Chapitre 29
6h10, Ben n'était pas venu me réveiller, ça ne me surprenait pas, même si j'en étais chagriné, j'aimais beaucoup sa douceur pour me sortir du lit mais il était évident que je ne méritais pas de marques d'attention encore moins d'affection après mes conneries de la veille.
Je passais rapidement par la salle de bains pour me passer le visage à l'eau sans tenir compte de la mine affreuse que j'arborais ce matin, je n'avais plus eu cette tête là depuis un bon moment, il paraissait désormais impossible de dissimuler mon état à Ben plus longtemps, sauf que j'avais peu de chance de le croiser à moins de me lancer à sa recherche, l'absence de bruit dans la maison m'indiquait clairement que Ben n'était déjà plus là.
J'enfilais mon short de course et mes baskets, avec difficulté comme je n'avais qu'une seule main pour ça, sans pouvoir changer de tee-shirt, ce qui m'agaça profondément et je partis courir comme chaque matin. Mais l'exercice se trouva très vite compliqué par l'immobilisation de mon bras, mon équilibre en était fortement modifié, je glissais et trébuchais sans arrêt et je repensais à la demande de Ben pour mon footing de la veille, ne pas bouger les bras, sa façon délicate de me demander de me préserver en cherchant à ne pas me vexer et je ne l'avais pas compris. Il savait déjà que je souffrais, il se doutait que je mentirais même et je le payais désormais au prix fort.
Je m'étalais lourdement sur le chemin sans pouvoir empêcher ma chute et lâchait un hurlement de douleur quand mon bras blessé heurta fortement le sol, coincé sous mon poids. Je roulais immédiatement sur le dos pour le soulager et me mis à masser mon épaule en geignant, j'étais couvert de terre et de sang m'aperçus-je avec un temps de retard, ma main droite et mes genoux n'avaient pas apprécié la rencontre avec le chemin caillouteux que je suivais. J'avais l'air d'un gosse qui serait tombé dans la cour de récré malgré tout, l'humour de la situation n'atteignit pas mon esprit et je repris mon footing en grommelant. 2 autres chutes plus tard, c'est une version terreuse, ensanglantée et furibarde de moi qui atteignit la maison, je virais mes baskets avec colère et entrais dans la salle à manger. Ben s'y trouvait en train de finir tranquillement son petit-déj, il leva les yeux sur moi à mon entrée et je vis l'amusement dans ses yeux.
Ah parce que ça te fait rire toi ? Hurlais-je d'entrée de jeu.
L'humour déserta son visage, remplacé aussitôt par de la contrariété, son visage se contracta et je regrettais mon éclat tandis que je poursuivais plus calmement :
C'est impossible de courir avec cette saloperie de bandage, vire-le-moi Ben, s'il te plait.
Non.
Comment ça non ? Et comment je suis sensé courir moi vu que c'est la seule chose que tu m'autorises à faire ?
Tu te démerdes, c'est de ta faute si t'es dans cette situation alors tu retournes courir et cette fois, tu seras bien obligé de faire l'exercice que je t'avais demandé hier matin !
Mais Ben…
Pas de Mais ! Randy, tu vas courir et tu n'oublies pas… Me héla-t-il tandis que je commençais à sortir totalement furieux.
Quoi ?
Equilibre et souffle.
Je grognais ma réponse entre mes dents et il ne valait mieux pas que Ben entende ce que j'avais en tête à son égard à cet instant-là. Je remettais mes baskets et fonçais de plus bel dans le bayou pour me réétaler au bout de 10 mètres. Je lâchais un chapelet d'injures ininterrompues pendant deux bonnes minutes avant de me calmer et de reprendre ma course.
Equilibre et souffle avait-il dit ? Ok essayons.
Je pris davantage de temps à faire mon second tour de piste, je doutais même un jour d'y parvenir mais la maison réapparut sans que d'autres chutes soient à signaler. Plus calme, je retirais mes baskets et les posais à leur place sans les balancer cette fois et j'entrais une nouvelle fois dans la maison, sale comme j'étais, il était hors de question que je m'asseye pour manger alors je grignotais mon petit-déjeuner debout, rangeant plus de la moitié de ce que Ben avait sorti pour moi.
Il apparut peu après et son regard toujours aussi sombre se posa sur moi, comme pour évaluer les dégâts, je baissais la tête, attendant la fin de son inspection.
