Chapitre 8 : Et monter lentement dans une immense douleur
Le Nara descendait la rue. Il glissait sur le trottoir, indifférent à ce qui l'entourait. Temari le suivait à distance. Soudain, il s'arrêta au milieu de la rue. Temari eut peur d'avoir été repérée. Elle se glissa dans une ruelle à proximité, ses yeux dépassant afin d'observer le brun. Il mit la main dans sa poche et en tira son paquet de cigarette. Il en sorti une qu'il glissa entre ses lèvres et l'alluma. La blonde vit l'extrémité rougeoyer sous la flamme tandis qu'il inhalait la fumée. Il ne prit pas le temps d'observer la fumée s'envoler et reprit sa route. Temari sortit de sa cachette en quelques pas. Elle resta là quelques instants, à fixer le dos de cette homme haï. Il continuait son chemin comme une ombre parmi les passants, les yeux rivés au sol. Elle leva les yeux au ciel. Les nuages étaient pourtant magnifiques ce jour-là. Son cœur se pinça d'une douleur nouvelle. Elle la balaya d'un revers de la main et reprit sa filature.
Il déambulait parmi les rues, tournant tantôt à droite, tantôt à gauche. Temari continuait à le suivre tant bien que mal. Pour ne pas se faire repérer, elle devait garder une distance de sécurité. Si bien que le temps qu'elle tourne dans une rue, elle l'apercevait tourner au coin de la suivante. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient mais il lui semblait qu'els se rapprochaient du centre-ville. La maison des Nara était en bordure sud du village et Temari s'interrogeait. Pourquoi prenait-il toutes ces ruelles ? Elle connaissait des chemins bien plus rapides pour aller en centre-ville. L'aurait-il repéré et il cherchait à lui échapper. Temari l'observa plus attentivement. Il ne l'avait pas vu elle en était sûre. Alors pourquoi prendre un chemin si tortueux alors qu'il lui suffisait de remonter l'allée des feuilles à quelques rues de chez lui jusqu'à la place de la fontaine ? A moins que ça ne soit… il évitait les grands axes du village. Pourquoi les éviter ? Temari réfléchissait à cent à l'heure. Sûrement pour ne pas croiser quelqu'un. Ou bien pour ne croiser personne.
Tout n'était que supposition mais Temari sentait qu'elle avait raison. Elle le sentait de cet instinct naturel qui faisait tressaillir le fond de ses entrailles quand elle avait raison. A moins que ça ne soit parce qu'elle connaissait bien le Nara. Lui et son éternelle solitude… Elle ne se pencha pas plus sur la question. Elle se concentra subitement sur sa mission car il avait failli lui échapper. Ils n'étaient plus très loin du centre quand il tourna dans une venelle à droite, la remontant sur sa quasi-totalité. Cette fois, ils s'éloignaient de la place centrale pour se diriger vers l'Est. Temari ne comprenait plus rien. Le Nara éteignit sa deuxième cigarette lorsqu'il atteignit la bordure Est de Konoha. Il bifurqua et remonta la limite du village sur quelques mètres avant de passer un grand portail.
La blonde s'approcha et vit qu'il avait pénétré dans le cimetière. Il s'avançait dans les allées, sachant parfaitement où il allait. Il ne montrait aucune hésitation pour s'orienter entre les pierres tombales, ce qui démontrait son habitude du lieu. Il s'arrêta devant une pierre tombale, identique à toutes les autres. Temari se dissimula derrière un arbre à quelques mètres derrière. Temari était trop loin pour lire les inscriptions gravées dans la pierre mais elle savait à qui appartenait cette tombe. C'était celle d'Asuma, le maître de l'équipe 7.
Il restait là, debout devant la tombe de son maître. Il glissa la main dans la poche de son blouson pour en sortir à nouveau son paquet de cigarette. Il prit la troisième et l'alluma. Il fuma sa cigarette en fixant la pierre tombale. Sans bouger. Sans parler. Temari le regardait de loin, se demandant à quoi il pouvait bien penser. Il devait repenser à toutes leurs parties de go, leur entraînement, leurs repas de groupe avec Ino et Choji, à la façon dont il n'avait pas réussi à arriver à temps pour sauver son maître. Il devait sûrement se sentir responsable de la mort de son maître. Ces pensées faisaient mal et Temari pouvaient sentir la douleur de Shikamaru même d'aussi loin. Elle sentait ses remords, la douleur de l'absence. Elle savait combien maître Asuma comptait pour Shikamaru.
Elle fut surprise lorsque le brun se retourna et partit en courant après avoir jeté un œil à sa montre. Elle eut à peine le temps de se cacher derrière le tronc d'arbre avant de se lancer à sa poursuite. Le Nara était pressé. Lui toujours si calme même au point d'être en retard courrait vers une destination inconnue. Les rues se succédaient les unes à la suite des autres. Konoha n'était pas son village natal et malgré la vitesse, Temari savait qu'ils se dirigeaient vers le centre-ville. Ce centre-ville que le Nara avait à tout prix évité pour aller au cimetière.
Il ralentit soudainement le pas avant d'arriver sur la rue des fleurs. Il reprit son air dégagé et se dirigea lentement vers un grand bâtiment coloré. Les fenêtres rouges, bleues, vertes et jaunes ressortaient sur la couleur crème des murs. Une foule était agglutinée devant les grilles d'un grand portail, attendant visiblement que ce dernier s'ouvre. Une sonnerie stridente retentit, les grilles s'ouvrirent et quelques instants plus tard, des enfants sortirent rejoindre les adultes stationnés sur le trottoir. Temari comprit qu'elle se trouvait face à l'école maternelle du village. Que faisait le brun ici ? Est-ce que c'est là qu'il venait tous les vendredis soirs ? Et pourquoi ? Elle en était là de ses réflexions quand une petite couette noire courut se cacher dans les jambes du Nara.
Devant cette vision, Temari eut un hoquet de stupeur. Elle vit le visage du brun s'emplir d'une douceur incomparable. Ses yeux sombres et froids se parèrent de velours. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et il tendit la main. La petite fille au palmier noir la saisit. Ils partirent doucement, au rythme des pas de la fillette. Elle parlait de manière volubile, racontant sûrement les évènements de sa journée. Elle ne devait pas avoir plus de 4 ans et le Nara si insensible à ce qui l'entoure semblait boire ses paroles. Ils tournèrent au coin de la rue et disparurent du champ de vision de Temari.
La blonde s'appuya contre le mur derrière elle, incrédule. Elle rentra directement et s'excusa auprès de Mme Nara, prétextant ne pas se sentir bien pour s'enfermer dans sa chambre jusqu'au lendemain matin. Elle était là, de nouveau étendu sur le lit à fixer le plafond comme le matin même. Sauf que plus rien n'avait de sens. Elle était perdue. Qui était cet homme froid, manipulateur et implacable avec elle ? Qui était cette petite fille ? Comment lui inspirait-elle autant de douceur ? Elle fut presque jalouse de cette petite fille. Il y a quelques années, Ses petits sourires étaient pour elle … Elle chassa cette idée le plus rapidement possible avant de retomber dans ses vieux démons. Mais c'était trop tard. Les images défilaient entrecoupées comme dans un clip. Elle revit les moments partagés avec le Nara. Mais ça c'était avant ce fameux soir. Avant la fin de leur amitié. Avant la fin de son amour. Avant la fin de tout. Où était passé l'homme qui regardait les nuages ?
