- Ne le laissez pas fuir Koyama ! fais-je alors. Peu importe ma vie, personne ne s'en soucie ! Mais le laisser fuir c'est condamner le groupe Yokoyama à plus ou moins long terme ! Je vous en prie !
- Takahisa-sama... prononce simplement Koyama d'un air douloureux.
Mon oncle ricane.
- Etre prêt à risquer la mort pour protéger un groupe avec lequel tu n'as rien à voir, tu es bien stupide.
- Naïf, crédule, idiot, inutile, oui je sais tout ça, je me l'entend répéter sur tous les tons depuis deux ans. Mais peu importe, je sais une chose : vous êtes un pourri de première catégorie mais pas un assassin.
- Tu crois ça ?
A cet instant je ne comprends pas trop ce qui se passe, mais j'entends Koyama crier "non !" et bondir sur mon agresseur comme un fauve sur sa proie. Brusquement libre de toute entrave, je recule de plusieurs pas et entends le pistolet de mon oncle tomber par terre. Je me précipite pour le ramasser et, à mon tour, le pointe sur lui alors qu'il lutte violemment avec mon sauveur. Ma main tremble alors que je tiens une arme pour la première fois de ma vie, pourtant c'est avec une assurance étonnante étant donné mon caractère, que je reprends la parole :
- Eloignez-vous de lui Koyama, je ne voudrais pas vous blesser par maladresse.
- Takahisa-sama... dit encore Koyama d'un air surpris.
- Tu ne tireras pas, ricane mon oncle. Tu es trop lâche pour ça et mes hommes en finiraient avec vous.
Je déglutis et jette un œil aux sept hommes qui semblent figés sur place sans savoir quoi faire. Je sens que je vais le regretter pourtant, malgré ma peur, je presse la détente. Si on avait été dans un film, le trajet de la balle aurait sans doute été mis au ralenti, ainsi que toutes les réactions des protagonistes... mais comme on est dans la réalité, le projectile quitte la chambre de l'arme à une vitesse effarante dans un bruit de tonnerre et le mouvement de recul occasionné par le coup me fait perdre l'équilibre. C'est sans doute ce qui me sauve la vie car je tombe à la renverse au moment où les hommes de main, réagissant enfin, tirent à leur tour. Les choses se passent en quelques secondes seulement alors je n'ai pas le temps de vraiment comprendre, seulement de voir mon oncle au sol dans une flaque de sang qui s'étend sans cesse et d'entendre les sept hommes se sauver en criant "on a tué le patron !". Je tente de me redresser, mais à présent que l'adrénaline est retombée, mes jambes ne me portent plus et je retombe à genoux au sol.
- Takahisa-sama ! Vous n'avez rien ?! me demande alors Koyama en se précipitant vers moi avant de se laisser tomber à mes côtés.
Un claquement sec retentit et une marque rouge en forme de main s'imprime sur sa joue veloutée. Je viens de le gifler avec toutes les forces qui me restent. Ce qui a l'air de l'interloquer.
- Ta... Takahisa-sama ?
Mais je me relève sans un mot. Cette claque a beaucoup de sens et je le sais assez intelligent pour tous les comprendre.
- Je... On en parlera une fois que vous serez chez vous, finit-il par dire après quelques secondes.
- Quel chez moi ? Mon frère m'a jeté dehors...
- Et votre père en a été très affecté. Il l'a fermement réprimandé d'avoir pris une telle décision sans le consulter et m'a aussitôt ré-engagé et prié de vous retrouver quel qu'en soit le prix.
- Il sait ?
- Il sait tout.
- He ?
- Je vous expliquerais tout, je vous le jure. Mais quittons d'abord cet endroit glauque. Vous n'avez déjà que trop baigné dans cette atmosphère.
Comme je peux difficilement dire le contraire, je le suis a l'extérieur et, encore sous le choc des récents événements, vais m'asseoir dans la voiture que je connais si bien, pendant que Koyama va expliquer la situation à la police arrivée entre temps. Il me rejoint ensuite et prend place derrière le volant, non sans m'avoir jeté un regard inquiet par l'intermédiaire du rétroviseur central.
Pendant tout le trajet, il ne prononce pas un mot et je ne dis rien non plus. Je suis complètement perdu dans ce que je ressens. Honnêtement là j'ai juste envie de dormir pour oublier, mais je ne crois pas y arriver même en essayant. Il s'est passé trop de choses en trop peu de temps dans ma vie jusque là sans histoire.
- Takahisa ! Tu vas bien ! Dieu soit loué Koyama a finalement réussi à te retrouver ! s'exclame papa dès que je franchis la porte de la maison.