J'avais couru au moins 15 km, profitant de l'isolement et de ma solitude pour méditer sur tout ce qui s'était passé la veille, à chacune de mes foulées se joignait soit un bon souvenir, soit les mauvais ou encore les pires mots qu'il avait prononcé, quand ceux-ci entraient en action, ma rage se décuplait et se répercutait sur mes foulées qui se faisaient plus rapides et profondément ancrées dans le sol. Je gambergeais comme un con tentant de songer, voir de trouver une solution à nôtre problème mais je n'y arrivais pas parce que le problème ne venait pas de moi mais de lui, il faisait un pas en avant et 10 en arrière, j'étais du genre à m'adapter facilement mais là je n'y parvenais pas, cette relation aussi belle que destructrice qu'il y avait entre nous m'ébranlait comme jamais. Quand fatigué, je regagnais la maison, je vis de suite que ses baskets n'étaient plus là, bon point pour lui, même si je redoutais le résultat quand il rentrerait, vu qu'il n'écoutait pas, il allait se gameller à coup sûr et tout me mettre sur le dos encore une fois. Je montais prendre ma douche et redescendis préparer le petit déjeuner, bah oui même les connards imbus d'eux même pouvait de temps en temps prendre soin des autres.
Il rentra une 1ère fois et bien sûr il était couvert de boue à croire qu'il aimait et aussi de sang, il ne m'avait pas écouté et je l'avais donc renvoyé courir réitérant mes indications, il était repartit furibond et moi je terminais mon petit déjeuner. J'étais monté préparer ma valise pour le lendemain quand je l'entendis rentrer pour la 2ème fois alors doucement je descendis et le vis déjeuner debout afin de ne rien salir, il ne m'avait pas vu ni entendu et je le regardais ranger la moitié de ce que je lui avais préparé. Quand il ressortit de la cuisine cette fois, j'étais au milieu du couloir bien visible, sans prononcer une parole, je le passa à l'inspection de la tête au pied sans qu'il ne dise quoi que ce soit, mon contrôle fini, je lui indiquais seulement qu'il devait aller prendre une douche assez durement, il hocha la tête mais néanmoins ne bougea pas, son regard alla de son bandage à moi et je me dirigea vers lui pour lui ôter, une fois fait, je lui déclara toujours froidement d'aller prendre sa douche et il partit sans plus tarder. La partie qui s'inquiétait pour lui reprit le dessus et j'allais donc chercher la trousse à pharmacie bien décidé à soigner ses blessures avant de ré-immobiliser son bras, parce que c'était clair que j'allais le refaire, le connaissant si je ne le faisais pas, il empirerait encore plus les choses.
Quand j'étais revenu à la maison la seconde fois, Ben m'avait indiqué de monter prendre une douche et j'avais hoché la tête sans rien dire, la tension était à son comble entre nous depuis mon éclat de la veille et je ne voulais pas prendre le risque de l'énerver plus que ça. J'avais indiqué mon bandage d'un signe de tête et il était venu à moi pour me le retirer, avant de réitérer sa demande de monter prendre une douche. J'avais alors passé plus de temps que d'ordinaire sous l'eau bien chaude, pour calmer la douleur mais aussi pour pouvoir savourer le sentiment de liberté retrouvé avec la libération de mon bras car je me doutais que Ben ne me laisserait pas longtemps sans bandage.
Et j'avais eu raison, sitôt sorti de la salle de bain, je me retrouvais nez à nez avec lui et il me raccompagna jusqu'à ma chambre et me laissa enfiler mon jean tranquillement avant de venir vers moi, un tee-shirt en main ainsi qu'un tube de crème et j'aperçus sur mon lit le bandage qu'il avait l'intention de me refixer. Je soupirais, comprenant qu'il était vain de se battre alors je dégageais la serviette qui était toujours enroulée autour de ma taille et le laissais approcher. Il fronça soudain les sourcils avant de se ruer vers moi et je me demandais ce qui lui prenait quand il dégagea brusquement mon bras droit, dévoilant mon flan. Je n'y avais pas prêté attention pendant ma douche, mais j'aurais dû, car cette blessure n'échappa pas à Ben et sa colère augmenta de plus bel, suivant son regard je m'aperçus que la moitié de mon flan était noir et boursoufflé, lacéré de mes ongles pendant des heures et que la plaie était loin d'être propre.
Assis ! Grogna-t-il en me poussant vers le lit. Et tu ne bouges pas de là !
Il redéplaça mon bras et observa la blessure avec autant de hargne que précédemment. Ses mains se posèrent sur mon flan et je tressaillis malgré moi, il n'était pas brutal mais ma peau était vraiment à vif.
Putain de merde c'est quoi ce bordel, tu t'es quasiment ôté toute la chair de ce côté t'es malade ou quoi?
Et alors ? J'en ai encore de l'autre côté !
Encore deux ou trois coups de griffes comme ça et tu aurais entamé tes muscles ! T'es vraiment un tordu toi, putain !
