Chapitre 8 : Être un père

Lorsque Chloé avait ouvert la porte, Markus et Hank n'attendirent même pas que l'androïde leur parle pour entrer. Hank allongea Connor au sol, et fit de son mieux pour tenter de le réveiller espérant qu'il était encore en vie.

La réponse qu'il eut était des paupières qui s'ouvrirent légèrement avant de se refermer.

« -Il faut que Kamski vienne nous aider, fit Markus sans se présenter à Chloé. C'était la première fois qu'il venait chez le créateur des androïdes.

L'androïde au visage de jeune fille lui adressa un sourire.

« -Je vais vous l'amener, je dois d'abord le réveiller. Venez avec moi et je vais vous emmener dans une pièce plus confortable. »

Markus voulut aider Hank mais ce dernier, dans la volonté de vouloir sauver Connor, le porta encore et encore, comme si ses bras n'étaient pas fatigués.

Chloé les emmena dans une pièce où il y avait une table de travail, qui ressemblait fortement à une table d'opération. Elle disparut ensuite rapidement les laissant seules.

Hank déposa Connor sur la table et répéta le nom de l'androïde.

En voyant le policier maintenir ses efforts pour sauver Connor, Markus essaya de rassurer Hank.

« -Il va s'en sortir…il s'en sort toujours. »

Il passa une main réconfortante sur l'épaule du vieil homme.

Trois minutes après, Kamski entra dans la pièce, habillé d'un peignoir de nuit. Son regard balaya la pièce, se posant sur Connor, qui était inconscient, Hank, affligé et Markus, l'air grave.

« -Que s'est passé ? Demanda-t-il en fixant les trois blessures qu'avaient causées les balles en traversant le corps de Connor.

-Une prise d'otage, répondit Markus, vous pouvez le sauver ?

-Je crains que ce ne soit payant, fit Kamski.

-Quoi ? S'écria Hank choqué, vous êtes son créateur !

-Et j'ai pris ma retraite, dit Kamski en se tournant vers le lieutenant, rien ne m'oblige à réparer un androïde.

-Ils sont vivants ! Putain de merde ! »

Hank s'énerva et lui empoignant le col de son peignoir, le plaquant contre le mur.

« -Vous n'êtes qu'un salaud ! Connor vient de sauver des vies humaines ! Il…

-Pourquoi lieutenant ? Pourquoi vous tenez à lui ? Est-ce que uniquement parce que vous le considérez comme vivant ? Ou est-ce un peu plus que cela ? » Demanda calmement Elijah.

Devant ces questions, Hank le relâcha, perturbé et confus.

« -Connor est un ami précieux à mes yeux, je veux…juste le sauver… »

Markus aurait voulu intervenir mais Chloé l'avait retenu, lui adressant un sourire confiant.

« -Est-ce vraiment tout ? Continua Kamski, qu'est-il réellement pour vous ? »

Hank serra des poings, il savait que l'autre homme jouait sur ses sentiments, il voulait qu'il admette, qu'il le dise réellement, qu'il dévoile ce qu'il avait sur le cœur.

« -Connor est…mon fils pour moi. Sauvez-le, je vous en prie. » Dit-il d'une voix étranglée.

Elijah esquissa un sourire.

« -Je vais voir ce que je peux faire. »


« -Connor est…mon fils pour moi. Sauvez-le, je vous en prie. »

Cette voix. Il la reconnaissait, c'était celle de Hank.

Hank. Son ami. Son coéquipier. Il n'arrivait pas distinguer grand-chose. Où était-il ? Il était allongé.

Il sentit qu'on le touchait, qu'on enleva sa chemise. Malgré le flou dans ses yeux, Il aperçut alors deux visages. Celui d'une très belle jeune fille et un visage d'homme, plus sérieux, plus âgé.

« -On va te sortir de là, Connor, ne t'en fais pas. »

Cette voix. Il l'avait déjà entendu, plusieurs fois même. Il voulut ouvrir la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit.

« -Chloé, donne-moi du sang bleu, il est en train de se déstabiliser. »

« -Bien »

Il eut des mouvements. Le brouillard s'épaissit. Le visage d'une femme à la peau noir. Aux tresses trop bien faites.

« -Bonsoir, Connor. » Ses lèvres bougèrent.

Cette voix…non. Amanda ? Non !

« -Chloé…bloque la ! » Entendit-il comme si c'était de très loin.

« -Tu ne seras jamais humain, Connor. » Continua la voix d'Amanda.

Des grésillements s'imprégnèrent dans son esprit. Il ne la voyait pas, mais sa voix résonna dans sa tête tel un écho sans fin.

« -Tu m'as trahi, Connor. »

« -Chloé, utilise le code ! On est en train de le perdre » Encore cette voix lointaine.

