-Et voilà, monsieur. Un mojito et une Tequila Sunrise. Bonne soirée !
L'homme retourna à sa table, et Ace se détourna pour ranger ses bouteilles et les verres vides que lui ramenaient les serveuses. Il donna un coup d'éponge sur le comptoir, avant de passer dans la réserve pour se réapprovisionner en amuse-gueules, non sans chiper une ou deux cacahuètes au passage.
-Je t'ai vu, trésor ! Arrête de voler mes provisions et dépêche-toi, les clients attendent !
Ace planta ses yeux dans ceux de Shakky, haussa un sourcil, et croqua dans la cacahuète avec un sourire séducteur. Elle fit mine de lui envoyer un chiffon à la figure, et il s'éloigna en pouffant, reprenant sa place au bar. Il servit quelques personnes avant de voir un visage familier s'arrêter devant lui. Il se figea et esquissa un sourire gêné.
-... Salut, Marco.
Sa relation avec Marco avait laissé ses marques sur lui. Il avait eu l'occasion de fréquenter une ou deux filles, avant d'arriver au MobyDick, mais le blond avait été son premier petit-ami, et c'était à lui qu'il avait donné sa première fois, malgré ce qu'il avait affirmé à Trafalgar. Ils avaient passé presque un an ensemble, avant que le barman ne s'éloigne du blond, et ne mette fin à leur relation. Une relation trop physique et trop possessive pour lui.
Ace savait que Marco n'avait jamais vraiment accepté leur séparation, et qu'il faisait des efforts pour passer au dessus, et pour ne pas laisser la rancœur s'installer. Toutefois, il y avait toujours une étrange tension dans l'air lorsqu'ils se retrouvaient seuls face à face. Le blond n'avait jamais vraiment admis leur séparation, Ace en était persuadé – il essayait régulièrement de le convaincre de retenter sa chance avec lui.
À chaque fois, il essuyait un refus.
-Tu me sers une Piña Colada, Ace, s'il te plaît ?
-Sans problème, attends une minute.
Marco s'installa sur un tabouret alors que le jeune homme s'affairait à préparer son cocktail, et s'accouda au comptoir pour le regarder faire, le menton sur ses doigts croisés. Il fronça les sourcils lorsque Ace s'arrêta une seconde pour regarder son portable, un sourire amusé se dessinant sur son visage. Il toussota, et le barman se reprit, lui servant son verre peu après.
-... Tu finis ton service à quelle heure, ce soir ? demanda le blond, un sourire avenant sur le visage.
-Marco..., soupira Ace. Je suis désolé, mais j'veux pas...
-Je veux juste te parler.
Ace haussa un sourcil et dévisagea son ancien petit-ami, qui sirotait son cocktail, mais il ne décela aucune trace de mensonge dans ses yeux. Il pesa le pour et le contre un petit moment avant de hausser les épaules. Qu'est-ce qu'il risquait après tout ?
-Dans trois heures, répondit-il finalement après un coup d'œil à sa montre. On s'retrouve au pensionnat ? Dans la Grande Salle ?
-Je préférerais un endroit plus tranquille... Disons la bibliothèque ?
-... Si tu veux.
Marco esquissa un sourire, termina son verre, et se leva de son tabouret, sous l'œil interrogateur de son ancien amant. Il paya sa consommation, fourra les mains dans ses poches, et se dirigea vers la porte. … C'est quoi, ça, encore ? soupira le jeune homme intérieurement.
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-Zo-... Zoro... mmmn...
-Hmmm ?
-Plus... ah... plus vite...
-Aye aye, Capitaine...
La main du jeune homme accéléra son mouvement sur Luffy, et se dernier se mordit la lèvre pour étouffer un geignement de plaisir. Son dos trempé de sueur était collé au torse musclé de son amant, qui déposait des baisers humides sur son épaule et dans le creux de son cou. Le brun poussa plus fort ses hanches contre la main du vert, et gémit lorsque son ventre se contracta, annonciateur d'un orgasme imminent.
-Zoro... c'est... t'arrête pas...
-Luffy...
-Hhnn...
-J'adore te sentir contre moi, comme ça..., murmura Zoro à son oreille en donnant un brusque mouvement de poignet.
Luffy eut un hoquet incontrôlé et se laissa aller dans les doigts du jeune homme, ses hanches ondulant à un rythme effréné pour profiter au maximum de l'instant. Zoro se mordit la lèvre, les fesses du brun se frottant contre son bas-ventre ne l'aidaient pas à garder son self-control, même si son jean était toujours sur ses hanches. Il se concentra sur son petit amant, accompagnant la cadence de ses mouvements pour lui donner le plus de plaisir possible.
Finalement, Luffy s'immobilisa, haletant, les joues en feu et le corps trempé de sueur. Il poussa un long soupir et se retourna dans les draps pour faire face à son petit-ami et l'embrasser passionnément.
