Chapitre IV: Combat entre amis
Le brouillard ramena une fois de plus ce silence angoissant, faisant disparaître la forme obscure du chevalier. Un rugissement faible et guttural parvint derrière l'écran de fumée. Le bruit recommença quelques fois avant que les vikings comprennent :
- Un dragon ?
À ces mots, une tête de Charogneur jailli de la brume en hurlant au nez du petit groupe. Certains perdirent l'équilibre, surpris. Astrid glissa sa main dans une minuscule sacoche accroché à sa ceinture puis la ramena devant, entre le dragon et elle. Le dragon se pencha vers la main, méfiant et prêt à lui arracher, puis la renifla, toujours à distance. Astrid soupira de soulagement. C'était un dragon comme les autres, sauf si il s'agissait d'une ruse du sorcier, si il s'était vraiment transformé. La jeune viking fit un jeu de main, la faisant pivoter, ondulant ses doigts de manière souple, la mouvant de gauche à droite et de haut en bas. Les vikings de Gréminion furent étonnés par les effets de la gestuelle. Tandis que Astrid jouait sous les yeux intéressés de l'animal, ils murmurèrent :
- La Mort Silencieuse. C'est un vrai guerrier alors…
Sans que la bête le remarque, la combattante se glissa au plus près de son cou, l'occupant toujours, puis sans mouvement brusque, leva sa hache au-dessus d'elle. Un étrange bruit de cloche au ton descendant résonna entre les bois, et le regard du dragon changea aussitôt. Vif, il manqua de croquer le bras de la viking, qui avait fait un bond en arrière.
- Ce bruit étrange, là, c'était quoi ? frémit Varek.
- Je crois bien que c'est un signal, lui répondit Astrid. Si c'est vrai, ce dragon est contrôlé ! » En guise de réponse, le chevalier émergea de la brume. Il y avait pas à dire, il était très intimidant.
- Il ne s'était pas transformé alors ! s'écria un viking de Gréminion, paniqué par la suite d'événements incompréhensibles.
- Dommage, bougonna Kranedur à l'intention d'Astrid. Si il s'était vraiment métamorphosé, tu l'aurais eu à ta merci. Pff, c'est pas drôle.
Une forme basse et sombre apparu dans la brume encore présente. Quand celle-ci en sortit pour venir se frotter à la main du sorcier, la jeune femme fronça les sourcils. Un Furie Nocturne, d'une taille d'environ un mètre soixante de haut à quatre pattes et long de quatre bon mètre. Le nombre d'ennemi augmentait à trois. Un homme, et deux dragons. Les deux bêtes rugissaient.
- Humpf ! T'es qui, toi ? Lança Rustik en direction du chevalier.
- Rustik, ta gueule, stressait Varek. Déjà, je le vois très mal te répondre, et ensuite, ARRÊTE DE LES PROVOQUER !
Astrid dévisageait le Furie Nocturne, qui lui renvoyait son regard en retour. Bizarrement, elle avait l'impression de l'avoir déjà vu. Puis d'un coup, l'animal lui lança un regard amical avant de se tourner vers le sorcier, tout joyeux, qui lui caressa le museau. Maintenant, la jeune femme en avait la certitude. Mais le temps que la vérité enfle en elle, elle se murmurait que ce n'était pas possible. Elle connaissait ce Furie Nocturne, c'était maintenant trop évident. Elle zieuta alors le chevalier, dont la tête était tourné vers elle. Elle trouva soudain frustrant qu'il soit masqué.
Un lame effleura sa joue. La viking eut à peine le temps d'esquiver une deuxième que la troisième se planta dans sa cuisse. Elle grogna, soudain en proie à une vilaine douleur. Déjà le sorcier s'élançait vers elle, dégainant son épée qui s'abattit. Astrid contra avec sa hache, dévia le coup puis fit revenir son arme vers l'adversaire. Elle le rata et déjà, il lui envoyait un coup d'estoc dont elle s'écarta. La jeune femme en revenait à peine, il avait voulu lui transpercer le ventre.
