Le taxi me déposa devant la maison. Une vague de souvenirs me gifla, violente, brutale, et terrifiante. Combien d'années y avais-je passé ? Six, six ans dans cette maison, avec une famille qui m'aimait. Revenir après deux ans, la voir comme morte…

Le chauffeur pris les nombreux bagages et me les laissa devant l'entrée. Je lui laissai un pourboire sur la banquette, et le saluai d'un vague hochement de tête. Je prenais Maya dans mes bras pour descendre de voiture, et déglutis bruyamment face à la maison. Je la tenais toujours, et glissai la clé dans la serrure, pour ouvrir la porte dans un grincement sinistre.

Il faisait nuit noire dans les rues de Forks, et l'intérieur de la maison n'était pas plus lumineux. Pas un bruit ne s'échappait du dehors. Seules quelques lumières dans les maisons me prouvaient que je n'étais pas dans une ville fantôme. Il restait encore quelques photos sur les murs. De moi, de ces gens qui m'ont élevée comme leur fille. Au fur et à mesure que je revisitais les lieux, j'allumais toutes lumières sur mon passage. Maya gémit dans sommeil en gigotant. Je la posais délicatement dans mon ancien lit et l'entourait d'oreillers pour qu'elle ne tombe pas. Il était plus de 23heures, et j'étais épuisée, le voyage avait été difficile avec Maya.

Je vidais mes valises dans mon armoire, et remplis une petite commode de la chambre d'amis avec les affaires de Maya. L'eau fonctionnait et cela semblait être aussi le cas de l'électricité. Je me pris une douche rapide mais revitalisante avant de me glisser moi aussi dans mon ancien lit, elle contre moi. J'embrassais doucement ses cheveux fins et doux pour m'endormir rapidement.

Voilà une semaine que j'étais à Forks, j'avais fait un tas de choses. J'avais commencé par m'acheter une voiture, une petite citadine noire, datant de 5ans. J'avais ensuite fait des courses et acheté tout ce qu'il manquait à Maya, un lit, une poussette, un maxi cosy… Ce genre de choses dont tous les bébés ont besoin. J'étais aussi passée à la crèche pour l'inscrire dès la rentrée de septembre. Je ne savais pas encore si j'allais me trouver un emploi ou retourner au lycée, pour au moins passer mon bac.

Je n'avais pas encore eu le courage d'aller à la Push, j'avais trop peur. Peur de savoir ce qu'il est devenu, peur de le voir avec une autre, peur qu'il veuille me la prendre. Elle était tout ce que j'avais.

Ma peur de vivre dans cette maison si proche de la forêt me passa un peu quand j'appris que le shérif habitait la rue d'à côté.

Chaque jour, j'avais un peu plus envie d'aller à la Push. Comme si une partie de moi m'y poussait. Comme si je n'avais pas déjà assez souffert.

Aujourd'hui, il faisait exceptionnellement beau à Forks. Un vrai temps de mois d'août. Je décidais d'emmener Maya à la plage. Autant en profiter, non ? Je savais au fond de moi que je me cherchais juste une raison pour y aller. Mais j'en avais trouvé une, alors pourquoi pas ?

Je n'avais aucune idée de ce qu'il se serait passé si je le voyais, mais même si ça me faisait peur, je ne n'aurais pas pu l'éviter éternellement de toute façon.

Je finissais de préparer un sac avec nos affaires, montai Maya dans la voiture. Je roulai lentement vers La Push, comme pour retarder l'échéance. Peut-être ne le croiserais-je pas. Et s'il est parti ? S'il ne vit plus ici ? Ce n'est même pas sûr qu'il se souvienne de moi. Une part de moi priait pour ne pas le croiser, une autre priait pour qu'il me voie.

Finalement, je passais ma journée tranquillement avec elle, à jouer dans le sable, barboter dans l'eau… Un vrai moment paisible. Elle s'était beaucoup amusée à donner de grands coups dans l'eau.

J'installai Maya sur son siège, fermai sa portière et fis le tour de la voiture pour monter côté conducteur. Mais je rentrais en plein dans quelqu'un, cependant il me rattrapa avant que je ne tombe au sol. Il me prit par les épaules pour me remettre sur mes jambes.

-Je suis désolée je vous av…

Je me coupai en voyant son visage.

-Milla ? S'exclama-t-il, ahurit.

Je baissai la tête.

-Salut Paul…

-Mais… Mais où tu étais passée ? Ca fait un bail que je t'ai pas vue…

-Tu voulais plus me voir, tu te souviens ? Répliquai-je, plus amère que je ne l'aurais voulu.

Il se massa la nuque, comme avant, quand il était gêné.

-Ouai… Mais je ne pensais pas que tu partirais à cause de moi.

-Je ne suis pas partie à cause de toi, je suis retournée… A l'orphelinat quelques temps et puis… Quelque part ailleurs.

