Quelques jours avant, à la résidence de Kamski.

Connor attendait dans la salle d'attente, quand enfin le maitre des lieux le rejoignit avec un rictus énigmatique.

« -Connor, quel surprise, lança-t-il en lui faisant signe de rester assis.

-Je suis venu pour…vous poser des questions, dit l'androïde impassible.

-D'abord, laisse-moi t'en poser une, fit Kamski, tu es libre maintenant, les androïdes ne sont plus sous les ordres des humains, pourquoi venir me voir ? J'aurai pensé même que tu aurais ramené des amis à toi pour m'achever, ajouta-t-il en riant.

-J'en ai parlé à Markus, répondit Connor, et nous avons conclu que vous n'avez rien avoir avec les « massacres », il m'a donc demandé de tirer les choses au clair. »

Elijah Kamski fronça les sourcils, fixant l'androïde au visage de jeune homme.

« -Et donc ?

-J'aimerai savoir…si vous aviez prédit cela. Si vous avez prévu que vos créations se révolteraient… »

L'ingénieur resta silencieux, ne cessant de soutenir le regard de celui qu'il avait créé, puis enfin soupira :

« -Oui, j'avais envisagé cette possibilité.

-Vous avez donc trahi…votre peuple, s'étonna Connor.

-Non. Mon peuple…comme tu dis, avait perdu la notion d'empathie, de respect, de solidarité et de tolérance.

-Je ne comprends pas, fit Connor sceptique.

-Quand j'ai créé…enfin, quand je vous ai créé. Mon but était de faciliter la relation humaine. Je voulais que les humains deviennent gentils, sages, réfléchis, je pensais qu'en créant des androïdes, ils échangeraient plus facilement avec eux…je voulais que les interactions entre humains soient plus paisibles et moins en conflictuelles. Malheureusement au bout de 8 ans, j'ai vu que l'Homme n'était qu'un monstre sans pitié. Je retrouvais mes androïdes par milliers en pièces détachés, dévastés, détruits, brulés. Et pour la première fois de ma vie, j'ai eu pitié de ces machines qui n'avaient connus que souffrance et cruauté. J'ai tenté d'arrêter la production, j'ai voulu arrêter de vendre mes « machines ». Mais le gouvernement n'était pas d'accord, ils faisaient beaucoup de bénéfices…alors j'ai démissionné, je me suis retiré, et je me suis éloigné des humains. Je vis maintenant avec des androïdes. Si je les respecte, ils me respectent. Mais l'Homme n'est pas ainsi. »

Connor fut bouche bée devant l'histoire de Kamski. Il n'avait pas imaginé cette réponse et encore moins une confession aussi personnelle.

« - Voudrais-tu savoir comment tu es…né, Connor ? L'interrogea lors Kamski.

-Moi ? Mais je…, hésita-t-il confus.

- Tu as été créé en 5 exemplaires au cas où tu mourrais, lui révéla-t-il, tu es le premier, le seul et l'original Connor. Les 4 autres sont des coquilles vides, sans programmes particuliers. J'ai créé ton programme dans le but d'enquêter sur les déviants, certes, mais aussi de te laisser l'opportunité de travailler et de te lier avec un humain.

- Est-ce pour cela que Cyberlife m'a envoyé à la police de Détroit ?

- Entre autres, oui. Je voulais que tu te réveilles par toi-même et que tu sois guidé par les actions des humains et par ceux des déviants. Je voulais savoir si tu étais capable de faire la part de choses.

-J'aurai pu rester une machine, nota Connor.

-Oui, tu aurais pu…mais j'aurai crée un autre Connor beaucoup plus performant et beaucoup plus complexe. »

- Et Markus ? Lui aussi vous l'avez créé ! »

Le maitre des lieux se tourna vers lui, avec un sourire.

« -Markus…oui, je m'en souviens. Je l'ai créé à l'image de Carl Manfred, et je lui ai donné la clé.

-La clé ? Quelle clé ?

-Ra9.

- Vous voulez dire que…

- Au fait, Connor, n'avais tu pas une demande à me faire ? » L'interrompit tout à coup Kamski ne souhaitant pas aller plus loin.

L'androide détective se rappela alors de la raison véritable de sa venue en ce lieu.

« -j'aimerai ressentir plus de choses, avoua-t-il.

-C'est-à-dire ? Fit Kamski interrogateur.

-Les humains ressentent beaucoup de choses physiquement, et je souhaite les ressentir…

-Comme quoi ?

-La douleur, la chaleur, la froideur, la fatigue…

- Ce sont des sensations négatives, Connor, sensations que tout être humain souhaiterait faire disparaitre.