Un échange de coup stratégique et mortel s'en suivit. Les vikings encourageait la jeune femme de loin, ne voyant pas qu'elle se trouvait en difficulté à cause de sa blessure qui l'empêchait de trop s'appuyer sur une jambe. Le sorcier balança un coup en balayette à cette dernière qui trébucha en arrière pour pouvoir l'esquiver, et tomba à terre. Aussitôt, Rustik se jeta sur le chevalier pour porter assistance à la viking qu'il aimait encore, mais le Charogneur le repoussa en lui crachant une boule de feu à ses pieds. Une petite ligne de flamme se déclara entre Astrid et ses compagnons, leur empêchant de venir la secourir. Elle pesta, sa cuisse lui faisait trop mal pour qu'elle se relève et du sang s'échappait en quantité de la blessure. Le chevalier s'approcha à grand pas d'elle. La jeune femme eu le temps de voir un bras revenir brutalement vers sa tête, puis se fut le trou noir.
Astrid se réveilla doucement. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit qu'elle était dans une pièce légèrement éclairé, au chaud. Elle se redressa, mais son action fut accompagné d'un violent mal de crâne puis sa cuisse gauche la lança. La jeune femme grogna en se recroquevillant sur elle-même. La douleur diminua, puis elle distingua la couleur de la couverture du lit sur lequel elle avait dormi. Relevant la tête, elle comprit avec stupéfaction qu'elle était dans une chambre, comportant une cheminée diagonalement opposé au lit, une table de chevet, au sol un grand tapis de fourrure. Une fenêtre au volets fermés laissait percevoir la nuit au dehors.
La viking entendit soudainement des bruits de pas venant de derrière la porte en face du lit. Elle chercha rapidement les éventuelles armes que pouvait comporter la pièce. Elle vit une barre en métal sur le rebord de la cheminée. À peine elle tenta de bouger sa jambe que la douleur revenait. La porte s'ouvrit, laissant un homme – grand, aux cheveux châtains rabattu en arrière, yeux verts profond, mince – entrer. Il avait un plateau à la main, qu'il alla poser sur la table de chevet à côté de la blessée. Cette dernière le regardait, les yeux écarquillés, tandis qu'il ramenait une chaise près du lit. L'homme prit la parole.
- Comment tu te sens ? » Sa voix était posé, neutre, il n'y avait rien de méchant.
- Comment je devrais me sentir ? répondit Astrid en dévisageant de haut en bas son interlocuteur. Il haussa les épaules.
- Je t'ai amené un médicament contre la douleur. Prend-le si tu veux.
- Harold ?…
- Oui ? » La réponse frappa la jeune femme de plein fouet. Elle ne bougea pas pendant quelques secondes puis déglutit. Elle se demandait si elle devait être contente, parce que à l'instant, elle était dérouté, stupéfaite.
- Qu'est-ce que tu fais là ?… Enfin, … Où on est ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Alors, déjà, je suis chez moi, ensuite tu es chez moi, sur l'Île-Qui-Gronde, et pour finir… Je t'ai kidnappé. » La combattante faillit éclater de rire devant la stupidité de la réponse, puis elle repris son sérieux.
- Kidnappé ? Attends… C'est toi, le sorcier écailleux ?!
- Apparemment. » Astrid se tourna vers le disparu et continua de le dévisager longuement.
- Pas possible…
- Si tu continue à me fixer comme ça longtemps, je vais finir par être gêné, répliqua Harold sur un ton détachée. La jeune femme n'en revenait pas. Sa voix, son apparence, son comportement, tout avait changé en lui.
- C'est vraiment toi, Harold ?…
- Qui d'autre ça pourrait être ? Tu crois vraiment que je kidnapperai n'importe qui sans aucun prétexte ? Qui plus est, tu n'es pas n'importe qui pour moi, Astrid. » L'intéressée fronça les sourcils.
