-Je peux la porter ? Demanda-t-il d'une petite voix.

Après avoir hésité une seconde, je hochai timidement la tête. Je lui fis signe de rester assis, et me levai doucement pour la lui ramener. Il en sautillait presque de joie. Sam souriait lui aussi, comme s'il était fier de son ami. Je posai délicatement Maya sur les genoux de son père. Elle émit un doux gazouillement, elle semblait contente de voir un nouveau visage. Il passa lentement ses mains dans le dos de mon bébé, à croire qu'il avait peur de la casser.

-Coucou toi, murmura-t-il en souriant.

Il la regardait comme s'il découvrait une nouvelle merveille du monde. Elle gloussa en entendant sa voix. Il entrouvrit la bouche, émerveillé. Sam me remerciai du regard. Maya posa doucement ses mains sur les joues de son père, je me mordis la lèvre pour ne pas rire, sachant ce qu'elle allait faire.

-T'es mignonne toi, hein... Roucoula-t-il.

Elle lui mit une petite gifle avant d'éclater de rire.

-Ah bah en fait non, commenta Sam en riant lui aussi.
-Elle ne sait pas que c'est une bêtise, la défendis-je en souriant. Ce qui la fait rire, c'est juste la tête qu'on fait...

Paul ne nous écoutait pas, trop absorbé par sa fille. Elle tendait maintenant la main vers ses cheveux à lui, et fronçait les sourcils quand ses doigts ne pouvaient les attraper, puisqu'ils sont trop courts.

-Hé non ! Raté princesse ! Se moqua-t-il gentiment.

Il lui fit des chatouilles, et elle gigotait dans l'espoir de lui échapper. Je les laissai jouer tous les deux, heureuse au fond de moi de les voir ensembles.

-Elle a quel âge ? Me demanda Sam.
-Tout juste 4mois, mais elle est pas mal éveillée pour son âge.
-Et comment cela se fait-il qu'ils t'aient gardé à l'orphelinat alors que tu attendais un enfant ? S'étonna-t-il.
-Ils ne l'ont pas fait. J'ai caché le plus longtemps possible ma grossesse. Mais y'a des choses qui se remarquent... Dis-je tristement. J'ai passé les 5 derniers mois de ma grossesse dans un centre pour jeunes filles mères. Et les premiers mois de Maya aussi. Mais à ma majorité, j'ai appris que j'étais héritière de la maison de mes derniers parents adoptifs.

Il hocha la tête, ne sachant quoi dire. Paul avait relevé les yeux en entendant mon histoire, et affichait un air peiné et coupable. La petite parut mécontente qu'il ne fasse plus attention à elle, elle émit un petit cri d'énervement, nous faisant tous rire.

-Oui oh là là ! Je te regarde ma puce... Lui dit-il avant de lui faire un gros bisou.

Ils jouèrent ensemble encore un peu, puis mon bébé se mit à pleurer en tendant les bras vers moi.

-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? S'alarma son père.

Je regardai l'heure et souris.

-T'as rien fait, elle a faim c'est tout.
-Je peux lui donner à manger ?
-Je crois pas non, pouffai-je.
-Et pourquoi ? S'écria-t-il.

Je levai les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'étais une gamine et que j'allais lui interdire ça, sous je ne sais quel droit ? Je repris ma fille dans mes bras alors qu'elle continuait de pleurer.

-Parce que je l'allaite. Voilà pourquoi.
-Oh... Marmonna-t-il, gêné.
-On va vous laisser alors, ajouta Sam.

Le jeune papa parut déçu mais hocha la tête. Il vint embrasser la joue de sa fille et il m'adressa un sourire timide, comme s'il ne savait pas comment se comporter avec moi. Il devait probablement avoir une petite amie...Pensai-je. Sam me salua d'un vague signe de tête et je les raccompagnai dehors. Les aux revoir ont cependant été écourtés, Maya ne cessait de pleurer.

Paul m'avait appelé le lendemain pour savoir s'il pouvait passer voir sa fille. Seulement j'avais des papiers à faire. Si je voulais me trouver un emploi, ou m'inscrire au lycée, il me manquait certains documents administratifs. Et j'avais ensuite un frigo à remplir.

-Mais, et après, insista-t-il. Je peux venir ?
-Paul... Elle et moi on sera fatiguées, ça servirait pas à grand-chose. Tu ne peux pas attendre demain ?
-Tu tiendrais toi ? Contra-t-il.

Je me tus un instant face à sa répartie.

