J'étais assis contre le mur, enfermé dans ma salle de sport, complètement prostré par la situation, je n'avais plus la force de m'entrainer ni même l'envie, je voulais juste être seul et oublier ce qu'il venait de se passer. J'ai replié mes genoux et mis ma tête dessus fermant mes yeux espérant inutilement que les actions et paroles de Randy disparaitraient d'elles-même mais c'était perdu d'avance, je n'avais rien oublié de ses faits et dires depuis notre rencontre alors oublier cette matinée était de l'ordre de l'impossible.

Comment les choses avaient-elles pu changer à ce point et aussi vite, je n'avais pas vu le coup venir trop imbriqué dans cette bonne ambiance et humeur joyeuse qui régnait depuis son arrivé ici. Je revoyais tout et ma douleur augmenta aux souvenirs de nos petits délires. Sa 1ère course ou plutôt sprint dans le bayou, mon 1er cadeau qui ne le quittait plus aujourd'hui, notre pari et le jeu de la tentation auquel on avait soumis l'autre, notre virée shopping, le bain, le plongeon et l'après-midi farniente, le diner et fin de soirée magique, tous me revenait par vagues plus douloureuses que la précédente. C'était pourtant les plus beaux moments que j'avais vécu depuis longtemps, des moments que jamais je n'aurais cru revivre, mais voilà maintenant ils étaient entachés et remplis de nostalgie.

Dire qu'on avait fait des projets, comme aller au carnaval, déambuler au festival, faire une balade à moto, on s'était projetés, inconscients du futur, inconscient surtout de l'état lunatique de Randy et voilà où on en était à présent. Déchiré, meurtris, doutant de tout, séparés au lieu d'être unis, chacun de son côté au lieu d'être côte à côte, un virage à 180° qui avait redistribué les cartes et pas les meilleures.

Au fond, nous nous connaissions à peine, on faisait seulement de se découvrir, moi j'avais joué franc jeu, donnant les consignes d'entrer de jeu, me mettant à nu pour qu'il n'ait pas la moindre surprise face à mes attentes. J'avais cru connaitre les siennes, cru savoir ce qu'il voulait et compris sa détermination, mais là j'étais perdu et je n'aimais pas ça du tout, ne pas savoir où j'allais était incompatible avec ma façon de vivre et d'agir. J'aurais surement dû me fier à mon instinct, celui qui me disait reste loin de lui et vis ta vie, mais j'avais pris en compte l'avis du coach, la détresse de Taker et surtout la douleur et les suppliques de Randy, tout ça pour quoi, pour en arriver à ce point-là, putain c'était dur à avaler.

Le pire à accepter n'était pas son impatience à entamer le programme, non ça je pouvais le comprendre pour l'avoir vécu quand j'étais jeune en voyant tous ces gars lutter avec une furieuse envie d'y aller moi aussi, cette envie-là, je la comprenais, on était fait pour ça mais il y avait des règles à suivre. Ce que je n'admettais pas c'était qu'il m'ait menti, droit dans les yeux sans visiblement l'ombre d'un remord, il avait poursuivi son effronterie même après avoir découvert que je savais putain et la plus grosse partie de ma douleur venait de là, le mensonge était bien l'une des seules choses que je ne pouvais tolérer. L'aboutissement de sa calomnie était que je n'avais plus confiance en lui et en ses dires, je faisais que très rarement confiance mais j'avais fait exception pour lui, j'avais baissé ma garde croyant ne pas le regretter, Bien joué Ben, tu t'es fait balader comme le dernier des novices! Pensais-je amèrement. Je m'étais maîtrisé car franchement j'aurais vraiment pu le blesser après cette découverte, j'avais agi comme je devais le faire, prendre soin de lui vu qu'il ne le faisait pas, employer les grands moyens pour stopper sa descente et minimiser ses blessures qui avaient prises de l'ampleur plutôt que de régresser. Au lieu d'admettre son erreur, de m'en parler pour que j'agisse au mieux, il s'était retranché derrière son masque de dur à cuir et de bêtise, jouant les fiers à bras au lieu d'avouer. Il ne voulait sans doute pas me montrer ce qu'il considéré comme une faiblesse, personne ne veut le faire pas même moi, mais il y avait un temps pour tout et surtout il y avait des personnes en qui placer suffisamment de confiance pour baisser sa garde. Je n'étais plus son ennemi, j'étais devenu son coach, son professeur et l'espace de quelques jours trop court son ami. Je l'avais laissé entrer dans ma vie, dans ma maison, dans mon domaine pour lui offrir gracieusement mon temps et mon expérience afin qu'il obtienne et devienne qui il voulait, et il m'avait en quelque sorte rejeté et dénigrer comme de la merde.

