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PDV Paul

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Cette matinée avait été d'un ennui mortel. Je n'étais pas très doué en sciences, ni en langues. Juste en math. Donc j'avais choisi de faire un diplôme économique… En d'autres circonstances, mon cours d'éco de ce matin, le premier de la journée et de la semaine m'aurait peut-être intéressé. Mais je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'elle.

Elle me manquait atrocement. Je ne l'avais pas vue depuis vendredi soir, et mon cœur me brulait… Je l'avais quittée précipitamment dans la nuit qui plus est. Sans même prendre le temps d'un petit baiser. Qu'est-ce que je regrettais… Je me rendais compte que ma vie sans elle n'en était pas une. Trois jours seulement que je ne l'avais pas tenue dans mes bras et je me sentais déjà plus que vide.

La plupart des filles du lycée, que j'avais évité pendant toutes les vacances, puisque je passais mon temps avec elle, avaient été choquées par mes refus. En même temps, ma relation avec Rachel devait rester secrète, jusqu'à la fin de l'année. Je ne voulais pas qu'elle perde son emploi, c'était déjà une des rares choses qui la retenaient à la Push…

Rien ne m'avait redonné le sourire ce week-end, pas même Maya. Pendant la pause, je jetais un œil dans la cour et vis que Kim avait Milla à ses cotés. Je n'avais pas à m'en faire pour elle, et de toute façon, j'avais d'autres choses à penser. A l'heure du repas, je vis Rachel passer sur le parking du lycée, se diriger vers sa voiture et s'en aller. Elle me vit mais son regard resta sans expression. M'en voulait-elle ? Ou m'ignorait-elle pour son travail ?

Pendant le déjeuner, je ne parlais pas à la meute, perdu dans mes pensées. Milla tenta d'engager la conversation à laquelle je coupai court. Quil me réprimanda en me disant que lui non plus ne voyait pas celle à qui il tenait tout particulièrement, mais qu'il ne nous faisait pas la gueule. Je me contentai de le fusiller du regard une seconde avant de me lever, de jeter mon plateau à peine entamé et de sortir du self, m'en allant dans un coin où personne n'allait jamais.

C'est le cœur lourd que je terminais ma journée de cours, avec l'intime conviction d'aller la voir tout de suite après.

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PDV Milla

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La matinée s'était plutôt bien passée. J'avais eu du mal à ne pas me foutre du professeur de sciences nat' et me faire virer de cours, mais je m'étais forcée. Billy avait eu du mal à me faire entrer dans ce lycée, vu les charmants commentaires que le lycée de Forks avait laissé dans mon dossier scolaire. Ma petite princesse me manquait beaucoup… Plusieurs débiles à gros bras m'avaient demandé mon numéro. Pfff… Parce que j'étais la seule « visage pâle » du lycée, ils s'imaginaient que j'allais m'amuser avec eux ?

Paul m'avait à peine adressé la parole pendant le déjeuner. Il avait une sale tête… La phrase de Quil me fit comprendre que c'était à cause de Rachel. Très franchement, je ne le comprenais pas. Pourquoi se donnait-il du mal pour elle ? Elle l'avait laissé ce week-end pour aller s'amuser à Seattle de ce que j'avais compris. Je ne vois pas pourquoi elle n'a pas emmené son petit copain avec elle.

Pour moi, leur relation ne pourra pas marcher. Leur différence d'âge est un réel problème. Ils n'ont pas les mêmes occupations, il est lycéen, elle est prof. Ils ne doivent pas avoir grand-chose à se dire. Je ne vois pas non plus ce qui l'attire chez elle… Paul est plutôt du genre du mauvais garçon qui n'en fait qu'à sa tête, et elle paraît être la petite intello de sa famille. Bien qu'un détail semble indéniable, Rachel est une très belle femme.

Serais-je jalouse de leur relation ? Voulais-je Paul de retour avec moi ?