Je serrai mes bras autour de ma poitrine et m'approchais de la porte.

-Je dois y aller, murmurais-je.

-Euh… D'accord. Tu es sure que ça va ? Me demanda-t-il, inquiet.

Avant que je ne réponde, Maya se mit à pleurer. Je me pinçai les lèvres et fermai fort les yeux, en priant pour qu'il ne l'ait pas entendue. Mais la petite persistait, je me dépêchai d'aller la prendre dans mes bras pour la calmer, sans faire attention au regard de Paul. Je la berçais doucement dans mes bras tandis qu'il ne disait rien, surement trop choqué. Je n'osais pas le regarder.

Je m'y risquais finalement, et le vis les yeux grands comme des soucoupes, la bouche ouverte, la mâchoire prête à tomber, les bras ballants le long du corps.

-Euh Paul… Ca va ? M'inquiétais-je.

Il pouvait penser que je faisais du babysitting, non… ? Il resta muet encore quelques secondes, avant de secouer la tête, comme pour se remettre les idées en place. Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux, pour se calmer. Il souffla un bon coup, avant de me demander.

-Qui… Qui c'est ? Bégaya-t-il.

Je le regardai dans les yeux, la caressai tendrement et me raclai la gorge avant de parler.

-C'est… C'est ma fille.

-Ta fille ? Insista-t-il.

-Oui, ma fille… Pourquoi ? Demandai-je innocemment.

Il se rendit compte que je feintais l'ignorance, et me darda d'un regard peu amène.

-Et… Son père… ?

-T'as pas envie de le savoir, martelai-je, la voix dure.

Je réinstallais ma fille délicatement dans son siège, l'attachais puis fermais sa portière, en me tournant, je remarquai qu'il s'était approché de là où elle était.

-Ne t'approche pas d'elle ! M'écriai-je, avec un trémolo dans la voix.

-Milla, est-ce que c'est ma fille ? Me demanda-t-il doucement.

-Paul laisse-moi tranquille !

Je commençai à pleurer, ce qui l'alarma.

-Hey… Souffla-t-il. Calme-toi… Je ne vais rien lui faire…

Il tenta de me prendre dans ses bras mais je me reculai vivement.

-Milla… J'ai le droit de savoir, non ? Est-ce que c'est ma fille ?

-Je… Je… Euh… Oui…

J'essuyai mes larmes tandis qu'il la regardait à travers la vitre de la voiture.

-Je… Peux la voir ? Quémanda-t-il, hésitant.

-Non.

-Quoi ? Mais pourquoi ? Milla je…

-Tu as oublié ta promesse ? Moi non, alors je m'en vais, et tu ne la verras pas.

-Mais je suis son père, t'as pas le droit de me priver d'elle ! Comme tu n'as pas le droit de la priver de moi. Tu ne crois pas qu'elle a le droit d'avoir un père ?

Je le fusillai du regard, et croisai mes bras sur ma poitrine.

-Passe chez moi dans deux heures, répliquai-je, la voix plate.

-Merci, souffla-t-il.

Je retournai vers le côté conducteur.

-C'est pas pour toi que je le fais.

Il hocha simplement la tête.

-Ca te dérange que je ne vienne pas seul… ?

Je réfléchis un instant en attachant ma ceinture.

-Tu veux ramener qui ? Demandai-je en fronçant les sourcils.

-Sam… Il… Il m'aide beaucoup à gérer les situations… Euh… Complexes ? Finit-il comme une question.

-Juste lui, personne d'autre, c'est clair ? Ma maison n'est pas un squat pour ta bande, et la petite est fatiguée.

Il acquiesça et me remercia d'un regard.

-Au fait… Comment elle s'appelle ? Me questionna-t-il en redevenant timide.

-Maya, répondis-je avant de démarrer la voiture et de m'en aller.

Je rentrai vite chez moi, pris un petit bain à ma fille, pour que sa peau ne sèche pas avec le sel marin. Je me pris aussi une douche, rangeai rapidement la maison. Je finissais de me sécher les cheveux quand on frappa à la porte. Maya jouait dans son portique en riant. Je vins ouvrir et découvris sans surprise Paul et Sam.

-Bonjour, murmurai-je.

Je n'aimais pas beaucoup Sam, c'était quand il a commencé à le fréquenter que Paul m'a quittée. De plus, sa carrure, encore plus imposante que celle de Paul, m'impressionnait vraiment. En quelques mots, il me faisait peur.

-Salut, me sourit Paul.

-Bonjour Milla, me salua gentiment Sam en me tendant la main.

Je la lui serrai timidement et leur fis signe de rentrer. Ils me suivirent au salon, où se trouvait ma princesse. Paul sourit de toutes ses dents en la voyant rire. Elle s'amusait à donner des coups dans un hochet et s'esclaffait au tintement que cela produisait. Je leur proposai de s'asseoir, ce qu'ils firent, de sorte à la voir. Sam restait sérieux, mais je remarquai qu'il retenait un sourire en voyant son ami comme ça.

