Yes I'm back ! *enfile ses lunettes de soleil* [Il fait nuit, bouffonne...] (Oh la ferme !)
Et oui, je reprends Recherché Pour Raisons Évidentes, cette fiction n'est officiellement plus en pause ! Vous pourrez vérifier sur le résumé ! u_u Cela dit... Je vous le dis tout de suite, je vais cesser de vous promettre un rythme de publication régulier, passke de toute façon, je m'y tiens jamais x) [Tu devrais avoir honte, pas en être fière...] (J'en suis pas fière, mais je préfère en rire...). Les prochains chapitres quand ils seront écrits, donc ! Je promets d'essayer de pas trop vous faire attendre ^^'
Chapitre fort en révélations, soyez attentifs, y a des indices partout !
Bonne lecture !
Bisous cramés !
Pyro
-... Yo, Cap'tain.
-Bartolomeo.
Kidd s'approcha de l'homme qui l'attendait, les mains dans les poches, debout au milieu du terrain vague où ils s'étaient donné rendez-vous. Presque aussi grand que lui, Bartolomeo, de son nom de code : le Cannibale, était l'archétype du j'm'en-foutiste à l'état brut, en témoignaient ses cheveux verts, ses fausses canines et l'anneau fixé à son nez.
Les deux hommes se frappèrent le poing, et un sourire tordu vint étirer les lèvres du roux.
-Comment ça s'passe dans la Famille ?
-Bof... C'la merde entre Dof' et ses nouveaux toutous. 'Sont pas cap' de faire un boulot correct, alors ça grimpe un peu dans les décibels quand il fait ses comptes... En particulier depuis qu'le Doc' s'est fait la belle. Dans tous les sens du terme.
-J'suis pas sûr qu'il aimerait t'entendre parler de Séléné comme ça, ricana Kidd.
Bartolomeo haussa les épaules, et s'appuya contre le mur derrière lui avant de soupirer.
-Bon... Qu'est-ce que tu m'veux, Cap'tain ?
-J'ai b'soin de tuyaux.
-Toi ou le Doc' ?
Kidd sourit en coin. Le vert était moins bête qu'il ne le laissait paraître, et il se débrouillait toujours pour être au courant de tout ce qui se passait dans les Familles. Il avait le chic pour laisser traîner ses oreilles et ses yeux partout où il le pouvait, et était assez intelligent pour trouver de lui-même les informations qu'il lui manquait. Et ses déductions étaient rarement fausses. Son style vestimentaire atypique, bien loin de le desservir, renforçait sa couverture. Qui irait soupçonner d'espionnage un homme qui s'habillait et se comportait de manière aussi voyante ?
Comme Kidd, comme Law, et comme à peu près tout ceux qui travaillaient ou avaient travaillé sous les ordres du Joker, Bartolomeo était dangereux. À la différence près que dans son cas, il était aussi dangereux pour ses alliés que pour ses ennemis. Dans le doute, Doflamingo avait préféré l'avoir à l'œil et le gardait à ses côtés, en échange d'un salaire... Conséquent.
-Quand j'pense qu'à la base, vous pouviez pas vous blairer, ricana le vert. Il s'est passé quoi dans ta tête Cap'tain, pour que vous deveniez les meilleurs amis du monde ?
-Il me paye en bières, fit Kidd en haussant les épaules. T'sais, Joker m'avait engagé pour le surveiller, j'comprends que ça l'ait pas enchanté des masses. Et puis... j'ai une dette envers lui. Il m'a sauvé la vie.
-Ta dette a été payée quand tu l'as sorti de la Famille.
-C'est ça le problème, Bart'. Il en est pas sorti. Pas tant que Joker sera après lui.
Le silence tomba, pesant. Bartolomeo assimilait les informations, les recoupant avec ce qu'il savait déjà, et le mécanicien ressassait ses souvenirs. Oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, Law lui avait bien sauvé la vie, quelques années plus tôt.
xxxxxxxxxx
-Pourquoi es-tu venu ? Je n'ai pas besoin de toi pour cette... Transaction.
-Ordre du grand patron, crois pas qu'ça m'fait plaisir ! J'y peux rien, c'est mon job de t'coller au train, Doc' !
-Ne m'appelle pas comme ça, Eustass, siffle Law en le fusillant de son regard gris acier.
-T'as qu'à fermer ta gueule, comme ça j'aurais pas à t'parler ! grogne le roux pour toute réponse.
-Et ne me donne pas d'ordres !
-T'es l'fils du patron, alors j'vais pas t'en coller une, mais franchement, si ça tenait qu'à moi, j't'aurais déjà rangé toutes les dents du même côté, l'infirmière !
-Arrête, je suis mort de frousse, ricane Trafalgar. Maintenant, tu ferais mieux de te taire, on est arrivés.
Les rares lampadaires qui éclairent la rue dans laquelle ils se sont engagés grésillent et clignotent, éclairant à peine la scène dans la nuit ambiante. Devant eux se dresse la façade d'un vieil immeuble abandonné, ses murs en bétons tagués et lézardés de fissures peu avenantes. Une porte en fer rouillée en ferme l'entrée, et quand Law la pousse, elle émet un grincement digne d'un mauvais film d'horreur. Le roux lève les yeux au ciel.
-Pourquoi les types avec qui on traite se la jouent toujours un max ?
-Ils se donnent de l'importance. Les gens font ça quand ils n'ont rien dans le pantalon, en général. Ils se mettent en scène, parlent fort et sont vulgaires...
Il hausse un sourcil railleur en direction de son garde du corps, et ce dernier doit se retenir pour ne pas lui encastrer la tête dans le mur. Law retient un ricanement et s'avance dans le hall de l'immeuble délabré, une mallette à la main. Il jette un coup d'œil à sa montre, avant d'observer les alentours.
-... Je déteste travailler avec des amateurs, soupire-t-il. Ils sont en retard.