Après le repas, il nous restait un peu de temps avant la reprise des cours. Kim me demanda pourquoi j'étais restée… Distante avec Seth. Je lui expliquais ce qu'il avait fait, et le moment qu'il avait passé chez moi ce week-end quand Paul l'avait emmené. Il s'était excusé mais je restais méfiante. Ce que je ne pouvais pas lui reprocher, c'est que Maya était plus qu'heureuse dès qu'elle le voyait. Elle gazouillait et il la regardait comme un aveugle découvrant le soleil. Mais sitôt qu'il avait du partir et la poser, elle s'était mise à pleurer. C'était surement une bonne chose que Sue la garde, au moins elle le verrait de temps en temps, même si je ne lui faisais pas totalement confiance, il n'avait pas l'air d'être un mauvais garçon.

La première journée de cours se passa tranquillement. Je ne suivais pas vraiment mais Kim s'attachait à me remettre dans le droit chemin. Cette fille était vraiment adorable. J'avais été surprise en voyant sa relation avec son petit copain. Je connaissais Jared depuis un moment déjà et je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il soit aussi bien avec une fille comme elle. En y réfléchissant, ils me rappelaient un peu Rachel et Paul.

A la fin de la journée, je rentrais chez moi avec ma moto qui m'attendait toujours sur le parking du lycée. Je jetais mon sac de cours dans un coin de l'entrée, filai me prendre une douche bien chaude, préparait un gâteau au chocolat pour remercier Karine et me rendis chez elle. J'avais repris ma voiture, mais je préférais l'utiliser le moins possible, d'une parce que j'adorais la sensation de la moto, et de deux parce qu'elle consommait moins que la voiture.

En arrivant chez Paul, je fus déçue en ne voyant pas sa voiture. Je frappai à la porte et sa mère m'ouvrit rapidement avec un grand sourire. Elle tenait mon bébé dans ses bras et cette dernière se pencha pour que je la porte. En souriant moi aussi, je la pris et lui fis plein de bisous. Je rentrais et discutais un peu avec Karine.

C'est avec plaisir que je vis que ma fille lui rendait le sourire. Cette femme avait vécu des choses difficiles par le passé. Et aux traits tirés de son visage, on voit qu'elle est marquée à vie. Mais la petite lueur qui brille dans ses yeux quand Maya lui sourit me rassure.

Après avoir pris un café avec elle, je retournais chez moi, sachant que Paul ne viendrait pas avant un moment.

Je regardais la tv quand le téléphone sonna. Seth voulait venir voir ma fille. Après un moment d'hésitation j'acceptais et lui dit de ne pas trop traîner, je n'allais pas tarder à la mettre au lit. Il ne se fit pas attendre bien longtemps. Une petite voiture grise se gara devant ma maison. Seth descendit du coté passager et un très bel homme descendit de l'autre coté. J'avais oublié que Seth n'était pas en âge de conduire.

C'est presque en sautillant qu'il vint frapper à ma porte. Il m'avait à peine saluée que déjà il se précipitait vers Maya.

-Ok… Sympa pour moi, marmonnai-je, tout de même amusée.

-C'est Seth hein, on pouvait pas s'attendre à mieux, rit le jeune homme que j'avais oublié.

Je lui fis face en lui souriant, et lui fis signe d'entrer. Il était presque aussi grand que Paul. Plus fin aussi, mais on voyait qu'il était lui aussi gâté en muscles. Des cheveux courts et ondulés, aussi marrons que ses yeux. Je me perdis quelques secondes dans son regard.

La « connexion » fut rompue quand le rire de Maya retentit, je sursautais et baissais la tête pour cacher les rougeurs qui s'emparaient de mes joues. D'un signe de tête, je le guidais au salon avec moi. Seth était accroupi devant le parc de ma fille, et faisait des grimaces et des bruits ridicules pour la faire rire, ce qui, soit dit en passant, fonctionnait très bien. L'inconnu et moi nous joignions à son hilarité.

-Au fait ! Je ne me suis même pas présenté, s'excusa-t-il avant de me tendre la main. Je suis Embry Call. Un malheureux ami du fou que tu as sous les yeux.

