Salut tout le monde!

Bonne lecture!


Merci à ma Bêta FawkesThePhoenix8


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Chapitre12

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23 septembre 1996

Harry rentra à pas de souris dans le dortoir des garçons de Gryffondor. Il était près de 1 heure du matin et ses camarades avaient apparemment décidé de se coucher tôt cette soirée-là.

Le Survivant s'assit lourdement sur son lit et se mit la main au visage, se sentant tout à coup extrêmement fatigué. Il avait mal à la tête et ses courbatures lui rappelaient durement qu'il n'avait pas passé la plus joyeuse des retenues.

Grâce au Transfert, Malfoy, Hagrid et lui étaient revenus de la forêt en tombant douloureusement sur le sol à côté de la cabane du garde-chasse. Ils s'étaient tous relevés en maugréant, un désagréable souvenir des goules encore frais dans leur tête. Puis, gêné par la tournure des événements que leur excursion avait prise, Hagrid avait bafouillé, bredouille, que c'était un "petit problème" qui arrivait à n'importe qui et avait eu le culot de continuer leur retenue en leur faisant nettoyer les cages des Petiponks de son jardin.

Malfoy n'avait pas prononcé un mot de la soirée après leur retour. Il avait remis son masque de glace et avait effectué ses tâches en ignorant royalement Harry. Ce dernier avait cependant pu deviner que le blond était contrarié par quelque chose, s'il se fiait aux épaules tendues de son ennemi.

En pensant à sa Némésis, le regard d'Harry se fit plus noir.

Pourquoi avait-il voulu protéger le Serpentard de la sorte quand ils étaient dans la forêt? Son corps avait agi tout seul et il devait avouer que ses pensées l'avaient approuvé à ce moment-là. Il était pourtant certain que le blond aurait pu se défendre parfaitement. Mais c'était comme si Harry avait eu… besoin de le faire lui-même.

Harry secoua sa tête à cette idée saugrenue. C'était stupide. Il avait protégé Malfoy, d'accord, mais sûrement à cause de sa manie naturelle à vouloir protéger les autres. Ennemi ou pas, le Gryffondor n'aurait pas voulu qu'il meure, et il avait probablement oublié que le Serpentard avait fait des progrès depuis sa première année. Un réflexe, oui. Parce que le blond avait paniqué lorsque cette goule avait parlé.

Au fil des années passées à Poudlard, Harry avait réussi à interpréter les différents visages que Malfoy voulait neutres en face des autres. Par exemple, ses yeux brillaient un peu quand le blond était satisfait, ou bien un éclair passait à travers ses pupilles quand il était en colère. Mais ça faisait bien longtemps qu'Harry l'avait vu perdre son sang-froid de la sorte, toute trace de masque effacée.

« Non, c'est impossible! » avait-il hurlé.

Qu'est-ce qui avait bien pu être impossible?

Harry fronça les sourcils. Qu'avait dit la goule encore? Pas grand-chose, il lui semblait. À part que son clan détestait éperdument les Veelas et leurs amis.

Non, pas amis. « Partenaires ».

La marque qu'Harry avait sur son bras se mit à chauffer faiblement. Ce ne fut pas douloureux, simplement inconfortable. Distraitement, Harry posa sa main sur le bandage couvrant son bras, les yeux toujours fixés au sol.

Malfoy était un Veela. C'était donc pour cela qu'Hermione avait affirmé qu'il était un peu plus normal pour le blond de faire de la magie sans baguette. Avec un esprit aussi affûté que celui de sa meilleure amie, elle avait dû faire immédiatement le lien entre les Blacks et leurs origines Veelas. C'était bien dommage que la marque sur son bras interdise à Harry de lui dire la vérité. Il aurait sûrement pu avoir plusieurs réponses à ses questions, mais là, il n'avait pers…

Tout à coup, Harry sursauta quand une illumination soudaine lui traversa l'esprit. Il écarquilla des yeux et se leva d'un bond.

Ses effets étaient dans un grand désordre et il faisait particulièrement noir dans le dortoir, mais Harry se dirigea directement vers le sac en toile qui trainait au pied de son lit. Il le ramassa d'une main et n'attendit pas une seconde de plus avant de l'ouvrir à volée.

Un livre, une boule et plusieurs autres objets étaient entassés à l'intérieur. Le Survivant y plongea sa main et ressortit le Miroir à Double Sens que Sirius lui avait offert en quatrième année.

Il observa le morceau de glace un instant avant de l'enserrer. Puis, se rendant compte qu'il risquait de réveiller les autres, il sortit du dortoir précipitamment en apportant sa baguette.

Il dévala les escaliers du dortoir des garçons, sa baguette dans une main et le miroir dans l'autre, et formula en vitesse un sort d'intimité autour de la salle commune avant de s'écrier à travers le morceau de glace :

-Sirius!