-Détends-toi, Doc'. On est pas à cinq minutes près, soupire Kidd.
Le chirurgien se tourne vers lui et le fusille du regard, nullement intimidé par le fait que le roux le dépasse de quinze bons centimètres.
-Dans ce job, Eustass, cinq minutes en trop, c'est cinq minutes pendant lesquelles tu risques à la fois ta liberté et la mort. Il suffit de cinq minutes pour que les flics te coincent, ou pour qu'un petit malin d'une famille rivale te double. La ponctualité, c'est la vie. Alors oui, je déteste travailler avec des amateurs.
Kidd renifle et détourne la tête, mais au fond de lui, il sait bien que Trafalgar a raison. M'enfin, plutôt crever que de l'admettre devant lui.
-'Pas une raison pour t'agiter comme ça, ça changera rien t'façon.
-... Là dessus, tu n'as pas tort.
Il faut encore quelques minutes avant qu'une porte ne s'ouvre, au fond du hall, et que quelqu'un n'en sorte. Un homme s'avance, cigare à la bouche, une jeune femme aux cheveux frisés derrière lui. Le roux fronce les sourcils et fait un léger pas en avant, se rapprochant imperceptiblement de Law. Ce type ne lui inspire pas confiance, et même s'il a énormément de mal à supporter le métisse, Doflamingo lui a ordonné de le protéger, et il le fera.
-L'As de Cœur... Pardonne mon retard, j'avais quelques affaires à régler, fait l'homme au cigare avec un sourire carnassier.
-Tu devrais faire attention, Crocodile. Joker a des informations qui pourraient te nuire, et il n'hésitera pas si tu le contraries, sourit le chirurgien sans se démonter. Je croyais que tu devais venir seul ?
-Miss DoubleFinger saura tenir sa langue, ne t'en fais pas...
-Oh vraiment ? Et la dizaine d'hommes postée tout autour de l'immeuble ?
Le sourire de Crocodile se fige, et Kidd et la femme sursautent.
-Je ne suis pas complètement stupide, tu sais. Donner des armes en métal à tes sbires alors qu'il y a de la lumière dehors est une erreur. Et encore plus s'ils se cachent sous les fenêtres... Les reflets occasionnés sont assez... visibles...
-Génial..., grommelle Kidd en jetant un regard par la fenêtre délabrée de l'immeuble.
-Tu as le choix, Crocodile, continue Law, imperturbable. Soit tu payes, et tout se passe bien, soit tu décides d'employer la manière forte. Et même si tu réussis à nous abattre, il y a peu de chances que Joker te laisse t'en sortir.
-Je ne payerais pas. Le prix demandé est trop élevé, et j'ai besoin du contenu de cette mallette.
-Chef, vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? s'alarme Miss DoubleFinger. Provoquer Joker n'est pas dans notre intérêt...
-Tais-toi. Nous sommes supérieurs en nombre, ils ne peuvent rien faire.
Le sourire de Law s'élargit, et même Kidd doit retenir un mouvement de recul tant il a l'air dangereux à cet instant précis. Le roux n'a rejoint la Famille que quelques mois plus tôt, et il oublie souvent que Trafalgar, lui, a baigné dans cette atmosphère mafieuse depuis ses treize ans. Des situations comme celle-là, il doit en avoir vécu des dizaines.
Crocodile sort un revolver de sa veste, et le pointe sur le métisse, sans hésitation.
-Pas mal comme déduction, l'As. Bien joué. Mais ça ne change rien à la situation. Jette ton arme, et ordonne à ton gorille de faire pareil.
Kidd serre les poings, mais Law secoue la tête et lui fait signe d'obtempérer. Avec un grognement mécontent, le roux sors l'arme lourde cachée derrière son dos, et la pose au sol, alors que le métisse fait de même avec le pistolet qu'il a dans sa veste. Un coup de talon envoie les armes derrière eux, hors de portée.
-Bieeen... Miss DoubleFinger, allez donc récupérer cette mallette, je vous prie.
La jeune femme obtempère, sous le regard froid de Law et celui meurtrier de Kidd. Mais avant qu'elle ait put s'emparer de la poignée du bagage, le chirurgien sort un scalpel de sa manche et le lui plaque sur la gorge d'un geste vif. Crocodile écarquille les yeux, et son acolyte se fige, soudainement blanche comme un linge.
-Laisse-nous partir, ou je la vide de son sang, menace Trafalgar, la voix dénuée d'émotion.
-Bien joué, Doc', ricane Kidd.
-Leçon numéro une, Eustass. Toujours avoir une arme indétectable sur soi. Histoire d'éviter de mourir bêtement...
-Oh la ferme !
-Tu n'auras pas le courage, raille le truand en face d'eux, sûr de lui.
Law lève les yeux au ciel d'un air ennuyé et appuie un peu plus la lame du scalpel contre la gorge de la jeune femme, qui pousse un cri d'effroi quand du sang se met à suinter de la blessure.
-Tu veux parier ? Je te préviens. Quelques centimètres de plus, et sa jugulaire y passe. Avec un peu de chance, j'aurais peut-être aussi la carotide, qui sait... ?
Il y a un long moment de silence, puis Crocodile hausse les épaules.
-... Tue-la. Elle m'importe peu. Ce que je veux, c'est cette foutue mallette. Si elle doit y passer pour que je l'aie, tant pis.
Miss DoubleFinger écarquille les yeux, et le colosse roux se raidit en serrant les poings. Ce fils de...
-Et le pire, c'est que tu ne bluffes pas, crache Law sans toutefois desserrer sa prise sur sa captive. Tu me dégoûtes.
-La mallette.
-Qu'on te la donne ou pas, on va y passer. Alors autant te faire chier jusqu'au bout, non ? ricane le chirurgien.
À peine ces mots prononcés, il pousse la jeune femme dans les bras de Crocodile, qui la réceptionne par réflexe en tombant à la renverse, lance la mallette à son garde du corps, et fait volte-face. Il se penche sans cesser de courir pour saisir son pistolet au vol, et se précipite vers la sortie.
