Chapitre V: Capture d'un fugitif

Harold soupira et se tourna vers la porte de la chambre. Il frotta sa nuque puis dit d'une voix grave :

- Tu veux manger quelque chose ? Tu n'as rien avalé depuis ce matin, pas vrai ? » Astrid s'énerva et tapa du poing sur la table de chevet.

- Harold, je suis sérieuse !

- Bah, moi aussi ! Tu veux manger ou pas ?!

- Reviens sur Beurk, s'il te plaît ! Après toute ces années, tout le monde devrait te pardonner de les avoir lâchés. Tu ne sais pas le nombre de fois où je leur ai reproché d'être la cause de ta fugue ! Ils savent qu'ils sont fautifs, quelque part !

- Oui, certes, et tu crois qu'ils vont quand même venir s'excuser ?! Depuis le temps que je suis partit, ils doivent plus vraiment s'en soucier, de faire des excuses. Pour eux, je devrais même pas revenir, logiquement ! Si j'ai déserté de façon définitive, c'est bien parce que je le voulais, Astrid. Personne ne m'en a empêché, de toute manière. Maintenant, je suis libre ! Et heureux de l'être. Je fais ce que je veux de ma vie et ça ne te regarde pas !

- Si ta vie ne me regarde pas, alors ne vient pas me kidnapper pour que je te raconte la mienne ! Si maintenant que tu sais que mes efforts ont été vains pour amener la paix sur Beurk, pour quelles raisons je suis ici ? J'apprécie énormément le fait de te revoir en ce moment, mais si c'est pour que tu me disputes, je préfère encore m'en aller ! Et maintenant ! » Astrid glissa ses jambes en dehors du lit et se leva aussitôt. La douleur se manifesta violemment dans sa cuisse et elle perdit l'équilibre. Harold la rattrapa avant qu'elle ne percute le sol, puis la redressa pour la rallonger sur la couche. La jeune viking se laissa faire car elle n'était pas en état de marcher, et parce qu'elle regrettait déjà d'avoir voulu mettre fin à leur retrouvailles.

- Pardon… fit-elle en baissant les yeux, s'appuyant sur son ancien camarade pour se caler.

- Pas grave. Ça me fais très bizarre de revoir quelqu'un comme toi. Vraiment bizarre… » Elle vit aussitôt qu'il était gêné, même nostalgique. Alors qu'elle était à nouveau allongé, Harold ne lâchait pas ses bras par lesquels il l'avait soutenu pour la ramener au lit. Astrid regarda les yeux de ce dernier : ils étaient brillant de tristesse. Elle lui parla d'une voix plus douce :

- Est-ce que Beurk te manque ? Et ton père ?

- Bien sûr, qu'ils me manquent. Mais j'ai appris à vivre sans, jusqu'ici. Je me porte bien, maintenant.

- Est-ce que Rustik, Varek et les jumeaux te manquent aussi ? » Le concerné sembla réfléchir.

- Non, pas vraiment. Je regrette juste de ne pas avoir eu de relations plus ferme avec eux. J'aurai eu des amis sinon.

- Qu'est-ce que tu as fait, en dix ans, dis-moi ?

- J'ai voyagé. J'ai cartographié le monde entier, visité pleins de terres différentes. J'ai étudié les dragons et tout ce qui les concerne. J'ai fait des tonnes de découvertes, et j'ai construit cette maison.

- Sérieux ?! C'est toi qui a tout fait, même les meubles de cet pièce ? s'exclama la combattante, agréablement surprise. Son ami hocha la tête avec un air satisfait. Elle siffla. À bien y regarder, la pièce était très bien faite. Même trop.

- Comment tu as fait ces tours quand tu nous as surpris dans la forêt ? Avant qu'on voit le sorcier écailleux.

- Le premier tour était un gaz hallucinogène qui est sécrété par le mélange du nectar d'une fleur et de la salive de Terreur Terrible. Mais il n'est que temporaire, juste une minute.

- Assez pour mettre en place un brouillard épais ? demanda Astrid en lançant un regard entendu, accompagné d'un sourire. Harold la signala du doigt pour lui dire qu'elle avait compris, lui aussi légèrement souriant. Il avait enfin l'occasion de crâner devant elle, et elle s'intéressait.

