Salut à tous ! Voici le 6ème chapitre. J'espère que celui-ci vous plaira. C'est sûrement le plus long de tous, si je ne dit pas de bêtises. Pour l'instant, vous assisterez au combat interne que mène Harold. J'espère que ses tourments ne vous ennuieront pas ! ^^ Si vous avez quelque chose à dire concernant ce chapitre, je suis ouverte à vos critiques. Je trouve moi-même que l'ambiance à changer, alors dites-moi si c'est dans le bon sens :) Bonne lecture ! Bisous ❤

Merlin's Vision


Chapitre VI : Mal du pays

Harold hésitait affreusement entre se laissait conduire à l'embarcation pour Beurk et refuser catégoriquement son rapatriement. Enfin, pour l'instant, il se laissait docilement emmener par la petite bande à Astrid. Il zieutait par moment Kognedur qui tournait autour de lui avec un profond intérêt dans les yeux. Krokmou restait à porté de main de son maître en regardant ce beau monde les escorter.

Une fois arrivé au campement, le jeune homme eu tout le loisir d'observer les installations sans émettre le moindre étonnement. Étant donné qu'il avait été apprenti forgeron, il s'était aussi désigné comme inventeur. Les progrès que Beurk avait fait ne l'impressionnait outre mesure mais admettait tout de même leurs ingéniosités.

- Ah… Serait-ce un nouveau modèle de catapulte ? demanda-t-il en se penchant vers Varek. Le viking dodu sembla d'un coup se réveiller et montra brusquement une grande attention à ce début de conversation.

- Oui ! Bien vu. C'est un modèle qui a été bâti avec la coopération d'un peuple d'artisan à l'Est. Ceux-là ne vive que pour construire ! Avec leurs travaux et leurs recherches, on a pu concevoir une catapulte qui a maintenant une plus grande porté et peut tirer trois boulet en même temps. Note aussi que… » Harold laissa Varek déblatérer tout son soul en écoutant d'une oreille distraite, répondant à ses explications par quelques compliments. Il n'avait pas changé. Alors que la petite troupe se dirigeait vers la plus grande tente du camp, Rustik intimait au bavard de se taire, car il l'avait déjà expliqué ces anecdotes bien une dizaine de fois.

À peine arrivé au centre du camp, le chevalier se renfrogna d'un coup. L'air était soudainement chargé de sentiment négatif, car les vikings observait Krokmou du mauvaise œil. Le jeune homme porta la main au pommeau de son épée qui tenait à son flanc gauche mais constata qu'aucuns combattants ne tentait d'attaquer. Au contraire, ils dévisageaient Astrid avec insistance, comme si ils lui demandaient silencieusement quelque chose. Harold comprit que tous comptaient un peu trop sur sa capacité à contrôler les dragons, piètre et de mauvaise augure soit-elle à son goût. Son dragon plissa du nez, se sentant menacé. À force de vivre à ses côtés, le sorcier avait appris à reconnaître et à distinguer le bruit que faisait les dents de l'animal quand elles sortaient de leurs gencives.

- Tout doux, mon grand, fit le maître en caressant la crête dentelée de ce dernier. Astrid emmena le groupe vers l'embarcadère terreux. Elle avança sur le ponton en faisant signe à ses acolytes de rester sur terre. Le dragonnier la vit échanger quelques mots avec le capitaine du grand drakkar puis revint peu de temps après sa minuscule entrevue. Elle s'adressa directement à l'ancien disparu.

- Harold, monte à bord avec Krokmou. » Le concerné ne bougea pas d'un poil, ses yeux dans le vide pointait vers la jeune femme. Elle eu un certain mouvement de recul quand elle cru qu'il la reluquait avec assiduité, concentration. Puis sans dire un mot à cette dernière, s'engagea sur le ponton, le dragon à sa suite.

- Et il dit même pas au revoir, s'indigna Kranedur avec une grimace de dégoût.

- Pas besoin de lui dire au revoir, s'énerva Rustik. Puisqu'on embarque avec lui ! » Déjà sur le bateau, les marins poussaient des cris à la vue du Furie Nocturne, exigeants qu'il soit attaché pour le trajet si cet ''cargaison'' montait à bord. Astrid se retint de pouffer quand elle vit l'air blasé et ennuyé qu'accordait Harold aux navigateurs.