Un tordu? Qui est-ce qui m'a foutu l'épaule dans un tel état que je n'ai pas trouvé d'autres solutions pour encaisser la douleur? Il fallait que je détourne mon esprit de la douleur, tu ne m'as laissé que cette solution !
Dis-moi tu comptes un jour assumer tes actes ou pas parce que tout me mettre sur le dos ça va bien 2 minutes. Tu t'es carrément mutilé à la limite de l'hospitalisation d'urgence, connard. La solution était de me dire que tu étais blessé plus que ce que je croyais.
Et te laissais en plus la satisfaction de savoir que tu avais rouverte ma blessure ? Certainement pas !
La satisfaction ? Parce que tu crois que je suis satisfait de te savoir de nouveau blessé ? Parce que tu penses que je savoure l'idée d'en être responsable malgré le fait que c'est ton acharnement à te libérer qui a provoqué ça ?
Je baissais la tête, honteux, incapable de répondre, la colère de Ben était très forte et je voyais la déception dans son regard, je détestais ça, bien plus que sa colère !
Il déplaça de nouveau mon bras droit et grogna une nouvelle fois.
En plus c'est fortement infecté, va falloir rouvrir les plaies pour nettoyer tes idioties.
Laisse-moi deviner, cutter et alcool 90° ?
Et contenter tes instincts masos en prime ? Certainement pas !
Il inonda une compresse de lotion désinfectante et la positionna sur la plaie en me disant :
Tiens ça, avec ta main droite ! Pendant ce temps-là je m'occuperais de ton épaule.
Je me pliais à sa demande avant de lâcher un cri de douleur sonore tandis qu'il malmenait mon épaule à grands renforts de mobilisations et de massages.
Putain Ben ! Hurlais-je quand il me fit particulièrement mal.
Quoi me dis pas que je te fais mal, avec ce que tu t'es infligé volontairement et masochistement tu devrais pouvoir gérer.
Je reconnais bien tes instincts sadiques, tu vas pas te plaindre, grâce à moi tu peux les assouvir en toute liberté !
Mes instincts sont bien meilleurs que les tiens et franchement si je trempais dans tes délires sois sûr que tu ne serais pas le genre de partenaire avec qui je le ferais.
Pourquoi? Je suis trop rétif pour toi? Tu aurais peur de pas pouvoir me gérer?
Je dirais plutôt, trop con, orgueilleux, maso et autodestructeur, une combinaison pas du tout à mon goût.
Oh navré de ne pas être dans les critères de sélection de Mr Cooper, tu aurais dû passer une annonce, tu veux que je m'en occupe? Je peux faire ça très bien! Homme, ça au moins j'en suis sûr, autoritaire, taré, violent et intransigeant recherche soumis sans volonté, parfaitement docile et entraîné, urgent!
Tu as raison au moins sur un point je suis un homme contrairement à toi qui n'a pas évolué depuis l'époque du bac à sable. Pour le côté fou ça c'est tout toi en plus du côté malsain, menteur et timbré pas sûr que tu fasses un franc succès.
Ah le succès, j'en ai crois-moi et puis pour ce qu'il me manque, ce n'est qu'une question d'entraînement !
J'imagine la gueule de tes conquêtes pfff. Pour ce qui est de l'entrainement, faudrait encore que t'arrête tes conneries pour commencer un jour!
Un jour ? Quand ?
Je te le dirais quand tu seras en état.
Le ton était dur et cinglant, rappel de la scène qui nous avait opposé la veille, quand il s'estima satisfait, j'étais bon pour reprendre une douche, tant j'étais trempé de sueur face à la douleur qu'il avait dû réveiller pour me soigner. Il me lança un regard compatissant avant de repasser à ma droite et de retirer ma main de la compresse. Les dernières croutes s'étaient suffisamment ramollies désormais pour qu'il puisse les retirer sans avoir à gratter et je quittais le lit sans le consulter pour rejoindre une chaise, pas question de tâcher ses draps avec mon sang en prime. Il me suivit et ouvrit les plaies une à une en comprimant pour retirer le pus qui en sortait et ce jusqu'à ce que le sang le remplace et je serrais les dents en le laissant faire. C'était une chose de s'infliger une douleur, c'était toujours plus difficile de supporter celle qu'un autre vous donnait et Ben en était parfaitement conscient lui aussi. Il se faisait le plus doux possible malgré sa colère et je le laissais donc faire sans résister, ce n'était clairement pas le moment.
Au bout d'une vingtaine de minutes, mes plaies étaient propre et Ben re désinfecta la zone une nouvelle fois avant de poser un pansement dessus puis il alla chercher mon tee-shirt et me l'enfila comme il l'avait fait le second matin qu'on avait passé à l'hôtel après son match.