Je ne savais pas quoi faire, si même j'avais encore envie de le faire, j'étais sûr que sorti d'ici il serait redevenu le gars qu'il était hier, gentil et en demande d'attention, son côté versatile serait de retour. Je n'avais pas la force ni le désir de m'y attarder, pas aujourd'hui, il m'avait vidé de mon énergie et de ma sympathie pour lui, la seule chose que je voulais c'était être seul pour un moment, ne pas lui parler, ni l'approcher, qu'il me laisse du temps pour guérir de la nouvelle blessure qu'il m'avait infligé. Je relevais la tête directement vers l'horloge et eus la surprise de constater qu'il s'était passé 3h depuis mon entrée ici alors je me levais doucement et péniblement, je ne pouvais pas rester là indéfiniment quand même, m'enfermer chez moi était un comble en soi. Arrivé à la porte je sentis sa présence, il était là derrière sûrement depuis un moment m'attendant pour s'excuser avec son regard de chien battu et mon corps se crispa à cette pensée. J'ouvris néanmoins la porte et j'avais vu juste il était assis sur la passerelle et tourna la tête vers moi affichant un regard qui aurait pu être attendrissant s'il n'était pas le résultat funeste de sa bévue. J'avançais, déterminé et à mon passage il leva la main vers moi, mais je redressais encore plus la tête et continuais mon chemin direction ma chambre, il m'avait menti et blessé qu'il en paie le prix, je devais passer pour un putain d'enculé mais il m'avait fait mal volontairement ou non, j'en souffrais et il devait en prendre conscience. J'entrais dans ma chambre et fermais la porte, mis ma chaine stéréo en route, le volume presque au maximum et j'allais prendre une douche, l'eau chaude pourra peut-être elle au moins atténuer la douleur de mon corps, parce que pour celle de mon cœur, là il n'y avait pas de remède, j'avais appris cette dur leçon, il y a longtemps déjà.

Ben m'était passé devant comme si je n'existais pas, il m'avait ignoré, avait même ignoré ma main tendue vers lui, celle qui voulait le retenir pour l'empêcher de me fuir, celle qui voulait attirer son attention et surtout celle qui demandait de l'aide pour me relever. Les 3 avaient été ignorées et je luttais contre les larmes qui menaçaient déjà de couler face à ce nouveau rejet, je n'avais plus pleuré depuis des années, la dernière fois remontait à mon adolescence, l'une des dernières fois où mon père et moi avions essayé de nous parler, un fiasco, comme toujours, j'avais quitté la maison peu de temps après pour n'y plus revenir que très rarement, j'étais devenu un étranger pour les miens, un intrus, exactement ce que j'étais ici également. L'intrus qui troublait la quiétude de Ben, celui qui était de trop désormais, dans une autre situation, face à quelqu'un d'autre que lui, je n'aurais pas insisté, j'aurais pris mes affaires et foutu le camp immédiatement. Face à un autre, je n'aurais même jamais mis les pieds ici mais Ben était différent, il était celui que je cherchais depuis si longtemps sans le trouver, son âme était la jumelle de la mienne, je me sentais bien avec lui, en sécurité, chez moi enfin.

Sauf que désormais tout ça était détruit, Ben me haïssait, me méprisait, il n'avait plus aucune confiance en moi, plus aucune estime non plus, j'avais une fois encore réussi à perdre son respect si tant est que j'étais parvenu à en obtenir un peu de lui. Mais soudain je m'aperçus que je moquais éperdument de son respect pour lequel je l'avais défié à deux reprises, la seule chose qui comptait désormais c'était ce qu'il m'avait offert pendant les quelques jours qui venaient de passer, quelque chose que j'avais perdu désormais et qui m'était vital !

