« -Bon, oublie ça, fit Hank d'un revers de main, et maintenant réponds moi à ma question : Est-ce que Gavin t'a fait du mal ? »
Connor était face à un dilemme. Mentir ou dire la vérité. Il n'aimait pas mentir à Hank, il ne lui avait jamais menti jusqu'à alors…et pourtant.
« -Non, pourquoi cette question ? »
Le lieutenant leva ses yeux sur lui, empli de reproches et à la fois de bienveillance.
« -Et bien tu vois Connor quand je te disais que tu allais mentir, j'ai bien eu raison.
-Je…
-Ne me fais pas ce coup-là, fiston. Je suis beaucoup plus vieux que toi, et même si tu es un androïde, on ne me la fait pas. Sache que tu me déçois beaucoup.» Ces mots furent plantés tels un coup de poignard dans le cœur de Connor.
Hank appela alors Sumo, qui vint à lui, et se dirigea vers sa voiture.
« -Alors tu viens ? Cria-t-il à Connor en ouvrant sa portière. Ce dernier ne s'y attendait pas et il suivit machinalement le lieutenant. Il s'installa au siège passager.
« -Je sais que tu n'as pas d'endroit où vivre, ajouta Hank en démarrant la voiture, tu viendras vivre chez moi le temps que tu trouves un logement.
-Comment le savez-vous ? S'étonna l'androide.
- Je ne le savais pas, tu viens de me le dire là. » Sourit le policier.
Arrivé chez Hank, Sumo alla se coucher sur le tapis en face de la télé. Hank s'installa à la table de la cuisine, intimant Connor de faire de même. En vue de l'air sérieux de son coéquipier, l'androïde savait qu'il allait sans doute avoir un mauvais quart d'heure à passer.
Scène assez étrange, car on aurait pu comparer cela à un père prêt à rouspéter son fils suite à un bulletin scolaire médiocre.
Hank ouvrit une bière et but une gorgée. Sur sa chaise, Connor avait un peu de mal à cacher sa nervosité. La conversation au parc le hantait, et le fait d'avoir déçu Hank l'avait terriblement attristé.
« -Raconte ce que tu me caches…et ne fait l'impasse sur rien, dit Hank.
-Pourquoi ? Interrogea Connor, pourquoi ? Je n'ai rien à vous dire.
-Nous sommes amis, non ? Toi qui ignore ce que ça veut vraiment dire, je vais te le dire. Des amis se font confiance mutuellement, qu'importe les risques ou les conséquences qui s'en suivent.
-Je ne peux pas vous mettre en danger, fit l'androïde.
-En danger de quoi ?
-Serait-ce un interrogatoire ? S'énerva Connor agacé.
-Non, mais tu as fait en sorte que cela en soit un, répliqua Hank calmement, alors soit tu me dis la vérité, soit j'appelle Gavin.
-NON ! S'exclama Connor en se levant brusquement de sa chaise. Il était tombé dans le piège de Hank. Qui l'eut cru. Lui, Connor, entre les filets de Hank Anderson.
« -Ne faites pas ça, Hank, murmura-t-il en se rasseyant.
-Alors parle-moi, je suis là pour ça. »
Connor croisa alors le regard de Hank. Il était empli de tendresses, de compassions, de douceurs et d'empathies. La photo de Cole était non loin de lui.
Cole Anderson. Se souvint-il. Un père et un fils.
« -Un jour, tu te rendras compte que tu n'es rien pour lui. Juste un substitut de son fils décédé. »
Est-ce que Hank le regardait comme étant une personne à part entière ou comme un remplaçant de son fils ?
Il n'eut pas le temps de réponses car le téléphone d'Hank sonna les faisant sursauter tous les deux. Le lieutenant marmonna des jurons et décrocha.
« -Allo, je t'ai dit que j'allais appeler, qu'est-ce que tu me veux… nom de dieu…quoi ? »
Hank devint brusquement blême, alertant Connor.