Un pull ? me demanda-t-il.
Je refusais d'un geste de la tête et il retourna vers le lit chercher ses bandes, je me tendais malgré moi mais ne tentait pas de fuir cette fois.
Ben s'empara de mon poignet gauche et je le laissais faire malgré mon aversion pour son bandage, il ferma ma main en emprisonnant mon pouce dedans et je lui lançais un regard interrogateur auquel il ne répondit pas avant de sortir le rouleau de scotch pharmaceutique de sa poche, je me débattais aussitôt comme un beau diable pour l'empêcher de mener à terme son projet.
Randy, ça peut se passer de deux façons, la manière douce ou la manière forte mais quoi que tu décides, je l'emporterais et ça m'ennuierait beaucoup de devoir te refaire du mal.
Alors le fais pas !
Tu me donnes ta main ?
Pourquoi ? Tu veux déjà m'épouser chouchou ? Tentais-je de plaisanter sans conviction.
Randy … N'abuses pas de ma patience.
Fais pas ça s'il te plait, je te jure que je vais plus me gratter.
Tu t'es pas gratté, tu t'es mutilé.
Non c'est faux !
Je viens de soigner tes plaies je te rappelle, alors arrête de nier l'évidence et donne-moi ta main.
Ben, j'le ferais plus, c'est promis !
J'ai plus confiance, désolé, ta main !
J'accusais le coup assez durement et Ben s'en aperçut, il dut voir ma peine dans mon regard et pinça les lèvres, c'était la première fois depuis des années que des mots me faisaient mal et Ben avait un pouvoir de destruction sur moi bien plus élevé que je ne l'aurais pensé.
Ben s'attendait forcément à ce que je résiste tout en espérant que je ne le ferais pas, il avait le regard plein de volonté quand il m'avait affirmé qu'il l'emporterait mais son ton avait baissé d'un faible cran sans pour autant perdre de son mordant quand il avait dit « ça m'ennuierait beaucoup de devoir te refaire du mal.. »
Alors je décidais de le surprendre, il serait peut-être plus conciliant par la suite si je le laissais faire totalement ! Je fermais mon poing comme il l'avait fait pour moi et lui tendis. Il leva un regard surpris par ma soudaine coopération et ajouta faiblement:
Merci.
Je serrais fortement le poing pour lutter contre mon envie de revenir sur ma décision et il prit mes doigts pour les desserrer sans brutalité.
Ne sers pas, tiens-le juste fermé.
J'obéis en fermant les yeux, il ne savait pas ce que ça me coûtait de faire ça ! Ce simple geste allait à l'encontre de ma nature profonde, ça me mettait en position de faiblesse totale surtout des avis d'un compagnon et adversaire aussi redoutable que Ben et la vipère hurla de rage à l'intérieur de moi, me lacérant l'esprit pour sortir. J'émis un râle de souffrance face à la puissance de son assaut en mettant toute la mienne à la réprimer une fois encore.
Randy ? M'appela Ben avec inquiétude.
J'ouvris les yeux pour le regarder et il recula légèrement.
J'avais été surpris par sa soudaine coopération concernant les soins mais j'avais vite perçu qu'il semblait se battre contre lui-même comme si d'un coup il s'en voulait de me laisser faire, au prise avec sa conscience ou son double maléfique qui jusque-là n'avais pas pointé le bout de son nez. D'un coup, il effectua un léger soubresaut qui m'inquiéta, avais-je serré trop fort ? Mais cette pensée fut vite balayée quand il releva la tête et rouvrit les yeux, l'espace de quelques secondes je fus face à la Vipère à n'en pas douter, visiblement elle n'appréciait pas la reddition de Randy et voulait me le faire savoir.
Je reculais un peu, pas parce qu'elle me faisait peur non, mais parce que ce n'était pas le bon moment pour qu'on soit véritablement face à face, pas dans l'état dans lequel était Randy et quel état. Je regardais attentivement le duel qui faisait rage entre les deux, c'était le combat de Randy, j'avais en quelque sorte un avant-gout sur la façon qu'il avait de la maîtriser et le temps qu'il mettait pour y parvenir, mais j'étais sûr que ce n'était pas le bon timing, la vipère n'était pas encore suffisamment en colère pour se rebeller et tenir aussi longtemps qu'elle le voulait. J'avais perçu quelques fois surtout depuis nos querelles qu'elle voulait elle aussi entrer dans la danse mais jusque-là elle n'avait eu aucune porte de sortie, Randy était en parfaite maîtrise, physique et mentale, mais là affaibli il lui avait donné son 1er galop d'essai. J'étais à la fois inquiet mais aussi et surtout intrigué par ce que je voyais, je prenais chaque détail en compte après tout bientôt je serais vraiment face à elle et je devais vite lui faire comprendre qui j'étais et ce que je voulais, que j'étais loin d'être Randy et qu'avec moi le jeu sera très différent. Petit à petit je vis Randy revenir pleinement et quand ses yeux s'entrechoquèrent avec les miens, je ne prononçais pas un mot et repris calmement mon bandage comme si de rien n'était.