Je retraversais la passerelle d'un pas mort, aussi mort que mon cœur, le son de sa chaîne hi-fi me parvenait depuis l'extérieur, les basses du morceau étaient aussi agressives que les paroles et j'eu l'impression que Ben me signalait une nouvelle fois que je n'étais pas le bienvenu dans sa maison et je m'arrêtais sur le seuil de la porte du 1er étage sans oser entrer. J'étais frigorifié, la seule chaleur que je ressentais émanait de mon épaule explosée, elle brûlait d'inflammation et je n'avais pas besoin de la voir pour savoir qu'elle était en plus mauvais état qu'à mon arrivée. La passerelle n'ayant pas d'accès direct, je n'avais que deux solutions, revenir dans la salle d'entraînement et sortir par la porte du rez-de-chaussée ou bien entrer dans la maison et gagner la sortie par-là, je choisissais la troisième option, passer par-dessus la rambarde et sauter directement dehors, c'était sûrement l'idée la plus stupide que je pouvais avoir pour le moment mais de toute façon c'était ma journée des conneries et j'étais le roi des cons.

J'avais enfin obtenu ce que je voulais, même plus que je n'avais espéré compte tenu de la merveilleuse relation que j'avais en lui en prime et j'avais tout foutu par terre à cause de mon impatience. Le coach et Ben avaient tous deux raisons, je n'étais qu'un sale môme, un pauvre petit con qui méritait des baffes et non pas un coup de main. L'heure du repas était là, en temps normal, j'aurais quitté sa salle d'entraînement, il y a une heure de ça pour cuisiner pour lui mais Ben m'avait clairement signifié que ma présence n'était pas désirée, je doutais qu'il descende manger et avec le repas qu'il m'avait fait engloutir hier soir, je pouvais bien me passer de nourriture pendant un bon moment, je me dirigeais droit dans le bayou, m'y enfonçant sans chercher à suivre les chemins, sans plus me préoccuper de rien et même si un hypothétique croco débarquait pour me bouffer, je le laisserais sûrement faire.

Je repensais à la journée de la veille, si merveilleuse, si pleine de rire et de magie, comment avais-je pu foutre tout ça par terre ? On s'était amusé comme des gosses, Ben avait encore réussi à me foutre les jetons, j'avais eu tellement peur de l'avoir perdu, j'avais réussi à le haïr et à l'adorer en à peine quelques secondes, il m'avait serré contre lui pour me calmer et je m'étais brièvement laissé faire avant de lui demander de me lâcher tandis que je remontais sur le ponton pour bouder. Enfin de compte, j'avais déjà eu mal à cet instant-là, mal de l'affection que je lui portais déjà et qui risquais de se retourner contre moi, mal aussi d'avoir cru le perdre et la seconde étreinte de Ben m'avait fait un bien fou, je m'étais senti apaisé et en sécurité pour la première fois depuis des années, sachant que je pouvais relâcher la pression, comme si j'étais persuadé qu'il ne pourrait rien m'arriver en sa compagnie.

Je m'étais endormi sur son ventre, j'avais partagé une soirée magnifique avec lui, il m'avait fait un repas digne d'un prince et pour cause, il me traitait comme sa princesse. Je ris doucement à cette idée mais le cœur n'y était pas et les secousses réveillèrent la douleur dans mon épaule qui explosa au point de me mettre à genoux, le souffle court. Je reprenais mes esprits en visualisant la fin de la soirée dans le canapé, j'avais de nouveau brigué une place sur lui et il me l'avait offerte sans hésiter en me caressant doucement le ventre pendant tout le film, j'avais presque ronronné de plaisir en me blottissant contre lui ! Je me sentais si bien avec lui, si complet, si… moi. Mais voilà j'étais Randal Keith Orton, le connard interplanétaire qui brisait tout ce qu'il touchait, j'étais l'espèce d'enfoiré qui avait triché et menti et qui s'était enfoncé dans sa connerie jusqu'au bout en refusant d'avouer que j'avais mal et que je n'étais pas prêt. J'étais le sombre crétin qui avait tout balayé, qui n'avait même pas eu assez de respect pour accepter son bandage qui faisait office de punition et de soin en même temps !