Je l'observe sans montrer de réaction et me détourne presque aussitôt pour monter à ma chambre, le laissant planté dans le hall. Je me laisse ensuite tomber sur mon lit en étoile de mer, le nez dans l'oreiller en tissu délicat et plumes, qui sent la lessive parfumée. Mais je n'arrive même pas à apprécier ce confort retrouvé après tout ces mois d'errance.
- Takahisa-sama, c'est Koyama. Je peux entrer ?
- Vous avez même plutôt intérêt à entrer, dis-je en me redressant.
La porte s'ouvre, lui livrant le passage. Il ne s'est pas encore changé donc il est toujours en civil et ça le rend sexy. Mais je ne dois pas perdre de vue tout le reste.
- J'ai beaucoup à vous dire. Puis-je m'asseoir ?
Je hoche la tête et je le vois réfléchir. Sans doute pour savoir par où commencer.
- Pour que vous compreniez comment nous en sommes arrivés là, il faut que je vous parle un peu de moi.
- Je vous écoute, dit-je alors du ton de celui qui attend une explication en béton armé.
- Je suis le fils unique du PDG de la Koyama Holdings. Depuis tout petit, j'étais destiné à reprendre l'entreprise familiale et je m'étais fait à l'idée, si bien que quand j'ai été en âge de choisir mes études, je me suis tout naturellement tourné vers le commerce. Mais le problème était que la société de mon père, bien que beaucoup moins importante, marchait un peu trop sur les platebandes du tien et les problèmes ont commencé. Des clients et des contrats perdus en grand nombre, bien moins de propositions et le cours de nos actions en bourse se sont mises à chuter de façon dramatique. Mon père s'est défendu comme un lion pour garder son entreprise, mais il ne pouvait rien contre la puissance du groupe Yokoyama. En l'espace d'un an, nous avons été ruinés et mon père contraint de vendre sa société lambeau après lambeau. Avec mes yeux d'adolescent, je voyais le travail de toute une vie sombrer et je ne pouvais rien pour l'empêcher. Un jour en rentrant de cours... les domestiques qui nous étaient restés fidèles malgré nos revers de fortune se sont précipités vers moi avec une nouvelle tragique : incapable de supporter la dissolution de son entreprise, mon père avait mit fin à ses jours, entrainant ma mère dans la mort.
- Mon dieu quelle horreur... ne puis-je m'empêcher de commenter.
- A l'âge de dix-sept ans, je découvrais avec horreur que j'étais l'unique survivant de ma famille et que je ne devais probablement ma sauvegarde qu'au simple fait que j'étais en cours au moment du drame. Devenu orphelin par sa faute, je conçus pour le groupe Yokoyama et son PDG une haine qui devait durer des années.
- Ca parait logique, vous avez tout perdu...
- Hum... Et c'est à ce moment que votre oncle est venu me trouver. Il s'est présenté, il a dit qu'il connaissait ma situation et comprenait mon état d'esprit. Il a proposé de me prendre sous son aile et de m'aider à me venger si j'acceptais de travailler pour lui et ce quoi qu'il soit amené à me demander.
- Mais vous étiez mineur...
- C'est pourquoi il m'a envoyé étudier en Angleterre dès que j'ai accepté.
- Vous vouliez à ce point vous venger...
- Hum.
- Que s'est-il passé ensuite ? demandé-je avec avidité, conscient de me comporter comme di je suivais un drama passionnant.
- J'ai passé quatre ans dans une école de langues, à apprendre l'anglais et le français et les quatre années suivantes dans un établissement formant des majordomes du monde entier. A mon retour à Tokyo, votre oncle, en qui j'avais désormais une confiance aveugle, m'a prit a part pour me parler sérieusement.
Tenu en haleine par son récit, je n'osais plus l'interrompre et il poursuivit donc.
- Il m'a dit ces phrases que je n'oublierais jamais "Keiichiro, mon garçon, tu sais que je te considère comme mon fils et que je ne veux que ton bien. Je t'ai donc trouvé une place dans la maison de mon frère. Pour ta vengeance et la mienne, il faut que tu te rapproche au maximum du fils de celle que mon frère vient d'épouser en secondes noces. Sois le plus proche possible, sois son soutien de tous les instants, sa force, son courage, qu'il ne puisse plus se passer de toi. Tu es un très beau garçon, donc si tu manœuvre bien et que tu lui accorde l'attention nécessaire, ce gosse déjà rejeté par son demi-frère tombera fou amoureux de toi et nous pourrons l'utiliser".
J'ai beau l'avoir entendu de la bouche même de mon oncle, savoir qu'à l'origine il m'avait approché seulement par calcul et sur ordre me fait un mal affreux, parce qu'il a réussi sa mission au delà de toute espérance.
- On peut dire que vous avez réussi votre coup... murmuré-je douloureusement.
- Je sais...
- Et après ?
