Chapitre 3
Tout était noir. Temari avançait, ne voyant même pas ses mains. Peu importait où ses yeux se posaient, tout n'était que ténèbres. Elle chercha des yeux de quoi se repérer mais il n'y avait rien. Où était-elle ? que faisait-elle là ? Comment était-elle arrivée ? L'angoisse montait doucement oppressante. Elle leva les mains jusqu'à son visage pour tenter de les voir. Mais le noir était trop profond. Elle allait se noyer dedans et y disparaître.
Prise de panique, elle se mit à courir. Courir. Courir. Elle cherchait en vain une lueur, une sortie, un espoir. Le cœur lui battait de peur. A bout de souffle, elle s'arrêta, regardant vivement autour d'elle. Elle étouffait. N'y avait-il donc personne ? Elle voulut crier, mais le son resta coincé, lui déchirant la gorge. Elle tomba à genoux sous la douleur. Elle essaya de se ressaisir. Ne pas paniquer. Mais la terreur grandissait à mesure que l'espoir disparaissait. Elle se glissait en elle, insidieusement. Presque perfide ? Ravie de faire une nouvelle victime. Temari sombrait lentement dans le desespoir lorsqu'elle aperçut un éclat un peu plus loin devant elle. Elle se releva et avança dans cette direction. Elle appela. A l'aide. A l'aide. Au secours. L'éclat se manifesta de nouveau, plus proche cette fois. Elle continua à avancer. Elle commença à reprendre espoir.
Lorsqu'elle fut assez proche, elle comprit que la lueur était des yeux qui brillaient dans le noir. Elle commença à parler aux yeux : lui disant qui elle était, la remerciant d'être là et surtout lui demandant de l'aide. Soudain, elle comprit. C'était SES yeux. Ce même regard froid qu'il y avait treize mois. Dur. Froid. La regardant fixement, presque avec pitié. Elle s'arrêta net. Ses yeux. SES yeux étaient là. IL était là. Elle n'avait beau voir que ses yeux, elle savait que c'était lui. C'est alors que tout remonta. Tous les souvenirs de cette fameuse nuit l'assaillir, l'envahir. Et alors ce n'était plus à l'extérieur mais à l'intérieur d'elle-même qu'il faisait le plus noir. Elle sentit le froid se glisser sous sa peau jusqu'à la paralyser. Elle tremblait : de froid ? De peur ?
-Dégage ! lui crachèrent les yeux.
C'est alors qu'elle redit les mêmes paroles qu'avant. Elle ne put s'en empêcher, comme si elle avait été programmée pour cela :
-Mais pourquoi alors ? Pourquoi tout ça ?
Le regard se teinta d'une lueur maléfique et un rire sadique retentit.
-Parce que je le pouvais et que je le voulais.
-Alors tout ce que tu as dit? c'était du bluff ? c'était des mensonges ?
La colère commençait à poindre en même temps que l'effroi. La même haine qui l'avait poussée à partir il y avait plus d'un an remontait, toujours aussi forte, aussi présente, aussi puissante. Cette fois elle tremblait de rage, de honte. Elle se sentait toujours aussi ridicule, honteuse, déshonorée et souillée. Les larmes perlèrent à ses yeux mais elles ne coulèrent pas. NON ! il ne fallait pas lui laisser cette satisfaction.
-Des mensonges ? et ça t'étonne ? mais qu'est-ce que tu croyais ? que je t'aimais ?
Les yeux semblaient s'amuser de cette situation, la trouvant très irrésistible. Alors en plus de l'avoir salie, brisée et piétinée il fallait qu'il la ridiculise, la mette plus bas que Terre. Temari sentit son estomac à la limite de se retourner. La douleur de cette honte la rendait malade. L'air était devenu irrespirable.
-Alors déçu ? reprit la voix ironique. Déçu parce que j'en voulais qu'à ton cul ?
L'effroyable rire se fit de nouveau entendre. C'en était trop. Elle ne pouvait en supporter plus. Il fallait qu'elle parte, qu'elle s'en aille. Mais ses jambes refusaient de la laisser partir. Elle se sentait collée au sol.
