-Hey Sanji !
-Oh ! Salut Ace. C'était pas à ton frère de venir m'aider ce soir ?
-Normalement si, mais bizarrement, sa soirée baby-sitting est prolongée.
Le brun soupira et l'autre sourit.
-Comme d'habitude, ajoutèrent-ils ensemble.
Ils rirent.
-Tu prends ton service à quelle heure ? demanda le blond.
-À neuf heures et demi. Le bar ouvre à dix, mais Shakky veut que je sois là avant pour vérifier les stocks. J'dois partir à neuf heure en gros.
-Je vois. Bah ça te laisse une demi-heure. Tiens, prend cette pile, c'est la moins fournie. T'façon, dès que ton frangin arrive, il prend ta place, et avec un bon coup de pied au cul si nécessaire.
Ace grimaça. Les coups de pieds de Sanji la Jambe Noire étaient réputés pour être particulièrement virulents.
Le jeune homme avait toujours rêvé d'ouvrir un grand restaurant. Il avait été élevé par un vieux cuistot nommé Zeff, qui l'avait recueilli dans son restaurant et lui avait apprit à cuisiner autant qu'à se battre. Quand son "vieux schnock" avait passé l'arme à gauche, et que son restaurant avait été vendu, Sanji s'était retrouvé sans toit, et sans sous. Alors, mettant à profit ce que Zeff lui avait enseigné, il était descendu dans les arènes de combat clandestines pour parier le peu d'argent qui lui restait. Et il avait laissé jouer ses pieds. Ça avait tellement bien marché qu'il y était retourné. Encore. Et encore. Il allait jusqu'à provoquer d'éventuels adversaires en pleine rue. Il avait prit goût aux combats, c'était tout ce qui lui restait. Puis il avait rencontré Luffy et sa bande. Il avait traîné un bon moment avec eux, ils étaient cools et il avait son lot de bagarres quotidiennes. Mais ils s'étaient fait rechercher, et ils avaient dû se séparer. Quand il avait appris que le Moby Dick cherchait un chef cuisinier, il était venu toquer à la porte, et le vieux Newgate lui avait tellement rappelé Zeff qu'il s'était écroulé et avait pleuré. Longtemps. Puis il était entré, avait choisit sa chambre et s'était immédiatement mis au travail. Il avait rencontré Satch, qui était le deuxième chef, et ils s'étaient immédiatement liés d'amitié. Amitié renforcée par le fait qu'ils travaillaient dans le même restaurant en dehors du pensionnat. Ils alternaient leurs horaires, Satch prenant souvent le service du soir et Sanji celui du midi. C'était là qu'il voyait le plus de jolies filles en tenues légères, disait-il.
Discutant de tout et de rien, ils s'attaquèrent aux assiettes sales avec entrain, sinon enthousiasme. Ace en était à sa dernière quand il entendit la porte de la cuisine s'ouvrir.
-Ace !
-Salut p'tit frère !
-J'suis désolé ! Je prend ta place immédiatement !
-Laisse tomber, Lu'. J'ai fini.
Il regarda Sanji, et ils s'exclamèrent, parfaitement synchrones :
-Comme d'habitude !
Les trois garçons éclatèrent de rire. Puis Ace regarda sa montre.
-Mince ! J'suis à la bourre ! Faut que j'me change et tout ! J'vous laisse ! Salut les gars !
Il se précipita hors de la pièce, entendant vaguement un "Dis, Sanji... Il reste à manger ?" de son frère avant que la porte ne se referme. Il entra en trombe dans sa chambre, enfila un pantalon noir, une chemise bleue caraïbe, prit son sac et fila au pas de course. Il réussit à rattraper son retard, et à neuf heure et demi tapante, il était devant le Bar de l'Arnaque. Il s'accorda un moment pour reprendre sa respiration, puis il poussa la porte et pénétra dans le bar. Il avança dans un couloir, puis entra dans la salle principale. Comme toujours, il regarda autour de lui, heureux de cette ambiance qu'il retrouvait cinq soirs par semaine.