-On court ! ordonne-t-il à Kidd, qui le suit sans protester.
À plus de dix contre deux, impossible qu'ils s'en sortent indemnes s'ils décident de rester pour les affronter. La porte de l'immeuble s'ouvre à la volée sous le coup d'épaule du roux, et ils se retrouvent face à trois hommes armés, postés devant la porte, qui les mettent en joue. Immédiatement, Kidd repousse Trafalgar à l'intérieur du bâtiment, contre le mur, et les premiers tirs résonnent. Un rapide coup d'œil à Crocodile lui apprends qu'il est toujours à terre, groggy, et il jette un regard au métis.
-Et maintenant ?
-Observe et tais-toi. Tu cours quand la voie sera dégagée.
D'un coup d'épaule, Law repousse le roux, qui le maintenait contre le mur, et regarde brièvement à l'extérieur pour aviser la situation. Inspiration profonde, puis il sort à découvert pour tirer quatre coups de feu successifs, rapides et précis. Les trois hommes qui gardent la porte s'écroulent, et les deux hommes de Joker s'élancent dans la rue mal éclairée, zigzaguant pour que les ennemis restants ne puissent pas ajuster leurs tirs. Leur voiture est garée quelques rues plus loin, question de prudence, et ils courent pendant cinq bonnes minutes entre les immeubles avant de l'atteindre. Rapide vérification pour s'assurer qu'elle n'a pas été piégée, puis ils s'engouffrent à l'intérieur.
Quelques minutes plus tard, ils roulent sur la voie rapide, l'immeuble abandonné loin derrière eux. Trafalgar finit par briser le silence en soupirant, et passe une main sur son visage.
-C'est la deuxième transaction qui échoue cette semaine, Joker ne va pas être content. On vient de voir cent cinquante mille nous passer sous le nez...
Il grimace et jette un coup d'œil à son garde du corps, assit sur le siège passager, silencieux depuis près d'une demi-heure. Kidd a les yeux fermés, et ses doigts sont recroquevillés sur la mallette qu'il tient sur ses genoux. Sa peau est pâle, il transpire à grosses gouttes, et sa respiration est inaudible.
-Hey... Doc'... ? J'crois... que j'vais foutre du sang... sur tes sièges en cuir..., halète Kidd d'une voix bien trop faible pour être la sienne.
Il écarte la mallette de son ventre et découvre sa veste imbibée de sang, la tache pourpre s'élargissant à vue d'œil. Il ne faut pas plus qu'un rapide regard à Law pour comprendre que la blessure est grave, et que son garde du corps pourrait bien y passer. Il jure et écrase l'accélérateur pour arriver le plus vite possible à la villa qui abrite la Famille de Joker. Ses instruments sont là-bas, avec tout ce qui pourra lui permettre de sauver Kidd.
-Journée de merde, marmonne ce dernier avant de fermer les yeux et de se laisser aller contre la vitre.
-Eustass ! Reste éveillé !
-J'te jure que... pour une fois, j'fais pas exprès... de pas t'obéir, Doc'...
La seconde suivante, il perd connaissance.
xxxxxxxxx
Lorsqu'il avait reprit conscience, il était allongé dans le laboratoire de Law, sur un lit d'hôpital, branché à une demi-douzaine de machines qui s'amusaient à lui sonner dans les oreilles. Le métis était assit sur une chaise, à côté de lui et lisait un livre, les traits tirés par la fatigue. Kidd était resté quatre jours dans le coma, jours que Trafalgar avait passé dans son laboratoire, à vérifier et re-vérifier constamment l'évolution de son état. La balle avait frôlé le foie, et il s'en était fallut de peu que le roux ne meure, ce jour-là. Aujourd'hui, il ne lui restait plus qu'une impressionnante cicatrice sur le ventre, et la dette qu'il avait envers son ami.
Il secoua la tête et revint à l'instant présent.
-Bref... Un tueur, fléchettes empoisonnées, avec un bon gros penchant pour les coups de couteaux sadiques et inutiles, ça t'parle ? demanda Kidd à Bartolomeo.
-... Dellinger.
-À tes souhaits, vieux.
-C'est un p'tit nouveau à la villa, précisa le vert en levant les yeux au ciel. Une espèce de p'tite teigne qui ressemble plus à un trans' qu'à un mec.
-Des détails ?
-Fin, blond, yeux bruns, les deux-tiers de ta taille. Né au sud de l'île y a dix-huit ans, parents décédés, pas de frères et sœurs. Tendance au sadisme et à la violence, donc s'est fait renvoyer des foyers où il avait été placé. Ce taré s'est même fait tailler les dents en pointe.
-T'peux parler, t'as vu tes chicos ? ricana Kidd.
-Ç'a rien à voir, c'est des fausses, Cap'tain ! Elles sont juste là pour que les gens évitent de v'nir me taper la discute pour des conneries ! J'les enlève pour dormir la nuit, s'tu veux tout savoir. Ce type là est siphonné. La dernière nana qui est sortie de sa chambre avait les épaules et le cou en sang !
Kidd renifla et croisa les bras, en pleine réflexion. Ça correspondait assez à ce que Law lui avait raconté. Le bois qui constituait la fléchette était tiré d'un arbre ne poussant qu'au sud de l'île, et d'après le légiste, les coups de couteaux infligés à Kizaru avaient été donnés par un adversaire plus petit en taille et de façon particulièrement violente. Restait un détail...
-Le type qui s'est fait descendre a été défenestré. T'es sûr que ta crevette psychopathe aurait eu la force de pousser quelqu'un qui faisait peut-être deux fois sa taille par la fenêtre ?
-... Défenestré... ? Vous enquêtez sur la mort de Kizaru ? s'enquit Bartolomeo, l'air de rien.