Les yeux perdirent leur éclat de moquerie et se firent dur, violent. La fureur pouvait s'y lire. Et la voix reprit plus tranchante que jamais :
-Dégage maintenant !
Ses pieds se dégagèrent de leur emprise au sol et Temari partit sans se retourner, courant le plus loin possible. Elle voulait mettre le plus de distance possible entre eux. Alors il lui fallait courir. Courir. Encore et toujours. Courir. Le souffle lui manquait. Elle suffoquait tout en courant elle hoquetait elle pleurait elle courait. Elle s'étouffait. Elle ne regardait pas où elle allait. A quoi bon ? Elle ne voyait rien. Soudain elle chuta. Elle essaya de se relever mais les forces lui manquèrent.
Elle resta là, par terre. Elle se recroquevilla, ramenant ses genoux à son visage pour s'y cacher. Elle versait des torrents de larmes. Les sentir couler lui ravageait le visage. Elle avait mal. Elle se serrait pour ne pas tomber en morceaux. Elle lui avait tout donné. Elle, la fille de glace avait fondu pour lui. Elle lui avait tout donné : ses sourires, ses joies, ses peines, son amour et même sa pureté. Tout ça pour être rejetée. Elle s'était jurée. Jurer de ne jamais rien céder. Et surtout pas à un homme. Mais elle avait craqué. Elle le pensait différent des autres. Elle en avait été sûre. Et maintenant, elle sentait qu'elle se décomposait, se délitait sur le sol d'un endroit inconnu où elle ne voyait rien. Elle était écrasée par la douleur alors comme pour s'en libérer…
Elle hurla. Elle discerna une forme au-dessus d'elle : le lustre. Elle s'était réveillée. Elle haletait encore de peur, ses poings serrant violemment les draps. Le silence du palais était assourdissant. Elle n'entendait que son cœur battre à tout rompre et son souffle saccadé. Elle sentait encore le regard scrutateur sur elle depuis l'autre côté de la pièce. Elle se leva précipitamment et atterrit sur l'interrupteur. Lumière. Les ombres disparurent. La tête lui tourna et elle tomba : elle s'était levée trop vite. Elle s'allongea sur le sol et tenta de se calmer, elle et sa paranoïa, par des exercices de respiration. Le sol frais lui faisait du bien et calmait le mal de tête qui commençait à poindre.
Doucement, elle se releva lorsqu'elle fut totalement calmée. Jetant un coup d'œil au réveil, elle vit qu'il n'était que quatre heures du matin un peu tôt pour se lever mais trop tard pour se recoucher. Temari rejoignit doucement la salle de bain en se tenant au meuble et aux murs. Même si le sol avait fini de bouger, elle se sentait encore un peu nauséeuse. Elle se dirigea vers le lavabo et fit couler l'eau froide avant de s'en asperger le visage à plusieurs reprises. Elle se contempla dans le miroir accroché au-dessus de la vasque : ses cheveux étaient gras et ses yeux tirés par la fatigue. Les souvenirs de son cauchemar remontèrent doucement et elle les chassa. Pourquoi revivre cette nuit ? Pourquoi maintenant, après 13 mois ? Elle avait réussi à éviter tout cela avant. Alors pourquoi la torturer maintenant ? Normalement plus on avance dans le temps et plus les souvenirs s'effacent. Non ? Mais là … c'est comme si elle y était encore. Tout était identique. La peur. Le dégout. La honte. Tout était pareil. Temari comprit alors qu'elle n'avait fait que repousser le problème. Ce n'était pas en l'enterrant qu'il allait disparaître. Lorsqu'elle avait choisi d'oublier tout ça, de ne plus y penser elle savait que cela ne résoudrait rien. Mais elle avait espéré un miracle. Et aujourd'hui, elle savait qu'il n'avait pas eu lieu. La triste constatation de voir qu'elle n'avait pas évolué d'un iota lui arracha une larme qu'elle essuya rapidement. Le reflet lui renvoya alors le désespoir qu'on pouvait lire dans ses yeux.