-Je confirme... y a pas que les haltères que tu sais manier...
Zoro leva les yeux au plafond, et le brun éclata de rire, brisant la douceur du moment. Le vert lui aurait mit un taquet derrière la tête, s'il s'était écouté, tiens. Il se contenta de souffler d'agacement, et Luffy lui renvoya un sourire canaille qui lui noua la gorge. Dieu qu'il était beau quand il souriait comme ça... beau... et inquiétant. Parce que ça voulait aussi dire que le garçon avait une idée sous ses mèches noires.
Ça craint, mon vieux Zoro...
Luffy le repoussa et grimpa sur ses cuisses, avant de s'attaquer à la fermeture de son pantalon, ses yeux noirs plantés dans les siens. Le vert le laissa faire, se demandant s'il devait être inquiet ou impatient de ce qui allait lui arriver. Il opta immédiatement pour la deuxième réponse quand le brun se pencha sur lui pour embrasser son ventre et la naissance de son aine. Son jean ne fut bientôt plus qu'un souvenir, tout comme son boxer, et il se mordit la lèvre.
-Luffy... t'es sûr de c'que tu fais là... ?
-T'en as pas envie ?
-C'pas c'que j'ai dis... mais j'veux pas qu'tu...
-J'fais c'que j'veux.
… Certes. Argument valable. Luffy faisait toujours ce qu'il voulait de toute façon, quoiqu'il arrive et dans quelque situation que ce soit, et ses amis n'avaient qu'à le suivre et assumer. Zoro soupira et rendit les armes, se laissant aller sur la couverture, les muscles tendus par l'impatience. Il ne voulait pas que son amant se sente obligé de lui faire ça, mais puisqu'il en avait envie... il aurait été complètement stupide de refuser.
Il se mordit la lèvre lorsque Luffy referma sa main sur lui, commençant un lent mouvement de va et viens, et ferma les yeux. Il sentit souffle du garçon sur sa cuisse, puis sur son aine... et il sursauta lorsqu'une langue timide effleura le bout de son membre. Il crispa ses doigts sur les draps du lit, s'empêchant un geste trop spontané – celui d'agripper les cheveux de Luffy et de forcer sa tête à descendre plus bas.
Luffy jeta un bref regard à son amant, sourit en coin, et donna un lent coup de langue sur toute sa longueur. Il sentit Zoro se tendre et reproduisit son geste, avant de le prendre entre ses lèvres.
-Nnngh... Luffy...
Le brun ferma les yeux, enroula ses doigts autour de la base de sa virilité, et entama un lent mouvement de va-et-viens, sa main libre caressant l'intérieur de la cuisse du vert. Il le sentit trembler sous l'effort qu'il faisait pour rester immobile, et sourit intérieurement. Même dans cette situation, Zoro faisait passer le confort de son amant avant le sien...
Luffy libéra ses mains pour saisir les hanches du vert, inspira profondément, et le prit plus loin entre ses lèvres, enroulant sa langue autour de lui. Zoro eut un hoquet de surprise et de plaisir, et sa respiration devint erratique, alors qu'il luttait pour garder le contrôle. Luffy recommença, se retirant pour mieux revenir, le prenant chaque fois un peu plus profondément, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus aller plus loin. Il accéléra alors le rythme de ses allers-retours, creusant les joues à chaque fois qu'il se retirait, et jouant de sa langue sur le sexe de son amant. Ce dernier haletait, des grognements sourd s'échappant de ses lèvres, et ses mains agrippaient les draps comme si sa vie en dépendait.
L'orgasme le prit par surprise lorsque Luffy le prit d'un coup au fond de sa gorge et avala. Zoro jura et son ventre se crispa violemment, alors qu'il se répandait dans la bouche du petit brun. Immédiatement, il se redressa et chercha ses yeux, inquiet.
-Luffy ! Ça va ? Merde, j'suis désolé, j'ai pas...
Un doigt sur sa bouche l'interrompit, et il regarda son amant avaler sa semence, un air pensif sur le visage. Avant qu'il ait pu dire quoique ce soit, Luffy planta ses yeux dans les siens, et lui envoya un sourire éclatant.
-... un peu gluant, mais appétissant !
-...
Zoro resta muet, bouche bée, avant de se laisser retomber sur l'oreiller et de se plaquer une main sur le visage, consterné.
-De toutes les conneries que tu m'as sorties... j'crois que celle-là tape dans le haut du panier..., marmonna-t-il.
Luffy explosa de rire et remonta vers lui pour l'embrasser, avant de se laisser tomber à ses côtés, satisfait. Il se pelotonna contre lui, son visage contre son épaule, marmonnant de contentement. Le vert soupira et caressa doucement ses cheveux noirs, sentant les brumes de son plaisir récent l'entraîner de plus en plus vers le sommeil.