Je l'avais défié, je l'avais blessé bien plus qu'il ne m'avait blessé lui-même en torturant mon épaule, j'avais tout cassé, il me fallait réparer désormais. Je garderais soigneusement le secret sur cette nouvelle blessure, pas pour lui mentir, pas non plus pour pouvoir m'entraîner mais parce que je refusais de voir la culpabilité dans son regard quand s'il découvrait l'état dans lequel j'étais désormais. Le soir tombait, j'étais totalement frigorifié et je ne savais absolument pas où j'étais jusqu'à ce que je trouve l'un de ses panneaux, enfin de compte, j'avais tourné en rond tout l'après-midi sans m'en rendre compte et la maison n'était plus très loin, au moins éviterais-je de l'inquiéter en n'étant pas de retour avant la nuit, s'il avait seulement remarqué mon absence dans sa colère à mon égard. La maison était totalement silencieuse à mon arrivée et j'hésitais doublement à rentrer alors je me laissais tomber sur la terrasse qui faisait une avancée devant sa salle à manger et j'écoutais les bruits du bayou en cherchant un bruit qui m'aurait indiqué que Ben était bien dans cette maison.

Après avoir passé la fin de la journée isolé dans ma chambre, j'étais descendu pour ne faire face qu'au silence, ce silence qui d'habitude me convenait à ce moment précis m'oppressait, malgré ma douleur et ma colère je ne pus m'empêcher de le chercher et ne le trouvant pas je montais direct dans sa chambre qui comme la maison était vide. Je fonçais vers son armoire et ses vêtements étaient tous là donc il ne devait pas être loin, sans doute était-il sortit prendre l'air pour réfléchir à ses actions, je l'espérais fortement, qu'il repense à ce qu'il avait fait, ce qu'il avait dit et qu'il en tire les bonnes conclusions pour ne pas reproduire la même chose mais cette partie-là était plus qu'improbable avec lui. Je redescendis direction la cuisine, je devais m'occuper et puis comme je l'avais immobilisé d'un bras, c'était à moi de faire à manger, pas que je rechignais à le faire d'habitude mais comme il était restreint à son seul footing nous avions convenu qu'il pouvait préparer le repas, c'était sa manière de prendre soin de moi et puis surtout il ne voulait pas rester inactif. Je préparais le diner en restant au aguet du moindre bruit mais seul le bruit du repas qui prenait forme emplissait la maison, putain d'un coup c'était comme si ce silence me rendait dingue, je n'avais plus voulu de sa présence après ce qu'il avait fait mais après mettre calmé et même si je ne voulais pas entendre ses excuses auquelles je ne croirais pas, sa présence me manquait. Le repas était prêt, la table mise et j'étais assis là à attendre qu'il daigne revenir de je ne sais pas où, pourvu qu'il ne se soit pas perdu dans le bayou, il en serait fort capable ce nigaud, et le retrouver en pleine nuit serait coton, je guettais l'heure, voyant depuis la baie vitrée le soleil qui se couchait sans qu'il ne revienne, l'inquiétude monta d'un coup je lui donnais 10 minutes pour rentrer après ça, je partirais à sa recherche. 5 minutes plus tard la porte s'ouvrit et je respirais plus calmement je n'aurais pas à aller le chercher au moins, j'étais rassuré qu'il soit rentré mais espérais vraiment qu'il ne parlerait pas, qu'il ne s'excuserait pas, qu'il ne tenterait rien ce soir, car émotionnellement j'avais puisé dans mes réserves et un rien pourrait me refoutre en rogne, je voulais juste la paix, juste la paix. Il apparut face à moi penaud, hésitant, ne sachant pas quoi faire, moi j'attendais qu'il daigne poser son petit cul sur sa chaise pour manger, je ne parlais pas, peu confiant du ton qu'aurait ma voix, je guettais juste ses actions, il ressemblait à un animal prit devant les phares d'une voiture et cette vision ne m'apporta aucun sentiment particulier. Je ne lui posais aucune question, il était libre d'agir comme il le voulait, faire ce qu'il voulait, ce n'était pas une prison et si d'un coup il décidait de partir alors je le laisserais faire même si ça me briserait le cœur, parce qu'au fond malgré notre prise de bec j'étais devenu en quelques jours dépendant de sa présence. Je lui signalais d'un geste de la main de venir s'asseoir et de manger, il approcha doucement et prit place en face de moi baissant la tête. Je commençais à manger et d'un coup je l'entendis marmonner dans sa barbe, qu'est-ce qu'il avait encore? Le repas ne lui convenait pas? Je redressais la tête et je compris la raison mais ne fit rien de plus, je sais j'étais cruel mais je m'en foutais il l'avait cherché, exaspéré de sa situation il reposa rageusement sa fourchette m'indiquant clairement son état d'esprit.

