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PDV Rachel
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Seul le battement des gouttes de pluie rompait la quiétude de la classe. Il était 19 heures passé et le lycée était vide depuis un bon moment. Le crissement du stylo rouge sur mes copies commençait à m'agacer. Je détachais mes cheveux et passais mes mains dedans, soufflant bruyamment pour me calmer. Je commençais à suffoquer ici. Et puis cette impression d'être épiée devenait oppressante.
J'avais eu ce sentiment toute la semaine et chaque fois ma poitrine se comprimait un peu plus. C'était ça ou le manque de P… De lui. Enervée sans réelle raison, je rangeais vite mes affaires dans mon sac et fermais ma classe. Je sentis un courant d'air frais me caresser la nuque, une fois dans le couloir, mais personne n'était visible. Secouant la tête pour reprendre mes esprits, je m'empressais de sortir de l'établissement.
Ce n'est qu'une fois sur le parking que je me souvins que Jake avait eu besoin de la voiture ce matin. Et plus aucun collègue ni loup n'était là pour me déposer… Je grognai rien qu'à l'idée de devoir marcher sous la pluie après une journée de travail.
-Un problème ? Me demanda une voix calme dans mon dos, me faisant sursauter.
Je me retournais vivement pour faire face à… Paul. Comme si de rien n'était, je lui frappais l'épaule. Il fronça les sourcils, faisant mine d'avoir mal.
-Hé ! C'était pour quoi, ça ? S'exclama-t-il, paumé.
-Tu m'as fait peur ! C'était toi dans les couloirs ? M'énervais-je.
-Dans les couloirs ? J'ai déjà du mal à aller en cours tous les jours, Rachel. Tu ne crois quand même pas que j'allais rester au lycée jusqu'à cette heure… Me taquina-t-il. Mais y'avait quelqu'un ? Demanda-t-il en reprenant son sérieux.
Je restais silencieuse un moment.
-Je… Je ne sais pas. Je vire peut-être parano après avoir corrigé mes copies, marmonnais-je. Qu'est-ce que tu fais ici, au fait ?
Il fourra ses mains dans les poches de son jean, mal à l'aise.
-Jake m'a demandé de passer te prendre. Il est déjà reparti voir Bella… S'expliqua-t-il avec un sourire désolé.
Je lui rendis faiblement son sourire en commençant à marcher vers sa voiture.
-Merci… Murmurai-je.
-Pas de quoi, soupira-t-il en m'ouvrant la portière passager.
Il démarra son engin mais je me rendis rapidement compte qu'il ne me conduisait pas chez moi. Je le fixais durement, sourcils froncés, remarquant bien rapidement qu'il scrutait le part brise trop sérieusement pour être vrai.
-Paul ?
-Mh… ?
-Où est-ce que tu m'emmène ? Le questionnai-je d'une voix trop sèche à mon goût.
-Hum… Eh bien… Manger.
-Je te jure que si tu ne fais pas demi-tour je saute de cette voiture.
Il leva les yeux au ciel mais fit demi-tour.
-Bien, on mange chez toi alors, clama-t-il tranquillement.
-Pourquoi je te laisserais entrer chez moi ? Soupirai-je.
-Parce que j'ai laissé ma fille juste pour venir te chercher ? Tenta-t-il avec un regard suppliant.
Je grommelais des paroles inintelligibles comme quoi il n'était qu'un tricheur de m'attaquer par ça. Sa seule réponse fut son sourire fier.
-Manipulateur.
-Mauvaise perdante.
-Emmerdeur.
-Petite chieuse.
-Simulateur.
Avant qu'il n'ait le temps de répondre, je plaquais fermement ma main sur sa bouche. Il en profita pour embrasser ma paume, que je retirais aussitôt.
-Ne réponds pas ! Ordonnai-je.
Un sourire machiavélique se dessina lentement sur ses lèvres.
-Je vais me gêner, ricana-t-il.
-Paul non ! On arrête le jeu ! T'as gagné, d'accord ? Suppliai-je sans remarquer qu'on était déjà arrivés chez moi.
Il se pencha et me chuchota à l'oreille.
-Tu peux me traiter de simulateur autant que tu veux, mais on sait tous les deux très bien que toi tu ne simule pas avec moi.
Sur ce, il me fit un clin d'œil et descendit de voiture, ne me laissant pas le temps de répliquer. Je claquai bruyamment la portière en sortant et le fusillai du regard en sortant mes clés de mon sac. Il ricana encore un « mauvaise perdante » en me voyant ronchonner et alla directement vers le téléphone.
-On commande quoi ? Demanda-t-il comme si tout était normal.
-Ca va nous coûter une fortune si on doit te rassasier en passant par un traiteur… J'vais cuisiner quelque chose.
-Des lasagnes ? S'exclama-t-il, les yeux brillants et suppliants.
-Dans tes rêves… Le brisai-je en me dirigeant à la cuisine.
-Pizza ?
-C'est beau l'espoir.
-Spaghettis ?
-Faut vraiment que t'arrête avec l'Italie, Paul.
-Tacos ?
-Mais tu vas me laisser tranquille, oui ? M'énervai-je.