Il sursauta lorsque la porte fut ouverte sèchement, d'un coup de pied bien placé. Sanji déboula dans leur chambre – l'une de celles du grenier, qu'ils avaient investi pour être tranquilles – et s'approcha d'eux, les mâchoires serrées.
-Bordel de... qu'est-ce que tu fous ici ?!
-Tais-toi, Marimo ! Y a urgence !
Zoro se tut. Le ton urgent du blond ne laissait pas place à la dispute. Il s'était passé quelque chose, et au vu de son agitation, ce n'était pas anodin. Il eut un tic mécontent – le seul à avoir le droit de lui donner des ordres de cette façon, c'était Luffy ! Non mais oh ! – mais laissa couler.
-Explique, ordonna Luffy.
-Robin n'est pas rentrée. Elle est sortie vers dix heures, elle a dit à Nami qu'elle rentrerait avant minuit... et elle n'est toujours pas revenue. Aucune nouvelle d'elle, son portable est coupé.
-Elle est p't'être avec Sabo ? hasarda le vert, mais Luffy secoua la tête.
-Sab' est... pas dispo ce soir. Où elle est allée ?
-D'après Nami, elle partait pour Upper Yard.
Luffy se raidit et Zoro retint son souffle. Upper Yard. Territoire d'une des bandes rivales de la leur, et loin d'être la plus faible. Aïe. Ça allait taper dur ce soir.
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-Euuh... Lu-... Luffy ? J'ai... j'ai une crise de « je-le-sens-pas-cet-endroit-on-devrait-pas-y-aller »...
-Robin est là dedans. On va la chercher.
-Ou-oui, bien sûr, mais euh... On devrait peut-être revenir avec un... plan ?
-J'en ai un.
-Ah... ?
Luffy fit craquer ses poings, et considéra d'un œil sombre le grand immeuble délabré qui se dressait devant eux, ses murs tagués de toutes sortes de symboles, marquant son appartenance à la bande rivale.
-On entre, on tape, on sort. Avec elle. Facile.
-... Ouais... facile...
Ussop secoua la tête et marmonna une prière, pas plus rassuré que ça, mais Luffy savait qu'une fois dans l'action, il ne lui ferait pas défaut. Il se retourna vers ses amis, et leur sourit. Sanji et Nami avaient la même expression sérieuse et déterminée. Ce n'était qu'un énième combat de rue, pour eux, mais l'enjeu était différent des autres. Ils ne se battaient pas pour un bout de territoire volé, de la nourriture, ou même une vengeance, mais pour sauver l'une des leurs. La tension qui se dégageait d'eux était palpable.
Luffy tourna son la tête vers Zoro et sourit. Le vert regardait le haut de l'immeuble d'un air pensif, les mains derrière la tête, coudes vers le ciel, décontracté. Il baissa ses yeux verts sur son amant et lui sourit en coin. Luffy ricana. Pas besoin que Zoro ne parle pour qu'il comprenne ce à quoi il pensait.
Ça va pas être de la tarte, mais on va y arriver. Alors pourquoi j'm'inquièterais ?
Luffy secoua la tête et fit de nouveau face à la porte de l'immeuble, frappée d'un éclair de peinture bleue.
-Zoro. Sanji. Trois minutes.
Sanji tira sur sa cigarette, souffla la fumée, et s'approcha.
-Tu deviens de plus en plus exigeant, Capitaine.
-Quoi, t'es trop lent, Blondinette ? railla Zoro en s'avançant vers la porte.
-La ferme, Marimo. J't'ai pas sonné.
Les deux jeunes hommes s'arrêtèrent à un mètre de la porte, se mirent de profil, et foncèrent dessus. Le battant céda dans un craquement assourdissant sous leur coup d'épaules, et ils s'engouffrèrent à l'intérieur.
-Bonjour ! sourit Zoro en sautant sur un homme qui se tenait dans l'entrée.
Quelques secondes plus tard, Sanji et lui montaient les marches quatre à quatre et disparaissaient de la vue des autres.
-Ussop. Les sentinelles autour de l'immeuble.
L'adolescent acquiesça, détacha un grand lance-pierre de son dos, et s'engouffra dans une ruelle attenante, la main plongée dans une poche attachée à sa ceinture. Luffy soupira et garda les yeux rivés sur sa montre, comptant lentement les secondes dans sa tête. Zoro et Sanji avaient trois minutes pour mettre hors-service le plus d'hommes possibles, et lui permettre de monter rapidement vers sa cible, en économisant ses forces. Il les savait capables de mettre les sous-fifres au tapis – le blond et le vert étaient plus que forts, encore plus quand ils s'y mettaient à deux – mais la difficulté arriverait quand ils se tiendraient devant le chef de la bande, celui qui leur avait prit leur amie.