- Tu as une raison de me kidnapper ?
- Oui, même plusieurs, jolie demoiselle. Et j'avais beaucoup envie de discuter avec toi. J'ai entendu pas mal de rumeurs sur ton sujet, ses dix dernières années, et elles me font pas toute plaisir.
- Et maintenant, tu vas me séquestrer en attendant que je te parle des trucs qui te font pas plaisir ?
- Seulement le temps d'un interrogatoire. Ensuite je te laisserai rentrer au campement de Beurk, pénarde et en un seul morceau.
- Eh, minute ! Qu'est-ce que tu faisais aussi près des campements ? » Harold mima un mouvement de recule face à la méfiance de la jeune femme.
- Quoi, je suis si indésirable que ça ? J'avoue que j'ai déserté Beurk, et alors ? Vous avez envahi mon île il y a cinq ans, j'ai bien le droit de vous le faire payer en sac de café, non ? » Astrid lui lança un regard blasé. Bizarrement, elle se sentait mieux en sachant qu'elle était avec lui. Mais ça lui était aussi surprenant.
- Tu étais venu pour du café…
- Eh. Si il y a bien une personne à qui il faut reprocher des choses dans cette pièce, c'est toi. La Mort Silencieuse, hein ? Dis-moi… où sont passé les recherches que j'ai fait sur Beurk ? » Un silence mal à l'aise s'installa entre les deux individus. Au bout d'une minute, Astrid baissa la tête.
- Je les ai toutes récupérées avant que ton père s'en aperçoive. Je pensais que tu aurais préféré que l'on ne te retrouve pas. D'ailleurs, sans indice, ta traque s'est terminé un an et demi après ta disparition.
- Pour ça, c'est pas grave. J'aurai été mal si mon père m'avait retrouvé de toute façon. Mais au final, ces documents, tu en as fait quoi ?
- …
- …
- Je… les ai lu.
- Pour t'en servir contre les dragons. Franchement, je te remercie, Astrid. Tout le travail que j'ai fourni durant l'entraînement dragons, pour améliorer la façon de voir du village, tu l'a retourné contre moi ! » Harold s'était levé pour dévisager la viking de haut. Incapable de cacher sa colère, il faisait un allé-retour lent d'un bout à l'autre de la pièce. La jeune femme tenta de bouger ma la douleur revint. Elle zieuta le médicament sur la petite table.
- Non, Harold ! C'est faux ! J'ai pas voulu que ça tourne ainsi, je te le promet, je voulais pas en profiter. C'est… le déroulement des choses qui m'a poussé à… aller dans ce sens.
- Eh bien, vas-y, je t'écoute. Qu'est-ce qui t'a poussé à tuer des dragons, alors que je t'avais montré que Krokmou n'était pas un danger ?
- Alors, tout à l'heure, c'était bien Krokmou ! Il a grandit ! » Le changement de sujet semblait déplaire à Harold, alors Astrid s'expliqua.
- Pour commencer, sache que la première fois que j'ai lu tes travaux, c'est parce que tu me manquais. Je ressentais un vide, quelque part, je savais pas pourquoi. Alors j'y ai jeté un coup d'œil. Et j'ai trouvé ça formidable, c'était épatant. Chaque soir je lisais ou relisais ce que tu avais écris, et bizarrement, plus j'avançais sur tes recherches, plus tu me manquais dans ces moments là. Je me suis mise à avoir des regrets. Comment avais-je pu être aussi jalouse d'un type aussi génial ?
- Jalouse ? fit le jeune homme en haussant un sourcil.