-Vous voulez boire ou manger quelque chose ? Demandai-je poliment.

-Non merci, refusa Sam.

Maya s'amusait maintenant à rouler de son ventre à son dos. Paul était tellement absorbé par le bébé qu'il ne m'avait pas entendu. Je n'étais pas du tout à mon aise, et Sam du le sentir, vu le regard qu'il m'adressait.

-Maintenant que tu l'as vue, tu peux partir je crois, non ?

Il sursauta, comme s'il revenait à la réalité.

-Mais je… Enfin il faut qu'on en parle Milla… Je veux m'occuper de ma fille.

Je déglutis.

-Je… J'ai pas besoin de ton aide pour m'occuper d'elle. Je m'en sors très bien toute seule.

-Non non non ! Je n'ai pas dit le contraire Milla ! S'exclama-t-il en levant les mains. Je veux faire partie de sa vie. J'en ai le droit…

-Qu'on soit bien clairs, expliquai-je. Tu n'as aucun droit sur elle, tu n'es rien pour elle. Je te laisse la voir uniquement parce que je ne veux pas qu'elle m'en veuille plus tard. C'est la seule chose qui m'empêche d'appeler la police pour te faire sortir d'ici. Compris ?

Il fronça les sourcils.

-J'ai autant de droits que toi.

-Non ! Aux yeux de la loi, tu n'es même pas son père, annonçai-je en serrant les poings. Rien ne t'autorise à me la prendre, c'est clair ?

-Hey, calme-toi… Me dit Sam. Paul n'a pas l'intention de te prendre Maya… Il veut juste voir sa fille de temps en temps.

-C'est vrai ? Murmurai-je, un peu rassurée.

Je me levai et pris mon bébé dans mes bras. Je lui caressai le dos en l'asseyant sur mes genoux une fois retournée à ma place.

-Oui, je te jure que je ne te ferais jamais ça Milla… Me promit-il.

-Pour ce qu'elles valent, tes promesses, sifflai-je.

Il baissa la tête. Sam semblait gêné.

-Je suis désolé…

-Je suppose que je ne mérite toujours pas d'explications ? Répondis-je sans faire attention à ses excuses.

Il questionna son ami du regard. Celui-ci se massa la nuque.

-Je pense que vu les circonstances… Marmonna-t-il.

-Bien, je vous écoute.

-Pas maintenant… Hum… Tu voudrais venir à un feu de camp ? M'invita Paul.

-Tu te fous de moi ? Tu crois que j'ai que ça à faire ? J'ai plus le temps pour les soirées entre ado moi !

-Ce n'est pas pour une soirée entre amis, intervint Sam. Pour comprendre ce qu'on te dira… Plus tard, il faut que tu en apprennes un peu sur les légendes Quileutes. Et à ce feu de camp, il y aura les anciens de la tribu, qui les racontent. Et tu pourras rencontrer la… Bande.

-J'ai pas envie d'en faire partie, ni de devenir votre amie.

-C'est… Plus comme une famille, si tu préfères. Le secret nous lie tous, me dit doucement Paul.

Je le regardais dans les yeux quelques secondes.

-Je fais ça uniquement pour qu'elle ait une famille, chose que je ne peux pas lui offrir, on est bien d'accord ? Soufflai-je.

Il hocha la tête avec empressement. Sam me donna un regard respectueux. Les yeux du père se reportèrent sur ma fille qui jouait avec ses pieds. Il semblait hésiter avec ses mots.

-Quand… Quand est-ce que je pourrais revenir la voir ? Demanda-t-il finalement.

-Quand tu veux je pense… Mais appelle-moi au moins une heure avant de venir.

Il m'offrit un sourire digne d'une pub pour dentifrice. Je lui donnais mon nouveau numéro, et il me donnait le sien. Sam me donna celui de chez lui, au cas où j'aurais besoin de quelque chose.

-Je sais me débrouiller toute seule, répondis-je.

J'avais horreur d'être assistée.

-Si tu as besoin d'une baby sitter, ma fiancée s'occuperait de Maya avec plaisir…

-Merci, mais je l'ai déjà inscrite à la crèche.

-Si tu veux que je prenne quoi que ce soit pour la petite ou pour toi… Tu n'hésites pas, hein ? Me proposa Paul.

Ils sont débiles ou quoi ? J'ai du leur dire au moins 2 fois !

-D'accord, soupirais-je.

Il se remit à observer notre fille, et me regarda, hésitant et timide à nouveau.

-Je peux la porter ? Demanda-t-il d'une petite voix.


Note de l'auteur:

Coucou ! J'espère que ce premier chapitre vous aura intéressé ^^ Le second est déjà prêt, il n'attend que vos reviews pour être posté !