Plus qu'une minute.
-Nami. Reste derrière moi. Et ne me lâche pas d'une semelle.
La rousse acquiesça, et le suivit alors qu'il s'avançait vers la porte. Elle s'attendait à se faire attaquer par des hommes qui auraient été postés à l'extérieur, mais apparemment, Ussop avait bien fait son travail. Le brun au long nez était très discret quand il le voulait, et aucune sentinelle ne vint interrompre leur progression. Luffy fit craquer ses poings, jeta un dernier coup d'œil à sa montre, et pénétra dans l'immeuble. Il grimpa les escaliers au pas de course, enjambant les corps assommés par les soins de ses amis, Nami deux pas derrière lui.
Il arriva au dernier étage pour voir Zoro et Sanji, essoufflés, finir de mettre à terre les deux hommes qui gardaient la porte de leur chef. Luffy leur fit un signe de tête, un sourire, et le blond et le vert se postèrent sans un mot à ses côtés, un petit pas derrière lui. Luffy inspira profondément, leva la jambe, et ouvrit la porte d'un violent coup de pied, écaillant l'éclair bleu peint dessus au passage.
-Ener..., gronda-t-il.
-Salut, Monkey, fit le grand blond devant lui en souriant.
Ener était assit sur une table, dans une grande pièce, regard et sourire méprisant sur son visage. À ses côtés se tenaient Ohm et Shura, ses deux lieutenant, leurs yeux fixés sur eux. Ohm était flanqué de son gros labrador blanc, Holy. Robin était agenouillée dans un coin, bâillonnée et menottée, le visage fermé.
Le blond leur en voulait depuis un moment maintenant. Une histoire stupide de pari, lors d'un combat clandestin, que Luffy avait gagné à son détriment... mais qui lui avait rapporté pas mal d'argent – vite écoulé en nourriture. Ener n'avait jamais accepté sa défaite.
-T'es tellement prévisible, Monkey, ricana Ener.
-Laisse-la partir.
-Mmm... non. J'ai plutôt l'intention de la laisser là, histoire qu'elle te regarde te faire ridiculiser.
Luffy leva les yeux au ciel et se mit en garde, Zoro et Sanji ajustant immédiatement leurs positions à la sienne.
-On s'est déjà battus plusieurs fois, Ener. Et à chaque fois, on t'a botté le cul. Tu crois pas qu'il serait temps d'arrêter ? Rends-nous Robin, et on s'casse. Sans te taper d'ssus.
-Ce sera différent cette fois, sourit le blond en sortant deux objets de ses poches.
Luffy écarquilla les yeux et eut un mouvement de recul involontaire en reconnaissant les petites machines. Deux tasers, trop gros pour être de simples tasers de policiers lambda. Ceux-là avaient été récupérés via le marché noir, et modifiés pour devenir de véritables armes mortelles.
-Tu aimes mes nouveaux jouets ? susurra Ener en se levant. Ne t'en fais pas, tu vas faire connaissance avec eux de beaucoup plus près dans quelques secondes.
Ohm et Holy se plaçèrent devant Zoro, et Shura devant Sanji. Luffy jeta un coup d'œil derrière lui et s'aperçut que Nami avait disparu. Il eut un léger sourire satisfait. Bien. Une bonne chose de faite. La rousse savait d'avance ce qu'elle avait à faire.
Luffy fit craquer ses poings et se mit en garde, alors qu'Ener sautait de la table sur laquelle il était perché, ses tasers à la main. Il y eut un long instant de silence, alors que les adversaires se jaugeaient les uns les autres.
Aucun d'entre eux n'aurait pu dire qui lança les hostilités en premier, mais dans les secondes qui suivirent, la grande pièce devint le théâtre d'une rixe d'une rare violence. Sanji et Shura se battaient l'un contre l'autre en rivalisant de rapidité, le premier avec des coups de pieds à faire trembler les murs, et le second avec une barre de fer taillée en pointe de lance. Zoro et Ohm se mesuraient à la force de leurs attaques, le vert maniant ses katanas – volés dans une armurerie à ses treize ans – contre la barre hérissée de barbelés de son adversaire. Holy attaquait sans relâche sur ordres de son maître, obligeant Zoro à esquiver sans cesse les assauts de l'animal, et à se fatiguer deux fois plus.
-Putain de... con d'clebs...
-Vas-y Holy ! Attaque ! Encore !
-Fait chier ! Assis ! hurla Zoro.
À sa grande surprise, le chien s'assit sagement en le regardant avec attention, comme s'il attendait le prochain ordre qu'il allait lui donner. Le jeune homme n'hésita pas.
-Au panier ! Pas bouger !