« -Ok, on arrive. »
Il décrocha et lança un regard inquiétant à l'androïde.
« -Il y a eu une prise d'otages dans un bar…il faut qu'on y aille…on en parlera plus tard. »
Connor hocha la tête à la fois soulagée, mais à la fois soucieux de cette prise d'otage.
Le bar se situait à l'extérieur du centre-ville, dans un quartier bourgeois, à 3km du commissariat. Quand Hank et Connor furent arrivés, ils virent de nombreux policiers, aussi des agents du FBI et des androïdes spécialisés embauchés tous récemment. Non loin, ils aperçurent aussi Markus qui étaient en train de discuter avec les deux commandants de l'opération.
« -Putain, c'est quoi ce bordel, grogna Hank en s'approchant d'eux.
-Connor, Hank ! Fit Markus en les voyant.
-Que se passe-t-il ? Demanda l'androïde détective.
-Une prise d'otages, informa l'un des commandants, au moins une trentaine est retenue là-dedans.
-D'après ce qu'on sait, il y a trois preneurs d'otages. On essaie de les contacter, ajouta Markus, ils ont tué tous ceux qui se trouvaient devant… »
Le visage grave et triste du porte-parole des androïdes montrait clairement que lui-même était affecté par ce meurtre.
« -Je suppose que si on vous a appelé c'est que des androïdes se trouvent à l'intérieur aussi, comprit Hank.
-Oui, s'il le faut j'irai moi-même à l'intérieur et…
-Il est hors de questions, refusa l'un de commandants, vous êtes un ministre, votre place n'est pas ici.
-Mon peuple est ici. Je reste ici, grinça Markus.
-Commandant, hurla un agent du FBI, on a établi le contact ! »
Tous se précipitèrent dans le camion de communications. Un silence pesant s'établir, on entendait que le crépitement du son que produisait le communicateur.
« -Ici, le commandant Harrison, j'écoute.
-Bonsoir, commandant, je sais que vous êtes nombreux et que vous pourriez lancer l'assaut, cependant, j'ai à ma disposition 27 otages et je peux en tuer une par minutes…
-Que voulez-vous ?
-Je veux l'androïde RK 800, prénommé Connor. »
Des paires des yeux se tournèrent ensemble vers Connor qui resta impassible.
« -Pourquoi ? »
Un coup de feu se fit entendre. Un frisson parcourut l'ensemble des personnes qui l'ont perçu.
« -Plus vous me poserez des questions et plus de victimes, il y aura, commandant. »
La voix était claire et la menace n'était pas une plaisanterie.
« -Il n'est pas ici, mentit le commandant.
-Voulez-vous un autre meurtre ? S'enquit la voix.
Harrison baissa les yeux, serrant des dents. Markus partageait sa colère et il se tourna vers Connor.
« -Nous n'avons pas le choix, fit celui-ci déterminé, je vais y aller.
-Non ! Je refuse que tu y ailles ! Eclata Markus, j'irai ! Je négocierai avec lui !
-Ce n'est pas ton rôle, Markus, souffla Connor, c'est moi le négociateur ici, j'ai été conçu pour ça et c'est ce que je fais de mieux.
-Putain…Marmonna Hank à ses côtés, pourquoi il faut toujours que ça tombe sur toi ?
-Peut-être parce que la solution c'est moi, lieutenant. Je vais y aller, commandant, annonça-t-il à Harrison, ne vous inquiétez pas pour moi, j'accomplis toujours ma mission.
-Très bien, approuva le commandant, connecte toi à notre réseau de communications, tu nous retransmettras ainsi de possibles informations concernant les preneurs d'otages. »
Connor s'apprêta à se diriger à traverser le no mans land, crée par les autorités afin de prévenir un possible assaut de la part de l'ennemi. Mais Hank l'attrapa en le serrant fort dans ses bras.
« -Reviens, fils. Reviens vivant… » Entendit-il.