Ce qui attirait son œil en premier était la scène qui s'élevait au fond. Le rideau noir ouvert, les planches déjà éclairées, les employés de Shakky terminaient de la préparer pour les numéros qui commenceraient dès dix heure et quart. Derrière se trouvaient les coulisses, et il entendait depuis l'entrée les rires des filles qui enfilaient corsets, jupes et talons hauts en échangeant les derniers potins.
Devant la scène, des dizaines de tables, de deux à huit places. En bois noir, simples, sans fioritures. Les chaises étaient dans le même style, mais rendues confortables par un siège recouvert d'un rembourrage bleu. Contre le mur de droite, quelques alcôves plus privées pouvaient être réservées. Banquettes colorées du même bleu et tables fabriquée du même bois, c'étaient soit des couples qui les commandaient, soit des hommes d'affaires plus ou moins honnête qui voulaient se réunir dans un endroit public tout en étant loin des oreilles indiscrètes. Shakky ne demandait jamais d'où venaient ses clients. Elle se contentait de s'assurer qu'ils pouvaient payer. Le reste lui importait peu.
À gauche, son coin de paradis. Le comptoir était en bois beige, ce coup-ci, rappelant le sable d'une plage des tropiques. Les tabourets étaient noirs, comme les chaises, et toujours rembourrés du même coussin bleu. Les bouteilles étaient, il le savait, disposées avec soin sous le bar, hors de vue (et de portée) des clients. Et sur le mur derrière, un immense aquarium. Il adorait cet endroit pour ça. Voir les poissons multicolores ondoyer paresseusement dans l'eau le laissait rêveur. Shakky ajoutait même une ou deux murènes, voire un petit requin de temps en temps quand elle arrivait à en faire pêcher un, juste pour le plaisir des yeux. Mais elle finissait toujours par les ramener à la mer.
Près de l'embouchure du couloir, où il se tenait, deux petites cascades murales contribuaient à rafraîchir la pièce, sans quoi l'ambiance serait devenue étouffante. Le Bar de l'Arnaque avait beaucoup de succès, que ce soit grâce à sa décoration, à ses danseuses ou à la qualité de son service. Alors quand il y avait du monde, l'air se réchauffait vite.
En arrière du bar, une petite porte discrète menait à la cave, aux vestiaires et au garde manger où étaient entreposés les cacahuètes, olives, saucissons et autres denrées nécessaires à tout apéritif digne de ce nom. Ace traversa la salle, se rendit dans les vestiaires et déposa son sac dans un casier à son nom qu'il ferma à clef. Il mit de l'ordre dans ses cheveux, se lava les mains, et retourna derrière son comptoir pour vérifier qu'il avait tout ce qui lui fallait sur la main. Il salua ses collègues et amis en leur tapant joyeusement dans la main. Eux aussi étaient habillés de noir et de bleu, couleurs fétiches de l'établissement. Shakky les salua elle aussi et se tourna vers le jeune homme.
-Ace trésor... Combien de fois faudra-t-il que je te dise d'ouvrir ta chemise un peu plus ?
-Et combien de fois faudra-t-il que je te réponde que l'ouvrir plus me fais passer pour un gay en manque ?
-Mais, trésor, tu es gay !
-Merci de ne pas avoir rajouté "en manque", ricana-t-il. Oui je suis gay, mais toute la ville n'a pas besoin de le savoir !
-Allez ! Tu as un beau corps, laisse les demoiselles en profiter, dit-elle en défaisant deux boutons.
-Eh bien, viens en profiter toi, susurra-t-il en la prenant par la taille.
-Je croyais que tu aimais les hommes ? répliqua-t-elle sur le même ton.
-Mmm... Je pourrais peut-être faire une exception... Si tu me laisses fermer ces foutus boutons !