Et avant qu'Ohm n'ait pu faire quoique ce soit, Holy trottina jusque dans un coin de la pièce, et se coucha pour ne plus bouger d'un poil. Zoro explosa de rire, alors que son adversaire fulminait.
-Holy ! Arrête de faire l'imbécile, reviens ici !
Mais le labrador, obéissant à l'ordre du vert, resta immobile. Ohm grogna et lança sa massue improvisée sur Zoro avec hargne, la force de ses coups décuplée par sa frustration. Le jeune homme cessa de rire, para tant bien que mal, et le combat reprit, plus violent qu'avant. Le vert comprit qu'il devait en finir rapidement, avant d'être épuisé.
Se concentrant plus encore, il para un autre coup, repoussant son adversaire, et profita de son déséquilibre. D'un mouvement vif, il glissa sous sa garde, passa dans son dos et le manche de son katana rencontra durement la tempe d'Ohm. Avec un cri étranglé, ce dernier s'écroula, assommé.
Au même moment, Sanji mettait Shura au tapis d'un coup de pied bien placé dans les côtes. La lance de fer tomba au sol dans un tintement métallique et le sbire d'Ener resta à terre en se tenant le ventre.
-Tch... fit le blond en allumant une cigarette. Encore un ex-aequo.
-Yep, grogna Zoro. T'as eu d'la chance. En temps normal, j't'aurais batttu.
-Si ça te rassure de le penser...
Le vert leva les yeux au ciel et regarda autour de lui.
-Luffy est encore en train de se battre avec Ener..., fit Sanji. On y va ?
-Non.
Les deux jeunes hommes se retournèrent pour faire face à Nami. Cette dernière faisait sauter une clef dans sa main, et les regardait avec les sourcils froncés. Robin était derrière elle, bras croisés. La rousse avait profité de ce que Luffy, Zoro et Sanji attiraient l'attention pour subtiliser la clef des menottes de Robin à Ener et la libérer.
-... Non ? gronda Zoro, peu amène.
-Laissez Luffy se charger de ça et venez. Il a pas besoin de nous.
Sanji obéit immédiatement, mais Zoro hésita un moment, son regard fixé sur son amant. Avant de les suivre. Il avait confiance en Luffy.
Leur combat avait conduit Luffy et Ener loin des autres, dans un autre coin de la pièce. Le garçon n'arrivait pas à approcher de son adversaire, son énergie consacrée à éviter les tasers que le blond tentait de lui coller sur la peau. Ener l'avait fait reculer jusqu'à l'acculer dans un recoin de la pièce, limitant encore ses mouvements.
-Eh... Alors Monkey... on fatigue ? sourit Ener.
Luffy serra les poings, et esquiva un revers qui l'aurait électrocuté. Il profita du déséquilibre de son adversaire pour le repousser et se dégager du coin de la pièce. Il mit de la distance entre eux, et jeta un bref regard vers la grande fenêtre derrière lui.
-Tu veux essayer de t'enfuir ? ricana le blond. Ça ressemble bien aux lâches de ton genre ça ! Tu te caches derrières ceux qui te suivent, mais dès que les choses sérieuses se corsent, tu t'échappes comme un lapin !
-Dit celui que j'ai déjà rétamé, grogna Luffy en reculant contre la fenêtre.
-Mais je suis plus fort, maintenant ! Et je vais te le prouver !
Ener s'élança sur le brun, tasers en avant. Ce dernier arma son bras, prêt à frapper, et donna un violent coup de coude... en arrière. La vitre de la fenêtre, déjà endommagée par les années où l'immeuble était resté à l'abandon, se brisa net. Luffy esquiva la charge de son adversaire, et ce dernier passa par l'ouverture, incapable de s'arrêter.
Pour s'arrêter deux étages plus bas, dans une benne à ordure remplie à ras bords, complètement sonné.
Zoro haussa un sourcil en le voyant atterrir.
-... Je suppose que Luffy a voulu le ranger à sa place avant de partir.
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-Bon, qu'est-ce que tu veux ? demanda Ace en s'asseyant en face de Marco, sur l'un des fauteuils moelleux de la bibliothèque.
-Que tu jettes un œil à ça.
Il lui tendit une enveloppe kraft d'apparence banale, mais assez remplie pour que son poids soit conséquent. Ace haussa un sourcil, mais s'en saisit, et la décacheta. Il en sortit une liasse de feuilles agrafées entre elles, et les parcourut rapidement, son visage s'assombrissant à mesure de sa lecture.
Il s'agissait de relevés de transactions concernant des trafics bien particuliers, très peu courants mais extrêmement lucratifs. Et la signature du bénéficiaire ne laissait aucun doute sur son identité.
Law avait fait du trafic d'organes.
-... J'peux savoir c'que t'essayes de faire, Marco ? gronda Ace en relevant la tête vers le blond.