- Putain Ben sois pas chien!

- Quoi encore?

- Tu kiffes ça hein de me voir à ton entière merci!

- Pas vraiment non, désolé mais toi et moi on a pas les même délires.

- C'est vrai tu préfères ligoter les gens de force toi !

- Vu tes vices je vois pas de quoi tu te plains, à moins que tu préfères ligoter plutôt que d'être ligoté. Ne répond pas je tiens à garder mon repas dans mon estomac.

- C'est ça régale-toi! Bon appétit Ben.

Randy se leva pour quitter la table et je le regardais en disant sèchement :

- Tu t'assois de suite c'est clair.

Il s'assit me regardant furieux et je lui pris son assiette pour lui couper sa viande, je ne l'avais pas fait c'est vrai parce qu'après tout il se foutait de ce que je disais et ce que je faisais, Mr j'ai besoin de personne s'était retrouvé au pied du mur et une fois encore il l'avait joué dramaturge au lieu de tout simplement demander. Je ne kiffais pas comme il l'avait si bien dis le fait de le voir galérer, non je voulais juste voir si son après-midi de réflexion avait porté ses fruits et bah j'avais ma réponse, un gros Non l'emportait. Je pris un malin plaisir à lui couper sa viande en tout petits morceaux histoire de le faire chier, si après ça il ma balançait que je m'en fichais de lui je serais sur le cul, je faisais attention pour pas qu'il s'étouffe parce que j'étais pas d'humeur pour un bouche à bouche. Je lui rendis son assiette en la claquant devant lui en lui lançant un regard dur pour répondre au sien.

- Madame est satisfaite là, les morceaux sont pas trop gros parce que sinon il faut le dire hein te gêne pas.

- Merci Ben.

Après ce remerciement limite sarcastique de sa part plus aucun son ne sorti de nos bouches, le peu qu'on avait échangé était amplement suffisant et visiblement cette fois nous étions d'accord sur ce point. Malgré tout je veillais à ce qu'il finisse son assiette et lui servit même à boire sans qu'il ne le demande, sans cette tension entre nous et ce silence oppressant, le repas ressemblait à nos repas antérieurs. Voyant qu'il avait fini, je me levais avec mon assiette et alla me mettre à ses côtés pour prendre la sienne, il commença à se lever et à saisir la sienne et je mis ma main sur son épaule pour qu'il me laisse faire et là...Putain de merde! Pensais-je halluciné par ma découverte, son épaule était littéralement brulante ce qui ne voulait dire qu'une seule chose. Je claquais mon assiette sur la table la brisant en deux et j'explosais, s'en était trop cette fois.

- Bordel de merde à quoi tu joues sombre crétin ?

Ma soudaine explosion de colère lui fit faire un bond sur sa chaise, il ne s'était pas attendu à ça c'était certain, tout comme je ne m'étais pas attendu à découvrir que son épaule s'était transformée en véritable geyser de lave en fusion.

- Qu'est-ce qu'il y a?

- Tu me prends pour un con ou quoi, tu oses me demander ce qu'il y a en plus, tu le fais exprès ou t'es vraiment con de nature ?

- ça doit être de naissance et alors?

- Pauvre abruti, putain de merde j'ai vraiment dû être pourri dans une vie antérieure moi pour mériter ça. T'es vraiment pire que je le pensais pas une once de jugeote coule dans tes veines t'es aussi con même voir pire que je le croyais la 1ère fois que je t'ai vu, tu pensais sérieusement que je me rendrais compte de rien ?

- Disons que ça aurait pu marcher si j'avais pas été assez con pour vouloir t'aider !

- T'es vraiment le roi des rois toi, Mr est impatient de débuter son entrainement mais avec tes conneries tu viens non seulement d'empirer le mal mais de repousser le début de ta formation, à croire que c'est exactement ce que tu cherchais dans le fond. En fait, tu voulais juste être en vacances loin et t'as monté tout ce petit plan de merde pour y arriver et moi j'ai cédé bêtement. Bien joué, tu pourras te vanter de m'avoir eu, ainsi que mon coach et Taker comme des bleus.