- Larguez les amarres ! cria le capitaine. À l'aide de longues perches, des hommes repoussaient le bateau du port et jusqu'à temps que le navire ait prit une certaine distance, on ordonna de descendre la grande voile. Le vent vint aussitôt gonfler le large drap et la proue se mit à glisser vers une mer calme et brumeuse, celle qui entourait sans arrêt l'île tel une muraille. Harold se tenait près du bastingage accompagné de son dragon, muselé et attaché à une patte arrière. Il fut rejoint par Astrid quelques minutes après que l'Île-Qui-Gronde ait disparu après un kilomètre d'écart. Il faut dire que cette terre était immense.

- Je suis contente que tu ais accepté de venir, lui dit-elle avec un sourire. Le jeune homme ne prêta aucune attention au visage illuminé de la jeune combattante et répliqua froidement :

- Te fais pas d'idée, Astrid. Je m'envolerai à la seconde où on me fera regretter d'avoir embarqué dans cette galiote. » Le silence revint d'un coup entre eux. La jeune viking ne savait plus comment parler sans trop pouvoir le contrarier. Elle avait envie de lui poser des questions auxquelles il aurait sûrement répondu s'il était encore chez lui. Ne préférant pas l'ennuyer, de plus qu'il rechignait en voyant Krokmou agiter sa patte menotté, elle s'éloigna à contrecœur. Il hésitait vraiment à retourner à son pays natal et à tout moment, il avait la possibilité de rebrousser chemin. Déjà, elle s'imaginait à le voir abandonner sa maison pour éviter qu'on le retrouve à nouveau. L'idée la contrarie tellement qu'elle revint à la rambarde à côté de son ami et, chose rare, se mit à fulminer en silence.

Plus le bateau avançait vers le large, plus Harold sentait son cœur battre. Déjà des heures s'étaient écoulés, et Astrid avait de temps à autre regarder dans sa direction, mais elle n'avais pas osé lui adresser la parole. On aurait dit qu'elle avait pris au mot son avertissement. Comme il l'avait connu, sa présence en disait à chaque assez long sur elle et la moindre présentation semblait inutile. Au cours des années, elle semblait s'être ouverte aux autres. Le fait qu'elle côtoie le monde des vikings avec un orteil dans celui des dragons, montrait quelque part qu'elle avait une petite face cachée. Bien que même exposé devant les habitants de Beurk, les ruses que Harold avaient inventés ne s'étaient pas vu lors de l'entraînement dragons. La jeune viking savait duper les gens. Une idée traversa l'esprit de Harold : est-ce que lui aussi allait duper Astrid s'il s'enfuyait ?

- Encore une fois, qu'est-ce qu'on fait avec un dragon à bord ?! s'énerva le capitaine.

- On l'a cap-tu-ré ! répéta la combattante. On l'emmène à l'arène de Beurk, rien d'autre ! » Le chevalier regardait, flegmatique, les réactions des marins.

- C'est bon, vous l'avez déjà attaché, grommela-t-il pour lui-même, tandis que Krokmou se penchait sur la rambarde pour écouter ses lointain congénères marins. Les heures de navigations commencèrent à s'écouler lentement pour les deux amis. À la nuit tombé, Astrid proposa au sorcier de la suivre pour qu'il dorme dans un hamac. Il refusa gentiment, ce qui la laissa coin.

- Quoi ? fit-il en regardant son air consterné.

- Rien, je me demandais juste… tu me fais la tête ?

- Non, pas du tout. Pourquoi tu dis ça ?

- Depuis qu'on a embarqué, tu rechignes, tu lances des regards noir par-ci par-là, tu parles pas et tu menaces de quitter le navire si on t'adresse la parole.

- J'ai pas dit qu'on ne pouvais pas me parler, s'expliqua le jeune homme. J'ai dit que si ma visite tourne au vinaigre, je m'en allais.

- Oui, bon, c'est presque pareil. N'empêche que tu devrais rentrer pour dormir. Les nuits sont très froides en mer.

- Je peux dormir sur le pont avec Krokmou. Je me calerai sur son flanc, j'aurai assez chaud, t'en fais pas. Et puis, qui c'est, je ne veux pas que quelqu'un se débarrasse de lui dans la nuit parce que vous flippez tous face aux dragons. Il ne sait pas nager et ne peux pas voler tout seul.