-J'essaye de te prévenir. Trafalgar Law cache plus de choses que tu ne le penses. Je crois que...
-Tu crois rien du tout.
La voix d'Ace avait claquée, sèche, et Marco haussa un sourcil surpris. La réaction du brun n'était pas celle à laquelle il s'attendait. Il pensait qu'il serait choqué, qu'il se sentirait trahi par le métisse, voire qu'il serait dégoûté. Mais cette colère sourde et froide, qui plus est à son encontre, il n'y était pas préparé.
-Aucun de ceux qui sont ici n'ont la conscience tranquille. Le passé de Traf' ne concerne que lui et ceux à qui il veut bien le raconter. Et si tu essayes de me faire peur en me montrant ça...
Il lança les pages sur les genoux de Marco, plus répugné par ce qu'elles représentaient que par ce qu'elles contenaient.
-... tu peux toujours aller te faire foutre.
-Ace... Law a des horreurs sur la conscience ! argumenta le blond. Des types désespérés à qui il a prit une part de leurs corps contre une somme ridicule, pour les revendre à bien plus offrant au marché noir ! Ce genre d'opération, ça se fait dans le sang et la souffrance ! Ce mec porte la mort !
Ace ricana, amer.
-T'inquiète pas, la mort, je l'ai côtoyé tous les jours pendant des années, alors un peu plus un peu moins... T'as p't'être jamais vu un cadavre, Marco, mais moi si, et c'est pas ça qui va m'éloigner de Trafalgar.
-Ce type est glauque ! Je ne veux pas que tu t'approches de lui ! s'exclama Marco, perdant peu à peu son flegme légendaire.
-T'es plus en droit de décider quoique ce soit pour moi, Marco. T'as fais tout ça pour rien... et d'ailleurs, tu sais quoi ? J'veux même pas savoir où t'es allé chercher ça, et qu'est-ce que t'as dû faire pour l'obtenir ! Mais franchement, j'espère pour toi que t'as mis personne en danger à part toi-même, parce que si quelqu'un que j'aime se retrouve dans la merde par ta faute, c'est toi que j'éclate en premier !
Ace se leva, tremblant de rage contenue. Marco tenta de le retenir par le poignet, mais il se dégagea sèchement, avant d'inspirer un grand coup pour se calmer.
-On est tous ici parce qu'on a fait les cons, qu'on le regrette, et qu'on veut s'en relever, déclara-t-il à voix basse. On est tous ici parce qu'une vie normale, on y a pas eut droit. On fait tous des efforts, et on veut tous y arriver. On est tous ici parce que Père l'a voulu, parce qu'il nous a autorisé à entrer. Il nous connaît tous, il sait ce qui nous est arrivé dans le détail. Pour chacun d'entre nous. C'est le seul qui a le droit de savoir ce qui nous est arrivés à tous. Tu crois qu'il aurait laissé venir Trafalgar s'il avait été un meurtrier psychopathe ? Tu penses que t'es plus à même de décider que lui ?
Marco sentit sa résolution vaciller. Ace avait touché une corde sensible. Le Phénix
avait été parmi les premiers pensionnaires du MobyDick, et il respectait et aimait profondément Newgate, peut-être plus que n'importe qui au pensionnat. Alors entendre Ace insinuer qu'il l'avait trahi...
-Traf' a autant le droit que toi d'être ici, et il a autant le droit que toi de sortir avec moi. Arrête de t'accrocher, Marco. Toi et moi, c'est fini, j'te l'ai déjà répété plusieurs fois. Tout ce que tu f'ras n'y changera rien.
Ace ramassa les papiers, les fourra dans l'enveloppe, et se dirigea vers la porte avec la ferme intention de les faire disparaître dès qu'il mettrait la main sur un briquet ou une allumette. Il s'arrêta et se retourna au moment de passer la porte, la main sur la poignée.
-Oh, et juste pour que tu sois au courant... J'le savais déjà, que Traf' avait fait ça. Avant qu'on sorte ensemble. Et si tu penses que lui n'a pas sa place ici...
Ses yeux flamboyèrent, et il serra les poings.
-... alors il vaut mieux que je fasse mes bagages tout de suite, parce que je porte autant la mort que lui.
La porte de la bibliothèque se referma sur le visage stupéfait de Marco.
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Ace s'adossa au mur d'un couloir et se passa la main sur le front, soudain fatigué. Il regarda l'heure sur son portable. Trois heures trente du matin. Il hésita un instant, puis envoya un message à Law. La réponse ne tarda pas.
Non je ne dors pas.
Ace serra ses doigts sur l'enveloppe kraft dans sa main, et se dirigea vers la chambre de son amant. Il toqua à la porte, et entra en fermant derrière lui.