- Oui. Tu t'étais amélioré trop vite à l'entraînement et tu étais devenu le centre de l'attention, ce qui avait été vexant. J'arrivais pas à savoir comment tu avais fait pour mettre à terre les dragons de l'arène. J'avais été très frustrée. Mais je me suis vite rendu compte que ce que tu faisais à ces moments là, c'était fantastique. Je veux dire, tu dresses des dragons ! Je m'étais rendu compte que tu étais un gars très sympathique, et que tu avais plus de qualité que tout le monde voulait le croire. Rien qu'en lisant tes cahiers, je voulais de plus en plus être amie avec toi. Alors, je me suis dit que je pourrais m'inspirer de tes recherches et tenter le coup moi aussi. Et que si je réussissais à montrer ce que les dragons étaient, tu pourrais revenir. Mais je n'ai qu'à moitié réussi.
- C'est-à-dire ?
- Je m'entraînai avec les dragons de l'arène. D'ailleurs je le fait toujours. Mais j'ai réussi qu'à les dresser pour me combattre, car je ne leur aspirait pas la confiance suffisante et je les poussai à m'attaquer sans faire exprès. Le premier dragon que j'ai réussi à caresser est mort par ma faute. Le village s'était fait attaquer et j'ai tenté d'approcher un Vipère. J'avais à peine réussi à le distraire et à le calmer, que quelqu'un est arrivé et lui a tranché la gorge. On m'a dit alors que j'avais hypnotisé le dragon, ce qui avais permis de le tuer plus facilement. J'ai nier encore et encore, mais personne m'a cru. « Aha, mais quelle bonne blague, Astrid ! ». C'est ce qu'ils disaient tous.
- Alors tu as renoncé, fit Harold d'un ton acerbe.
- Toi aussi, tu as renoncé ! Et je pense que plus de gens aurait été au courant de tes intentions si tu avais tenté encore une fois de dresser un dragon devant le village entier ! Tu es le fils du Chef ! Et je te signalerai que beaucoup de gens sur Beurk te détestes, à présent, pesta la jeune viking. Tu as abandonné le trône, Harold !
- Oh, mais il paraît que tu es prête à me remplacer à cet place. C'est génial, non ? » La blessé lui lança un regard qui mêlait l'incompréhension et la colère. Harold soupira.
- Excuse-moi. Je trouve que c'est une bonne chose. Surtout pour toi. Et encore plus pour Beurk… » Un motus gêné planait maintenant sur la pièce. Le jeune homme passa une main dans ses cheveux puis refit face à son invité.
- Donc tu n'as pas réussi.
- Non, et puis je pense que je comprenais moins bien tes recherches que toi-même. C'est pour ça, sûrement, que tout à foiré. Mais comme je devais avant tout protéger Beurk des attaques, mes efforts se sont transformés. Je suis désolé.
- Bah… C'est pas la première fois qu'on constatera que les vikings de Beurk sont trop buté pour changer d'avis.
- ... Et si tu revenais ?...
Salut à tous ! Merci pour les commentaires, qui m'ont aidés à réfléchir sur vos attentes ! Ce chapitre est donc un peu plus long ; et j'ai veillé à ce que Rustik s'écrive avec un K ^^ Aussi, je souhaite maintenir un rythme assez rapide pour la publication (j'ai publié le premier chapitre y'a pas si longtemps que ça, après tout).
La mort Joyeuse: Merci pour ton com, ce chapitre contient plus de dialogue, justement parce que quand deux personnages s'expliquent, on peut pas le faire autrement que par la parole (à moins qu'on pratique une langue corporelle). La longue partie narration des premiers chapitres servaient surtout à mettre en place la situation en dix ans, et c'est vrai que maintenant, cela ressemble à une explosion de dialogues (y'en a partout XD). Aussi je n'avais pas écrit beaucoup de conversation parce que cela risquait de faire traîner l'histoire. Voilà !
didi59: Merci à toi aussi pour ton com, et je tenais à te dire que moi aussi j'adore ma fic ! x)
Plein de gros bisous à ceux qui restent fidèles à ma fiction, ça me fait plaisir ❤. En espérant que cette partie ne vous ai pas déplu, et que je n'étais pas été trop sadique en coupant le chapitre à ce moment de l'histoire, je vous retrouve au prochain chapitre !
Merlin's Vision