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PDV Rachel

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A la fin de ma matinée de cours, je m'empressai de quitter le lycée, n'ayant aucune envie de le croiser. J'avais eu le « plaisir » d'avoir Seth et Quil dans mon cours. Ce grand dadet ayant redoublé. Le pire c'est qu'il peut avoir d'excellentes notes quand il daigne travailler. Après une heure à les reprendre dans leurs bavardages, j'étais enfin libre pour la journée. En sortant du lycée, il avait bien sur fallut que je me retrouve trempée entre la porte d'entrée et celle de ma voiture. Eh oui, on est à Forks tout de même…

C'est dans les moments comme ça que je haïssais Rebecca de vivre à Hawaï ! En démarrant, je croisais le regard que j'avais vainement tenté d'éviter jusqu'ici. Cela n'avait pas servi à grand-chose, mais je m'étais peint un regard indifférent et avais roulé jusque chez moi.

Mon père tenta de me parler mais je lui répondis à peine. J'avais toujours en travers de la gorge son comportement au feu de camp. Il devait se sentir bien seul ici. Entre Rebecca au pays du surf, Jacob au pays des vampires, et moi au pays du coup de gueule… Il n'avait qu'à rester avec le vieux Quil. Je n'étais vraiment pas d'humeur.

J'appelai Leah et lui proposais d'aller déjeuner en ville.


Je n'avais pas vu Leah féminine depuis des lustres. Elle s'était bien habillée, avait peigné ses cheveux et même un peu maquillée ! Un véritable choc pour moi. Je lui fis un gentil compliment en lui notant qu'elle devrait être comme ça plus souvent.

-Pour qui je devrais me faire belle ici ? J'ai pas envie de plaire à la Push. Ce n'est qu'un amas de gros débiles en chaleur, j'ai pas besoin d'eux moi, m'avait-elle répondu en grommelant dans sa barbe.

Elle eu le tact de ne pas me parler de Lui. Et j'appréciai son geste. On ne fit que passer un bon moment entre filles. On se marrait en voyant le serveur la draguer. Si si, je vous jure ! Si la meute savait ça…

Je lui proposais de venir chez moi après manger, ce qu'elle ne pu refuser puisqu'on se marrait bien. En arrivant, je remarquais que Billy était sorti. On s'installa dans ma chambre et… Elle aborda le sujet fâcheux. Je lui racontais tout ce qu'il s'était passé, ignorant les insultes qu'elle lançait à l'adresse de Paul. Elle me proposa de lui « démolir sa sale face de chien de la casse », offre que je refusais, bien évidement. Bon, j'ai eu un moment d'hésitation. Mais c'est compréhensif, non… ?

Alors que je l'accompagnais à la porte en fin d'après-midi, je vis la voiture de Paul se garer dans l'allée. Elle leva les yeux au ciel en entendant mon cœur battre plus vite, et je lui rendis une grimace. Elle descendit le porche et passa près de lui en le fusillant du regard comme seule elle savait le faire.

-Bonjour à toi aussi Leah, ironisa-t-il.

-Au revoir, gros naze, lui répondit-elle, amère.

Il soupira, guère impressionné. Je laissai la porte ouverte et allais m'asseoir dans le salon, me demandant ce que j'allais faire. Je me mis à tripoter mon bracelet alors qu'il fermait la porte après lui. Je luttais férocement contre la partie de moi qui me disait de me lever et de l'embrasser. Il s'assit sur la table basse, juste devant moi, et je me questionnais sur le phénomène physique qui avait du intervenir pour que cette vieille table ne craque pas sous le poids de ce tas de muscles. Oui, Paul et devant moi et je pense à ça ! C'est quand même mieux que de déprimer.

Je pris à cet instant la décision la plus stupide et la plus immature de toute ma vie.

-Rachel… Commença-t-il. Je crois qu'on a des choses à se dire, non ? Demanda-t-il piteusement.

Je me mordis la lèvre avant de répondre.

-Il n'y a rien à dire Paul.

-Mais je…

-Laisse-moi finir ! Insistai-je. Il n'y a rien à dire. Je te comprends, mais il faut que tu en fasses autant avec moi. Il faut qu'on voit les choses en face, tu as une vie compliquée, et moi aussi. On est chacun à un carrefour décisif. Tu as tes priorités et je le comprends.

-Quoi ? Mais Rachel…

-Attends ! Je pense qu'on devrait… Prendre du recul.

-Tu veux me quitter ? S'exclama-t-il, horrifié.