Le silence lui répondit. Le cœur d'Harry se mit à battre à la chamade.

Une seconde passa.

Deux.

Puis, finalement, il vit l'œil gris-bleu de Sirius Black apparaître dans le miroir.

-Harry? Que se passe-t-il? demanda son parrain moitié fatigué, moitié alarmé.

-Je peux te parler?

-Oui, bien sûr. Utilisons les cheminées, recommanda Sirius, plus réveillé tout à coup. Es-tu seul?

-Oui.

L'œil de Sirius disparut et Harry se dirigea vers la cheminée installée sur le mur au fond de la salle. Il s'assit par terre et fixa l'âtre intensément en attendant son parrain.

Un instant plus tard, des flammes vertes jaillirent au milieu du foyer et la tête réconfortante de son parrain apparut entre elles. Il fixa son filleul devant lui avec une certaine inquiétude et demanda :

-Alors? Qu'est-ce qu'il y a?

Harry parlait très souvent à son parrain. Que ce soit pour lui confier ses problèmes, lui poser des questions pour un devoir quelconque, ou simplement prendre de ses nouvelles. Mais pas à 1 heure du matin. Il comprenait son air soucieux.

-Tu es un Veela par… extension, pas vrai? Je peux te poser des questions? demanda quand même le Survivant.

Les sourcils de Sirius se froncèrent, ne s'étant visiblement pas attendu à ce genre de questions en plein milieu de la nuit. Il poussa un soupir en se frottant les yeux, comme si la fatigue le rattrapait maintenant qu'il savait que son filleul était hors danger. En se rendant compte qu'il aurait décidément pu attendre le lendemain et parler à son parrain à une heure un peu plus respectable, Harry émit un petit rire nerveux en s'excusant de l'avoir réveillé à cause de sa curiosité. Sirius chassa l'excuse de la main.

-Non, en fait, ça m'arrange un peu, dit-il en baillant. Ça m'évitera plusieurs explications pendant la discussion qu'on devra avoir pendant les vacances de Noël.

Harry fut un peu étonné par les paroles de Sirius. Son parrain n'était pas vraiment du genre à avoir des « conversations d'adulte ». Il laissait normalement Molly s'en charger. Comme lorsque la mère de Ron avait rassemblé les jeunes de l'Ordre et leur avait parlé de sexe et de protection. Harry ne savait pas ce qui lui avait pris. Elle avait dû entendre quelque chose à la radio. Mais le Gryffondor n'avait pas vraiment la tête à faire des galipettes alors qu'il avait un mage noir fou furieux à tuer. Cette journée avait vraiment été trop embarrassante.

-Une discussion? Que se passe-t-il? demanda Harry, suspect.

À sa grande surprise, Sirius parut tout à coup mal à l'aise, ce qui n'améliora pas l'appréhension du jeune Héros. Ce dernier ouvrit la bouche pour inciter son parrain à lui en dire plus, mais l'animagus l'interrompit en le voyant venir :

-Hum… disons juste que j'ai certaines choses à t'avouer… répondit Sirius d'un air un peu fautif. Mais je vais essayer de t'en apprendre aujourd'hui.

Harry lui lança un autre regard douteux, ne sachant pas s'il devait se sentir vexé ou non que son parrain ait des secrets.

Le jeune garçon eut cependant sa réponse lorsqu'il loucha sur son avant-bras gauche bandé. Sirius n'était pas le seul à avoir des choses à cacher. Harry n'avait pas vraiment le droit de se plaindre.

-Ce que tu dois m'avouer a-t-il un rapport avec le fait que tu sois Veela? demanda le Gryffondor.

-Oui, enfin, en grosse partie, répondit l'ancien Maraudeur. D'ailleurs, d'où te vient ta soudaine curiosité à ce sujet?

-J'ai récolté une retenue avec Malfoy et...bref, longue histoire, mais quand on est allé dans la Forêt Interdite, des goules nous ont attaqué parce que Malfoy était un Veela.

L'animagus, dans l'âtre de la cheminée, regarda son filleul bizarrement.

-Qu'est-ce que vous faisiez avec des goules dans la Forêt Interdite!? s'enquit-il.

-Demande à Hagrid… maugréa Harry.

Sirius leva les yeux au ciel et secoua la tête en marmonnant un « celui-là, je vous jure ». L'homme se passa ensuite une main dans les cheveux et commença ses explications :

-En effet, ce n'était pas très futé de la part d'Hagrid de ne pas avoir vérifié, car ces créatures nous détestent vraiment. Mais oui, les gènes des Veelas sont particulièrement dominants et se transmettent par le sang. Comme Narcissa est une Black, son fils est donc automatiquement Veela également.