Alors que le bandage était presque en place je repensais à ce que j'avais découvert, je savais que son épaule était en mauvais état à cause de sa bêtise et de la pression que j'avais exercée dessus sans savoir à quel degré de douleur il était, mais un frisson couru le long de ma colonne vertébrale à la vue de ce qu'il s'était fait au flanc. Il s'était carrément déchiqueté la peau allant limite jusqu'aux os, putain de merde je n'avais jamais vu de tels dégâts fait volontairement avant. Au lieu de se calmer et accepter ma sanction, il s'était mutilé, arraché la chair risquant une très grave infection en prime, si je n'avais pas vu les dégâts il aurait vraiment risqué sa vie simplement pour ne pas me dire qu'il avait mal. Je le savais orgueilleux mais là c'était au-delà de tout, être blessé et se faire soigner n'est pas une preuve de faiblesse, au contraire dans certain cas ça représente la confiance en l'autre et malheureusement pour moi j'avais appris comme ça qu'il n'avait pas la moindre confiance en moi. J'espérais franchement que ce n'était dû qu'au fait qu'il ne voulait pas passer pour un faible et non pas parce qu'il donnait dans toute cette merde de mutilation, scarification et autodestruction parce que là je ne pourrais rien pour lui, seul un psy le pourrait et encore.
Ben finit de poser mon bandage, il prit plus de temps que la veille pour le faire vu qu'il n'avait pas besoin de lutter contre moi pour ça. Mon poing gauche reprit place contre mon flan mais je n'avais plus la moindre chance d'attaquer mes blessures sous son pansement vu la façon dont il l'avait immobilisé, j'avais vu Ben hésiter quant à savoir s'il devait placer ma main au-dessus ou en dessous de la bande et il avait jugé plus sage de le coincer dans son bandage, il m'aurait fallu une sacrée souplesse pour arracher avec mes dents le sparadrap qui maintenait mon poing fermé mais il savait que ce n'était pas ça qui allait m'arrêter, l'agacement reprit le dessus malgré ma volonté de le laisser faire, la vipère me lacérait les entrailles pour sortir, elle hurlait de rage à m'en crever les tympans mais je m'accrochais au regard de Ben et à ses mains qui me soignaient pour la contenir. Je n'avais plus souffert de ses crises de comportement comme les appelaient mes collègues depuis mon arrivée chez Ben. Ça faisait si longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien, aussi en sécurité et calme, j'avais oublié ce que c'était de pouvoir vivre comme tout le monde sans une voix omniprésente qui tentait de me dicter ma conduite, bien souvent avec succès. Le réveil était difficile, douloureux et je m'étais tellement pris à espérer qu'elle se tairait pour de bon désormais que la rage de son retour me rendait agressif et instable et mes paroles jaillirent de mes lèvres sans que je n'ai le temps de les rattraper :
Si j'avais su que tu serais aussi nunuche pour la moindre blessure, je serais pas venu te demander de l'aide, au cas où tu l'aurais déjà oublié, ça fait partie du boulot, et si je m'entaille le doigt en ouvrant une enveloppe, tu fais quoi? Tu m'immobilises jusqu'au coude? Avec arrêt de travail de 6 mois?
Je te ferais une jolie petite poupée que tu pourras montrer à tous et prétendre que c'est le résultat d'une blessure de guerre.
Malgré moi, je souris légèrement à sa boutade et je laissais Ben effectuer le nœud derrière ma nuque pour terminer d'immobiliser mon bras, il vérifia la solidité de son ouvrage et descendit préparer le repas en me disant de rester là pour me reposer un peu. Je hochais la tête et m'asseyais de nouveau sur mon lit avant de me décider à m'y allonger, j'étais en effet fatigué de ma nuit, de la douleur mais surtout, je vivais très mal le retour fracassant de la vipère, elle se battait comme une diablesse en moi et par moment, j'hésitais fortement à l'idée de la retenir, si elle prenait le relais, ça serait plus facile pour moi mais je n'étais pas là pour la facilité, je devais payer mes erreurs quel qu'en soit le prix et jamais je n'exposerais Ben à la vipère hors d'un ring. D'ailleurs même dans le ring, je l'avais retenue de toutes mes forces, grillant mes seules chances de victoire et étrangement, je n'avais eu aucun regret par la suite, la vipère les avait pour moi à présent et elle s'égosillait contre ma stupidité et ma reddition, je l'ignorais de mon mieux en écoutant les mouvements de Ben au rez-de-chaussée, l'odeur de cuisine me parvenait, ça sentait tellement bon, dommage que mon estomac se contractait autant à l'idée d'être rempli !