Il avait brusquement froid. Comme lorsqu'il neigeait au Zen Garden.

« -Réveille-toi ! » Toujours la même voix.

Le froid. La glace. Il tombait.

« -Réveille-toi ! »

Le silence. Le paradis des robots l'attendait certainement.

Le paradis des robots ? Mais ça n'existe pas. N'est-ce pas, Hank ?

« -Est-ce que tu as peur de mourir, Connor ? »

« -Qu'est ce qui se passe si j'appuie sur la gâchette ? Rien du tout ? Le trou noir ? Le paradis des robots ? »

Cette voix. D'où provenait-elle ? Elle venait de l'intérieur de lui-même ?

« -Sumo, il s'appelle Sumo. »

Cette.

« -j'ai beaucoup appris depuis qu'on s'est rencontré. »

Voix.

« -C'est peut-être vous rendrez le monde meilleur. »

Hank.

« -T'es plutôt bon cuisinier, mon petit Connor. »

Il l'avait déjà…

« -Reviens, fils. Reviens vivant… »

…entendu.

« -Connor, tout va bien…accroche toi, je suis là »

« -Il reboote ses souvenirs ? Entendit-il au loin, Chloé ! Aide moi à le maintenir ainsi…ça va peut-être le sauver…Et bloque immédiatement le programme de contrôle ! »

« -Bien, Elijah. Courage, Connor. Nous sommes avec toi. »


Après les avoir sorti de la pièce, Hank et Markus se sont retrouvés dans un immense salon où ils pouvaient se poser, manger et boire. Hank s'était servi négligemment un verre de whisky, tentant de calmer son stress et son anxiété. La patience n'était pas son point fort, surtout qu'il avait l'impression de revivre la même scène.

Le jour où son fils était décédé…Il était pris d'angoisses. Il n'avait pas eu confiance à l'androide qui était le seul « médecin » de disponible car l'autre con était défoncé à la Red Ice. Mais c'était différent, Connor était un androide, qui allait être soigné par un humain. Ironie du sort.

De son coté, Markus observa le policier inquiet. Il sourit discrètement en pensant à Connor. Si seulement Connor pouvait voir ça…Un père angoissé par son fils.

« -Si jamais il meurt, je ne sais pas ce que je ferai, déplora Hank.

-Il ne mourra pas, assura Markus, nous sommes chez le créateur ! »

Hank espérait qu'il ait raison.

Au bout d'une heure et demi d'attentes, dans la désolation, Chloé et Kamski firent leur apparition. Elijah n'était plus habillé de son peignoir mais porter une tenue digne d'un chirurgien, où des tâches bleus figurés. Chloé…était égale à elle-même.

« -Connor va bien, fit Elijah d'un ton rassurant, il n'est pas encore conscient mais j'ai pu sauver pas mal de biocomposants empêchant ainsi sa désactivation. Et étant donné, que j'ai modifié son programme, il prendra du temps à reprendre des forces, ajouta-t-il à Hank.

-Putain merci ! » Hank prit l'autre homme dans ses bras, malgré les tâches bleus encore fraiches sur lui.

« -Je vous en prie, dit-il d'un air gêné, Chloé va vous accompagner à sa chambre, faites comme chez vous. »

Sans attendre, Hank suivit Chloé. Mais Markus resta avec Kamski, le dévisageant longuement.

« -Qu'y a-t-il Markus ? L'interrogea Elijah curieux.

-ça ne vous gêne pas que vos….créations ne soient plus sous votre emprise ? »

Kamski enleva sa tenue tâchée et rit doucement.

« -Lorsqu'on conçoit des enfants, nous, humains que nous sommes, nous devrons toujours à nous attendre qu'un jour, nos progénitures s'envolent de leurs propres ailes pour construire leur propre avenir.

-Vous aviez envisagé cette possibilité ?

-Envisager ? Non…je ne l'ai pas envisagé, Markus. Je l'ai prédit et j'en étais sûr. Lorsque Carl crée une œuvre, elle traversait le monde, elle se dévoilait à d'autres personnes, elle était interprétée par d'autres gens…ce qui donne vie à cette œuvre. La liberté est ainsi faite. Nous la chérissons, nous l'adorons, nous l'emprisonnons...et vous, androïdes, copies parfaites des humains, vous apprivoisez cette liberté, vous la côtoyez et vous commencer à vouloir vous envoler…Non, je n'ai pas envisagé. Je savais que ça se passerait comme ça. Je voulais que ça se passe comme ça.

-Vous aviez tout prévu, murmura Markus, pourquoi n'êtes-vous pas intervenu en notre faveur pendant la révolution alors?

-Ne m'oblige pas à me répéter, sourit Kamski, bien, sur ce, je vais me recoucher, si tu as le moindre souci demande à Chloé. »