Le roux fit claquer sa langue, agacé. Parler avec l'espion du Joker revenait à entamer une joute orale particulièrement ardue : en apprendre le plus possible sans rien révéler. Et si Bartolomeo ne se gênait pas pour dévoiler les petits secrets de tout le monde aux gens qui le lui demandaient, il était aussi très doué pour apprendre ce qu'il avait besoin – ou pas – de savoir. Du coup, impossible de prévoir si les informations qu'il obtenait allaient remonter jusqu'à Doflamingo ou pas. C'est pourquoi Kidd lui cachait son adresse, entre autres. Pas envie de voir débarquer une escouade du Joker chez lui.
-Répond seulement à ma question, Bart'.
-Non, il aurait pas eu la force de soulever quelqu'un d'aussi grand. Mais Dof' l'envoie jamais seul en mission. C'est qu'un bleu après tout.
-T'as des noms ?
-Ouais, mais ça change tout l'temps, fit l'espion en haussant les épaules. Au début c'était le vieux Lao, histoire d'lui apprendre les ficelles, puis y a eu Buff', Machvise ou Pink. M'enfin, en général, il bosse avec Buff'.
-Lieutenant d'unité ?
-Diamante.
-Fait chier, grogna Kidd, avant de soupirer. Bon, merci pour les renseignements, Bart'.
Il glissa une main dans sa veste et en tira une liasse de billets qu'il tendit au vert. Ce dernier s'en empara, y jeta un rapide coup d'œil, et la fourra dans sa poche. Il tendit le poing, et Kidd le frappa du sien avec un léger sourire.
-Pas d'quoi, c'toujours un plaisir de faire affaire avec le Doc' et toi.
-On a conscience des risques que tu prends, c'pas rien.
-T'inquiète, j'adore prendre des risques, fit-il avec un sourire carnassier. Faites gaffe à vous les mecs. Enquêter sur un meurtre dans c'genre, c'est au moins aussi risqué que c'que j'fais.
-T'en fais pas, on gère, sourit le roux.
-S'tu l'dis. À la revoyure, Cap'tain !
-Yep.
Bartolomeo se détourna et traversa le terrain vague avant de s'engouffrer dans une voiture garée un peu plus loin, et de démarrer sur les chapeaux de roue dans un crissement de pneus assourdissant. Kidd leva les yeux au ciel, rejoignit son pick-up, et décrocha son téléphone.
-... Eustass ?
-Yo Doc'... T'as deux minutes ? J'ai des tuyaux pour toi...
xxxxxxxxxx
Trafalgar rangeait son téléphone dans sa poche et se rasseyait à sa table pour reprendre ses occupations, lorsque l'une de ses collègues pénétra dans son sanctuaire.
-Docteur Law ? On vient de recevoir les résultats des tests ADN que vous aviez demandé pour l'affaire Kizaru.
-Merci, Kaya. Posez-les sur la paillasse, s'il vous plaît.
La jeune femme s'exécuta, et posa l'enveloppe kraft sur la table de laboratoire, alors qu'il finissait de remplir un rapport d'autopsie pour une affaire annexe. Il apposa un point final sur sa feuille, et la tendit à sa collègue, qui s'en empara et s'éclipsa avec un léger signe de tête. Law soupira et s'empara de l'enveloppe. Presque trois semaines pour une analyse aussi importante que ça... Il faudrait qu'ils pensent à réduire les pauses café...
Il parcourut avec attention les feuilles de résultats, griffonnant ça et là quelques annotations dans les marges. Les indices qu'il avait fait analyser étaient peu nombreux, mais chaque détail pouvait être important. Il avait ainsi envoyé au laboratoire les quelques éclats de bois qui venaient de la fléchette, des fibres de tissu noir coincées sous les ongles de l'Amiral – probablement arrachées à son agresseur lorsqu'il s'était débattu –, un bout de verre teinté de sang prélevé sur la fenêtre de l'immeuble, et un cheveu blond retrouvé sur la veste de Kizaru par les enquêteurs.
Le cheveu blond avait simplement permit de retrouver une empreinte ADN spécifique, qui ne figurait apparemment pas dans les dossiers de la police. Il fronça les sourcils. Si ce que lui avait dit Eustass sur ce Dellinger était vrai, il y aurait dû y avoir une trace de lui dans les ordinateurs. Alors... De deux choses l'une. Ou bien ce n'était pas Dellinger qui avait tué Kizaru, et dans ce cas, Bartolomeo leur avait menti, ou alors... les dossiers le concernant avaient été effacés. Et le chirurgien ne fut pas long à considérer en priorité la deuxième hypothèse.
Il était plus que probable que Joker ait une taupe haut placée dans la police, sinon il se serait fait arrêter depuis longtemps. Il était d'ailleurs prêt à parier que tous les grands noms de la pègre avaient leur petit infiltré bien à eux, question de survie. Alors effacer des preuves informatiques devait être un jeu d'enfant pour son ancien patron. Il griffonna quelques mots sur son bloc-note personnel, puis reprit sa lecture.
Le sang prélevé sur le morceau de verre ne lui apprit rien de plus qu'il ne savait déjà. Il appartenait à la victime, et non pas à l'agresseur, comme il l'avait espéré. Le laboratoire y avait bien retrouvé des traces de curare en quantité mortelle, mais rien de nouveau pour le légiste.
Le tissu ne lui apprit rien de bien intéressant non plus. Les fibres qu'il avait prélevé étaient en polyuréthane, un composé élastique utilisé dans presque toutes les industries car facile à synthétiser et résistant. Les combinaisons moulantes des agents secrets qu'on voyait dans les films étaient fabriquées en partie en polyuréthane, et il n'était pas difficile de s'en procurer une. On en trouvait dans tous les magasins de déguisement... ou d'articles sexuels louches. Un vague cours de chimie lui revint en mémoire, et il se souvint également que le polyuréthane était utilisé pour doubler les combinaisons de plongée, ou les maillots de bain, car il ne se détendait pas au contact de l'eau. Cela dit, pas sûr que cette information lui soit utile. À moins que Dellinger ne se balade en maillot de bain...