Son bandage était fait mais je ne m'étais pas éternisé plus que ça à son chevet, malgré ma petite boutade notre cohésion n'était plus là, c'était limite si on acceptait l'autre à ses côtés plus de 30 minutes consécutives. J'étais donc descendu en bas faire le repas lui proposant de se reposer un peu, en partie pour être un peu seul mais aussi et surtout pour qu'il s'allonge un peu car je savais parfaitement qu'il n'avait pas beaucoup dormi non plus et vu l'état de ses blessures c'était on ne peut plus normal. Je lui préparais des escalopes à la crème, avec des pâtes, quand se fut prêt je lui coupais même sa viande en morceaux, lui servit un verre d'eau bref tout était facile à gérer avec une seule main, je me servis aussi et l'appela. Il me rejoignit quelques minutes plus tard, sa fatigue se lisait de plus en plus sur son visage, après le repas ça sera sieste obligatoire pour lui. Je le vis regarder attentivement son assiette mais avec tout de même un léger froncement de sourcil, merde si ça se trouve il n'aime pas ça, le con.
- Qu'est ce qui se passe, tu n'aimes pas les escalopes à la crème? Tu veux que je te fasse autre chose?
- Non c'est bon, merci Ben.
- Ok alors mangeons.
Je commençais à manger mais je gardais les yeux sur lui, il prenait de faibles quantités dans sa fourchette, mettait un temps pas possible à avaler ou jouer carrément avec sa nourriture la repoussant d'avant en arrière. Je n'aimais pas ça du tout, il disait aimer alors pourquoi il refusait de se nourrir? Pourquoi il peinait tant à manger? Je ne disais rien mais ma colère monta petit à petit c'était quoi son problème à la fin merde, je faisais mon possible pour l'aider et visiblement il rejetait le tout sans se préoccuper du mal que ça me faisait.
J'étais presque à la moitié de mon repas que lui y avait à peine touché, je commençais à réfléchir tentant de comprendre, voir si j'avais loupé un truc qui pourrait m'aiguiller sur ses agissements soudain, une part de moi repensa aux précédents repas qu'il avait pris et il n'y avait pas grand-chose à dire et puis d'un coup je me rappela que parfois il faisait en sorte que ces portions soient plus petites que les miennes surtout quand c'est lui qui servait. Cette prise de conscience me fit peur d'un coup, non ça ne pouvait pas être ça, après s'être mutilé il ne pouvait pas avoir aussi cette pathologie, parce que si c'était le cas j'allais vraiment péter un putain de câble moi.
- Bon c'est quoi le souci ? Tu as à peine touché à ton assiette.
- Y a aucun souci Ben, y a un chrono pour manger?
- Pour manger non, pour jouer avec ta nourriture oui.
- Ah? Et j'ai dépassé le temps navré! Tu aurais dû le mentionner dans tes règles aussi!
- T'as pas respecté la principale alors pourquoi t'aurais suivi celle-là, finalement ne pas l'avoir fait était un gain de temps.
- Si tu es si pressé je peux quitter la table tout de suite, tu te sentiras plus obligé de m'attendre comme ça !
- Tu auras surtout une bonne excuse pour rien manger alors je te repose la question c'est quoi ton souci?
- Et qui te dit que j'en ai un à la fin ?
- J'aime de plus en plus le fait que tu me prennes pour un con, c'est vrai j'ai oublié ça c'est déjà fait. Alors si Mr n'a pas de souci il mange.
- Et j'aime de plus en plus ton ton autoritaire, tu aurais dû mettre mon repas dans une gamelle plutôt ça m'aurait peut-être plus motivé!
- Et tu voudras que je t'achète un collier aussi, il suffit de demander, te gêne pas.
- Noir si tu veux bien, pour la médaille je te laisse décider par contre !
- Avec des petits clous tu feras un malheur. Pour la médaille pas question je veux pas être associé à tes travers ça va bien 2 minutes les conneries. Maintenant tu te décides à manger bordel ou faut que je te gave comme une oie?
- J'ai pas faim merde! Tu vas pas en faire un plat non?
- T'as pas faim ou...putain en plus de te mutiler, t'es anorexique c'est ça, j'ai vraiment tiré le gros lot moi tiens. Y a d'autres travers que je dois connaitre parce que là c'est de pire en pire.