-Non… Mais on est allés trop vite Paul. J'ai mon travail et tu as beaucoup de choses à mettre au clair dans ta vie. On devrait… S'éloigner un moment. Je ne veux pas qu'on arrête de se voir, ça nous ferait trop de mal. J'ai besoin de toi mais je ne veux pas avoir d'espoir pour finalement ne t'avoir qu'à moitié.

-Rachel, je te jure que plus jamais je ne te ferais passer après les autres… Je t'en supplie… Et… Et si tu trouves quelqu'un d'autre ? Hein ? Je ne pourrais pas…

-Je n'irais vers personne d'autre Paul. Sauf si c'est ton cas. D'ici quelques temps, quand les choses se seront calmées… On reprendra là où on en était. Mais pour le moment, on ne peut pas.

Tout au long de la discussion, je n'avais pas osé le regarder. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas le regarder droit dans les yeux et lui dire que je ne voulais pas de lui pour le moment. Mes yeux lui auraient crié le contraire. Au dernier mot, je levais les yeux et les plongeais dans les siens. La vue me déchira le cœur.

Vous imaginez un petit chiot abandonné sur la route ? Ajoutez à cela qu'on l'aurait battu à mort, ce petit chiot. Là vous visualisez ? Et qu'il manque une patte à cette pauvre petite chose. Vous voyez le regard que vous lancerait ce petit chien ? Eh bien là, vous aurez une VAGUE idée du regard que me lança Paul. Il semblait agoniser.

Cependant, il ne dit rien. Il se leva, embrassa rapidement mon front, et sans un mot, quitta la maison. Je n'avais pas finit de dire « on ne peut pas », que déjà je regrettais chacun de mes mots.

Qu'est-ce que je venais de faire ?

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Ellipse, vendredi.

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Ne pas aller le voir. Ne pas aller le voir. Ne pas aller le voir. Ne pas a…Oui, bon, ça ne sert à rien de me répéter ça, puisque je vais finir par retourner vers lui, je sais ! Mais je gagne du temps. Toute la semaine je l'avais évité dans les couloirs du lycée, j'avais échappé à l'invitation d'Emily ce week-end, parlé le moins possible de lui avec Leah… Vous voyez, je m'en sors… Non ? Non.

Nous étions le vendredi suivant notre dernière « discussion », ou ma dernière erreur, comme vous préférez. Il était assis sur les marches des escaliers de l'entrée du lycée, et moi, j'allais sagement vers ma voiture. Ne pas aller le voir. Ne pas aller le voir…

Je le regardais dans les yeux, avec l'étrange sentiment que je n'allais pas m'arrêter à ma voiture, mais que j'allais vers lui. Ca y est, j'ai dépassé d'un pas mon auto… Et il n'est plus seul. Milla l'a rejoint. Encore. Elle était en permanence avec lui depuis l'événement-auquel-je-ne-dois-pas-penser. Comment je le sais ? La louve qui est quasiment ma meilleure amie maintenant lit ses pensées… Vous vous souvenez ? Et puis je suis dans le même lycée qu'eux… Je les vois toujours dans les couloirs tous les deux, c'est d'ailleurs ce qui me tient loin de lui jusqu'ici.

Bon, après ces pensées qui m'ont pris deux secondes précieuses de mon temps, je suis toujours là à le fixer bêtement… Il doit croire que je suis choquée. Elle ne m'a même pas remarqué. Tant mieux. Parfait. Super. Je détournais le regard une fois que j'avais repris mes esprits et tournais les talons pour rejoindre ma voiture. Hors de question que j'assiste à ça !

Je démarrais le plus rapidement possible et quittai l'établissement. Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. Ne pas pleurer…

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PDV Leah

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Rappelez-moi pourquoi je suis là moi ? Au pays des bisounours. Jared roule sa langue dans la bouche de Kim avec le rythme de rotation d'un lave-linge. Quil fait des chatouilles à ma petite cousine Claire, et lui embrasse les cheveux toutes les 8secondes 35, je vous jure… Mon frère babille ridiculement à la fille de Paul. Embry regarde la mère de la fille de Paul avec un air écœurant, et elle lui rend ce regard, qu'on leur amène les violons et les chandelles ! Et pour finir, le gros naze avec qui je sortais semble faire un concours avec Jared sur le nombre de pelles qu'il peut rouler à celle qui fut un jour comme ma sœur. Et Collin et Brady eh bien… Deux adolescents de treize ans… Qu'est-ce que vous voulez que je fasse avec ça ?