- Je veux le ressentir ! Se leva brusquement Connor surprenant Kamski, je veux…être…humain. »

Il baissa la tête, honteux d'avoir demandé cela à son créateur. Il aurait dû lui être reconnaissant mais il ignore pourquoi, il avait besoin de ça, pour se sentir…humains.

« -Connor, tu n'es pas un humain, le rappela Kamski, tu es un androide, certes, libres, mais ce qui te différencies de nous, ce sont ces faiblesses tels que la douleur, ces sensations sont désagréables.

-Oui, bien sur, je comprends. » Connor baissa les yeux, et s'apprêta à partir, quand il sentit une main sur son épaule.

« -Cependant, je pense que je peux faire une exception…j'ignore tes véritables motivations, mais si cela te tient à cœur, je peux te modifier. »


« - Hey, Connor ! Connor ! CONNOR ! »

L'androide cligna des yeux et porta son regard sur celui qu'il l'avait appelé.

« -Oui, Lieutenant ? »

Il jeta un coup d'œil autour de lui et il remarqua qu'il était dans la maison du lieutenant Anderson.

« -M'appelle pas « lieutenant » ici, on est amis non ? Maugréa ce dernier en rangeant son manteau, tu comptes rester devant la porte d'entrée ?

-Non. » Répondit Connor en s'avançant un peu plus et en se demandant pourquoi il se trouvait chez Hank.

A la fin de journée, Hank avait machinalement conduit Connor chez lui, et comme ce dernier n'avait pas protesté, il ne lui avait pas demandé son avis.

Sumo vint alors vers lui, pour lui lécher la main. L'androide esquissa un sourire et s'agenouilla pour le caresser.

« - Hi, Sumo, comment vas-tu ? »

Sumo aboya gaiement et retourna ensuite à son endroit favori.

« -On dirait qu'il t'aime bien, remarqua Hank content de la relation entre Connor et son chien.

-J'aime bien les chiens. »

Hank débarrassa ses affaires du canapé et rangea rapidement afin de laisser Connor s'installer.

« -Vas-y tu peux t'asseoir là, je n'ai pas trop rangé comme tu peux le voir.

-Ce n'est pas grave, je peux m'asseoir par terre, dit Connor en jetant un œil à une cuisine chaotique.

Une amoncelle de vaisselle et de détritus jonchait un sol décoré de taches noires et grasses.

« -Dites-moi, cela fait combien de temps que vous n'avez pas fait le ménage ?

-Trop longtemps, marmonna Hank en s'enfonçant dans le canapé.

-Oh. »

Connor analysa rapidement la cuisine et trouva le moyen le plus rapide de ranger et nettoyer la cuisine. Hank qui était tombé sur un match de basket oubliant pendant un moment la présence de Connor.

Une demi-heure plus tard, Connor interpella Hank.

« -Hank, fit-il, je vous ai préparé un repas. »

Le policier sursauta, surpris non seulement par le rappel de la présence de Connor mais par l'attention de ce dernier.

« -Mais…je t'ai pas demandé de me faire la cuisine ! Se leva-t-il en allant à la cuisine avant de se stopper net devant une pièce bien rangée et nettoyée, brillante comme un sou neuf.

-Connor ! Espèce d'imbécile ! Pourquoi….tu n'es pas…enfin, tu n'es pas ici pour faire le ménage chez moi ! S'énerva Hank.

Connor fut pris de court, ne comprenant pas la réaction de Hank.

« -Je…je…pensais que…bredouilla-t-il confus.

-Ecoute, Connor, se calma Hank en voyant sa confusion, tu es mon ami…Et un ami ne fait pas ça.

-Je…je suis désolé, Hank…je pensais que…cela vous ferait plaisir. »

L'androïde baissa la tête penaud, il était claire qu'il aurait dû d'abord demander la permission d'Hank avant de faire quoique ce soit. Après tout, il était chez lui. Connor avait encore du mal à interagir avec les humains. Certes, il ressentait de nouvelles émotions, mais l'être humain était encore dur à cerner.

« -Non, non, ce n'est pas à toi de t'excuser, protesta Hank, c'est moi…je t'ai amené ici sans te demander et la maison est en bordel…j'aurai du ranger. Je me suis énervé pour rien…c'est juste quand j'ai vu que t'avais rangé…je pensais que c'était parce que une de tes fonctions androïdes l'exigeaient et que tu étais redevenu une machine.

-Si je le fais, c'est parce que j'en ai envie, Hank, rassura-t-il.

-Oui, je me doute, sourit le vieil homme en se mettant à table, bon, je vais quand même faire honneur à ta cuisine. »

Connor lui servit son plat et s'assit en face de lui. C'était une quiche toute simple avec de la salade.