- Taker? Hein? Qu'est-ce que tu racontes? Si j'avais voulu des vacances c'est pas la destination que j'aurais choisi crois-moi!

- Avec toi tout est possible, vu tes goûts tu t'es surement dis pourquoi pas un peu d'aventure. Après tout ton rôle au sein de ton entreprise marche pas alors le rôle d'Indiana Jones devrait plus être dans tes cordes. Bah flash info, là aussi t'es nul.

D'un coup il se dégagea de la table, limite envoyant valser la chaise face à mes paroles, il était acculé et le savait parfaitement, ses réponses n'étaient à la hauteur tout comme lui et il le savait alors il faisait la seule chose qu'il savait faire, il se braquait et s'enfonçait. Il me regardait furieux, Bah oui coco tu t'es fais avoir comme le dernier des cons que veux-tu! Pensais-je ironiquement, la seule chose de vrai qui était sorti de sa bouche était que s'il n'avait pas voulu m'aider à débarrasser, je n'aurais rien vu, du moins pas ce soir mais j'aurais fini quand même par le découvrir, valait mieux maintenant. Au rythme où il allait, je doutais qu'un jour on commence son apprentissage, s'il avait attendu sagement et m'avait fait confiance on aurait pu commencer dans 2 jours mais non il avait aggravé le mal et cette fois je ne savais pas combien de temps ça prendrait pour guérir. Je le voyais me lancer un regard de tueur, essayant par sa gestuelle de m'impressionner sans doute, mais dans le fond je savais qu'il cherchait uniquement une réplique suffisamment cinglante pour sortir la tête haute, alors j'attendais sachant que la douleur qu'il m'avait infligée le matin allait augmenter encore ce soir.

C'est vrai que ton arrogance de merde te fait toujours te considérer comme étant le meilleur pour tout, personne n'est assez bien pour Mr Cooper ! Tout ce que tu vas gagner avec ton comportement de merde c'est finir tout seul comme un pauv' connard dans ton bayou avec tes crocos pour unique compagnie et je suis pas loin de croire que c'est tout ce que tu mérites !

Ben me lança un long regard silencieux, pas besoin de mots, ses yeux disaient tout ce qu'il taisait, sa souffrance face à la cruauté de cette attaque déloyale, sa déception teintée de colère, son recul presque imperceptible, comme s'il avait encaissé un coup et c'était ce qu'il venait de faire. Il avait mal, je l'avais de nouveau blessé et je m'en voulais encore plus qu'en entrant dans cette salle à peine 40 minutes plus tôt, je n'avais pas voulu ça, je n'avais fait que réagir à la brutalité de ses propres mots mais ça n'enlevait rien à ce que je venais de lui dire. Ben tourna les talons et monta dans sa chambre, me plantant là comme le gros connard que j'étais, j'entendis sa porte de chambre claquer violemment et je ne pus m'empêcher de tressaillir face à ce déploiement de violence sur les objets. Il avait mal, mal à en gueuler mais il s'était tu, il avait suffisamment de colère en lui pour me refaire le portrait et je ne pourrais pas faire grand-chose pour l'en empêcher mais là encore il s'était retenu. Pas parce que je n'en valais même pas la peine, juste par… humanité ? Je ne savais plus quoi en penser, il avait explosé en découvrant l'état de mon épaule, même si le tee-shirt et le bandage camouflaient en partie la chaleur volcanique de mon épaule, je brûlais littéralement, j'en avais même de la fièvre, chose que Ben n'avait pas remarqué, encore heureux ! Il s'était mis à m'insulter, à me mettre plus bas que terre dans sa colère, j'aurais pu laisser passer tout ce qu'il avait dit jusqu'ici, même ses propos sur ma manipulation pour avoir des vacances, il faudra d'ailleurs que j'obtienne le fin mot de cette histoire à propos de la participation de Taker, si Ben ne disait rien, j'appellerais le vétéran à la place ! Mais là où il m'avait fait vraiment mal c'était en disant que je ne valais vraiment rien, pas plus dans mon boulot que dans la vie, mon cœur avait raté plusieurs battements face à la violence du choc, je ne pouvais pas accepter ça, la colère avait remplacé ma peine et mes paroles avaient dépassé ma pensée. Non, je ne pensais pas qu'il méritait de rester seul dans son putain de bayou, bien au contraire, j'avais été comblé d'avoir l'honneur d'y vivre temporairement mais je pensais par contre que c'était un salaud arrogant. Il s'était toujours considéré comme le meilleur, monsieur et sa maîtrise, Mr et sa perfection tous les autres sont des merdes.

