Chapitre 2

Le lendemain matin, au moment de partir, les adieux furent brefs. En effet, aucun des Sabaku n'aimaient ce genre de pleurnicheries même si Kankuro serra furtivement sa sœur dans ses bras et que Gaara lui sourit. Après cela, Temari se mit en route. Il fallait trois jours pour se rendre à Konoha et elle comptait bien prendre son temps. Elle était en effet peu pressée de quitter le pays du sable. Et c'est non pas trois mais cinq jours plus tard que le blonde arriva au village des feuilles.

Arrivée aux portes de Konoha, Temari se stoppa. Elle resta là, à les regarder. Elle avait franchi ces mêmes portes il a avait treize mois jour pour jour aujourd'hui. Elle était partie en pleine nuit, sans prévenir personne et sans un regard derrière elle.

-Temari ?

L'interpellée se retourna. Une jeune fille venait vers elle en tenant un panier. Ses longs cheveux noirs détachés flottaient dans la légère brise matinale. Temari avait déjà vu ses grands yeux blancs quelque part. Elle savait qu'elle la connaissait.

-Temari ? Tu ne dois pas te souvenir de moi, dit la brune en rougissant.

-Non, je suis désolée.

-Je suis Hinata Hyûgya. On s'était vus à la soirée chez Ichiraku. Mais c'était l'année dernière.

-Ah ! oui ! Je me souviens ! Temari venait de se souvenir. La brune avait changé en un an : elle avait encore embelli. Je suis désolée de ne pas t'avoir reconnue, tu es tellement discrète. Les mots lui avaient échappés. Désolée. Je ne voulais pas dire ça…

La blonde se mordit la lèvre. Elle avait parlé trop vite et craignait d'avoir froissé la Hyûgya. Mais la brune lui sourit gentiment :

-Non ! Ne t'inquiète pas ! Je sais que je suis trop timide, la rassura Hinata en rougissant. J … j'essaie de travailler là-dessus.

-Tu es bien matinale ! fit remarquer Temari pour changer de sujet de conversation.

-Je suis allée chercher des herbes médicinales. C'est pour mon cousin Neji. Hier à l'entraînement il s'est légèrement blessé et on m'a dit que ces herbes calmaient les douleurs. Alors j'ai pensé… enfin voilà. Il s'entraîne tellement dur pour être reconnu par notre clan, enfin par la Soke…

-C'est très gentil de penser à lui, dit Temari en souriant.

-Et toi ? Que viens-tu faire à Konoha ?

-Je suis en … vacances.

-Tu n'as pas l'air ravie.

-Pas vraiment, répondit la blonde en tirant la grimace.

Hinata rit, amusée par l'exaspération de Temari. Les deux jeunes filles échangèrent un regard complice. Elles franchirent les portes du village ensemble et remontèrent la rue principale sans échanger un mot. A un croisement, elles s'arrêtèrent. La brune se tourna vers la blonde.

-Combien de temps comptes-tu rester ?

-Je ne sais pas trop …

-Alors j'espère qu'on aura l'occasion de se revoir, dit Hinata en souriant tendrement.

Après avoir échangé un dernier regard, Hinata Hyûgya s'éloigna dans la rue adjacente en faisant un signe de la main à Temari. Restée seule au milieu de la rue, Temari se dit que le jeune fille était quelqu'un de très gentil et qu'elle aussi serait ravie de la revoir. Elle se rendit alors compte de l'heure et remonta l'allée jusqu'au palais de l'Hokage : après tout, il fallait bien lui remettre les missives.

Toc, toc, toc. Les trois coupés frappés à la porte de son bureau réveillèrent le Hokage. Elle releva la tête et jeta un coup d'œil à l'horloge posée à côté de l'impressionnante pile de « choses à faire ». 7h38. Qui pouvait donc venir si tôt. Espérons que ce ne soit pas un problème, pensa Tsunade avant de bredouiller un « entrer » encore un peu ensommeillé. La porte s'ouvrit et Lee apparut dans l'encadrement.

-Lee ? Mais que fais-tu ici à une heure pareille ? demanda Tsunade.

-Je suis venu chercher notre mission du jour, répondit gros sourcils.

-A cette heure-ci ? Tu es sûre que tu te sens bien.

-L'avenir appartient au ninja qui se lève tôt, répondit-il fière de lui.

Le hokage fixait le jeune ninja d'un air ahuri en se demandant s'il n'avait pas perdu la tête.

-Et d'où te vient cette idée ?