-Est-ce la raison pour laquelle les pouvoirs de Malfoy sont aussi puissants en ce moment? dit Harry en pensant à la bataille qu'il avait eu avec le Blond en Défense Contre les Forces du Mal.

-Eh bien, il est peut-être un Vir et il l'a découvert depuis peu.

-Un… Un quoi?

Sirius eut l'air de se rendre compte qu'il venait d'aborder un sujet compliqué et qui allait être long à expliquer. Il éleva sa main pour se gratter la tête et ferma un instant les yeux pour penser adéquatement:

-Bon... il faut bien que je te l'explique un jour ou l'autre de toute façon, dit-il en faisant une grimace et en rouvrant les paupières. Par où commencer… Hm, il y a deux types de catégories quand les Veela se… marient, si on veut : les Vir et les Sän.

-L'homme et la femme?

-Très souvent, mais pas nécessairement. Ce n'est pas obligé d'aller avec un sexe en particulier. Prend le plutôt comme le corps et la tête, un fort et ses soldats, un bateau et son équipage. Le Vir doit protéger la Sän et la Sän doit penser pour le Vir.

-Ce qui implique...

Siruis prit un moment avant de dire :

-Disons que ce sont… heu… des réflexes? Des tendances? Un Vir peut être très intelligent et une Sän très forte, mais ton premier instinct va selon le rôle que tu as dans le couple. Si le couple se fait attaquer, c'est le Vir qui défend et la Sän se laisse protéger. Si un traité doit se faire, c'est la Sän qui prend en charge et le Vir la laisse parler. Le Vir et la Sän ne réfléchissent pas à ce genre d'action ; l'un le fait et l'autre l'accepte naturellement. Je ne sais pas si tu comprends...

-Un peu, dit Harry, quand même assez confus. Et vos pouvoirs dans tout ça?

Sirius se passa encore une main dans le cou, le temps de rassembler ses idées. Expliquer des concepts complexes de la vie des Veela ne devait pas être très simple à 1 heure du matin quand on ne s'y était pas préparé. Harry eut presque pitié de son parrain.

-Comment dire… dit l'ex-Maraudeur, un peu indécis. Les pouvoirs d'un Vir se développent quand il trouve sa Sän. Ça peut prendre du temps aux deux élus avant de se rendre compte qu'ils sont destinés l'un à l'autre, mais ça en prend un peu moins pour leur magie.

-Il n'y a que les pouvoirs du Vir qui augmentent?

-Oui et non. Physiquement c'est effectivement uniquement les pouvoirs du Vir qui changent, mais à cause de cela, la Sän est affectée automatiquement. Un Vir n'est pas toujours à côté de sa moitié pour la protéger, alors cette dernière a continuellement la possibilité de « piquer » ses pouvoirs à travers leur lien. Comme ça, même s'il n'est pas présent physiquement, en partageant ses pouvoirs à sa moitié, un Vir assure quand même sa protection puisqu'elle est techniquement toujours en mesure de les utiliser. Si un Vir est fort, sa Sän l'est donc également à cause de lui.

-Et pour la Sän?

-Les Sän peuvent arriver à développer certains liens mentaux avec leur Vir ou réussir à leur insuffler des émotions diverses pour les apaiser. Mais ce ne sont pas tous les couples qui réussissent à créer ce genre de lien.

Harry hocha la tête et prit une pause pour laisser le temps à son parrain de respirer. Il avait encore énormément de questions, mais il ne voulait pas non plus trop épuiser l'autre. Sirius n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'expliquer adéquatement à son filleul ses origines. Disons simplement que tout le monde était préoccupé à faire d'autres choses depuis quelque temps.

Comme rester vivant.

-De quelle façon se développent les pouvoirs d'un Vir quand il trouve sa Sän? continua Harry lorsqu'il décida que son parrain était prêt pour un deuxième tour.

- Ça dépend de chaque couple, répondit celui-ci. Le lien peut affecter aussi bien le physique que les effluves magiques eux-mêmes. Que la Sän soit forte ou faible, le Vir doit être en mesure de la protéger. Les changements vont donc avec.

-Et si la Sän est une ogresse?

-Le Vir est dans de beaux draps.

Les deux commencèrent par pouffer suite à cette réponse, puis ils éclatèrent vite de rire, ne pouvant plus se retenir.

Cet été, le Survivant avait de nombreuses fois partagé des moments comme celui-là avec son parrain. Harry se demandait si c'était réellement comme ça avoir un père, mais quelque chose lui disait qu'un père était probablement plus sévère que Sirius. Harry était loin de s'en plaindre cependant.