- Les premiers mois, je faisais scrupuleusement mes rapports quotidiens à votre oncle, l'informant de vos moindres faits et gestes avec le plus parfait détachement. Mais ensuite, quand j'ai appris à vous connaitre...
- Oui ?
- Je n'ai pu que succomber à votre charme. Je m'étais pris à mon propre piège : en me rapprochant de vous pour suivre les ordres, j'étais tombé amoureux de vous comme vous l'étiez de moi. A partir de cet instant, il ne m'a plus été possible de rester la taupe de votre oncle. Surtout quand j'ai appris de quelle façon précise il comptait vous utiliser pour se venger. Je pris alors conscience de sac véritable nature et eus honte d'avoir si longtemps été son instrument. Je jurais alors de passer le reste de ma vie à expier ma faute en vous protégeant de lui de toutes les façons possibles.
- Et… est ce que c'est vrai que vous…
- Hum ?
- Votre… avant-bras…
- Ah. Oui. Je l'ai juré avec mon sang, confirme-t-il en relevant la manche de sa chemise pour dévoiler un enchevêtrement complexe de cicatrices anciennes.
- Koyama… murmuré-je, touché qu'il ait fait ça pour moi, en effleurant sa peau du bout des doigts.
Je me rends alors compte que c'est la première fois que je le touche depuis ce fameux jour où nous avons fait l'amour. Et y repenser me rend tout chose.
- M'en voulez-vous toujours d'avoir trompé votre confiance ?
- Je ne sais pas, Koyama… C'est une situation compliquée…
- Vous m'appeliez par mon prénom ce jour-là. Je serais heureux que vous continuiez.
Le rappel me fait rougir parce que j'y ai moi-même pensé il y a quelques secondes, même si ce n'était pas à la même partie.
- D'accord… Keiichiro…
Il me sourit alors de son habituel air bienveillant et les papillons se remettent à voltiger dans mon estomac, déclenchant cette sensation de bien-être absolu que j'avais toujours ressentie en sa présence et pratiquement oubliée pendant mon errance. Je l'aime. Vraiment. Je suis amoureux de Koyama Keiichiro, du plus profond de mon cœur et de mon âme. Mais bien que je sache que mes sentiments sont réciproques, je n'arrive pas à voir d'avenir pour nous. Tant qu'il sera majordome et moi son "maître" (même si je ne me suis jamais considéré comme tel), rien ne sera possible…
- Dans ce cas, nous n'avons qu'à partir tous les deux, propose-t-il soudain comme s'il avait lu mes pensées.
- He ?
- C'est Kimitaka-sama qui deviendra le prochain PDG lorsque Takuya-sama ne sera plus là. En tant que fils cadet et surtout frère honni, vous ne pourriez prétendre qu'à un médiocre poste de secrétaire comme celui que vous avez brièvement occupé… et je sais que vous ne le voudrez pas alors…
- Oui vous avez raison, partons… Partons ensemble loin d'ici, là où personne ne pourra faire le lien entre le groupe Yokoyama et moi.
Il hoche la tête, puis reste pensif un instant.
- Mais avant, il faut que vous parliez à votre père. Je sais ce que vous pensez à son sujet, mais je vous assure qu'il était très inquiet pour vous pendant toutes ces semaines où vous étiez introuvable.
- J'ai du mal à le croire…
- C'est pourtant la vérité. Sinon il ne m'aurait pas demandé de vous retrouver par tous les moyens possibles.
- Justement.
- He ?
- Si je suis si important à ses yeux, pourquoi il n'a pas demandé à la police de me retrouver puisque je suis son deuxième fils ? Pourquoi il n'a demandé qu'à vous ?
- …
- Vous voyez, vous n'avez pas de réponse. Moi je la connais la réponse : c'est parce que demander l'intervention des forces de l'ordre, pour le PDG de Yokoyama Ltd, serait prendre le risque d'entacher sa réputation si le fils en question avait vraiment fait quelque chose de honteux ou si on le retrouvait dans une situation peu recommandable. En ne demandant de l'aide qu'à vous, il était sûr que rien ne quitterait le cercle familial. Voilà ce que je crois. Et c'est à ce père-là que vous voulez que j'aille parler ? Non, hors de question. Si on part, on part maintenant. Et en plus, nii-chan sera ravi d'être débarrassé de moi.
- Takahisa-sama…
- Et arrête avec tes –sama, c'est pénible à la fin ! Tu m'aimes ou non ?! A quoi ça rime d'être aussi formel avec la personne qu'on aime ?!
Ma propre exclamation m'a surpris autant que mon brusque tutoiement mais je ne suis plus franchement d'humeur.
- D'accord… Takahisa…
Je le regarde, étonné qu'il soit si docile d'un coup.
- Qu'est ce que tu manigance ? fais-je, soupçonneux.