Fier de son coup, il plongea dans le frigo et en sorti une bière pour lui, un soda pour moi. Je fronçai les sourcils.
-Pourquoi tu me donnes pas une bière ?
-On sait tous les deux que tu es un poids plume, Rach.
Je lui tirais la langue et me dirigeai vers le frigo. Mais c'était sans compter qu'il me bloque le passage, me dominant de toute sa hauteur. Ne m'étant pas attendue à une telle proximité, je levai lentement les yeux vers lui. Sentir son souffle sur mon visage me déstabilisa complètement.
Voilà une semaine entière qu'il m'avait laissée en paix, m'appelant simplement quelques soirs, juste pour s'assurer que j'allais bien, ou entendre ma voix. Il n'avait jamais abordé le sujet de Milla et je ne m'en portais que mieux.
J'étais bien consciente que nous allions nous embrasser, et je ne saurais dire si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Ce n'est que lorsque ses lèvres frôlèrent les miennes que je réagis. Je souris contre sa bouche avant de me glisser entre lui et le mur et de foncer vers le frigo.
Il m'attrapa rapidement par les hanches alors que j'étais dos à lui, me faisant rire. Il plaqua sa poitrine contre mon dos et fourra son nez dans mes cheveux.
-Je veux ma bière… Tentai-je.
Il ne répondit pas et m'embrassa le sommet du crâne.
-Et je veux mon baiser. On n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie, me taquina-t-il.
-Tu sais pourquoi je ne t'embrasserais pas.
-Et tu sais pourquoi je ne te laisserais pas boire.
-Tu m'agace.
-T'es presque aussi grincheuse que moi, ce soir, pouffa-t-il.
Je me débattis une fois de plus, dans le vain espoir de me dégager.
-Si je te laisse boire, j'aurais mon baiser ? Tenta-t-il.
-Cours toujours ! Me marrais-je.
-T'es pas drôle… Marmonna-t-il en me lâchant.
Avant qu'il ne change d'avis, je courus vers le frigidaire. Furieuse, je me tournais vers lui.
-T'as bu la dernière bière ?
Il déglutit, faisant mine d'avoir peur de moi.
-C'est l'heure de ma patrouille ! Bonne soirée Rachel ! Sourit-il avant de se sauver hors de la cuisine.
-Paul ! Reviens ici !
-Ah oui... C'est vrai ! S'exclama-t-il en revenant.
-T'as intérêt à ...
Commençais-je avant d'être coupée dans ma phrase par ses lèvres sur les miennes.
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Plus tôt, dans le week-end
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PDV Milla
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« Je me retournais et regardais l'inconnu dans les yeux. Je ne sentais plus rien, ne voyais plus rien, qui ne soit pas lui. Le vent me renvoyait son odeur dans les narines. On se fixa ainsi pendant de longues minutes, sans un mot. Lentement, un sourire se dessina sur nos lèvres simultanément. »
Quel sourire il avait… Et quelles lèvres ! Je me surpris à me demander quel goût elles pourraient bien avoir.
-O… Oui ça va, finis-je par murmurer avant de me racler la gorge.
Son sourire devint béat après que j'eus parlé. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
-Bien. Je peux vous demander ce que vous faites ici ?
-Je vous demande pardon ? M'exclamais-je, outrée.
Il sembla se retenir de rire.
-Eh bien… Etre au bord d'une falaise, alors qu'un orage menace d'éclater… Ce n'est pas vraiment ce que j'appellerais un endroit sûr, répondit-il sans se départir de son air amusé.
-Si je ne me trompe pas... Vous êtes au même endroit, répliquai-je en haussant les sourcils.
-Sauf que je suis plus robuste que vous.
-Plus modeste aussi, le rembarrais-je.
-Mais moins têtu.
-Vous croyez ? Insistai-je en haussant les sourcils, avant de rire.
Il me suivit dans mon rire avant de me tendre la main pour m'aider à descendre de mon rocher.
-La tempête va éclater, vous avez quelque part où aller ? Demanda-t-il.
Je hochais vivement la tête.
-Je… Passais la journée chez les Uley. Mais… Je ne sais plus trop comment y aller.
Il me fit un clin d'œil.
-Heureusement que j'y allais. Je vous accompagne ? Proposa-t-il.
Pendant le trajet, il ne cessait de me faire rire, soit par des blagues toutes plus nulles les unes que les autres, soit par des anecdotes concernant ses amis. Il connaissait Quil et Embry, et ne manqua pas de me donner des détails humiliants sur ce dernier.
Lorsque nous arrivâmes chez Sam et Emily, nous nous arrêtions tous les deux. Il passa sa main sur sa nuque, comme si soudainement il ne savait plus quoi dire. Je lui souris sincèrement en lui tendant la main.
-Au fait, je m'appelle Milla.
Comme si je l'avais aspergé d'eau glacée, il se figea, la bouche grande ouverte.
-Milla ?
-Euh… Oui… Répondis-je, étonnée par sa réaction.
-La Milla… De Paul ?
Je me retins de lui dire que j'aurais aimé.
-L'ex, Milla de Paul, rectifiai-je.
Il me fixa longuement, encore sous le choc, quand une personne arriva derrière moi, de la maison.
-Jacob ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