Le Gryffondor n'avait pas su comment surmonter son deuil lorsqu'il avait cru que son parrain était mort, lors de la fin de sa cinquième année à Poudlard. Il s'en était voulu, atrocement, car c'était uniquement de sa faute si Bellatrix avait pointé sa baguette sur Sirius et l'avait achevé avec ce sortilège de mort au Ministère de la Magie. Plusieurs disaient à Harry que ce n'était pas lui qui avait assassiné son parrain, mais bien sa propre cousine. Cependant, pour le Survivant, il avait offert son parrain en pâture, alors ça revenait au même.

Puis, par une matinée grise cet été, juste comme ça, Sirius était apparu au seuil du 12 square Grimmauld. Harry avait cru à une hallucination due à son chagrin, mais même Molly Weasley avait hurlé, lui confirmant qu'il n'était pas le seul à voir ce fantôme.

Sirius n'avait jamais dit concrètement comment il s'en était sorti, alors qu'Harry était sûr et certain que le sortilège vert et meurtrier lui avait frappé la poitrine de plein fouet, mais son filleul s'en fichait. Tout ce qui avait compté était que son parrain était là. Il en avait pleuré de joie, avant d'être pris par la gêne. Au moins, il n'avait pas été le seul à le faire.

Il avait ensuite passé une grande partie de ses vacances avec Sirius, vu qu'il n'allait plus le voir à la rentrée. Et les rires n'avaient pas manqués à l'appel, comme en ce moment.

Après quelques secondes de plus, Harry se redressa en ramenant sa respiration à la normale. Il sourit une dernière fois, mais son expression redevint sérieuse quand il songea à quelque chose.

-Je n'y ai jamais trop pensé, mais Tonks et Bellatrix Lestrange aussi sont des Veelas, pas vrai? Mais ta cousine est mariée non?

-Oui, les deux sont des Black, alors elles ont également le même héritage. Tonks n'a pas encore trouvé son âme sœur et pour Bellatrix, c'est... compliqué, répondit Sirius en grimaçant. Pour faire court, son Vir est mort quand elle était très jeune. C'est pour cela qu'elle est comme ça aujourd'hui. Elle affirme suivre le Lord avec ferveur, et elle se croit sûrement elle-même, mais en vérité, elle en veut simplement à la vie de lui avoir retiré son âme sœur. Elle s'est mariée bien après cet évènement.

-Son Vir est mort? Mais… Qui était-ce?

-On ne sait pas, personne ne l'a jamais vu. Bellatrix non plus. Mais tu peux le ressentir quand ça arrive. C'est extrêmement rare qu'un Veela ne rencontre pas son autre moitié au courant de sa vie. Le destin fait toujours en sorte que ça arrive. Alors, quand un Vir ou une Sän meurt sans avoir rencontré son âme sœur au préalable, on croit souvent que c'est une malédiction ou une punition. Bella n'a pas supporté cette injustice.

Harry aurait pu avoir pitié de Bellatrix si celle-ci n'avait pas stupidement essayé d'assassiner son parrain. Son histoire avait beau être triste, ça ne justifiait pas complètement sa cruauté.

Le Survivant n'était cependant pas aussi satisfait du sort de Tonks. Il savait depuis quelque temps que la femme avait un faible pour Lupin, mais vu la façon dont avait parlé Sirius, le loup-garou ne semblait pas être l'âme-sœur de la Métamorphomage. C'était peut-être pour cela que Lupin était réticent à l'idée de sortir avec elle.

Bon sang, faire partie de la famille Black - ou Delacour, maintenant qu'il y songeait - semblait plus que compliqué…

En pensant à la famille de Fleur, Harry sursauta:

-Bill et Fleur!

Harry se souvenait que Ron lui avait un jour dit cet été que son frère et Fleur avaient eu quelques soucis avec leurs fiançailles, car la famille de la Française croyait que le roux n'était pas « faite pour elle ». Le Survivant avait simplement cru que cette expression était au sens figuré et que les parents prétentieux de Fleur ne considéraient pas un homme venant de la famille Weasley digne de leur fille. Jamais il n'aurait songé que ce serait carrément une histoire d'âme sœur. Harry se demandait même si Ron était au courant de la profondeur du problème du couple de son frère.

Sirius lança un regard un peu triste à son filleul en l'observant et soupira :

-On ne sait toujours pas si Bill est vraiment l'âme sœur de Fleur. Personne n'en parle, car ça a déjà créé un sacré gros drame. Molly est frustrée, Arthur est dépité, Bill et Fleur sont assez stressés. Les Weasley ont donc décidé que c'était un sujet tabou pour l'instant. C'est sûrement pour ça que vous n'avez pas vraiment eu de détails sur cette histoire.

-Mais, commença Harry horrifié par la nouvelle. Ils s'aiment non? Est-ce si grave s'ils ne sont pas âme sœur?

