A/N : Références épisode 5x10 – lorsque Lucifer explique à Sam les points communs qu'ils ont : frère, trahison, pensées différentes.
Rating : G+
Genre : Angst
POV Lucifer
Anormal, Monstre. Ces mots pesaient lourd sur ma conscience. Ils tournaient et tournaient et tournaient encore dans mon esprit, inlassablement, me broyant le cœur, fracturant ma grâce sans aucunes gènes. Sans répit j'entendais sa voix, je voyais son regard si sévère, si énervé. Je déchiffrais sur son visage son incompréhension. Il se sentait trahi, comme si je me détournais de lui.
Mais c'était faux, je voulais qu'il vive libre, c'est pourquoi je lui avais demandé de m'accompagner. Je l'aimais. Mais j'étais aveuglé, j'ai eu la folle impression que je comptais plus que Dieu à ses yeux. Son rejet m'a clairement remit à ma place. Je voulais qu'il se tienne avec moi, qu'il s'accapare ce qu'il mérite et non qu'il se rabaisse devant la nouvelle création de Père.
J'ai vu Michael, pourtant si fier, si digne, s'agenouiller devant ces insectes. Je l'ai vu baisser la tête en signe de soumission, l'image la plus atroce qu'il ne m'avait jamais été donné de voir. Je l'ai entendu jurer qu'il les protégerait au péril de sa vie. Comme si ces vulgaires cloportes méritaient d'être sauvés en échange de la vie de Michael. Comme si j'allais laisser quelque chose d'aussi terrible se dérouler, jamais. Jamais.
Alors je lui ai demandé de me suivre. Ensemble, nous serions invincibles, il ne pourrait rien nous arriver. Ensemble, nous pourrions partir loin, très loin. Nous méritions tellement plus que ce que notre Père nous offrait. Michael méritait tellement plus.
Mais il n'entendait dans mes paroles que trahison envers notre Père, que désobéissance. Et il se détourna de moi. Il me traita d'Anormal, de Monstre. Il me rejeta. Dieu prenait une place plus grande dans son cœur que moi. Malgré tout ce qui nous avions vécu, je ne pouvais rivaliser contre Lui.
J'étais tellement frustré, j'aurais tout donné pour le frère qui me regardait maintenant avec dégoût. Ce sentiment de tristesse qui m'envahissait alors ne m'a jamais quitté depuis. Tristesse était même un euphémisme, je n'ai jamais trouvé de mot équivalent à cette peine profonde qui me dévorait les entrailles. C'était un véritable supplice que d'entendre Michael prononcer de tels mots à mon encontre, de le voir se dérober à son rôle de grand-frère, tout cela pour de vulgaires Humains.
Mais mon chagrin laissa place à ma violence : puisque je ne pouvais aimer, alors je haïrai. Parfois j'éprouvais des remords de faire subir tant de tourmentes aux âmes des autres. Mais c'était un véritable plaisir de pouvoir déchirer, lapider ce qui m'avait à moi aussi été déchiqueté. Les âmes, les cœurs, tout était bon à prendre du moment que je pouvais le leur arracher dans la souffrance.
Je pensais sincèrement que je devenais fou. Et peut-être était-ce bien le cas : j'ai aimé à en devenir fou, j'ai haï à en devenir fou. Mais je n'arrivais pas à remplir ce vide, j'entendais cette détresse qui criait toujours aussi fort en moi. Elle me criait que j'avais perdu la raison, elle me criait que je devenais vraiment cinglé. Je n'arrivais plus à la faire taire. J'ai eu le fol espoir que tous ces morts, que l'Enfer me sortirait de là, qu'il me ferait oublier.
Mais rien, rien n'effaçait les doutes qui m'empoignaient le cœur : peut-être aurais-je dû m'agenouiller, moi aussi. Mais il était trop tard, l'insanité m'avait empoigné les idées.
Et ces mots piétinaient toujours mon esprit, chantant la douce mélodie, me faisant croupir dans la folie : Anormal, Monstre. Inlassablement.
END