- Mais si quelqu'un s'en prend à vous, ou autre… tu… vas partir ? Tu vas aller où ? » Le ton de la jeune fille était empreint d'inquiétude. Subitement, le chevalier hésitait à lui répondre. Même embarqué depuis une journée à bord, il hésitait encore à rester ou à rentrer. Puis il se demandait pourquoi il se laissait entraîner. Il avait quand même sa petite idée sur la question même si ce n'était pas une certitude. Astrid avait le don d'exercer un sacré pouvoir sur lui. De toute façon, il était en route. Mais jeté un coup d'œil à Beurk lui ferait-il vraiment rien de mal, comme le prétendait Astrid ?


Ding ! Ding ! Diing ! La cloche du drakkar sonnait au matin du quatrième jour que l'équipage passait en mer. Les marins et passagers s'étirèrent, se levèrent, pour certains s'habillèrent, puis rejoignirent le cuisinier sur le pont qui distribuait les rations du petit déjeuné. Harold se leva, ankylosé par le froid. Il prit une ration, qu'il partagea avec Krokmou. Le repas avait une couleur gris chaud et était pâteux. Le dragonnier ne parvenait pas, jour après jour à deviner ce que composait ce mélange. Ça ressemblait vaguement à une céréale mis en compote, mélangé à on ne sait quel aliment liquide. Pourtant, ça restait bon. Astrid s'assit sur le sol à côté de Harold.

- Tu sais ce qu'il y a dans ces bols ? demanda le jeune homme. Il fit une grimace quand elle le regarda, surpris par la question, la bouche pleine de mélasse qui dégoulinait un peu sur son menton. Il attendit qu'elle avale et elle lui dit après avoir déglutit avec difficulté :

- Vaut mieux pas que tu saches.

- Pirates à bâbord ! Pirates à bâbord ! » Astrid s'étouffa avec une nouvelle bouché tout juste enfourné. Harold se leva en donnant une tape dans le dos de la jeune viking et couru vers le côté gauche du bateau. De la brume sortit un bâtiment comportant deux voiles rapides et une multitude de pointe longues et aiguisé sur leur coque ressemblant à des épées. Un étendard noir flottait légèrement en haut du mât. La proue du vaisseau pirate fonçait directement vers le milieu du drakkar. Déjà la panique gagnait l'équipage qui courait en lâchant leur déjeuner, engendrant des glissades à cause de la bouilli qui se rependait sur le sol. Les matelots sortaient déjà les voiles pour faire avancer l'embarcation viking quand un boulet en provenance du bateau ennemi vola dans les airs avant d'enfoncer une partie du garde-fou.

- Ils ont des catapultes !

Un autre rocher fut immédiatement envoyé. Harold se précipita vers Krokmou en dégainant son épée et trancha net la chaîne qui retenait celui-ci. Le temps qu'il monte sur son dragon, le second projectile s'était enfoncé dans le planché du pont arrière. Au moment où il s'envola, quelqu'un lui agrippa la taille.

Le vaisseau pirate percuta avec violence sa cible et il pivota pour éventrer la coque avec ses lames. Un rugissement se fit entendre puis les pirates sautèrent sur le pont du drakkar. Commença une bataille féroce, mêlant agile pirate contre brute viking. Varek fuyait dans tout les sens, ne manquant pas d'assommer deux trois personnes dans la panique. Les jumeaux se disputaient un adversaire en le tirant par les bras, et Rustik cognait chaque chose qui lui passait sous la main avant de se vanter du travail qu'il accomplissait. Alors que la bataille fit passer des hommes par-dessus bord, imposant un vacarme infernale à une mer tranquille, l'air dans le ciel se mit à siffler. Une flèche noir passa dans la brume à ras de l'eau et une boule de feu bleu traversa l'affrontement pour déloger la proue du bâtiment ennemi.

L'avertissement arrêta quelques pirates, puis une autre attaque plasma fit sauter la paroi de la cale. De l'eau commença à s'infiltrer dans le navire ennemi, et déjà il commençait à pencher avec le poids de l'eau. Une autre boule de feu aggrava la brèche, puis une autre détruisit un des mâts. Les pirates mirent des chaloupe à l'eau et procédèrent à une retraite. Les ennemis désertaient le drakkar, sautant à l'eau pour rattraper les barques.