-Les Veelas peuvent très bien tomber amoureux d'une autre personne et vivre une vie parfaite avec elle. Mais tu dois comprendre Harry... si un jour ils rencontrent leur autre moitié, peu importe s'ils sont mariés, peu importe s'ils ont des enfants, ils partiraient avec elle sans y réfléchir. C'est plus fort que nous. Alors, la situation de Bill et Fleur n'est pas facile.

-Est-ce pour ça que Molly et Fleur ne s'entendent pas?

-Entre autres, oui. N'importe quelle mère n'apprécierait pas qu'une fille ait autant de chance de laisser son fils en plan sans un regard en arrière. Mais comme je te le disais, il est toujours possible que Bill soit l'âme sœur de Fleur, car ça peut prendre du temps avant de le savoir. Fleur mise tout là-dessus.

Le Survivant fit une pause. Il adorait Bill. Le roux était toujours jovial et gentil avec lui, alors le Gryffondor ne pouvait s'empêcher d'être triste de son sort. Il en était de même pour Fleur. Elle devait se sentir mal d'avoir amené son fiancé qu'elle aimait tant dans cette histoire. Car au final, c'était bien Bill qui risquait le plus.

S'imaginer se marier avec une personne qui aurait de grandes chances de le laisser tomber du jour au lendemain si elle rencontrait sa moitié était inimaginable pour Harry. Il ne savait pas non plus comment il aurait réagi.

Harry leva les yeux vers son parrain. Ce dernier était perdu dans ses pensées, et en le regardant, son filleul se mordit la lèvre inférieure. Une question lui brûlait les lèvres, mais il n'osait pas la demander. Elle était pourtant simple. Alors, le Gryffondor prit son courage à deux mains et demanda en hésitant :

-Tu… tu as déjà trouvé une Sän, toi?

Sirius sortit de ses pensées et fixa son filleul. Lorsqu'il en enregistra ce que son filleul avait demandé, un air profondément coupable se dessina sur les traits de son visage. Il soupira après un moment :

-Oui...

La réponse fit l'effet d'une douche froide à Harry. Il essaya de ne pas montrer son choc ou le fait qu'il était vraiment blessé que l'animagus lui ait caché une telle chose. Il s'était presque attendu que son parrain lui réponde « non », mais apparemment, entre les deux, c'était l'homme devant lui qui détenait le plus de secrets.

Avoir une Sän était comme avoir une femme, non? Harry n'arrivait pas à croire que Sirius ne lui ait jamais rien dit. Il mit cependant ses sentiments blessés de côté et demanda, la gorge un peu sèche :

-Comment est-elle?

-Heu...assez sombre. Désolé Harry, je ne suis pas mentalement prêt à te dévoiler un tel truc en ce moment. Tu le sauras à notre discussion de Noël.

Le cœur d'Harry se calma légèrement. Au moins, son parrain avait eu l'intention de lui dévoiler l'identité de son âme sœur. Ça faisait sentir le Survivant un peu mieux. Juste un peu.

-Elle est si affreuse que ça? dit Harry avec un petit sourire forcé.

-Ouais, eh bien, on ne choisit pas ses Partenaires, répondit Sirius en haussant les épaules et en secouant la tête.

Harry figea en entendant le dernier mot qu'employa son parrain.

« Les Veelas ou leur Partenaire, c'est du pareil au même »

C'était ce que cette goule avait dit non?

Et Malfoy avait paniqué à cette phrase. Harry croyait vraiment que ce n'était qu'une drôle de façon de dire « ami » ou « camarade », mais vu la manière dont l'avait dit Sirius, cela impliquait beaucoup plus de choses que ça.

-Sirius, qu'est-ce que c'est? demanda-t-il.

-Quoi donc? répondit l'ancien maraudeur.

-Un Partenaire.

-Ah, un peu comme on dit "mari" ou "femme", les Veela disent "Partenaire". "Vir" et "Sän" se disent aussi, mais "Partenaire" est plus compris des autres espèces, qui en ont souvent un également. C'est le mot international, si on veut. Et c'est quand même un peu moins gênant que de dire "âme sœur" à tout bout de champ.

Harry pâlit.

Le regard paniqué que Malfoy lui avait lancé dans la forêt… les paroles des goules… les drôles de rêves d'Harry… ses pouvoirs qui avaient changés depuis quelque temps… et...

Et cette marque.

-Comment sait-on que l'on est le Partenaire d'un Veela? dit Harry d'une voix blanche.

-Un sorte de… tatouage apparaîtra à l'intérieur de ton avant-bras. Les Vìr l'ont sur leur côté gauche, les Sän, sur leur côté droit, répondit Sirius. Enfin, si on ne la dissimule pas.

Harry eut l'impression que le monde autour de lui s'arrêta de tourner et que les particules de l'air se figèrent en même temps. Sa Marque décida également de le démanger à ce moment précis, comme si elle voulait lui faire comprendre qu'elle savait qu'on parlait d'elle.