Les éclats de bois, quand à eux, provenaient bien d'un arbre du sud, le phyllostachys pubescens* selon le rapport. Une sorte d'immense bambou creux qui avait la particularité d'être assez rigide pour être taillé et façonné jusqu'à en faire une arme. Cette plante exotique, originaire d'une île très lointaine, était non seulement rare, mais aussi très chère et prisée par les collectionneurs et les amateurs. Law ne retira rien de neuf de l'analyse, seulement une confirmation de ses propres déductions. Là où cela devenait intéressant, c'était qu'à sa connaissance, ce type de bambou ne pouvait se trouver qu'à un seul endroit sur l'île, un jardin botanique célèbre pour la variété de plantes qu'il contenait.
Un jardin dont il connaissait le propriétaire.
Shanks.
Il soupira et passa sa main sur son visage, déjà épuisé par ce qu'il avait à faire. Appeler Smoker, le mettre au courant, et le convaincre de le laisser venir sur place. Il grogna et décrocha son téléphone pour composer un numéro qu'il aurait aimé utiliser beaucoup moins souvent. Il attendit trois sonneries avant que son interlocuteur ne réponde.
-Qu'est-ce que tu veux, Law ?
-Inspecteur. Croyez bien que je n'éprouve aucun plaisir à vous appeler, mais j'ai de nouveaux éléments qui pourraient vous intéresser, concernant l'affaire de l'Amiral.
-J'descends dans cinq minutes.
-Et soyez gentil, laissez votre adjointe à la porte. Les chiens ne sont pas admis dans le laboratoire.
Et sur ces bonnes paroles, Law raccrocha sans attendre que Smoker explose, certain que sa phrase ferait son petit effet. Il ricana, avant de prendre ses notes et de les étudier à nouveau, pensif.
Doflamingo et Mihawk ne pouvaient pas se sentir, et Shanks devait sans cesse s'interposer entre eux pour ne pas que la ville soit réduite à un champ de bataille impliquant les deux Rois. Les deux familles ne traitaient jamais ensemble même en cas de situation désespérée. Alors comment Joker s'était-il procuré quelque chose appartenant au Roux ? Qui plus est quelque chose d'aussi cher ? Ou cherchait-il simplement à rediriger les pistes sur une famille rivale et gênante ?
Law grogna et se massa les tempes. Un, affirmer la culpabilité de Dellinger. Deux, trouver le moyen de prouver le lien entre Dellinger et Doflamingo. Trois, trouver le pourquoi du comment de l'assassinat de Kizaru. Quatre, anticiper le ou les plans de Doflamingo, et les contrer, tout en se méfiant d'une éventuelle participation de Shanks.
… Trop facile, les mains dans les poches !
Il fut tiré de ses pensées par Smoker qui débarqua dans son laboratoire, sans Tashigi, pour une fois. Un sourire insolent étira les lèvres de Trafalgar, sourire qui fit grogner l'inspecteur.
-Accouche, Law. Pas envie de passer une heure ici, c'est glauque comme endroit.
Le chirurgien ravala un sarcasme, et lui détailla ses dernières trouvailles et déductions, gardant pour lui l'implication de Kidd et de Bartolomeo. La mention des dossiers supprimés fit tiquer Smoker, mais à part cette réaction minime, rien ne vint troubler son visage impassible. Le gris attendit patiemment que le chirurgien ait fini, avant de prendre la parole.
-On dirait qu'on va devoir rendre visite à Shanks..., grogna-t-il. J'aurais préféré me passer de ça. Ce type me tape sur le système.
-Il énerve beaucoup de monde, en réalité.
-On s'demande pourquoi... On ira dans deux jours, le temps d'obtenir un mandat et de régler plusieurs autres affaires avant. Et tu viens avec nous.
Pour le coup, Law fut surpris. Depuis quand Smoker le laissait-il venir sur le terrain sans protester ? L'inspecteur haussa les épaules et soupira.
-Ordre de Garp. Crois-moi, ça m'fait franchement pas plaisir d'avoir un légiste qui connaît rien aux manœuvres dans les pattes, mais on va avoir besoin de faire pas mal de trucs scientifiques sur place, et c'est toi qui est affecté à c't'affaire. Donc j'ai pas l'choix. Sinon, sois sûr que j'aurais emmené Kaya.
-Oh, je n'en doute pas une seule seconde, inspecteur, ricana le chirurgien avant de lui tourner le dos pour passer dans le vestiaire, mettant ainsi fin à la conversation.
Smoker grogna devant l'attitude de Law, avant de tourner rageusement les talons et de sortir du laboratoire à grands pas. Dieu qu'il détestait ce type... !
xxxxxxxxxx
Sabo frissonna lorsque des bras l'enlacèrent et qu'un corps chaud se pressa contre son dos. Il soupira, l'esprit encore embrumé de sommeil, et se retourna sans ouvrir les paupières, pour faire face à Robin.
-Bonjour, chérie, murmura-t-il.
-Mmmn...
Le blond l'attira à lui pour l'embrasser, et elle lui rendit son baiser avec douceur, leurs langues se mêlant lentement entre leurs lèvres. Il glissa une main dans ses cheveux longs et les fit tourner entre ses doigts avant de les replacer tendrement derrière son oreille. Ils se séparèrent, et il se colla contre elle, les yeux toujours clos, pour profiter de ses derniers instants de sommeil.
-Salut, Traf'..., marmonna le corps dans ses bras en soupirant.
L'esprit embrumé de Sabo mit quelques secondes à assimiler ces mots, puis il ouvrit grand les yeux, horrifié.
Si c'était Robin dans ses bras, elle avait vachement changé !
-AAAAAAAAAHHHH ! ACE ! DÉGAGE !