- Je suis pas anorexique bordel! Regarde-moi! J'ai l'air maigre? J'ai pas besoin de me nourrir vu que je fous rien de mes journées à part être la boniche de service, ton larbin, ton sous-fifre bref une merde juste pour que Mr Cooper se sente au sommet comme toujours !
- Que je me sente au sommet mais au sommet de quoi? Tu dérailles complètement mon pauvre, pour ce qui est de ton inactivité tu t'en prends qu'à toi même si t'es dans cet état-là, c'est de ta faute alors assume pour une fois dans ta vie. Je me proclame pas meilleur que toi, on agit différemment et ma façon de faire est meilleure que la tienne, regarde-toi, tu fais n'importe quoi, t'écoute rien et quand tu te retrouves acculé, tu accuses les autres uniquement pour te sentir mieux mais merde à la fin, ras le cul de tes conneries.
D'un coup il serra la mâchoire, saisit son assiette et se dirigea vers la cuisine, quand je vis qu'il jetait son contenu à la poubelle ma colère explosa littéralement, c'était le geste de trop, dire qu'il y avait dans le monde des gens qui crevaient de faim et Mr lui jetait à la poubelle sans remord juste par défiance son repas. Je me levais d'un bond envoyant valser ma chaise en arrière, j'avais la furieuse envie de lui foutre une beigne, il comprenait pas, ne voulait pas comprendre, me pousser au-delà des limites raisonnable et pour quoi, parce qu'il était aussi immature qu'un gamin de 2 ans, le gaspi, le manque de respect et son attitude faisait que le tout combiné, j'étais devenu une cocotte-minute dont l'explosion n'était pas loin du tout.
- T'es sérieux? Tu viens de jeter de la nourriture à la poubelle, tu te prends pour qui?
- Quoi? Le problème est réglé, repas fini, puis-je faire la vaisselle Mr avant de vous apporter un petit café dans le patio?
- Tu touches plus à rien et ton café tu te le gardes parce que sinon c'est dans ta gueule que tu vas le prendre, espèce d'abruti.
- Bon alors pas de café pour Mr je suppose. Que puis- je faire pour son altesse sérénissime?
- Tu me prends vraiment pour un con, un salaud et un enfoiré c'est ça?
- Je te prends pour ce que tu es!
- Pour ce que toi tu penses que je suis, un mec méprisable, un gars qui se croit tout permis et mieux que tous, un enfoiré sans cœur qui mérite d'être seul et de crever seul ça je sais, t'inquiète j'ai pas oublié la moindre de tes paroles. A quoi bon continuer je ne suis qu'un enculé et rien de plus, c'est pas comme si j'avais tout fait pour que tu te sentes bien, que tu te sentes chez toi et que j'avais pris soin de toi hein! Non je me suis juste contenté d'être supérieur à toi, de t'écraser à la moindre occasion, de te rabaisser plus bas que terre juste pour le fun. Si je suis aussi abjecte que tu le dis et le pense qu'est-ce que tu fous encore ici, je suppose que ton masochisme se délecte de tout ça , bah moi je le suis pas maso et toute cette histoire est en train de me détruire, je sais que tu penses que je mérite pas mieux bah moi si et là c'est bon mon quota d'encaissement est atteint, voire dépassé je vais pas continuer à en prendre plein la gueule pour rien.
- Ben...
- Non ferme la, tu veux pas manger? Ok! Alors vire dans ta chambre et vas dormir !
- Ben, attends!
- Vire!
Je montais les escaliers sans discuter, si je pensais avoir merdé jusqu'ici, j'étais loin du compte avec ce que je venais de faire, mais merde qu'est-ce qui clochait avec moi pour que je brise tout ce que je touchais ? J'étais vraiment un minable ! Je me serais bien foutu des baffes si ça avait pu soulager ma peine mais je devinais d'avance que Ben me foutrait dehors ou à l'asile s'il me voyait recommencer à me faire du mal et j'étais déjà assez mal qu'il ait découvert ma crise d'hier pour ne pas lui avouer que je souffrais vraiment trop cette fois. Je me sentais vraiment comme le dernier des enfoirés après ce que je venais de faire, jeter le repas qu'il m'avait préparé de cette façon-là, c'était indigne même de mes plus mauvaises passes, je l'avais regretté à peine une seconde après avoir vidé mon assiette, trop tard pour revenir en arrière. Il devait me prendre pour un putain d'enfoiré de gosse de riche sans scrupules désormais et ça n'était pas ça le pire, après ce que je lui avais dit, il pensait que je n'avais ni estime ni affection pour lui, j'étais furieux ok mais ça ne changeait rien de ce que je ressentais pour lui, en revanche ses sentiments à mon égard avaient totalement disparu désormais, remplacés par cette espèce de noirceur qui nous accompagnait à chaque pas depuis la veille. J'atteignis mon lit, la mort dans l'âme, je n'avais pas plus envie de me coucher que de dormir mais j'avais fait assez de conneries pour deux vies au moins alors je décidais une nouvelle fois de lui obéir et me laissais tomber dans mon lit en grognant contre l'inconfort du bandage. Je n'avais pas d'autres choix que de dormir sur le dos et je détestais ça, pourtant je m'endormis peu après, vaincu par la fatigue et la douleur.