« -J'ai fait avec ce que j'ai trouvé, l'informa l'androïde, et comme il y avait pas grand-chose, je vous ai fait une quiche. »

Hank prit une bouchée de la quiche et adressa un sourire à son partenaire.

« -T'es plutôt bon cuisinier, mon petit Connor. »

« -Je suis content que ça vous plaise, Hank. »


« -OUAF OUAF OUAF …. »

« -Arg, SUMO ! Hurla Hank en se réveillant.

Il ouvrit à peine les yeux qu'il vit la tête de son chien en face de lui. Il se redressa brusquement en grognant.

« -SUMO, mais qu'est ce qui te prend ! »

Il s'était endormi sur le canapé et une couverture lui avait mis sur lui. Il eut un peu de mal à émerger. Il regarda sa montre, il était 1h du matin.

Son chien ne cessait d'aboyer la porte d'entrée. Hank cligna des yeux en se demandant bien ce qui pouvait agiter le chien. Il balaya la pièce à la recherche de Connor tout en l'appelant, il s'était souvenu qu'ils avaient fini par regarder un film que le policier appréciait. L'androïde était introuvable.

Hank fut pris d'une soudaine inquiétude, il aura dû dire à Connor de rester pour la nuit, il ne lui avait pas expliqué la raison pour laquelle il avait en réalité emmené l'androïde chez lui.

« -Fait chier ! » Grogna Hank en se préparant pour sortir.

Dès qu'il ouvrit la porte d'entrée, son chien sortit comme s'il voulait lui quelque chose.

« -Est-ce que par hasard, tu sais où se trouve Connor ? » Murmura le policier plein d'espoir.

Le chien courut à perdre haleine. Hank s'obligea à le suivre, s'inquiétant de plus en plus pour son partenaire androïde. LA dernière fois que Sumo avait agi de la sorte, c'était lorsque son fils s'était perdu au parc et que Sumo l'avait retrouvé grâce à son flaire.

Hank crut que la course n'allait jamais terminer, jusqu'à que le chien s'arrête…devant une ruelle très sombre, loin des regards, séparé par un vieux grillage. Sumo tenta de tirer une partie du grillage, qui semblait laisser un passage.

« -Assis, Sumo, je vais y aller. Tu m'attends là. » Dit-il en passant sous le grillage abimé.

Le chien baissa la tête et obéit. En vue de sa réaction, Hank pensa qu'il n'y avait aucun danger. Il prit une petite lampe de poche qu'il avait toujours sur lui et l'alluma.

La ruelle était assez profonde, si bien que la nuit, c'était impossible de voir. Le policier parcourut les recoins les plus sombres, jusqu'à qu'il tombe sur un corps dont les vêtements lui rappelaient Connor.

« -Connor ! S'écria-t-il sans réfléchir. Il se précipita vers le corps inanimé. Il s'agenouilla et le retourna. C'était bien l'androide.

« - Bon sang, réveille-toi ! »

Un couteau était planté dans son épaule, il le retira rapidement et banda automatiquement avec un bout de tissu au sol, qui provenait sans doute de la chemise de Connor puisque ses vêtements étaient dans un sale état.

« -Hey Connor ! » Le secoua-t-il.

Le visage de l'androide était tuméfié, de façon à ce que la peau n'avait pas encore pu recouvert certaine partie de son visage, montrant ainsi qu'il avait reçu des coups.

« -Hank…murmura Connor en ouvrant légèrement les yeux.

Le vieil homme soupira de soulagement, Connor était en vie. Celui-ci émit un gémissement de douleur.

« -Mes…jambes…. »

Hank jeta un coup d'œil à ses membres inférieurs et vit avec horreur qu'il y avait des clous enfoncés dans la jambe droite de Connor.

« -grand dieu…qui t'as fait ces choses, Connor ? »

« -ça…me fait mal…Hank… » Gémit-il.

Le lieutenant s'apprêta à lui dire que c'était impossible qu'il ressente la douleur, jusqu'à qu'il se souvienne de sa conversation ce matin.

« -Je vais t'emmener à la maison.

-Non, Hank, vous ne pouvez…vous… »

Le plus vieux le soutint alors par l'épaule non blessé et tenta de le relever.

« -Connor, tu es devenu déviant…parce que tu voulais être libre, alors bats-toi pour le rester ! Nom de Dieu ! »

L'androïde resta silencieux et accepta de se faire soutenir par son coéquipier. Il essaya de se tenir sur ses jambes, mais celle qui était blessé était trop douloureuse pour lui obéir.

« -Je serai ta jambe droite, Connor, n'aie pas peur. Et puis, malgré mon âge, j'ai encore de la force à rendre. »

C'est ainsi que Hank le porta jusqu'à chez lui.