Le Survivant déglutit difficilement et, lentement, il commença à défaire le bandage autour de son avant-bras gauche. Puis il exposa le tatouage en dessous en forme d'arabesque fait de courbes et de points de tous genres. Harry lança un regard horrifié à son parrain qui écarquilla des yeux :

-Et est-ce que… est-ce que cette marque ressemblerait à ceci?

oooOOOooo


Le jet de douche envoyait une eau brûlante qui dégoulinait précipitamment sur son dos, rougissant sa peau, mais n'arrivant pas à faire fondre la terreur obscure à l'intérieur de son corps.

Draco ferma les yeux et enfonça profondément ses ongles dans sa Marque, voulant l'arracher, voulant la gratter jusqu'au sang en espérant que la douleur, d'une certaine façon, lui ferait oublier son existence incertaine.

Le Serpentard s'accroupit en plein milieu de la douche, l'eau bouillante lui martelant toujours le corps et s'abandonna à l'immense lassitude et épouvante en train de le terrasser.

Il sentait qu'il allait craquer.

Il sentait qu'il allait défaillir.

Sa conscience était en train de s'effilocher et cette peur, cette peur immense, cette peur, cette salope, était carrément en train de gruger les derniers filaments de son esprit. Il allait bientôt devenir une loque noyée dans les méandres de son angoisse.

Potter...

Potter comme Partenaire.

En rentrant dans sa chambre personnelle la veille, il en avait presque ri tellement c'était... ridicule!

Bordel de merde!

Pourquoi! Pourquoi lui!?

De toutes les personnes qui existaient sur la planète, pourquoi lui!?

Le destin se jouait du blond, le martelant de ses présages, riant de sa faiblesse et de son désarroi. C'était tout bonnement impossible que Potter soit son Partenaire par hasard! Il devait être maudit ou… ou quelque chose...

Comme pour l'achever, sa Marque d'Appartenance se mit soudainement à lui bruler le bras droit. Draco, toujours assit par terre sur le carrelage, ramena ses jambes vers lui et enfouit sa tête dans ses genoux pour tenter de se calmer.

Il ne sut pas combien de temps il resta ainsi immobile sur le parterre de sa douche, l'eau bouillante lui coulant sur le corps, à se demander comment sa misérable vie avait réussi à être guillotinée de la sorte. Mais quand il sortit pour s'habiller et aller à sa deuxième nuit de retenue, il eut l'impression que le dernier morceau de sa raison l'avait définitivement quitté pour aller rejoindre un endroit moins noir.

oooOOOooo


-… Oh mais bien sûr, ces petites créatures sont affectueuses si on les traite bien! Même si leurs morsures peuvent s'avérer assez mortelles... expliqua Hagrid

Harry et Draco ne répondirent rien et continuèrent d'arracher les Falrènes qui s'étaient accumulés dans le jardin du garde-chasse, une ambiance plus que glauque les entourant.

-Mais c'est traitable, vous savez! s'écria Hagrid en éparpillant de la terre sur le sol nettoyé. Enfin… il faut aller à l'hôpital dans l'heure suivante, et espérer ne pas tomber dans l'inconscience comme c'est le cas 90% du temps, mais si quelqu'un nous conduit dans un délai respectable, c'est parfaitement guérissable! Les Scorpions de Mort Infinie ne sont pas si horribles!

Hagrid hocha vigoureusement la tête comme pour se convaincre lui-même et ne se soucia pas de l'absence de réponse des deux élèves en retenue qui, accroupis au sol, continuaient à arracher les mauvaises herbes magiques en silence.

-Leurs cousines, les Scorpions au Sommeil Éternel, sont également douces comme des agneaux! Elles ne piquent pas aussi fréquemment que les-

Tout à coup le garde-chasse s'arrêta. Draco leva un instant les yeux vers le demi-géant et le regarda fouiller dans sa poche et froncer les sourcils.

Hagrid sortit un objet rond que Draco reconnut comme étant une Pierre de Communication et le professeur observa celle-ci attentivement. Le demi-géant poussa ensuite un soupir et posa son sac de terre sur le sol du jardin.

-Dumbledore a besoin de me parler deux minutes, déclara Hagrid en se grattant la tête. Je reviens dans peu de temps et je veux que le jardin soit nickel à mon retour.

Harry hocha mollement la tête, Draco ne répondit pas.

Le professeur de créatures magiques se contenta de ces réponses vagues et se dirigea en grandes enjambées vers le château de Poudlard, laissant les deux élèves en retenue derrière lui.