-Je comprends ce que tu ressens, mais quand je serais installée pour de vrai, tu auras beaucoup plus de temps avec elle. Crois-moi, ça m'amuse pas de cavaler dans toute la ville avec un bébé.

Il marmonna dans sa barbe, comme lorsqu' il savait que j'avais raison. J'entendis une voix féminine à l'autre bout du fil, après quoi il s'excusa et me dit qu'il avait quelque chose à faire. Je hochai machinalement la tête, avant de me rendre compte de ma bêtise, et qu'il ne me voyait pas. Je le saluai brièvement et terminai de me préparer.

J'avais du aller jusqu'à Port Angeles pour mes papiers. Je détestais emmener Maya là-bas, il y avait du bruit, les salles d'attente étaient sales, et les heures interminables. Mais elle devait être présente.

Ma corvée accomplie, je décidai de repasser par chez moi, me reposer une petite heure et laisser mon bébé faire une petite sieste. Alors que je m'apprêtais à ressortir pour aller faire mes courses, on frappa à la porte. Me demandant qui pouvait bien venir me voir, je vins ouvrir. Je découvris bien sûr, Paul sur mon porche, des sacs dans les bras. Je m'écartai vite quand il s'engouffra à l'intérieur.

-Euh... Bonjour... C'est quoi tout ça ? Demandai-je.
-Tes courses, répondit-il en roulant des yeux. Elle est où Maya ? Me questionna-t-il, tout content.
-Elle dort dans son maxi cosy, j'allais justement sortir. Paul... Merci, c'est gentil de ta part mais... Le fait plus, s'il-te-plait. Je sais m'occuper de moi.
-J'ai fait ça pour t'aider. Tu ne peux pas tout faire. Et comme ça tu te reposes, et je vois ma fille ! Se justifia-t-il en souriant à s'en faire mal aux joues.
-Avoue que tu l'as fait juste pour ça... Gloussai-je.
-Non, je voulais aussi t'aider, insista-t-il. Donc, elle dort ? Dans son maxi cosy ? Mais faut la mettre dans son lit maintenant ! Dit-il en sortant de la pièce, me laissant tous les sacs sur la table.
-Paul... Chuchotai-je en le retrouvant dans le salon, prêt à la sortir de là. Doucement, tu vas la réveiller.
-Oui oui.

Il la prit délicatement dans ses bras, et la porta à l'étage. Je l'y suivis pour lui montrer la chambre.

-Elle est où sa chambre ? Demanda-t-il justement.
-Elle dort avec moi... J'ai pas encore fait la déco de la sienne, et je n'aime pas trop la laisser dormir toute seule...

Je le guidai à ma chambre et fermai les volets tandis qu'il la posait tout doucement dans son petit lit. Nous sortîmes de là sans un bruit, et après avoir allumé le baby phone, je fermai la porte aussi silencieusement.

-Si tu veux, me dit-il une fois que nous étions de retour à la cuisine. Je peux m'occuper de sa chambre. Je peux te faire la peinture, te monter les meubles, ce genre de trucs.
-Hum oui je veux bien, acceptai-je en rangeant les courses. Tu as du temps libre en ce moment ?
-C'est encore les vacances, je pense bien pouvoir trouver du temps pour faire ça.

Il murmura quelque chose pour lui-même, il semblait pensé à un autre détail, ce qui n'avait pas l'air de le ravir. Je finis mon rangement en silence, le laissant à ses réflexions moroses. Une fois mon travail terminé, je me mis devant lui, et essayai de le faire sourire, comme... Avant. Il me suffisait de lui faire un sourire enfantin, dont j'étais la seule à avoir le secret, pour qu'il sourie. Mais cette période de complicité était révolue. Cela ne marcha pas, et il détourna la tête, pour me cacher son regard triste.

-Quelque chose ne va pas ? Demandai-je finalement.
-Je... J'ai pas... Encore dit à Ra... Enfin à mon... A ma petite amie, bégaya-t-il. A propos de Maya...

Il se massa la nuque. Je tournai la tête et fis semblant de chercher quelque chose dans un placard. Pour ne pas lui laisser voir mes yeux, surtout pas. Je préparais du thé, de dos à lui.

-Va lui dire maintenant, murmurai-je. Et t'as qu'à revenir quand la petite sera réveillée. Enfin si tu veux.
-Euh... Je sais pas... Déjà comment elle va le prendre... Et si je lui dis, c'est pas pour repartir juste après.
-Fais comme tu veux, je te disais juste ça moi.

Il haussa les épaules et refusa poliment mon thé.

-Je crois que t'as raison, si j'attends trop et qu'elle le découvre, elle va surement m'en vouloir.