- Mélange de poudre d'écaille d'Écrevace et d'épices. Tu craques une allumette, tu la jette dans la fiole, tu la referme le temps que ça réagisse, et avant que la brume face exploser le verre, tu peux discrètement la faire rouler jusqu'à tes cibles. Et ça limite leur vue.

- Harold, tu te rend compte de tout ce que tu pourrais enseigner aux habitant de Beurk, à présent ? Tout le savoir que tu as acquis, tu pourrais le partager avec tout le monde, et par la même occasion nous aider à faire la paix avec les dragons.

- Pourquoi je devrais revenir, Astrid ?… Personne ne m'acceptera, pas avec ce que je suis devenu. Pareil pour Krokmou. Je risque plus de les dégoûter qu'autre chose. Qui plus est, le royaume a tellement grandi depuis mon départ…

- Ça veux rien dire, Harold. Tu as le droit de revenir. Tu es né sur cette île, tu as grandi sur cette île, tu as entièrement le droit d'y retourner, pour les convaincre.

- Je ne sais pas…

- Tu es né pour monter sur le trône de Beurk, Harold. Pas moi, ni personne d'autre ! Peu importe ce que tu as accomplie. C'est ton destin. » Le jeune homme secoua la tête. La jeune viking voyait bien qu'il était perturbé par sa proposition. Et qu'il avait peur de revenir.

- Le royaume a grandi pendant ton absence, fit Astrid avec enthousiasme. Et alors ! Je suis sûr et certaine qu'il le sera encore plus si tu revenais. » L'optimisme de la jeune femme ne l'atteint qu'à moitié. Ses paroles avaient de quoi faire plaisir, mais il doutait de leur vérité. Elle libéra un bras de l'emprise d'Harold pour poser sa main sur celle qui retenait son autre bras. Espérant que sa sincérité touche le jeune homme, elle le dévisagea patiemment. Il dit alors :

- Je… je vais y réfléchir. Avale ton médoc, et je te transporterai en bas pour que tu puisses manger. Demain je te ramène au camp de Beurk, d'accord ? » La jeune femme hocha la tête, appréhendant seule la réponse de son ami. Il remit aussitôt de la distance entre eux et elle put se pencher sur la table de cheveux pour avaler le médicament. Alors qu'elle l'engloutissait, une idée lui vint.


- Tu peux marcher, de là à ton camp ? demanda Harold tandis que Astrid s'appuyait sur la tête de Krokmou pour descendre de son dos. Elle hocha la tête et fit quelques pas, non sans avoir mal. De retour en pleine forêt, au petit matin, elle avait pu profiter d'une balade sur le dos du dragon, qui semblait assez content. Ce vol lui rappela des souvenirs fous.

- Alors tu as réfléchi ?

- Non.

- Harold, c'est sérieux, reviens. Essaye, t'as rien à perdre, je te promet. Aide-moi à aller jusqu'au campement, s'il te plaît.

- Ah non. Déjà je t'ai vu marcher plein de fois. D'ailleurs je me suis toujours pas excusé pour ta jambe.

- Puisque tu en parles, c'était quoi l'intérêt de m'avoir enlevé, au final ? » Harold lui lança un regard blasé et soupira.

- Je te l'ai dit. Te parler et te revoir.

- Dire que tu nous a fui pendant dix ans, et maintenant tu dis que tu veux me parler. Tu me cloîtres chez toi et quand je te propose de revoir tout le monde, tu dis non. Franchement, je suis flatté du privilège, mais c'est pas sympa pour les autres, tu ne crois pas ? marmonna-t-elle. Et si je veux, je peux jouer les tête de mules…

- Tu viens de Beurk, j'en suis sûr !

- … et m'asseoir par terre jusqu'à ce que tu craques et me portes jusqu'au campement pour que tu puisses voir Varek, Kognedur et Kranedur, et Rustik.

- Ce sera bien la première fois que je te verrai afficher une faiblesse, mais non, tu ne m'aura pas. J'ai qu'à partir d'ici et tu te retrouveras toute seule, puis qu'en tu en auras marre, tu te lèveras et tu iras jusqu'à ton campement avant de te faire réprimander par tes chefs de missions parce que tu les as inquiétés. Au revoir, jolie demoiselle. Ce fut un réel plaisir !