-Alors ce ne sera pas pour ce soir, trésor ! s'exclama-t-elle en plaquant un baiser affectueux sur sa joue.
Ace soupira mais se laissa faire. C'était tout les soirs la même chose. Tous les soirs ses amis de l'autre côté du bar se moquaient gentiment de lui, et tous les soirs, il arrivait avec tous ses boutons attachés juste pour le plaisir d'une joute orale avec sa patronne. Il adorait cette femme qui avait contribué à lui offrir une nouvelle vie et qui en plus leur assurait à tous un salaire confortable. Le Bar de l'Arnaque avait tellement de succès qu'elle pouvait se permettre d'être généreuse. Cet endroit était comme un deuxième chez-lui, et ces personnes comme une deuxième famille. Car si Barbe-Blanche était son père, Shakky serait sans aucun doute sa mère... Une mère avec qui il pouvait faire semblant de flirter, juste pour s'amuser.
Ace était assigné aux cocktails, un jeune homme du nom de Jack s'occupait des alcools bruts, et une jeune femme qui s'appelait Cherry se chargeait de la caisse. À dix heure tapante, le bar ouvrit ses portes, et les premiers clients entrèrent. Ace fut vite assailli par des commandes venant de tous les coins.
-Un Archipel, s'il-vous-plaît.
-Bien sûr, mademoiselle.
-Un Précipice.
-Tout de suite, monsieur.
-Un Blue Lagoon.
-Désolé jeune homme, je ne sers pas d'alcool aux mineurs.
-Un Daiquiri, jeune homme.
-Et un Daiquiri pour madame, un !
Sourire charmeur qui ne quittait pas son visage, mains agiles qui virevoltaient entre les verres et les bouteilles, clins d'œils adressés aux jeunes filles qui le regardaient un peu trop longtemps, Ace s'amusait comme un fou. Il aimait créer, servir des boissons plus colorées les unes que les autres. Vert, jaune, bleu, rouge, les teintes s'harmonisaient dans les verres sous l'action de ses doigts. Il prenait garde toutefois à ne pas servir n'importe quoi à n'importe qui, n'hésitant pas à demander une pièce d'identité si nécessaire. Dans ces moments, il s'autorisait un sourire ironique en pensant qu'il n'y avait pas si longtemps, c'était lui qui défiait la loi.
-Un Mojito, s'il-vous-plaît.
-Et pour moi, un Soleil Levant.
-À votre service messieurs-dames.
-Deux Aras Bleus et une Tequila Sunrise.
-Je suis à vous tout de suite mademoiselle.
-Un Equateur et en vitesse, Ace, si tu veux pas que je te botte les fesses.
Les autres clients se tournèrent vers l'homme qui venait de parler, stupéfaits. Nan mais il se prenait pour qui lui ? Le brun, pas plus perturbé que ça, prit tout son temps pour servir ses dernières commandes, avant de se tourner vers l'insolent, mains sur les hanches.
-Dis-donc, Sabo ! Je sais que je n'ai qu'un an de plus que toi, mais je suis quand même ton grand frère ! Et j'ai toujours le droit de t'en mettre une !
-Hahaha ! Essaye seulement, grand-frère, essaye seulement !
En souriant, les deux frères se donnèrent l'accolade, sous les regards soulagés des personnes attablés au comptoir. Ace héla Cherry, et lui demanda de le remplacer une minute, avant d'entraîner Sabo à l'écart.
-Alors, pourquoi tu viens me déranger en plein service ?
-Des policiers ont repéré Luffy alors qu'il rentrait, ce soir. Heureusement qu'il n'était pas loin du pensionnat, sinon ils lui seraient tombé dessus, relata Sabo.
-Merde ! Après deux ans, ils nous courent toujours après ? Pourtant, on est pas des meurtriers notoires !
-Tu sais bien que Smoker est pas du genre à laisser tomber une affaire qui lui a été confiée, même si ça relève de l'infraction au code de la route.
-Fais chier ! Faut le dire à Père ! s'exclama le brun.