- Mais rien du tout, je v… t'assure.
- Hum… Mouais. Bon de toute façon je n'ai aucun bagage à faire, j'avais mis toutes mes possessions dans ma valise l'autre fois et je me suis tout fait voler donc…
- Il va falloir que v… tu trouve un travail. Nous allons devoir vivre simplement à partir d'aujourd'hui.
Je hausse les épaules.
- C'était le cas avant que maman n'épouse papa donc je suis habitué et ça ne me fait pas peur. Toi par contre tu n'es pas habitué.
- Je m'adapterais.
Il me regarde alors comme s'il ne m'avait jamais vu ou comme si j'étais la personne la plus précieuse du monde à ses yeux. Pour la première fois, j'ai l'impression de sentir de l'amour dans son regard et plus de la simple bienveillance.
- Je t'aime Keiichiro, dis-je en me serrant soudain contre lui.
Il ne me répond pas, mais à la façon dont il referme les bras sur moi, je ressens aussi ses sentiments. Il n'a pas besoin de les exprimer verbalement, c'est toute son attitude envers moi qui parle pour lui.
- Je vais juste laisser un mot pour papa et nii-chan. Va faire tes bagages pendant ce temps, lui dis-je tendrement.
Il hoche la tête, m'embrasse sur les cheveux et me lâche avant de quitter la pièce.
Je le suis du regard jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, puis vais m'asseoir à mon bureau, sors une feuille, un stylo et me lance :
"Papa, nii-chan,
Quand vous trouverez cette lettre, je serais parti avec Koyama. Ne cherchez pas à me retrouver cette fois, parce que je ne veux pas l'être. Depuis le départ, je ne me sens pas à l'aise dans cette maison et ce milieu qui n'est pas le mien et j'en ai plus qu'assez de n'être qu'un poids aux yeux d'une certaine personne. Je vais reprendre le cours de ma vie, une vie simple qui me conviendra bien mieux que tout ce luxe dont je suis entouré depuis deux ans.
Papa, je veux te remercier pour deux choses : d'abord pour avoir aimé maman et avoir été là pour elle jusqu'à la fin. Je sais qu'elle en a été heureuse car elle t'aimait profondément malgré votre différence d'âge. Ensuite de t'être tout de même occupé de moi et de m'avoir montré un intérêt, même s'il était calculé.
Et nii-chan… Tu n'as jamais supporté que je t'appelle comme ça, alors que je ne voulais de toi que l'affection d'un frère aîné. Mais même ça tu n'as pas pu me le donner, donc je suppose que mon départ te réjouira. Je voulais tout de même te remercier.
Adieu à tous les deux, prenez soin de vous.
Takahisa"
Je termine ma lettre, la glisse dans une enveloppe à leurs noms et la laisse en évidence sur mon lit. A partir d'aujourd'hui, ma vie va vraiment recommencer.
Quelques mois plus tard
- Bienvenue ! m'exclamé-je joyeusement lorsque la porte de Murakami Fleurs s'ouvre.
Hé oui, je suis retourné travailler dans cette boutique où je me suis toujours senti si bien. Je n'ai même pas envisagé d'aller ailleurs, pour moi ça ne pouvait être que là. Cette fois, j'ai absolument tout raconté à Murakami-san à mon sujet, mais au lieu d'avoir l'air vexé que je n'ai pas eu confiance en lui, il a juste dit qu'il comprenait mes raisons, qu'il aurait probablement fait la même chose à ma place et il m'a repris comme employé sans faire la moindre difficulté. Cet homme est une crème. Un patron irremplaçable.
- Bonjour, je voudrais commander un Takahisa, fait alors la voix de Keiichiro qui vient d'entrer.
Sa réplique me fait rire et je quitte l'arrière du comptoir pour me rapprocher de lui.
- C'est pour livrer ou pour emporter ? fais-je, amusé.
- Pour emporter immédiatement, répond-il en m'enlaçant, avant de m'embrasser tendrement.
Je réponds à son baiser, lorsque Tesshi sort de l'atelier.
- Hé il y a des hôtels pour ça, grognonne-t-il pour la forme alors que je sais qu'il est ravi pour nous.
- Bah quoi ? Tu es jaloux ? fais-je en le regardant sans quitter les bras de mon petit ami, avant de lui tirer la langue.
- Tssss.
- Les garçons, je vous ai déjà dit de ne pas vous bisouiller dans la boutique, fait alors la voix de Murakami-san juste derrière. Ca peut embarrasser les clients. Allez Masuda-kun, file. Je ne veux plus te voir avant demain.
- Oui chef ! fais-je en retirant mon tablier pour le lancer à Tesshi qui l'attrape au vol, puis de glisser ma main dans celle de Keiichiro. On rentre ?
- On rentre.
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