-C'est une manie, chez toi, de venir me voir en plein milieu de la nuit ? ricana Law en le voyant arriver, étendu sur son lit.
-Tu vas pas m'dire que j't'empêche de dormir, rétorqua Ace en fixant les cernes prononcés de son amant. J'peux te parler ?
Le chirurgien se redressa et s'assit au bord de son lit. Il tapota le matelas à ses côtés, et Ace vint s'y asseoir en soupirant, tendant l'enveloppe à Trafalgar sans un mot. Ce dernier s'en empara avec un haussement de sourcil à l'intention du barman. Devant l'absence de réaction de se dernier, il défroissa l'enveloppe, l'ouvrit et se figea.
-C'est Marco qui avait ça, marmonna Ace. J'crois... qu'il voulait me les montrer pour que j'te quitte ou un truc du style.
-Et ça a marché... ?
La voix de Law était blanche, sans émotion, tout comme son visage. Ace tourna la tête vers lui, mais le légiste gardait les yeux fixés sur les feuilles qu'il avait dans les mains. Le jeune homme s'apprêtait à dire quelque chose, mais renonça. À la place, il amena sa main sur la nuque du métis, qui se raidit un peu plus, et l'attira à lui. Doucement, Ace se pencha et noua leurs lèvres, dans un baiser tendre mais ferme, que Trafalgar lui rendit après un instant d'hésitation.
Il se séparèrent après un long moment, mais Law refusa qu'ils s'éloignent de plus de quelques millimètres, maintenant le visage du barman près du sien. Ace sourit et caressa sa joue.
-... j'aime pas qu'on me force la main, murmura-t-il.
-Tu sais que c'est vrai ce qu'il y a sur ces papiers... ?
-J'le sais depuis presque deux ans, en fait. Enfin j'le soupçonnais.
Pour le coup, Trafalgar écarquilla les yeux et s'éloigna de lui, surpris. Il scruta attentivement les yeux de son amant, cherchant à déceler une trace de mensonge lui indiquant une blague de mauvais goût, mais sans résultat. En revanche, les prunelles noires pétillaient de malice.
Ace était ravi de l'avoir prit au dépourvu.
-... comment ?
-Ben... J'ai un frère journaliste qui adore mettre son nez partout, qui a encore plus de contacts que moi en ville, et qui est loin d'être stupide – même si j'le traite de crétin à longueur de temps. C'était pas facile, c'était même carrément chaud, mais on a réuni quelques indices, et en les rassemblant... c'était l'explication la plus probable.
-... pourquoi vous avez fouillé dans mon passé... ? demanda Law à voix basse, toujours sur la défensive.
-Quand Sab' a vu que tu m'intéressais... il a voulu en savoir plus sur toi. Histoire de savoir dans quoi je m'embarquais. J'suis du genre à foncer sans réfléchir, mais ce crétin de blond, lui, il assure toujours ses arrières... et les miennes, des fois.
Trafalgar resta impassible, tendu. L'indifférence d'Ace face à ses anciennes activités le laissait perplexe... voire sceptique. N'importe qui se serait sauvé en courant, ou l'aurait haï et aurait réclamé son expulsion du Moby Dick.
-Ça ne te fait rien... ? demanda-t-il en désignant les papiers dans sa main.
Le jeune homme haussa les épaules.
-Mmm... bof.
-... bof ?
-C'est c'que j'ai dis. Bof.
-Ces papiers prouve que des centaines de gens sont passés sur ma table d'op' ! s'exclama Law, soudain furieux. Ils prouvent que je leur ai acheté une partie de leur corps une misère, que je l'ai revendue un paquet d'argent...
-Tu en as tué ? l'interrompit Ace d'une voix tranquille.
-... quoi ?
-Ces gens dont tu parles... y en a qui sont morts ?
-... non. Do-... Joker mettait tout en place pour que les opérations se passent au mieux. Des morts ou des infections post-op', ça assure juste des complications. Les gens veulent se venger, et un jour, y en a toujours un qui réussit. Donc... non, aucun n'est mort.
-Bon... bah bof alors. Je serais vraiment mal placé pour te juger.
Trafalgar ouvrit la bouche... et la referma. Le comportement d'Ace le déroutait. Le barman prenait ça le plus stoïquement du monde, même en considérant qu'il le savait depuis deux ans. Il avait dit qu'il était vraiment mal placé pour le juger...
Law fronça les sourcils.
Qu'est-ce qu'Ace avait fait pour considérer ses crimes comme quelque chose de quasi-banal... ?
-Ace... , appela-t-il.
-Mmm ?
-... J'ai une question à te poser.
-Si c'est pour savoir comment Sab' a fait pour trouver tous ces indices sur toi, c'pas la peine, j'dirais rien ! s'esclaffa Ace. J'en ai aucune foutre idée, t'façon.
-Il s'agit pas de ça...