-C'est fait. Et j'ai aussi discuté avec Luffy. Il a dit qu'il ferait plus attention.
-... Tu y crois ?
-Non.
-On est d'accord. Bon, on verra ça avec lui demain. T'es juste venu pour me dire ça ?
-Non, en fait, j'ai rencard.
-Ohooo ! Et avec qui ? demanda Ace d'un air gourmand.
-Les renseignements, ça se paye, mon cher. Sers moi mon cocktail, et ajoute une Envie pour celle qui m'accompagne, tu veux ?
-Haha ! Tu changeras jamais ! Allez ! Dis-moi à quoi elle ressemble au moins !
-Brune, grande, jolies formes, yeux bleus. Très intelligente, et toujours au courant de ce qui se passe partout ! décrivit Sabo, les yeux brillants.
-Oh merde ! Un couple d'espions ! Si j'ai des menaces de chantage, je sais de qui ça viendra ! grimaça son frère.
Ils rirent, discutèrent encore cinq minute, puis revinrent vers le comptoir, et Ace reprit sa place au bar. Il servit son blond de frère et l'observa se diriger vers une alcôve au fond de la salle. Bien sûr. Comme ça il était sûr qu'Ace ne pourrait pas voir son invitée. Tsss... C'est pas drôle !
Oubliant sa frustration, il reprit son expression charmeuse, s'attirant les soupirs de quelques filles qui le mataient. Et d'un ou deux mecs aussi d'ailleurs. Il reprit sa danse, attrapant les bouteilles et les verres pour servir les boissons. Un Grand Duc pour la jolie blonde, un Point Bleu pour le monsieur au chapeau, une Piña Colada pour le jeune mal rasé, un Ti Punch pour la voluptueuse femme rousse, une Artère pour le jeune homme au bonnet blanc tacheté de noir...
Ace se figea.
Un petit sourire en coin, Law attendait patiemment que le barman lui donne son verre, mais il ne pouvait pas bouger, happé par les iris gris qui le fixaient. Il avait l'impression d'être passé aux rayons X. L'homme qu'il aimait le scrutait, le scannait.
-Ace ?
Il n'arrivait pas à s'échapper, il...
-Ace ! Ace, ça va ?
C'était Jack qui lui secouait l'épaule. Le brun n'avait pas remarqué qu'il avait lâché le verre qui s'était brisé, répandant le mélange de rhum, de Cointreau et de citron par terre.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? T'avais plus cassé de verre depuis des mois ! Plus d'un an, même.
-Je... Je sais pas, j'ai eu... Une absence, balbutia-t-il en regardant son ami.
-Bon c'est pas grave, je vais nettoyer ça. T'as plus de monde de ton côté, occupe toi de tes clients, je me charge du reste.
-Merci, mec.
Il prépara à nouveau le cocktail qu'avait demandé Law, et le servit en prenant bien soin de ne pas croiser son regard. Il sentait ses joues le brûler, et il espérait que les personnes autour de lui mettraient ça sur le compte de l'embarras d'avoir cassé un verre. Il entendit un léger rire et leva les yeux, mais Law s'était déjà détourné.
Il déglutit, mais se força à retrouver son aplomb. Il n'était qu'une heure du matin, il avait encore deux heures et demi de service à tenir. Au boulot, Portgas ! Tu verras ça chez toi !
Et sa danse reprit.
J'ai prit un plaisir particulier à décrire l'intérieur du bar. Je me suis inspirée de la configuration de celui que l'on voit dans le film Burlesque. J'ai juste changé la déco, l'ambiance et les couleurs, et j'ai rajouté les alcôves. C'est d'ailleurs de ce film que viens également Jack, le barman.
Tous les noms de cocktail que j'ai mentionné existent. Si l'un d'eux vous inspire, un petit MP et je vous donne les ingrédients ! Pas de souci !
Bien bien bien... À bientôt pour la suite des recherches !