J'avais conscience de la faiblesse de mon niveau par rapport au sien, il n'avait pas besoin de me le dire, c'était inutilement cruel, tout aussi cruel que ce que je venais de lui dire en retour, je contemplais le chantier laissait derrière nous après cette scène et je décidais de remettre de l'ordre avant de penser à faire quoi que ce soit pour soulager ma douleur qui avait regrimpé en flèche. Je jetais les débris de l'assiette de Ben, lavais la mienne avec les couverts et rangeais le tout avant de me diriger vers le congélateur, il y avait des poches de glace dedans, je le savais pour les y avoir rangé pour Ben après son dernier match, avec sa façon de combattre, je voulais être sûr d'avoir toujours ce qu'il fallait à porter de main pour le soigner en urgence et finalement, contre toute attente, c'était moi qui en avais besoin !

Je chopais une poche en vitesse et ressortais de la maison, c'était foutu pour espérer dormir désormais, pas après ce qui venait de se passer, pas après autant de douleur, le regard de Ben me hantait toujours, je ne pourrais jamais l'oublier, je n'avais jamais vu autant de souffrance dans l'attitude de qui que ce soit de toute ma vie et j'en étais responsable, au point où j'en étais, je pouvais tout aussi bien aller me noyer dans ce foutu bayou !

Je marchais jusqu'au ponton avec ma poche de glace à la main et je me laissais tomber à l'endroit où Ben et moi nous étions endormi la veille. Je contemplais la noirceur de l'eau dans la nuit, ce paysage était l'idéal pour mes sombres pensées, je laissais le film des derniers événements de la journée se dérouler dans mon esprit sans bouger.

Quand j'arrivais au regard de Ben avant qu'il ne monte se coucher , mes poings se serrèrent et mes ongles s'enfoncèrent cruellement dans mon flanc déjà passablement meurtri , la douleur se rappela à mon bon souvenir comme la raison de son existence et je tentais de passer la poche de glace sous le bandage de Ben, il était si serré que c'était une mission difficile voire impossible et je lâchais un cri de douleur et de frustration en forçant un peu plus , tant pis pour la souffrance supplémentaire, je n'étais plus à ça près .

La poche passa tant bien que mal et je m'acharnais encore quelques instants à la positionner comme il fallait. Il m'aurait été beaucoup plus facile de couper le bandage mais je ne prendrais pas ce risque pas après ce qui c'était passé aujourd'hui avec Ben.

Je restais assis là un très long moment sans me préoccuper du froid et de l'humidité qui s'imprégnaient en moi, la poche de glace repassait à l'état liquide progressivement, plus vite qu'elle ne l'aurait dû et la chaleur de mon épaule tombait à peine. C'était mauvais signe, la blessure devait être plus grave que je ne le pensais et si Ben l'apprenait, il allait me faire la peau cette fois.

La nuit avançait, je repassais deux fois par la maison échanger ma poche de glace contre une autre avant de me décider à monter dormir moi aussi, je doutais fortement d'y parvenir mais la journée de demain sera difficile à n'en pas douter, autant l'aborder avec le plus de calme possible et je me laissais divaguer dans un sommeil léger entrecoupé de crises de douleur.

Après les paroles crues et plus que douloureuses de Randy à mon encontre, j'avais baissé les bras et était monté sans ajouter un mot de plus à quoi bon tout était dit après tout, à ses yeux je n'étais qu'un arrogant, un sombre connard, un mec que se croyait mieux que tout le monde et qui ne méritait qu'une chose être seul et crevé seul. Il était acculé et en colère mais au plus profond de moi je savais que ses paroles reflétait l'exacte vérité de ce qu'il pensait de moi et c'était bien le plus dur à avaler. J'avais un masque d'arrogance oui, ayant été trop souvent blessé par le passé j'avais opté pour cette solution là et ne m'en étais pas plains jusque-là, faut dire que dans mon milieu si vous montriez ne serait-ce qu'une faiblesse vous étiez foutu mais ça il ne le comprenait pas. Dès l'instant où il avait été là, ce masque n'avait plus était en place, il avait devant lui le Ben que peu de gens pouvaient prétendre connaitre, le vrai Ben avec ses failles, ses blessures et ses craintes, j'avais été moi à 100% et lui n'avait pas perçu la différence.