Il alla vérifier que Maya dormait bien, puis il quitta ma maison.

PDV Paul

Je retournai à la Push, en trainant du pied si l'on peut dire. J'avais inconsciemment évité Rachel depuis que j'avais appris pour... Ma fille. J'étais censé passer la soirée précédente avec elle, et avais annulé, prétextant une patrouille. Bon... Ce n'était pas totalement un mensonge. J'étais en loup, je rodais dans la forêt, mais pas pour protéger la tribu. Sam voulait qu'on parle de toute cette histoire, comment j'allais gérer... Mais il ne m'avait pas forcé à ce qu'on le fasse ce soir là. Seulement, je ne me sentais absolument pas prêt à le dire à Rachel. Et je ne pouvais pas non plus être avec elle sans lui avouer. Ce serait comme lui mentir.

C'est donc le cœur lourd que je frappais à sa porte. Une migraine pas possible me prit le crâne. Comment allait-elle le prendre ? Allait-elle me rejeter ? La rejeter ? M'en vouloir ? Allait-elle s'énerver ? Allait-elle m'éviter à son tour ? Tant de questions qui ne faisaient qu'agrandir mon anxiété déjà importante, et qui me rendaient malade.

La porte s'ouvrir quelques secondes plus tard, sur ma moitié. Elle me regardait durement, mais ses beaux yeux bruns brillaient.

-Qu'est-ce que tu veux ? Me demanda-t-elle froidement en guise de salut.

Bonjour mon cœur, toi aussi tu m'as manqué. Oui oui ne t'en fais pas je vais bien.Pensai-je d'abord. Puis en me rendant compte qu'elle n'allait vraiment pas bien, je m'inquiétais. Je m'approchai doucement d'elle.

-Hey ça va ? Lui dis-je en lui caressant les bras.
-NE ME TOUCHE PAS ! Cria-t-elle presque.

Elle se dégagea en me fusillant du regard, mais elle cachait mal un air blessé. Je restai un peu bête devant le fait qu'elle m'ait repoussé.

-Chérie, qu'est-ce qu'il y a ?
-Tu oses me demander ce qu'il y a ? Dégage ! Je veux plus te voir !

Elle tenta de me pousser en appuyant ses mains sur mon torse.

-Vas t'en je te dis !
-Mais Rachel, qu'est-ce que j'ai fait ? M'écriai-je.
-Tu m'as menti ! J'espère que tu t'es bien amusé hier !
-Quoi ? Mais de quoi tu parles ?
-Désolé ma puce, je peux pas venir ce soir, j'ai une patrouille, m'imita-t-elle. Une patrouille hein ? Pas une ex ? Pff, tu me dégoutes, t'as raison, nie jusqu'au bout ! Enfonce-toi encore plus !
-Hey calme-toi Rachel, dis-je doucement. Je t'ai pas menti, hier soir, j'étais avec Sam. Mon ex... ?

Après avoir réfléchis une seconde, la réponse me frappa de plein fouet. JACOB ! Toujours prêt à foutre la merde entre sa sœur et moi... Il serait prêt à tout pour qu'on se sépare. Seulement, jusqu'ici, il n'avait pas eu grand-chose à me reprocher vis-à-vis d'elle. Il a trouvé un os à ronger ! Sale chien !

-C'est pas ce que tu crois... Je te jure qu'hier soir j'étais pas avec elle... Je... L'ai croisée à la plage, et je suis passé chez elle...
-QUOI ? Chez elle en plus ! Paul, vas t'en !
-Mais laisse-moi finir au moins ! Je ne suis pas allé chez elle pour m'amuser si c'est ce que tu crois.
-Ah bon ? Alors attends, laisse moi réfléchir, tu veux bien ? Qu'est-ce que mon petit ami irait foutre avec son ex, CHEZ ELLE ?
-Mais bon sang Rachel ! Tu me fais quoi là ? M'emportai-je. Une crise de jalousie ? T'as pas confiance en moi, c'est ça ? Pff... C'est bon, tu sais quoi, je ne voulais pas te l'annoncer comme ça, et encore moins qu'on se dispute. Mais voilà, j'ai découvert hier que j'ai une fille avec elle, Milla, mon ex. T'es contente ? Là, ça te va comme réponse ?

Elle ne répondit pas, elle restait figée, la bouche ouverte, les yeux exorbités d'horreur. Puis elle se reprit, et hoqueta.

-Qu... Quoi ? Bégaya-t-elle.