La tension autour du Gryffondor et du Serpentard se fit de plus en plus épaisse au fur et à mesure que le garde-chasse s'éloignait. Dans un air chargé d'électricité haineuse, ils continuèrent leurs tâches sans un mot pendant de longues minutes. Seul le bruit de terre retournée et de plantes arrachées perturbait l'atmosphère tendue.

Draco crispa le poing si fort autour de sa mauvaise herbe que la plante fut réduite en bouillie.

Et dire qu'il ne pouvait même pas éviter son cher Partenaire.

Son âme-soeur!

Son Vir!

Le blond émit un faible rire désabusé à cette dernière pensée.

Dominé par Potter.

C'était une bonne blague.

Une PUTAIN de bonne blague!

-Les Veelas ont des Partenaires, n'est-ce pas? entendit-il tout à coup.

Draco se figea brusquement à la question d'Harry. Il enfonça ses ongles dans la terre et sentit sa marque commencer à le picoter, mais il ne répondit pas.

-Et les Partenaires ont des tattoos pour savoir qu'ils sont ensemble, c'est bien ça? continua le Gryffondor d'une voix froide. Comme ça?

Le cœur de Draco se mit à s'affoler, mais il s'obligea quand même à lever les yeux vers le bras d'Harry. Ce dernier le tendit et, lentement, défit le bandage qui l'entourait, faisant apparaître ce qui se cachait en dessous.

Elle était bien là, cette Marque. Cette satanée Marque. Elle était bien là parfaitement dessinée et visible sur le bras de son ennemi.

Draco ferma les yeux, accablé, une vive envie de hurler et de se rouler en boule le saisissant brusquement. Il avait eu un espoir, aussi infiniment petit avait-il pu être, que peut-être, oui peut-être, son Partenaire n'était pas le Gryffondor. Mais la Marque sur le bras d'Harry venait de déchirer la dernière chose qui aurait pu garder saint son esprit malmené.

-C'est impossible, n'est-ce pas, dit le Survivant à côté. Ça n'a pas de sens tout ça. Toi et moi...

Draco tenta d'ignorer cette impression de se faire lacérer durement le cœur aux paroles du brun. Il n'en voulait pas de ce stupide lien, Merlin qu'il n'en voulait pas. Alors son corps avait interêt à ne pas agir comme s'il désirait le contraire.

Le Survivant, qui s'était lentement redressé, commença à s'avancer dans sa direction, le bras toujours tendu vers lui, mais Draco n'eut pas la force de lever les yeux sur son visage.

-Malfoy, dit sérieusement Harry. Comment ça s'enlève?

Comment ça s'enlevait? Et Potter était vraiment sérieux quand il posait la question!?

Le Serpentard émit un rire jaune et dit :

-Tu t'enfonces un couteau dans le bras et tu te déchires jusqu'à ce que tu ne la vois plus. Quand ça arrivera, préviens-moi.

-Malfoy! Je suis sérieux! s'énerva Harry. Comment s'enlève cette marque?

-TU PENSES QUE JE LE SAIS!?

Draco s'était levé en lui hurlant sa réponse et sifflait maintenant de rage. Harry en resta tellement choqué qu'il ne fit que le regarder, alors le blond continua à s'époumoner:

-TU PENSES QUE JE NE L'AURAIS PAS DÉJÀ ENLEVÉE SI J'AVAIS TROUVÉ COMMENT FAIRE!? JE PRÉFÉRERAIS ALLER AU DIABLE QUE D'AVOIR CETTE MARQUE! JE VAIS DEVENIR QUOI MOI QUAND LES AUTRES L'APPRENDRONT!? HEIN, DIS-MOI!?

La Marque du bras droit de Draco s'enflamma brutalement. Le blond laissa échapper une plainte de douleur en s'agrippant le bras. Il ferma durement les yeux, mais la douleur se répandit le long de son corps et sembla vouloir lui exploser le cœur et la tête.

N'en pouvant plus, Draco s'accroupit sur le sol en agrippant son bras brûlant et siffla un "Shit" entre ses dents serrées. Des battements assourdissants lui tambourinaient le crâne et un tournis soudain l'obligea à fermer les paupières. Il baissa la tête, pour se donner un certain équilibre, mais sa conscience menaçait de le lâcher d'un moment à l'autre. Il allait...

Tout à coup, il sentit une main se glisser avec une douceur infinie sur sa joue. La douleur de Draco diminua instantanément au contact et finit même par être apaisée complètement.

Le Serpentard leva les yeux.

Harry Potter s'était à accroupit face à lui et l'observait attentivement. Ses yeux brillants et trop verts le fixaient avec une inquiétude sincère. Le pouce sur la joue de Draco se mit ensuite à lui caresser la peau lentement.

-Hey, calme-toi, murmura le Survivant en s'approchant de lui.