C'est un cauchemar. Aaaah ! Une face de déterré du nom de Paul vient de débarquer. Ce n'est pas trop tôt, j'allais m'ennuyer si on ne se disputait pas lui et moi. Si j'avais un jour effleuré l'idée d'éventuellement vouloir faire semblant de paraître presque heureuse de voir Paul (vous saisissez ou je reprends ?), ça aurait été aujourd'hui. Je souris en le voyant s'asseoir à coté de moi. Bon… J'attends le coup d'envoi pour les pics moi ! Pas d'insultes ? Rien ?

Eeeeh voilà… Monsieur fixe un cheveu par terre. Super.

-Salut gros naze ! Souriai-je.

- Elle va bien ? Répondit-il, le regard implorant.

Je soupirai lourdement. En plus de ne plus être chiant, il s'est ramolli, et il est pathétique.

-Oui elle va bien. Son frère est rentré ce week-end du manoir de Docteur Dracula. Elle passe du temps avec lui. Allez, puisque t'es pas drôle, je vais faire pleurer des gosses. Je m'ennuie, marmonnai-je.

-Attends ! Est-ce qu'elle…

-Paul ! S'exclama Mill-mecs-autour-de-moi.

Elle était presque venue en courant quand elle avait vu qu'il était là. Et bien sur, Embry l'avait suivit, après avoir ronchonné puisqu'il lui parlait. Et comme elle tenait sa fille, Seth avait suivit. Heureusement qu'Embry ne s'était pas imprégné, il était le seul que je supportais encore à peu près pendant les patrouilles… Mais il avait l'air de tenir à cette fille.

Paul me lança un regard qui semblait suppliant. Quoi ? Il ne me demandait quand même pas à moi de le débarrasser d'elle ? Pourquoi pas un plan pour récupérer Rachel aussi, tant qu'on y est ? Je toussais pour masquer mon rire et quittais la pièce.

PDV Milla

Depuis une semaine, Paul était… Mal. Il avait toujours le regard vide, les yeux rougis, (est-ce qu'il pleurait ?), des marques violettes sous les yeux, le teint pâle. Enfin… Pale, vous me comprenez. Pour mon plus grand plaisir, il ne parlait plus de Rachel, il n'avait même plus l'air de la voir. Seth m'avait confié qu'elle avait voulu s'éloigner quelques temps. Je passais ainsi beaucoup plus de temps avec lui, mais il était éteint.

Etait-il dans cet état après m'avoir quittée ? M'avait-il un jour aimé autant qu'elle ? Je doutais qu'une des réponses à ces questions soit positive, mais je suis jeune, pourquoi ne pas rêver ? Maya avait désormais un vrai lien avec son père. Et j'en étais la plus soulagée.

Ma fille semblait aussi… Connectée, à Seth. Dès qu'il la voyait, il ne la lachait pas d'une semelle. Mais mon bébé paraissait heureux, alors je n'avais rien contre. Cependant, je restais quand même sur mes gardes avec lui. Je ne pouvais pas avoir totalement confiance. D'ailleurs, je ne faisais encore confiance à personne. Sauf, peut-être, à Paul. Et encore.

D'ailleurs, il ne m'a toujours pas expliqué pourquoi il m'avait quitté… Je me suis laissé endormir par ces légendes. Tant pis, j'attendrais qu'on soit seuls. Nous avions passé une après-midi chez Emily, avec toute la « famille ». Ils me traitaient tous comme l'une des leurs et je ne m'en plaignais pas du tout.

Rachel n'était pas venue. Ca non plus, ça ne me dérangeait pas du tout. Paul n'avait pas à rester avec elle, il était tout pour moi. Cette semaine, j'avais passé aussi beaucoup de temps avec Embry. Je ne saurais décrire ce que je ressens pour lui. J'ai l'impression qu'il me comprend, qu'il lit en moi. Il est calme, doux et compréhensif, et il trouve toujours le mot pour faire rire.

Mais jamais je ne me serais cru capable d'aimer quelqu'un comme j'aimais Paul à cette époque. Parce que oui, je l'aimais.