-Maître Gai dit que se lever tôt entretient la fougue de la jeunesse, dit le jeune homme en arborant la position « nice guy ».

Tsunade attrapa une feuille parmi la pile des missions restantes de la veille etla lui tendit, désespérée.

Mission de rang C, escorte. Et si tu t'avises de revenir aussi tôt, je te fais passer un sale quart d'heure, dit le Hokage avec un regard appuyé. Et n'oublies pas de faire passer le message à ton maître.

Lee prit la feuille, vaguement intimidé et pris le chemin de la sortie. Sur le pas de la porte, il se retourna et dit que l'Hokage qu'il avait vu Temari no Sabaku dans la salle d'attente. Elle lui avait spécifié qu'elle était venue voir Tsunade mais qu'elle préférait attendre une heure décente. Le Hokage remercia le jeune ninja de cette information et envoya chercher la jeune fille des sables.

Jeudi

La clef tourna dans la serrure. Temari entra, posa son paquetage à l'entrée de et se dirigea vers la baie vitrée pour ouvrir le volet. Elle se retourna pour observer le salon du petit appartement que Maître Tsunade lui avait octroyé… du moins pour cette semaine. Après avoir lu la missive du Kazekage concernant sa sœur, Tsunade lui expliqua qu'elle n'était pas au courant de son arrivée, elle n'avait rien prévu. Aussi, lui laissait-elle l'appartement pour les invités au palais pendant une semaine, le temps de trouver une solution plus durable que Temari devrait accepter sans rechigner. Et c'est pourquoi la jeune femme était à présent en train de détailler son nouveau salon : ses bagages avaient été montés et posés près du meuble télé le canapé beige et ses coussins verts se mariaient très bien avec la peinture murale une grande toile occupait tout un pan de mur. Lorsque Temari s'approcha, elle vit qu'il s'agissait d'une vue du Village avec ses collines en arrière-plan.

La blonde ramassa ses affaires et les emmena dans la chambre par la porte au fond du salon. Elle ouvrit sa valise et rangea ses vêtements dans le placard, lissa les draps de son lit, rangea ses produits de beauté dans la salle de bain et retourna s'asseoir au salon. Elle se releva, alla dans la cuisine, à l'opposé de la chambre et se fit un thé. Elle retourna ensuite d'asseoir au salon. Elle alluma la télé et pensa qu'elle tournait en rond. C'est pas bon, se dit-elle. Pas bon du tout. Elle qui s'était évertuée pendant mois à se tenir active, elle était à présent assise depuis min et commençait déjà à ruminer. Non, décidément, cela n'allait pas, ce n'était pas bon pour elle.

Elle se leva, laissant sa tasse vide sur la table basse et se dirigea vers la salle de bain. Elle se doucha pour enlever la crasse du voyage. Tandis que l'eau ruisselait sur son corps, Temari regardait les grains de sable restés collé sur sa peau partir dans les égouts. Quelque chose se brisa en elle, une larme roula sur sa joue et elle la noya sous le jet d'eau. Elle coupa l'eau, se sécha et se rhabilla. Puis, observant la pièce, elle prit un chiffon et se mit à essuyer l'eau. Puis à nettoyer la baignoire. Puis le pare-douche. Puis le lavabo. Nettoyer. Nettoyer. Nettoyer. Et surtout ne penser à rien d'autre que nettoyer.

Lorsque Temari releva la tête, le soleil déclinait à l'horizon. Elle jeta un œil à la pendule de la cuisine et vit que l'heure du dîner approchait. N'ayant pas déjeuné, elle décida de s'accorder une pause. Tout en mangeant les nouilles trouvées dans le placard, elle contemplait son travail : l'appartement brillait du sol au plafond. On pouvait presque se regarder dans les murs. Elle mangea, lava, rangea. Puis, elle regarda par la fenêtre au-dessus de l'évier. Elle contempla les toits des maisons se succédant avec un pincement au cœur. Elle n'arriverait pas à dormir, elle le savait : c'était trop tôt et elle n'était pas assez fatiguée.

Revoir Konoha la rendait nostalgique. Elle se souvint de la dernière fois, il y a 13 mois. Elle pensa à Sakura, à Ino, à Choji, à Naruto. Elle repensa à leurs rires, à son rire. Elle secoua vigoureusement la tête la tête pour chasser ses pensées. Non, il ne fallait pas y penser. Il fallait s'occuper. Oui, mais que faire ? Temari enfila à la hâte un short, un débardeur, mit ses baskets et sortit. Il fallait qu'elle coure. Se vider la tête. C'était une question de survie.