Pour l'insulte de connard, j'avais halluciné de nous deux, celui qui l'avait été le plus c'était bien lui mais comme il n'assumait rien bah je l'étais devenu à sa place, facile et préférable pour lui. Quant au fait que je ne méritais pas mieux que d'être seul ça c'était pas nouveau, j'avais acquis cette révélation il y a bien longtemps, mais pour lui j'avais ouvert grand la porte de ma maison et de ma vie au risque d'être à nouveau blessé et ça n'avait pas loupé, j'avais une nouvelle blessure au cœur à mon actif, une de plus qui venait s'ajouter à d'autres bien trop nombreuses déjà. Lui pouvait se targuer d'avoir une famille mais moi je n'avais plus personne, j'avais perdu ce bonheur à la mort de ma mère, je m'étais retrouvé orphelin et j'avais dû me démerder pour vivre, enfin pour survivre, alors la solitude elle était ancrée dans mon cœur, mon corps et mon âme depuis bien longtemps déjà. Je n'avais pas relevé ses mots parce qu'à coup sûr c'est avec un bon crochet du gauche que j'aurais répondu et j'avais encore suffisamment de maîtrise pour ne pas aller jusque-là.

Pour la 2ème fois de la journée je m'étais retranché dans ma chambre, allongé sur mon lit regardant le plafond avec ma main droite sur le cœur, massant doucement la zone comme pour essayer d'apaiser la douleur qui ne me quittait plus. J'avais mal mais j'étais restreint et ne pouvait la laisser exploser comme je le voulais, je ne voulais pas lui donner la joie de m'avoir mis à genoux, ça non alors, de désespoir je laissais couler les seules choses que je ne retenais que trop, mes larmes, je me tournais sur le ventre et étouffais un sanglot dans mon oreiller, pas moyen qu'il entende quoi que ce soit. Une fois que je fus calmé, je sortis doucement de ma chambre et allais sur la terrasse, m'asseyant et regardant le bayou, parfois cette simple vue m'apaisait mais pas ce soir, rien n'y parvenait pas même le magnifique ciel étoilé et le silence qui régnait.

Je perçus des bruits de pas et regarda depuis mon refuge la raison de ces bruits et je le vis, il était là à faire les quatre cents pas et mettant une poche de glace sur son épaule bousillée. S'il fut un temps où cette vision m'aurait fait mal et où j'aurais été vite le rejoindre, là ce ne fut plus le cas, qu'il se démerde après tout je n'étais qu'un connard arrogant qui se foutait des autres, si c'était ce qu'il voyait de moi eh bien j'allais remettre mon masque et agir comme tel dorénavant.

J'avais passé plus de 3h sur le balcon, même après qu'il soit rentré et était partit dans sa chambre, j'étais resté là à regarder le ciel essayant de trouver une réponse à la situation, qu'est-ce que je devais faire maintenant? Continuer ou le foutre dehors et reprendre ma vie? Aucune réponse ne me vint alors à mon tour, je regagnais ma chambre. Quand mon réveil sonna à 5h30 je fis l'amer constat que je n'avais dormi que 2h mais il n'y avait aucune chance que je me rendorme alors je me levais et m'habilla. Je sortis doucement et au milieu du couloir je stoppais pour regarder la porte de sa chambre avec nostalgie, fini les réveils câlins et les petites boutades tout ça c'était du passé et je devais m'y faire, je n'avais pas prévu ni fait en sorte qu'il en soit ainsi, lui seul l'avait fait alors maintenant, c'était seul qu'il devait se réveiller, devenir autonome, il m'avait rejeté alors je ne serais plus là pour assurer ses arrières. Je descendis et décidais que contrairement à d'habitude ce matin, j'allais courir, prendre un itinéraire différent du sien, plus long et plus éloigné, évacuer ma tension, ma douleur et ma colère en foulant les sentiers perdus.