Elle comprit qu'elle allait devoir faire table rase du passé et pardonner. Oui, mais comment ? Comment oublier ? Elle se remit de l'eau sur le visage et se dit qu'elle y réfléchirai plus tard. L'eau fraîche lui faisait du bien et éloignait les mauvaises pensées. Cela la calmait tant qu'elle se mouilla les bras et décida finalement de passer sous la douche. Le jet d'eau glacé glissait sur sa peau encore mordorée par le bronzage, emportant ses angoisses dans les canalisations.
En ressortant de la salle de bain, elle réalisa que le soleil était déjà bien levé : elle avait passé plus de temps que prévu sous la douche et son ventre commençait à gargouiller. Alors que la bouilloire pour son thé se mettait à siffler sur la gazinière, Temari entendit frapper à la porte d'entrée. Après s'être demandé qui cela pouvait être à une heure aussi matinale, elle abandonna ses tartines pour ouvrir la porte avant de se retrouver nez à nez avec l'Hokage.
-Bonjour Temari, j'espère ne pas vous déranger.
-Bonjour Maître Hokage, je vous en prie, entrez. Vous voulez du thé ?
-Oui, merci.
Après avoir préparé les tasses, elles s'installèrent au salon.
-Je vous ai trouvé une place, dit le Hokage sans s'encombrer de préambule.
-C'est vrai ? Où ça ?
-Chez les Nara. Ils ont une grande maison et une importante propriété. Ce sont des gens charmants et très bien ils prendront soin de vous. Mais vous devez déjà connaître leur fils.
Temari s'était figée à l'instant même où Maître Tsunade avait prononcé le nom des « Nara ». Son cœur se remit à battre de plus belle tandis que ses membres se glacèrent. Au bout d'une minute, elle parvint à articuler.
-Oui, je le connais ... Mais pourquoi …
-Je n'accepterais aucune objection, la coupa l'Hokage. J'ai bien reçu une proposition de la part d'Hinata Hyûgya qui a lourdement insisté.
Une lueur d'espoir balaya le jeune kunoichi. Mais elle fut bientôt terrassée.
-Hélas, j'ai dû refuser cette généreuse proposition. Vous comprenez bien que toutes leurs chambres sont occupées par les membres de leur grande famille ou leurs serviteurs. De plus, la grande propriété des Nara compte plusieurs hectares de forêt pour élever leurs cerfs : être au grand air vous fera le plus grand bien. J'ai écrit à votre frère et il est de mon avis.
-Vous avez écrit à Gaara plutôt que de me demander mon avis ?
La colère se faisait sentir à peine couverte par ses paroles. Le Hokage le remarqua. Le terrain était miné il lui fallait soit prendre des gants, soit faire valoir son autorité : elle pencha pour l'autorité.
-Le Kazekage m'a fait comprendre que vous n'êtes plus en mesure de prendre les bonnes décisions pour vous. de plus, vous avez promis de m'obéir sans discuter, alors considérez cela comme un ordre. Sur ce, je dois partir, d'autres affaires plus urgentes m'attendent. Au revoir Temari. Reposez-vous bien.
La jeune femme comprit le message : la conversation était terminée et même classée. Elle n'avait pas le choix. Elle devait obéir. Elle ravala sa colère et raccompagna le chef du village à la porte. Une fois la porte refermée, elle balança un coussin contre le mur : la rage montait. Une telle injustice. A Elle. Comment son propre frère avait-il osé choisir à sa place et la faire passer pour sénile, aliénée, incapable de savoir ce qui était bien pour elle ? Alors qu'elle, Elle savait. Elle savait parfaitement qu'elle ne voulait pas aller chez les Nara. Elle savait qu'elle ne voulait pas le voir, LUI. Et surtout qu'elle ne voulait qu'une seule chose : rentrer chez elle, à Suna. La colère montait de plus en plus, l'envahissant jusqu'à faire perler des larmes de rage aux coins de ses yeux.
