Chapitre 4: La guerre est déclarée
Temari se demanda comment elle en était arrivée là. Debout devant la propriété des Nara, sac à l'épaule et valise à ses pieds, elle observait la maison à travers les barreaux du portail. Elle était là depuis 5 min et la seule chose à laquelle elle pouvait penser était l'enchaînement des évènements qui l'avaient amené là. Elle avait l'impression d'être devant la porte des enfers et Shikamaru Nara était Hadès. Son estomac se tordit horriblement allant jusqu'à faire pression sur son cœur. Tous ces muscles se tendirent et comprimèrent sa cage thoracique. Elle avait du mal à respirer. Et dire qu'elle n'était même pas encore entrée ! Une bouffée de panique plus forte la traversa et lui coupa le souffle. Elle prit appui sur le muret pour se reprendre.
Et si elle s'enfuyait ? Retourner à Suna ? De toute façon, qu'est-ce que son frère pourrait y faire ? Oui, ça serait une bonne idée ! Enfin rentrer à la maison !
- Ah Temari, te voilà !
Elle se retourna, brusquement tirée de ses pensées, et vit Mme Nara au milieu de la rue, en tablier. Elle rentrait visiblement des courses au vue des poireaux qui dépassaient du panier.
- Tu es devant la grille depuis longtemps ? Et on ne t'a pas ouvert ? Mon mari n'est vraiment qu'un feignant ! fulminait Mme Nara.
Temari, interdite, ne savait pas comment réagir. Mme Nara remonta la rue et s'arrêta à la hauteur de la blonde. Elle continuait à pester contre les hommes tout en ouvrant le portail. Elle ramassa la valise de Temari, de sa main libre. Cela eut pour effet de ramener la jeune fille à la réalité.
- Non, non, tempéra-t-elle. Je n'avais pas encore sonné. Ne vous inquiétez pas, ajouta-t-elle précipitamment.
- Oh ! Je vois. Bien, rentrons alors, dit Mme Nara en souriant.
Ni une ni deux, Mme Nara s'élança dans l'allée, emportant la valise de son invitée. Temari pressa le pas pour la suivre et elles furent bientôt sur le perron. La blonde n'avait même pas eu le temps de penser à sa panique qu'elle se retrouvait dans le hall de cette magnifique maison traditionnelle.
- Un peu d'aide de la part des hommes aurait été la bienvenue, dit Mme Nara, suffisamment fort pour être sûre d'avoir été entendue.
La réponse ne se fit pas attendre car les deux femmes entendirent en retour un long soupir suivi de bruits de pas. Mr Nara apparut à l'entrée du salon il salua Temari et proposa de monter ses bagages dans sa chambre. Avant d'avoir pu répondre, Mme Nara reprit la parole :
- Viens Temari, je vais nous faire du thé.
Elle suivit Mme Nara dans la cuisine. Rien n'avait changé. Elle avait l'impression d'être partie la veille. Elle s'assit sur un tabouret et la regarda faire le thé : la douceur de ses mains qui mesure la quantité de feuilles pour les mettre dans la théière, la ridule sur son front due à la concentration pour évaluer la température de l'eau et enfin l'esquisse d'un sourire quand elle sent monter l'arôme de sa tasse. J'aurais pû la regarder toute la journée. C'est vraiment une belle femme.
- Je suis désolée pour cet accueil, s'excusa Mme Nara. J'étais sortie t'acheter du thé. Je sais que tu ne bois que celui-là. Je pensais avoir le temps de revenir, mais…
Temari n'écoutait plus. Elle était inondée par la gentillesse de Mme Nara. Comment avait-elle pu penser à s'enfuir ? Prendre le thé l'avait calmé. Jusqu'à ce que Mme Nara lui dise que sa chambre était la 2ème porte à gauche au premier étage : la chambre à côté de celle de son fils. SA chambre.
Le stress la gagna de nouveau. Temari voulait hurler de panique. Comment ? Comment s'en sortir ? Elle prétexta un mal de tête et se retira. Mme Nara l'informa de l'heure du dîner mais elle n'écoutait déjà plus. Elle montait déjà les escaliers. Elle croisa Mr Nara qui lui souhaita un bon repos. Elle l'ignora, perdue dans ses pensées.
Sur le palier, la vue du couloir la figea sur place. Au fond du couloir, il y avait la porte des Nara et la plus proche d'elle sur la gauche était la sienne. Peut-être était-il là ? Allait-il surgir dans le couloir et la surprendre ? Alors qu'elle le pensait absent ? L'idée qu'il pût être terré dans sa chambre ne l'avait même pas effleuré. Sur la pointe des pieds et en prenant appui sur le mur de droite, Temari marcha aussi vite que possible pour atteindre sa porte, derrière laquelle elle se barricada. Elle verrouilla sa porte et se précipita vers le lit. La blonde replia ses genoux sur sa poitrine et se laissa tomber sur le côté, la tête sur l'oreiller. Elle fermait les yeux et écoutait mon cœur battre bien trop fort, espérant le calmer.