Le barman se prit un coup de pied dans le ventre qui le réveilla instantanément et manqua de le faire tomber du lit. Il se rattrapa de justesse et massa ses abdominaux en grimaçant, avant d'exploser.
-NAN MAIS ÇA VA PAS BIEN ?! C'EST QUOI TON PROBLÈME ?!
-Beeeerk ! J'y crois pas ! pesta le blond en se frottant frénétiquement la bouche. Mec, tu m'as embrassé !
-QUOIIII ?! POUAH ! Me dis pas qu'j'ai mis la langue ! gémit Ace en faisant de même, une expression écœurée sur le visage.
-J'en sais rien, j'étais à moitié dans les vapes ! J't'en foutrais, moi, des lits à partager avec ses frères, comme quoi y a pas assez d'place dans les chambres !
-Les mecs... L'est quatre heures du mat'... 'Pouvez pas vous engueuler quand il fait jour, sérieux ? grommela une voix endormie venant du lit d'à côté.
-Luffy, tais-toi ! J'l'ai embrassé, merde ! hurla Sabo. Ace, dégage de cette chambre !
-Ah ouais ?! Pourquoi moi ?!
-Parce que tu pues !
-Genre je pue ! Tu t'es pas senti, espèce de...
Une frappe discrète contre la porte les interrompit, et Sabo haussa un sourcil avant d'aller ouvrir. Qui pouvait bien venir toquer à une heure pareille... ? Il eut sa réponse en avisant la chevelure rousse et le sourire angélique de leur visiteuse, et recula précipitamment, imité par Ace.
-C'est d'ta faute, chuchota le blond à son aîné en pâlissant à vue d'œil.
-La ferme, crétin !
-Loin de moi l'idée de vous déranger, je sais que ce que vous faites dans votre chambre ne me regarde pas, commença Nami d'une voix calme, mais auriez-vous l'obligeance de LA METTRE EN VEILLEUSE ?!
Les deux frères grimacèrent en se bouchant les oreilles, le niveau de décibels étant un peu trop élevé pour leur confort.
-Putaiiiiin, mais fermez-la tous ! gémit Luffy depuis son lit, en balançant son coussin à l'aveuglette dans la chambre, s'enterrant sous sa couverture la seconde suivante.
L'oreiller atterrit dans le visage de la rousse avec un pouf ! étouffé, au moment où elle allait se remettre à hurler, la coupant net dans son élan. Elle cligna des yeux une ou deux fois, avant de grincer des dents et de se tourner vers le lit du benjamin des trois frères. Lentement, elle retroussa les manches de la chemise de nuit qu'elle portait et fit craquer ses phalanges.
-On a deux choix, murmura Sabo à Ace. Soit on tente de l'arrêter et on s'en ramasse une au passage, soit on laisse Luffy se débrouiller et on en profite pour se faire la belle... T'en dis quoi ?
-... Passe devant, j't'en prie, répondit son aîné sur le même ton.
-Trop aimable.
Ils contournèrent la jeune femme en colère le plus discrètement possible, attrapant un T-shirt au passage, et sortirent de la chambre en fermant très très très soigneusement la porte derrière eux. Ils jetèrent un dernier regard désolé au battant de bois, avant de se séparer, Sabo montant à l'étage des filles, et Ace se dirigeant vers la chambre de Trafalgar.
BANG !
-Pardon Nami ! J'avais pas vu qu'c'était t-AÏÏE !
xxxxxxxxxx
Ace entra dans la chambre de Law en silence, avec l'intention de se glisser dans les draps sans le réveiller, et de terminer sa nuit à ses côtés. Il referma doucement la porte derrière lui, et s'avança vers le lit, écartant le rideau pour passer. Il se figea.
Trafalgar ne dormait pas, il était simplement allongé sur son matelas, des écouteurs sur les oreilles, et regardait fixement une petite boule à neige, qu'il tenait avec précaution entre ses doigts. Autour de lui étaient éparpillées plusieurs photos qu'Ace n'avait jamais vu.
Il avait eu le temps de détailler les photographies accrochées au mur au dessus du lit de son amant. Elles concernaient toutes l'enfance et l'adolescence de Law, le représentant avec sa mère, son père, ou ses amis de la fac, Sarah, Shashi et Penguin. Il y en avait une ou deux qui le représentaient avec Kidd, mais Ace se doutait que le colosse roux ne devait pas apprécier d'être prit en photo. En revanche, la jeune femme qui riait sur les photos étalées sur le matelas lui était totalement inconnue.
-... Portgas ? Puis-je savoir ce que tu fais ici, à une heure pareille ?
Ace releva la tête et croisa les yeux argentés de Trafalgar, qui le regardait avec curiosité et inquiétude. Il ouvrit la bouche pour lui répondre, quand il remarqua les traits tirés de son amant, la fatigue qui marquait son visage.
-Tu... tu n'as pas dormi ? murmura-t-il au lieu de répondre à sa question.
-Trop de choses en tête, soupira Law en rangeant la boule à neige dans sa table de chevet.
Le barman le regarda faire, et parvint à saisir l'inscription gravée sur le socle en bois avant que l'objet ne disparaisse dans le tiroir. Room. Il observa le métis rassembler les photographies, et se sentit rougir d'embarras en prenant conscience qu'il n'avait sûrement rien à faire ici.
-Je... désolé, j'voulais pas te déranger, marmonna-t-il en reculant d'un pas, entortillant une mèche de cheveux autour de son doigt. Je... j'vais retourner dans ma chambre. Bonne nuit, Traf'.
-Tu ne me déranges pas.
Ace s'immobilisa, surpris, et son amant releva la tête pour le regarder avec son sourire en coin. Le jeune homme soupira de soulagement et lui renvoya le sien, hésitant, en s'approchant du lit. Il tendit la main vers l'une des photographies, jeta un regard interrogateur au chirurgien, et s'en empara après un signe de tête affirmatif de celui-ci. Il s'assit à ses côtés et détailla le cliché.