Malgré le fait qu'il avait fini par faire au moins une chose que je lui demandais ma colère, ma rage et ma douleur avaient atteint le summum du possible et je dus me maîtriser encore une fois pour pas tout envoyer valser chez moi, mais je n'allais pas lui montrer ça non plus, oh non alors. Je ramassais ma chaise et la remise en place rageusement, débarrassais la table et fit la vaisselle, ôtant tout signe d'un repas qui s'était terminé de telle façon que j'avais vraiment cette fois failli en venir aux mains et lui faire vraiment du mal. Je montais dans ma chambre finir ma valise, j'avais pris une décision et il n'allait pas aimer mais je m'en foutais, plus rien de ce qu'il pensait ou disait n'avait d'importance à mes yeux, seul ce dont j'avais besoin comptait, et mon besoin était d'être seul et loin de lui. Je finis ma valise, j'aurais dû partir que le lendemain, comme la fois précédente tout était en place, billet d'avion, hôtel, mais là après cette journée en enfer il n'y avait aucun moyen qu'il vienne, je ne le voulais pas à mes côtés. Je regardais le billet et le déchirais comme il avait déchiré mon coeur, contrairement à lui moi je n'avais pas eu autant de plaisir à détruire l'autre, finalement avoir ôté mon masque de dur à cuir pour ne lui montrer que mon vrai visage, le vrai moi avait été la 2ème plus grosse erreur que j'avais commise après celle où j'avais accepté de l'aider. Voilà pourquoi je restais limite froid envers certaines personnes, je me protégeais, je me cachais derrière un blindage énorme afin de préserver mon coeur du moins ce qu'il en restait de toute douleur que je pouvais contrer. J'avais cru qu'auprès de lui, je pouvais baisser ma garde sans risque, il s'était bien démasqué devant moi lui alors pourquoi pas moi, mais voilà il s'était joué de moi et j'en payais le prix, il m'avait menti et j'y avais cru comme le dernier des cons et putain que ça faisait mal. A partir de maintenant j'allais remettre mon masque de froideur, redevenir le travailleur acharné que j'étais, le bosseur invétéré pour qui seul le travail bien fait comptait, fini le Ben cool et joyeux, retour du Ben introverti et renfermé. Je sortis de ma chambre sans un regard pour la sienne, et je gagnais mon garage, qu'il se démerde après tout il faisait ce qu'il voulait, quand il le voulait et rien de ce que je disais ne comptait, alors soit chacun sa merde, je montais dans ma voiture et mit le contact direction l'aéroport, sans un regard ni une pensée supplémentaire, je commençais à mettre de la distance entre nous, quand je reviendrais et je ne savais pas quand, soit il serait parti et ça serait peut-être un bien, soit il sera encore là mais il devra faire face au Ben qu'il avait dépeint, le mec qui ne pensait qu'à bosser, la machine de guerre, le mur de silence, froid et solide, mais surtout il reverra le Ben qu'il avait croisé la 1ère fois, c'était son choix il faudra qu'il y fasse face sinon la porte sera grande ouverte.
J'entendis le moteur démarrer et la voiture quitter le garage depuis mon sommeil, je me levais d'un bond et ouvrais la fenêtre pour voir Ben disparaître au volant de sa voiture et j'hurlais son nom sans résultat, Ben disparut à l'horizon et je quittais ma chambre en trombe pour rejoindre la sienne, je devais savoir ! Je découvris aussitôt que son sac n'était plus là, ses vêtements d'entraînement et de ring avaient disparu eux aussi, quelques-uns des miens gisaient en vrac au sol et j'allais vers eux, comme suivant le parcours de Ben, je découvris alors les fragments d'un billet d'avion, déchiré en une quinzaine de morceaux, mon billet remarquais-je en trouvant le mot « rton » sur l'un d'eux. Je m'étais occupé moi-même de ces réservations comme convenu avec Ben le jour de notre retour ici, j'avais lu son planning, j'étais quasiment sûr de moi mais je fonçais dans le salon pour le relire une nouvelle fois, mes doutes se confirmèrent, Ben était parti une journée plus tôt que prévu et il m'avait abandonné ici.