-Oh ? Dis-moi ?
-Pourquoi... serais-tu mal placé pour me juger ?
Trafalgar avait parlé doucement, avec précaution, et il ne s'attendait pas au déchaînement d'émotions qui tortura soudain le visage d'Ace. Rage, douleur, tristesse... culpabilité. Plus que tout, la culpabilité déformait ses traits. Le chirurgien se sentit immédiatement mal pour lui, mais plus que jamais, il voulait savoir ce que son amant lui cachait, à présent. Il hésita à pousser un peu, mais renonça.
-Désolé, je voulais pas...
-T'excuse pas... c'est juste... pas quelque chose dont j'aime me souvenir.
Doux euphémisme. Ace avait les larmes aux yeux, les poings serrés, et sa respiration avait de sérieux ratés. Trafalgar hésita, puis le prit dans ses bras, l'amenant contre lui. Ils basculèrent en arrière, et s'allongèrent sur le lit du métis, le barman blottit dans ses bras, recroquevillé comme s'il voulait se faire le plus petit possible. Il y eut un long moment de silence, et ce fut Ace qui le brisa.
-J'y arrive pas...
-À quoi... ?
-À sortir les mots de ma bouche... J'suis pas prêt...
Law resserra son étreinte sur son amant, au risque de l'étouffer, et embrassa le sommet de son crâne avec douceur.
-Quand tu seras prêt, alors, murmura-t-il.
Ace trembla dans ses bras, puis se détacha lentement de lui. Law scruta ses yeux noirs, brillants de larmes contenues, cherchant à savoir ce à quoi le jeune homme pensait. Il passa une main sur sa joue, et l'amena à lui pour lui offrir un baiser doux, réconfortant. Les lèvres d'Ace avaient un goût salé qui l'écœura, bien loin de leur saveur sucrée habituelle. Le goût des rares larmes qu'il avait laissé rouler sur ses joues tachetées.
Lorsqu'ils se séparèrent, après un long moment, Ace avait une nouvelle lueur dans le regard, que Law perçut. La lueur de quelqu'un qui vient de prendre une décision difficile.
-Traf'... tu fais quoi demain ? hésita-t-il en évitant son regard.
-Je suis libre. Smoker n'a besoin de moi que dans deux jours. Pourquoi ?
-Je voudrais... que tu viennes avec Sabo et moi demain après-midi. Me demande pas où, tu verras bien.
-... je viendrais.
Ace hocha la tête, et réclama un nouveau baiser, que son amant lui accorda de bonne grâce. Ils s'embrassèrent quelques minutes, avant que le barman n'enfouisse sa tête dans le cou de Law, entremêlant ses jambes aux siennes. Le silence emplit la chambre, alors que les deux hommes sombraient tous les deux dans le sommeil, doucement.
Puisque Ace n'était pas encore prêt à lui dire... il avait décidé de lui montrer.
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Sabo s'installa derrière le volant, sans un mot, démarra le moteur, et sortit du parc du pensionnat. Law était assit sur le siège passager, et Ace était allongé sur la banquette arrière, leur tournant le dos. Le chirurgien avait essayé de s'installer à l'arrière avec lui, mais Sabo lui avait bloqué le passage.
Il savait que son frère voulait être seul pour l'instant.
Le trajet se fit sans qu'aucun d'eux ne brise le silence pesant qui régnait dans l'habitacle, et une demi-heure plus tard, le journaliste se garait devant les ruines d'une maison.
Une maison ravagée par les flammes.
-... Ace, appela Sabo d'une voix douce. On y est.
Le barman n'eut aucune réaction indiquant qu'il l'avait entendu, mais le blond n'insista pas. Il y eut encore une longue minute de silence, puis un profond soupir secoua le corps allongé à l'arrière. Ace se redressa et sortit de la voiture, sans leur jeter un regard.
-Sab'..., murmura-t-il.
-Je suis derrière toi, t'inquiète.
Ace le regarda enfin, et lui offrit un pauvre sourire, puis il se tourna vers Law.
-... viens.
Puis il se détourna, et se dirigea vers les ruines, suivit par son frère et son amant.
Ses pas les menèrent vers un petit jardin, ou ce qu'il en restait, derrière la maison. Ace marcha vers le fond, et s'arrêta devant deux croix de vieux bois, l'une à côté de l'autre, presque envahies par le lierre. Deux sépultures, comprit Law. Les noms étaient illisibles. Encore une fois, Ace resta silencieux un long moment, et son amant voulut poser une question. La main de Sabo sur son épaule le retint plus fermement qu'un bâillon.
Ace posa son regard vers la première tombe.
-Salut M'man..., murmura-t-il d'une voix rauque.
Puis, il se tourna vers la deuxième, le regard douloureux.
-... salut p'tite sœur.