De petits coups tapés à la porte la ramenèrent à la réalité. Elle ouvrit les yeux encore des petits coups contre le bois. Elle se déplia et se leva en s'étirant. Ses muscles étaient endoloris. Elle déverrouilla la porte, craignant ce qu'il y avait derrière, et l'ouvrit pour trouver Mme Nara, lui souriant.
- Désolé. Je suis venue te dire que le dîner est prêt. Si tu n'as pas faim, tu n'es pas obligée de venir, dit-elle dans un autre sourire chaleureux.
Temari fut tentée d'inventer une excuse pour ne pas avoir à descendre. Mais l'idée même de froisser Mme Nara la révolta. Alors, elle s'entendit dire :
- Ne vous en faîtes pas. J'arrive tout de suite.
L'hôtesse referma la porte avec douceur, visiblement soulagée que son invitée ne soit pas folle ou ermite. Ou bien … la paranoïa s'empara brusquement de Temari. « Et si elle était au courant de tout ? Si elle savait ce qui s'était passé ? », pensa la blonde. Elle ne devait rien laisser paraître. Se précipitant devant le miroir pendu au mur, elle remit en place ses mèches folles. Elle prit son air le plus présentable et collait son plus beau sourire de façade sur son visage. « Je ne suis pas faible, je ne laisserais rien paraître », se serina-t-elle mentalement. Tout en se le répétant à s'en marteler la tête elle sortit de ma chambre, remonta le couloir et descendit les escaliers. Devant la porte de la salle à manger, Temari prit une grande inspiration et entrai. Le stress qui l'avait tenaillé depuis sa chambre explosa et elle s'entendit hurler intérieurement. Son sourire toujours impeccable, elle entendit à peine Mme Nara lui indiquer sa place, face à la porte. Le hurlement intérieur déchirant lui vrillait la tête et lui brouillait la vue. Elle se demanderait plus tard comment elle avait fait pour trouver sa place et s'y asseoir alors qu'elle ne voyait presque rien.
Ce n'est qu'une fois installée que Temari se rendit compte que la chaise en face d'elle était vide. Cette constatation lui fit perdre contenance car Mr Nara lui dit alors que son fils rentrerait tard à cause d'une mission. Cette nouvelle eut pour effet de la détendre brutalement. Ses jambes devinrent si molles que si elle avait dû se lever, elle serait à coup sûr tombée par terre. C'est en accueillant avec bonheur ce bref moment de répit qu'elle s'attaqua joyeusement à son repas.
- Alors Temari, comment se sont passées tes vacances jusqu'à présent ? demanda Mr Nara.
- Très bien, j'en ai profité pour me remettre au sport.
- Tu as raison, le sport est bon pour la santé, approuva Mr Nara.
- Tu devrais quand même faire attention, dit Mme Nara un peu inquiète. Tu es déjà très en forme naturellement alors ne force pas trop, tu es quand même en vacances.
Sa compassion la toucha et elle me sentit toute gênée personne ne s'est jamais soucié d'elle de cette manière. Enfin, à part ses frères. Mais ce n'était pas la même chose. Ils lui manquèrent alors terriblement. Sa mère aussi. Même si elle ne l'avait presque pas connu. C'est pour ça qu'elle aimait Mme Nara. Car même si elle passait son temps à crier sur sa famille, c'était l'une des mères les plus aimantes que Temari ait jamais rencontré. Elle pensa à ses frères, à son pays et la nostalgie la gagna. D'un coup, elle n'avait plus envie de manger, juste de les voir, de revoir le soleil brulant, de sentir le sable sous ses pieds. Elle releva la tête et Mme Nara lui sourit, l'encourageant silencieusement. Sa gentillesse et sa prévenance la transpercèrent et lui redonnèrent du courage. « Elle m'encourage et me comprend comme seule une femme peut le faire. Elle est si généreuse que je ne peux pas la décevoir. Je vais être heureuse d'être ici pour elle » pensa la blonde, souriant en retour à la maîtresse de maison.
Une dispute éclata. Une altercation banale. Ce n'est que lorsqu'elle le vit qu'elle comprit que les éclats de voix du couple Nara avaient couvert le bruit de la porte d'entrée. Il la regardait. Non, il la fixait. Trop surprise, elle le fixa en retour. La noirceur de ses pupilles l'enveloppa. Silence radio dans sa tête. Temari ne pouvait plus penser. Ses baguettes lui échappèrent. Il fut le seul à le remarquer. Un rictus fendit son visage.
- Je savais pas qu'on avait des invité, lança-t-il, sardonique.
Temari comprit alors à son regard : tout se paie un jour. L'enfer qu'elle avait vainement tenté de fuir venait de la rattraper.