- N'empêche que si je reste ici, il m'arrivera sûrement quelque chose. Il y a pas mal de choses dangereuses qui rodent par ici. Je suis blessée et je n'ai pas d'armes.

- Astrid, fit Harold avec un sourire carnassier. Tu sais pourquoi vous croisez très peu de dragons dans le coin ? Non ? Parce que je les ai tous dressés. Il ne t'arrivera rien. » Il se détourna et marcha vers les profondeurs de la forêt. Krokmou sautillait autour de lui en regardant alternativement les deux humains, avec un sourire sans dents. La jeune viking le regardait s'éloigner, énervée. Un peu plus loin, elle vit le dragonnier grimper sur la selle du Furie et s'envoler entre les arbres.

- Aux grands maux les grands remèdes, Harold. Puisque tu ne veux pas revenir, je vais t'y forcer. »


Krokmou laissa son maître descendre de son dos puis marcher à coté de lui. Alors qu'ils reprenaient le chemin de leur maison, le dragon lui lança un regard interrogatif avec un petit roucoulement. Comme ce dernier ne réagissait pas, l'animal se faufila sous sa main en faisant mine de demander des caresses, le questionnant sur la personne qu'ils avaient laissés derrière.

- Non, Krokmou, personne ne nous acceptera là-bas. Moi aussi j'aime Astrid, mais on est définitivement pas du même monde. Je ne peux pas l'arrêter elle toute seule et l'obliger à abandonner Beurk. Me demander de revenir voulait clairement signifier qu'elle souhaite y rester… » Le dragon baissa la tête avec un air boudeur. Le jeune homme soupira.

- Je sais, moi aussi ça m'attriste mon grand. » Les deux amis atteignaient leur maison, une grande bâtisse à plusieurs étages où des détails et des décorations minutieuses étaient apparus au fil du temps. Ils rentrèrent, le chevalier défit son manteau et le percha sur le porte-manteau, puis s'affala sur son fauteuil avant de se remettre à écrire dans un ouvrage. Le silence qui régnait habituellement dans la maison revint, et il se détendit. Du temps passa.

Un bruit énorme et prompte résonna dans la maison puis des pas se firent entendre. C'est avec surprise que le sorcier vit pénétrer dans son salon Astrid, suivit de Rustik, les jumeaux et Varek. Sur un ton triomphant, la jeune viking déclara :

- Harold Horrib' Haddock III, nous vous arrêtons pour avoir envahi un territoire de l'Union des Royaumes. Veuillez nous suivre sans faire d'histoire !

- C'est ça ta technique pour me faire revenir ? pouffa le concerné. Ce que tu es têtu !

- Harold, ça fait une plomb ! s'écria Rustik.

- Même deux, s'esclaffa Kranedur. À côté des gaillards enjoués d'avoir retrouvé un disparu, Kognedur regardait le jeune homme avec intérêt en lâchant un '' Ouh… Woaaw…'' langoureux.

- Oh, Harold, ça fait plaisir de te revoir, fit Varek en s'approchant de l'interpellé. Tu es méconnaissable ! » Astrid hocha la tête, de même que Kognedur. En entendant le raffut, Krokmou descendit au rez-de-chaussé, faisant sursauté les nouveaux venus. Le chevalier se leva et attira le dragon à ses côtés en lui tapotant le museau. En voyant la docilité de l'animal, les vikings se détendirent.

- Je vous préviens, je refuse d'aller sur Beurk pour être jugé, plaisanta Harold tout en gardant son air sérieux.

- Ah, mais on demande pas l'avis aux prisonniers, répliqua Astrid en s'approchant de son ami. Un bateau embarque dans trois heures. Ça te dirait une balade en mer ?


Salut à tous ! Si vous lisez ce petit post, c'est que vous êtes arrivés jusqu'ici et je vous remercie de l'intérêt que vous portez à l'histoire. N'hésitez surtout pas à me laisser un commentaire, je suis toujours ouverte à vos avis, de plus qu'ils m'aident à avancer. Et donc, voici venu le 5ème chapitre de The Silent Death and The Scarly Warlock et j'espère franchement qu'il vous aura plus ! Les premiers chapitres ne doivent plus ressembler à une intrigue, maintenant ^^ En tout cas, espérons que cette suite n'aura pas brisé vos attentes. Bisous à tous ❤ !

Merlin's Vision