La jeune femme immortalisée dessus riait, cheveux au vent, installée sur une balançoire en bois qui la faisait voler à quelques mètres du sol. Ses yeux étaient fermés, ses jambes tendues vers l'avant, et son corps penché vers l'arrière pour garder son équilibre. Sa peau était très blanche, ses cheveux châtains, et elle portait des vêtements simples qui la mettaient en valeur.
-... C'est qui ? demanda-t-il à voix basse.
-On fait un marché, Portgas ? Si je te dis qui c'est, je veux que tu me dises quelque chose sur toi.
Le barman se crispa, soudain sur la défensive, mais Law l'apaisa en levant les mains.
-Je ne te demande pas de me dire un lourd secret de famille gardé depuis des générations. Juste... de me parler de quelque chose.
-... D'accord, répondit Ace après une hésitation. Mais toi d'abord.
Trafalgar acquiesça et lui reprit la photographie, la tenant entre ses doigts comme s'il eut s'agit d'un trésor inestimable. Ce qui était peut-être le cas.
-... Comment elle s'appelle ? s'enquit Ace après un instant de silence.
-Séléné.
-C'est... ta cousine ? Ou ta sœur ?
Law pouffa doucement et caressa le cliché du pouce.
-C'était ma fiancée, Ace.
-... Pardon ? Mais t'es... Enfin t'es censé être... Alors t'es pas...
-Gay ? sourit Law. Non. Qu'est-ce qui a pu te faire croire que j'étais gay ?
-Oh j'en sais absolument rien ! grogna le jeune homme en levant les yeux au ciel. Le fait que tu aies couché avec moi par exemple, et à moins que j'me trompe, je crois avoir une...
Ce qu'avait dit Trafalgar quelques secondes plus tôt percuta son esprit, le coupant dans sa tirade, et il tourna prudemment son regard vers son amant.
-C'était ? Elle... t'a quitté ?
-Elle a été tuée.
Le silence tomba, pesant, alors qu'Ace assimilait lentement l'information, les yeux écarquillés. Le sourire de Law avait disparu, remplacé par une expression qu'il connaissait parfaitement, parce qu'il la voyait trop souvent sur son propre visage. Un mélange de rage, de chagrin et de culpabilité. Il ravala les questions qui se pressaient derrière ses lèvres, et passa une main sur sa nuque, mal à l'aise.
Son amant soupira et se laissa tomber en arrière, un bras sous la tête. Après un instant d'hésitation, Ace se retourna et se plaça à califourchon au dessus de lui, se penchant sur son visage pour embrasser sa joue. Les mots lui manquaient, les seules phrases qui lui venaient à l'esprit étaient des interrogations – quand, qui, comment, pourquoi ? – et il n'avait pas envie de les poser au métis, pas plus qu'il ne voulait qu'il lui en pose. Alors il se contenta de se laisser aller contre lui et d'enfouir son visage dans son cou, espérant que cela suffirait à atténuer la peine que devait ressentir Trafalgar.
Après un long instant de silence, Law soupira et reposa la photo sur sa table de nuit, avant d'embrasser le sommet du crâne de son amant, glissant ses doigts dans son dos. Cela faisait deux ans que Séléné était morte, deux ans qu'il avait quitté Doflamingo. Deux ans qu'il ne trouvait plus le sommeil. Une phrase de Kidd lui revint en mémoire, et il hésita un instant, avant de se mettre à parler.
-J'avais vingt ans quand je l'ai rencontrée. Elle venait d'entrer dans la Famille, et j'avais été chargé par Joker de lui apprendre deux-trois combines. Cambriolages, entre autres. Elle était douée, et elle apprenait vite. Je suis tombé amoureux d'elle sans même m'en rendre compte. L'histoire banale du maître qui s'éprend de son élève...
Law eut un rire sans joie, et le jeune homme allongé sur lui se redressa sur ses coudes pour le contempler. Les mâchoires du métis étaient serrées, ses yeux humides, et il caressa la peau mate de sa joue pour tenter de l'apaiser.
-On est sortis ensemble juste après un cambriolage qui avait mal tourné. On a réussi à échapper à la police, et on est restés deux jours cachés à un point stratégique que Joker m'avait indiqué au cas où. Deux jours avec la même personne, dans un endroit où il n'y a rien d'autre à faire que de paarler, ça rapproche plus qu'on ne le croit...
Ace n'arrivait pas à analyser ce qui se passait en lui, les émotions se disputaient la première place dans son cœur, le plongeant dans une étrange confusion. Il avait mal pour son amant, lui qui ne connaissait que trop bien la douleur de perdre un être cher, qui plus est de manière aussi violente et injuste. D'un autre côté... Il était soulagé que cette Séléné soit morte, sinon, Law n'aurait jamais été à lui. Et il était jaloux aussi. Jaloux de ce qu'ils avaient pu vivre tous les deux. Est-ce qu'il pouvait espérer se comparer à cette femme, et à ce qu'elle avait représenté pour le légiste ?
-Elle est morte il y a deux ans, quelques temps avant que je n'arrive ici.
Trafalgar se tut, et Ace comprit qu'il n'en saurait pas plus pour l'instant. Il se pencha sur son amant, et apposa doucement ses lèvres sur les siennes, dans un geste qu'il voulait réconfortant. Law ne réagit pas, mais il ne s'en formalisa pas et continua ses baisers légers, jusqu'à ce qu'il sente ses muscles se décrisper.
-... J'ai commencé à faire le con à quatorze ans, murmura-t-il soudain. Je dealais surtout, ou je revendais des contrefaçons. J'ai jamais connu mon père, ma mère nous a toujours élevés seule, et elle était pas riche... J'ai trouvé que ça pour l'aider dans l'immédiat.