Il me proposa de faire un tour dehors et j'acceptai. Il avait l'air très sérieux et inquiet en même temps. Il avait fourré ses mains dans ses poches, et baissé la tête. Je croisais mes bras sur ma poitrine, mal à l'aise. Le vent soufflait alors je replaçai une mèche derrière mon oreille. Autrefois, il l'aurait fait lui-même… Il adorait mes cheveux. Il les sentait souvent… Avant.

Le silence commençait à être pesant, j'étais de plus en plus inquiète. Je me raclais légèrement la gorge pour l'inciter à parler et tenter de combler mon malaise. Mais il ne prononça pas un mot. C'était donc si grave que ça ?

-Paul… Commençai-je. Qu'est-ce que tu voulais me dire ?

Il leva timidement les yeux vers moi. On aurait dit un enfant qui doit avouer une bêtise. Mais ses yeux m'imploraient…

-Milla… Ce que je vais te dire, c'est horrible. Je ne veux pas te faire souffrir plus que je ne l'ai déjà fait, mais il faut que je te le dise. Il le faut parce que sinon, je vais la perdre. Je la perds déjà et je ne peux pas le supporter, murmura-t-il sans me regarder dans les yeux.

Pas besoin d'être un génie pour savoir qui était « la » personne dont il parlait. Je hochais simplement la tête, faisant croire que j'étais prête. Je voulais juste… En finir. Plus vite il parlait, plus vite je pourrais partir.

-Vas-y, répondis-je, chancelante.

Il inspira un grand coup, comme pour se donner du courage. Ca ne sembla pas avoir l'effet escompté puisqu'il fixa la forêt. Il ne voulait pas me le dire… Il savait l'effet que ça allait avoir sur moi.

-Paul, dis-moi, insistai-je.

-Eh bien… Voilà… Milla, je ne suis plus amoureux de toi, je l'ai été, je tiens à toi, je t'aime, mais pas comme tu voudrais. Je ne peux pas. Je l'aime, elle, pour ce qu'elle est. J'ai besoin d'elle. Tu es une personne importante de ma vie, mais pas la plus importante. Jamais je n'ai ressentis ça pour personne, et je ne veux pas perdre ce qu'elle ressent. Je ne veux pas que tu espère, je ne veux pas que tu souffres encore, je ne veux pas que tu essayes. Je veux qu'on vive, simplement.

Il avait dit ça, calmement, en me regardant dans les yeux. Paul semblait sincère. Je hochai simplement la tête.

-Je vais faire un tour, dis-je tout bas, pour que ma voix ne trahisse pas mes émotions.

-Je m'occupe de Maya, acquiesça-t-il.

Je tournais les talons et marchais en direction des falaises. Le vent était devenu glacial et me giflait le visage. Mes chaussures s'enfonçaient par endroits dans la boue. Mes pensées étaient vides, floues. Mon monde s'était écroulé. J'avais espéré, alors que je me l'étais interdit. J'arrivais en haut des falaises et m'assis sur un rocher, je fermais les yeux et écoutais le bruit des vagues frappant les rochers plus bas. Le vent faisait toujours voler mes cheveux, mais l'odeur de l'eau salée me détendit. Je passais mes mains sur mes joues glacées et remarquais que je pleurais.

En entendant des pas derrières moi, je séchais rapidement les gouttes salées qui me collaient. Je sentis une présence derrière moi.

-Mademoiselle, ça va ? S'enquit une voix masculine extrêmement mélodieuse, bien que teintée d'inquiétude.

Je me tournais et regardais l'inconnu dans les yeux. Je ne sentais plus rien, ne voyais plus rien, qui ne soit pas lui. Le vent me renvoyait son odeur dans les narines. On se fixa ainsi pendant de longues minutes, sans un mot. Lentement, un sourire se dessina sur nos lèvres simultanément.

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*honteuse, regarde les lectrices* Je... Je suis désolée ! Je n'ai pas d'excuse en plus. Après le bac de français, je n'avais plus trop la motiv' pour écrire, et ensuite il y a eu les vacances et j'étais débordée. Mais je vous ai fait un long chapitre plein d'actions !

Please, une review ça vous prend 2minutes et quelques clics, moi c'est ma seule "récompense" pour un chapitre qui m'a pris des heures...