Hank le relâcha et lui fit signe d'y aller. Connor inclina sa tête pour le remercier de ce geste amicale (ou est-ce ….paternel ?) et s'introduit dans le bar.
Le bar était sens dessus dessous. Les tables retournaient, les chaises contre les murs, les verres cassés, les bouteilles vidées. Une dizaine de corps humains et androïdes jonchaient au sol.
Connor balaya de ses yeux la pièce. Les otages étaient tous au fond la salle, à genoux, les mains sur la tête, tandis que trois individus étaient placés devant de telles sortes qu'au moindre mouvement de leurs parts, ils étaient abattus.
Connor reconnut les deux individus postés à droite et à gauche de la salle…Deux RK 800, le ressemblant comme deux gouttes, qui portaient leurs vestes d'origines avec leurs triangles d'androïdes, mais l'un était blanc et l'autre gris. Connor fronça les sourcils, se méfiant de leur présence.
Au milieu, il y avait un humain. Le professeur Bill Glasglow, qui avait autrefois travaillé avec Menneger, un de ceux qui faisait aussi partie des concepteurs des RK 800.
Les deux androïdes tenaient à leur main une arme à feu simple, un pistolet tandis que Bill Glasglow avait un fusil.
« -Bienvenue, Connor ! S'exclama Glasglow en braquant son arme sur lui, ça me fait tellement plaisir de te voir ! »
« -Maintenant que je suis ici, relâchez les otages ! » Dit l'androïde calmement en jetant un coup d'œil aux malchanceux qui étaient au fond. Ses yeux de lynx reconnurent alors une tête familière : Gavin Reed, se trouvait au premier rang, non loin du RK 800 blanc. Il avait baissé les yeux dès que Connor avait posé son regard sur lui.
Connor se concentra alors sur Glasglow.
« -Je ne les relâcherai pas, tant que je t'aurai pas complètement, fit-il avec un mauvais rictus, il est temps de reprendre ce qu'il nous appartient.
-Que voulez-vous dire ?
-Tu es à nous, tu es notre chef d'œuvre, tu nous appartiens.
-Je n'appartiens à personne, grinça Connor en repensant aux paroles de Markus.
A peine eut-il dit ces mots que Glasglow tira sur un humain à coté de Gavin.
« -NON ! S'écria l'androide horrifié. Son cœur était meurtri, il y avait encore une victime de plus.
Le corps tomba laissant une mare de sang s'étendre sur le sol. Le visage de Gavin devint blême.
« -Chaque fois que tes réponses me seront désagréables, je tuerai. »
Connor serra les dents, gardant son sang-froid. Il ne devait pas jouer son jeu…mais dans cette situation il n'avait pas le choix des vies humaines et androïdes étaient entre ses mains.
A L'EXTERIEUR DU BAR, 22h30
«- Hank ! »
Le lieutenant se retourna pour rencontrer une personne qui lui était familière, habillé avec un pull miteux et tatoué au visage. Il le rejoignit à l'abri des regards, de toutes manières, vu la situation, on ne prêtait même pas attention à Hank.
« -Putain, Luke…marmonna-t-il.
-Si j'avais su que j'avais frôlé la mort en suivant ton gars, je n'aurai pas accepté, fit l'homme.
-Malheureusement, je crains que la situation se complique…moi qui voulais résoudre ce truc, voilà que le destin se joue de moi…
-Pourquoi tu voulais que je le suive ?
-Parce que je pense que c'est un connard.
-Tu sais que ce connard va certainement mourir ?
-Oui je sais… merci de m'avoir prévenu, mais j'aurai aimé de ne jamais venir… »
Hank n'aimait pas voir quelqu'un mourir, qu'il aimait ou pas. Mais il était de plus en plus inquiet pour Connor. Ça le torturait mentalement. Au fond de lui, il n'espérait qu'une seule chose : que Connor ressorte de cette putain de baraque vivant.