Il était onze heures passées lorsque Temari rentra chez elle, tellement vidée et exténuée qu'elle s'endormit toute habillée sur son lit encore fait.

Vendredi

Elle courut toute la journée, ne rentrant que pour manger à midi. Elle fit du ménage. Après le dîner. Que faire ? Les souvenirs remontaient. Elle repartit courir. Elle se coucha encore plus fourbue que la veille.

Les jours défilaient, semblables. Temari avait remplacé les missions par la course. Et toujours un seul but : ne pas penser. Elle partait suffisamment tôt et rentrait suffisamment tard pour n'avoir à rencontrer personne. Fuir les gens, leurs questions, leur curiosité presque malsaine. Fuir en ne courant que dans les bois, pas dans le village.

Mardi

Temari courait depuis plusieurs heures déjà quand elle rencontra Hinata Hyûgya au détour d'un arbre. La brune invita la blonde à boire un thé chez elle elle n'habitait pas loin. La blonde voulut refuser mais la gentillesse de la Hyûgya la désarmait. Aussi, même si tout son être lui hurlait de refuser, Temari accepta et suivi la brune.

La première chose que Temari remarqua fût la magnificence de la maison : de grands espaces clairs, des peintures sur les murs représentant l'histoire du clan, des vases et statues en porcelaine ornementées. Tout chez les Hyûgya respirait la richesse et la puissance, à leur image. Hinata introduisit Temari dans sa chambre et s'excusa de l'abandonner pour aller préparer le thé. Restée seule, elle observa la pièce : décorée avec goût et raffinement, très féminine. Mais ce qui marquait le plus était les impressionnantes piles de livres un peu partout. En parcourant les titres du regard, Temari vit beaucoup de livres sur les arts ninja, le reste étant des histoires d'amour et de la philosophie.

Temari était encore en train de lire les intitulés lorsqu'Hinata revint, portant un plateau à thé. Elles prirent le thé en silence. Hinata regardait Temari et Temari regardait tout sauf Hinata.

-Tu n'avais pas envie de venir, dit Hinata en posant sa tasse.

-Non, mentis vivement Temari en tournant son regard vers Hinata. Enfin, ce n'est pas ça. Je suis très contente que tu m'aie invité.

Tandis qu'elle disait cela, Temari se rendit compte que c'était vrai. Après treize mois d'exil et de solitude, la considération de la jeune fille la touchait. Hinata ne sourit que furtivement mais ses yeux brillaient, amusés par la vivacité de Temari. La brune se cacha derrière sa tasse et reprit :

-Tu cours beaucoup. Je te vois passer plusieurs fois par jour devant mes fenêtres.

-Oui, j'aime courir, répondit la blonde un peu sèchement, sur la défensive.

-En tout cas, cela me rassure de te savoir en si bonne forme, continua l'autre avec douceur, ignorant la sécheresse de la précédente réponse.

La douceur et la chaleur de sa sollicitude apaisèrent Temari celle-ci s'en voulut de son agressivité.

-Et depuis quand cours-tu ? reprit Hinata en regardant par la fenêtre, distraite.

-Depuis six heures du matin à peu près, répondit la blonde.

Puis d'un coup, Hinata prit un air très sérieux et planta ses pupilles blanches dans celles, fuyantes, de Temari.

-Et après quoi cours-tu ?

-Le repos.

La crudité de la question l'avait désarmé et les mots lui avaient échappés. Oui, Temari était fatiguée. Fatiguée de fuir ses souvenirs, sa vie et surtout elle-même. La jeune femme sentit alors tout le poids de ces treize mois retomber sur ses épaules. La solitude qu'elle avait tant recherché, dans laquelle elle s'était réfugiée lui pesait soudainement. Elle s'y sentait à présent écrasée, à demi-étouffée.

Il y eu un moment de flottement entre des deux jeunes femmes durant lequel Hinata garda le silence, respectant le moment de solitude de Temari. Quelques minutes passèrent.

-Bien, lança Hinata en posant sa tasse et tirant la blonde de ses pensées. L'heure du thé est passée. Tu devrais rentrer te reposer.

-Oui, répondit Temari encore un peu troublée. Tu as raison.

Elles se levèrent et la jeune Hyûgya raccompagna son invité jusqu'à la porte. Puis elle ajouta avant qu'elles ne se quittent que Temari pouvait revenir quand elle le voulait et de prendre soin d'elle Temari remercia et promit, puis s'en alla … en marchant.