Elle porta sa main à sa bouche, tandis que les larmes lui montaient aux yeux. La voir ainsi me déchirait le cœur. Je ne connaissais pas de supplice plus douloureux que de la voir pleurer.

-Donc... Donc nous deux, c'est fini, c'est ça ? Sanglota-t-elle. C'est ce que tu es venu me dire ? Que tu me quittes, pour rester avec elles et fonder une famille, hein ?
-Quoi ? M'ahuri-je. Qu'est-ce que tu racontes Rachel ? Jamais je ne ferai ça, jamais je ne te quitterai !

Je la pris dans mes bras et la serrai contre moi. Elle continua de pleurer contre mon torse, en s'accrochant à mon tee-shirt. Je lui caressai le dos et embrassai ses cheveux.

-Mon amour... Chuchotai-je à son oreille. Je t'en supplie arrête de pleurer... Je t'aime, et je n'en aimerai jamais une autre que toi. Et jamais personne ne me séparera de toi, tu m'entends ?

Elle hocha la tête et sécha ses larmes avec les manches de son pull. Je pris son visage en coupe et l'embrassai tendrement en lui caressant les joues. Ses petites mains vinrent s'accrocher à ma nuque. Alors que l'oxygène se fit rare, je me détachai de ses lèvres et collai mon front au sien. Elle ferma les yeux et me murmura un doux je t'aime.

PDV Milla

Il était parti, et moi, j'essayai de ne pas penser à ce qu'il venait de se passer. Il venait de me parler de sa petite amie. Celle qui m'a remplacée. Celle qui le rend heureux. Celle qu'il aime. Celle qui est surement meilleure que moi. Surement plus belle, plus intelligente, moins chiante, plus douce, moins rebelle, moins compliquée, moins têtue, plus discrète, moins grande gueule, que moi.

J'avais tenté de penser à autre chose en regardant un film, je ne saurais même pas vous dire lequel, ou de quoi il parlait. J'étais tellement dans mes pensées déprimantes que je ne me souvins de ma fille que lorsque je l'entendis pleurer. J'éteignis la tv, et montai pour aller m'occuper d'elle.

La petite princesse ne semblait pas contente de ne pas m'avoir trouvé à son réveil. Mais dès qu'elle me vit, son visage s'illuminait, comme à chaque fois. Et dès que je voyais ce sourire, je me disais que j'avais fait le bon choix. Que j'ai bien fait d'avoir gardé mon enfant. Malgré tout ce que j'ai enduré, durant ma grossesse, une fois qu'elle était là, je ne regrettai absolument rien. Et j'étais fière de pouvoir la faire sourire.

Je la pris dans mes bras avant de faire de gros bisous sur ses petites joues bien rondes et toutes douces.

C'est alors que j'entendis mon téléphone sonner. Maya toujours dans mes bras, je m'empressai d'aller répondre.

-Oui allô ?
-Salut Milla, c'est Paul.
-Oh, salut.
-Dis, Maya est réveillée ? Demanda-t-il, tout excité.
-Oui, je viens de la sortir du lit. Pourquoi ? Répondis-je, intriguée par son changement d'humeur.

Elle essaya justement de me prendre le téléphone des mains. Je le changeai d'oreille.

-Non bébé ! Tu ne touches pas. Excuse-moi Paul, tu disais ?
-Qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle veut me parler ?

Je soupirai.

-Elle te connait à peine, et elle a pas entendu ta voix. Elle veut juste mettre le téléphone à la bouche. Tu voulais me dire quoi ?
-Tu me la passe s'il-te-plait ? Quémanda-t-il sans m'écouter.

Je soupirai une nouvelle fois en levant les yeux au ciel.

-Attends deux secondes.
-Ok !

J'appuyai sur un bouton du téléphone et allais m'asseoir sur le gros tapis du salon. J'allongeais ma fille contre un oreiller pour qu'elle ne soit pas tout à fait assise, de toute façon, à son âge, elle n'y arrivait pas encore. Je tenais le téléphone en face d'elle.

-Voilà, c'est bon j'ai mis le haut-parleur, lui dis-je.
-Merci. Coucou bébé ! C'est papa, j'espère que t'as fait de beaux rêves mon ange...

Elle parut le reconnaître, puisqu'elle émit un gazouillement en tendant les mains vers le téléphone. J'esquissai un sourire en la voyant comme ça.

-Je vais bientôt revenir ma puce. Mais papa va venir avec quelqu'un de très gentille. Papa l'aime beaucoup. Elle s'appelle Rachel.

Je me figeai. Pourquoi me faisait-il ça ?