Le cœur de Draco se mit à se déchaîner dans sa poitrine. La proximité et l'odeur d'Harry lui donnaient chaud et il se maudit intérieurement d'avoir ce genre de réactions. Il eut également envie d'hurler quand il se rendit compte qu'il ne s'était jamais senti aussi bien que là, avec le Survivant proche de lui, lui caressant simplement sa joue.

Ils se fixèrent de longues secondes. Le souffle d'Harry et son ennemi s'accélèrent et ce dernier ne comprit pas ce qui arriva par la suite.

S'il avait regardé la scène d'un œil extérieur, il en aurait été épouvanté, il en aurait pleuré tellement cette situation était interdite, il se serait méprisé lui-même pour avoir fait ça.

Mais l'instant d'après, il était en train d'embrasser Harry Potter.

Les lèvres de son ennemi se posèrent sur les siennes avec douceur. Draco aurait bien eu le temps de se retirer et lui foutre un coup de poing bien sentit, mais au lieu de ça, il répondit au baiser sans rien dire.

Harry glissa l'une de ses mains sales sur ses reins pour le rapprocher de lui et le Serpentard se laissa faire encore une fois, donnant même accès à son ennemi en ouvrant la bouche.

Une langue chaude passa entre ses lèvres et alla chercher la sienne pour l'explorer. Le cœur du blond fit un autre saut périlleux et un intense sentiment de bien-être lui saisit la poitrine. Puis, décidant finalement de ne penser qu'à cet instant, il passa une main derrière le cou d'Harry et approfondit le baiser.

À l'aide de son bras, son ennemi mit une pression dans le dos du Malfoy pour l'obliger à s'allonger sur le sol. Lorsque le Serpentard fut couché, Harry se mit au-dessus de lui, entre ses jambes, et le fixa intensément, un désir ardent lui faisant briller les yeux. Draco ne prit pas de temps à se rendre compte de sa visible position de soumission, et au lieu de s'en offusquer comme il aurait normalement dû, il se sentit durcir.

La main droite du Gryffondor passa sous sa chemise pour aller lui caresser la peau, arrachant au blond d'agréables frissons. Le Gryffondor se pencha ensuite et alla de nouveau attaquer ses lèvres, farouchement. La langue agile d'Harry lui fit perdre ses repères et quand le Survivant lui mordilla gentiment la lèvre inférieure, Draco n'y tint plus et, finalement, gémit.

Le gémissement monta dans le ciel, semblant y faire écho.

Puis juste comme ça, la bulle éclata. La réalité reprit.

Un déclic parut brusquement se faire en même temps dans la tête des deux élèves. Et d'un même geste, ils s'éloignèrent précipitamment l'un de l'autre, une expression de pure horreur peinte sur leur visage.

Comprenant ce qu'il venait de faire avec son ennemi, le visage de Draco vira au rouge, de colère et de honte, et il repoussa violemment son ennemi en lui assénant un vigoureux coup de poing dans la figure. Harry tomba sur le côté, se tenant la joue, et envoya un regard meurtrier au Blond.

-Si tu m'approches encore, je te tue, siffla Draco en se redressant, la mine noire.

À la menace, l'air se chargea d'une aura dangereuse provenant des deux élèves. Furieux, Harry se leva et empoigna violemment le col du Serpentard dans l'intention de lui faire payer ses paroles.

-Harry! Malfoy! entendirent-ils tout à coup.

Hagrid venait de sortir du château au loin et son énorme voix tonitruante avait réussi à parvenir jusqu'à leurs oreilles malgré la distance. Le demi-géant dévala la pente menant jusqu'au jardin de sa cabane, l'air visiblement énervé.

Harry repoussa Draco violemment et s'essuya la bouche avec dégoût. Le blond eut un drôle de pincement au cœur à ce geste et méprisa immédiatement ce sentiment.

Il n'était apparemment pas le seul à se faire guider par sa putain de Marque. Si Potter ne détestait pas sa propre Marque avant, il allait certainement le faire maintenant.

-Je pars 10 minutes et vous manquez de vous tuer! gronda Hagrid quand il arriva à leur hauteur, irrité. Vous devriez apprendre à vous entendre et à vous rapprocher, vous savez.

À son grand étonnement, cette nuit-là, Rubeus Hagrid reçut deux regards noirs d'une intensité hors du commun à la suite de cette phrase.

oooOOOooo


Juste pour préciser:

Harry a embrassé Draco parce qu'il a vu sa Sän souffrir. Draco a répondu, parce que… bah, c'est son Vir, quoi. Mais c'est tout. Leur corps agit tout seul, il n'y a aucun amour là-dedans. En tout cas, certainement pas dans ce chapitre.

À la semaine prochaine! :) (Je vais essayer de recommencer à publier toutes les semaines. Désolée pour le délai)

Rab

XXX