- Remettez-vous à votre poste, hurla le capitaine. Il faut s'éloigner du bateau ! » En effet, en coulant, le vaisseau ennemi entraînait ce qui se trouvait aux alentours dans un tourbillon ou des courants ascendants. L'embarcation viking s'éloigna en regardant un étrange spectacle : l'immersion d'une immense goélette et la disparition d'un équipage pirate derrière un brouillard devenu inquiétant.

- Est-ce que tout le monde va bien ? lança le capitaine en vérifiant si tout le monde était là. Varek tourna sur lui même puis demanda :

- Où sont Harold et Astrid ?

Sur ces mots, un poignard tomba du ciel et se planta dans le planché aux pieds des jumeaux qui tentaient encore de foutre l'un d'entre eux à l'eau. Cela suffit à les séparer. Rustik enleva le couteau du sol et remarqua la note qui y avait été empalé. Il fronça les sourcils puis lu la lettre à voix haute à l'équipage :

- Nous vous retrouverons sur Beurk.

Harold et Astrid.

- Sur Beurk ? Fit Kranedur en criblant sa sœur de coup de poings. Mais comment ils vont faire ?


- Tu ne compte pas t'enfuir, Harold, non ?

- Maintenant que je t'ai aux basques, je suppose que je vais pas m'y tenir, soupira le concerné. Un silence tendu se profila entre les deux cavaliers. Krokmou les zieuta un instant puis se concentra sur sa vision au travers de l'embrun. Harold lui ordonne de monter au-dessus des nuages. Une fois à la surface de cette mer de brume, les rayons du soleils encore matinaux vinrent réchauffer le trio. Déjà l'atmosphère devenait meilleure et sentait moins l'humidité.

- On arrivera dans combien de temps, d'ici à Beurk ? demanda Astrid en regardant avec intérêt le jeune homme.

- Un jour, grommela-t-il. Peut-être même plus. » La combattante hocha la tête et commença à profiter de la vue. Le dragonnier regretta un peu d'avoir laissé Astrid monter sur Krokmou lors de l'attaque. Maintenant, elle le surveillerai de près. De très près même. Si le bateau n'avait pas était attaqué, le jeune homme y serait encore à réfléchir sur quitter le bateau une nuit sans laisser de trace ou faire confiance au pressentiment de son amie et retourner sur Beurk. Et il aurait eu tout le temps pour y penser, sans avoir à se soucier d'un long vol.

- Tu peux me dire pourquoi je me suis laissé entraîner dans cet galère ? fit Harold, exaspéré, essayant de se convaincre d'une autre raison que celle qui s'accrochait fermement dans son dos.

- Ben, commença Astrid. Pour voir Beurk, ses habitants et ton père, non ? Et peut-être tenter de les faire changer d'avis, non ?

- Et comment je devrais m'y prendre pour faire un truc pareil. En faisant un numéro de cirque ? Mon père a toujours détesté les clowns.

- Je sais pas, moi, répondit la jeune femme. C'est pas moi le dresseur. » Mais c'est toi qui m'a forcé à revenir, pensa Harold. Les mots ne sortirent pas de sa bouche. Même après avoir laissé le motus perdurer, il lui sembla qu'il était trop tard pour lui répondre.

Ils firent deux pauses au cours de la journée, une pour se reposer à midi sur une petite île, et l'autre pour organiser un camp pour dormir la nuit. Ils repartirent le lendemain après avoir collecter un maximum de provisions pour la traversée, notamment de l'eau. Harold fit exprès de perdre du temps, s'éloignant le plus possible de sa camarade pour éviter qu'elle le presse. C'est au matin du deuxième jour, vers le milieu de la matinée, que les nuages se dissipèrent dans le ciel. Krokmou fit une descente en biais vers l'océan. Les voyageurs franchirent deux géants de pierres qui émergeait de l'eau, la gueule béante et agité de flammes, représentant de vaillant vikings. Devant eux se dressait alors l'Île de Beurk, plus coloré que jamais à présent que les maisons s'étaient répandus sur les côtes. Aussitôt, Harold redirigea son dragon pour qu'il longe les falaises et contourne la grande île. Ils survolèrent alors l'immense forêt de pins. Rien qu'à la vue de cette gigantesque pinède, le cœur du chevalier se serra et la boule au ventre lui vint. Il était de retour à son berceau.