Trafalgar retenait son souffle. La voix du barman était hésitante, presque inaudible, et il ne voulait pas perdre une miette de ce qu'il avait décidé de lui révéler. Il le serra un peu plus contre lui, et Ace sentit sa gorge se nouer quand des souvenirs violents se rappelèrent à lui.
-J'ai passé... une enfance normale, si l'on peut dire. C'était pas la fête tous les jours, mais on se débrouillait. On arrivait à être heureux. Et puis un jour... il nous est arrivé une merde, et maman a dû emprunter de l'argent à des créanciers. Et elle arrivait pas à rembourser. Alors j'ai traîné dans la rue, et j'me suis mis à ramasser l'argent où je pouvais. Je le lui ramenais petit à petit, pour pas qu'elle me pose trop de questions. Même si j'voyais bien qu'elle était pas dupe. Mais elle avait pas le choix, alors elle prenait et elle se taisait.
Le jeune homme prit une grande inspiration et enfouit son visage dans le cou de son amant quand il sentit une larme brûler sa joue. Il serra les dents et ravala ses sanglots avant de reprendre, la voix hésitante.
-On a... tenu deux ans. Quand l'argent a été remboursé, j'ai voulu arrêter mes trafics... et... ça s'est pas passé comme prévu.
Il se tut, et le légiste ne dit rien pendant un long moment. De nombreuses questions ricochaient dans son esprit, mais il les retint, et se contenta de caresser lentement le dos de son amant, dans un geste tendre et rassurant. Ace finit par se détendre, et l'étau qui lui broyait la gorge se desserra lentement, le laissant prendre une grande inspiration qui acheva de le calmer. Il se laissa tomber sur le côté, et se mit sur le flanc pour faire face au chirurgien.
-.. Ça va ? murmura-t-il.
-Mieux, répondit Law en tendant la main pour caresser sa joue. Merci.
Le jeune homme sourit et nicha son nez dans sa paume, avant de se tortiller pour passer sous la couette, entraînant le métis avec lui. Bientôt, ils étaient collés l'un à l'autre, leurs jambes entremêlées, et le visage d'Ace enfouit contre son épaule.
-Traf'... ?
-Mmmmn ?
-J'peux te poser une question ?
-... Essaye toujours ?
-C'est vrai que la salive de quelqu'un que tu as embrassé reste dans ta bouche pendant sept ans avant de disparaître... ?
xxxxxxxxxx
Doflamingo sourit lorsque Marco descendit de sa voiture, une enveloppe conséquente à la main. Le Phénix avait eu raison, ils avaient trouvé un moyen de s'associer. Law serait bientôt de nouveau sous ses ordres. Ses idioties avec cette Séléné lui avaient coûté assez cher, il avait perdu plusieurs millions à cause de ça. Il était temps qu'il le rembourse.
Et si le plan de Marco échouait, il avait encore deux coups d'avance pour récupérer son fils. Mais pour ça, il fallait l'éloigner du Moby Dick. Il ne se risquerait pas à l'approcher tant qu'il serait sous la protection directe de Barbe-Blanche.
-Où dois-je vous conduire, Waka ? demanda son chauffeur.
-Mmmn ? Nous rentrons à la maison, Gladius. Conduis prudemment, veux-tu ? Nous ne sommes pas pressés.
-Bien, Waka.
La voiture démarra, et Doflamingo posa sa joue sur sa main, son sourire s'élargissant. Ce n'était qu'une question de temps avant que la ville ne lui appartienne. Et lorsque ce serait le cas, il pourrait prendre sa revanche sur Law, et sur tout ceux qui l'avaient trahis ces dernières années. Et surtout, il obtiendrait enfin justice.
Il tira de sa poche une photographie que lui avait fait parvenir l'un de ses espions, et ricana.
-Alors c'est toi, Portgas D. Ace... ? J'ai hâte de faire ta connaissance...
Bonus : Coiffé au poteau !
Roger émit un "tssk" agacé et recommença son calcul, concentré à l'extrême. Les plans de la banque qu'il prévoyait de braquer le surlendemain étaient étalés devant lui, et chaque action devait être consciencieusement minutée s'il voulait s'en sortir en prenant le minimum de risques. Il mordilla le bout de son crayon, et écrivit une série de chiffres sur le papier.
-J'ai dix secondes pour le couloir... Une minute pour placer les explosifs... Humpf, ça va être tendu...
Ses réflexions furent interrompues lorsque son portable vibra, annonçant la réception d'un message. En pestant contre l'importun, il se saisit de l'appareil, et ouvrit le mms qui venait de lui être envoyé.
Il écarquilla les yeux. C'était un selfie de Barbe-Blanche, un énorme sac à la main, devant la façade de la banque qu'il voulait justement braquer. Son ami et rival souriait de toutes ses dents, apparemment très fier de son coup. Quand au message qui accompagnait la photo, il était on ne peut plus clair.
"U mad, Bro ? :D"
-Ah ouais ?! AH OUAIS ?! Tu veux la jouer comme ça, enfoiré ?! Tu viendras pas t'plaindre si tu t'casses les dents !
Il fulmina de longs instants, chiffonnant et déchirant les plans de la banque, avant de se laisser tomber dans un fauteuil en soupirant.
-... M'en tape, la prochaine fois qu'on va boire un coup, c'est lui qui paie, bougonna-t-il.
Et j'me fous de savoir si les portables avec appareil photo existaient quand Roger était jeune ! u_u
*Le phyllostachys pubescens est une espèce de bambou géant qui existe vraiment, et qui ne pousse qu'en climat chaud (d'où mon choix de le faire pousser dans le sud de l'île). Il est très résistant, et peut aller jusqu'à dix-huit centimètres de diamètres en épaisseur (parce que j'aime les gros diam-/SBAAAAAAAAAAAAAFFFF/) [T'es dégueulasse !] Roooh ça va ! Bref... En gros, c'est un méga bambou tout vert u_u
À la pro' !
Bisous cramés !
Pyro
