Hey guys ! Tout d'abord, j'aimerai vous dire un truc à propos des deux derniers chapitres.
Comme vous avez pu le constater, ils étaient plutôt courts et quelque part je m'en suis voulu parce qu'en les relisant, j'ai remarqué que j'avais bâclée leur écriture. J'ai décidé de ne pas les refaire cependant, et d'éviter de reproduire ça encore une fois. Dans ce chapitre, je n'ai pas fait de coupures au niveau des PDV. Vous savez que j'en fais énormément ces derniers temps, et je me suis rendu compte que c'était pas évident maintenant que je dénombre le nombre de personnages dans cette histoire, secondaires ou pas, à plus de 30 (je veux ma mort). Mais en bref, c'est un passage vraiment important que je poste aujourd'hui, et dont j'ai saccagé l'entrée en matière lors du dernier chapitre X'D Cette fois j'ai voulu bien faire, ce chapitre met en place l'intrigue un peu politique des Berserks.
Reviews, guys !
lemortel : Je sais pas si c'est ce type d'action que tu souhaitais, mais j'ai fais un sorte qu'il se passe un petit nombre de choses plutôt sympa dans ce comprendras vite ^^ En parlant du passage d'Harold qui se pointe à la réunion, c'est vrai qu'il fait un peu thug mais j'ai mal mis en scène cette arrivée je trouve. Et les trois apprentis d'Astrid sont en voie de prendre quelques décisions prochainement, mais pas dans ce chapitre. Tiens, Osvald attire la compassion on dirait. Qu'est-ce que tu préfère chez lui aux deux autres ? Ouais, il faut que je trouve au moment à Astrid pour la faire sortir de prison X'D Merci pour ta review ! J'espère à bientôt !
zherden :Varek a trahi Astrid en tentant de rallier Eliott à sa cause. Eliott a dit "chui pas un pigeon" et Astrid s'est retrouvé en prison. Voilà ce qu'à fait Varek ! C'est très joyeux tout ça, n'est-ce pas ? Chapitre de transition, y'a pas à dire. D'ailleurs, c'était une transition de merde. J'espère que ce chapitre-là te plaira :) Merci pour ta review et à bientôt j'espère !
Stridou :Merci pour ton encouragement et ta review, ça fait plaisir ! Bonne lecture pour la suite :D
Enjoy ! Et n'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez ;)
Chapitre XXVI : Le Royaume des sept provinces.
La mention de son nom provoqua un étrange écho dans la salle. Les regards portés sur lui se faisaient tout aussi incrédules que surpris, et certains étaient même hostiles. Harold savait qu'à leurs yeux il avait l'air d'un revenant, un mort revenu à la surface. Tous ici présent devaient avoir entendu parler de la disparition du fils de Stoïck la Brute. Les Chefs et leurs gens le dévisageaient avec tellement d'intensité qu'il sentit la gêne et l'agacement s'installer en lui. Se pointer à cette réunion pour se plaindre auprès de Dagur lui avait valu une reconnaissance dont il se serait bien passé. Mais à présent, c'était trop tard. Il devait faire avec. Après avoir lâché un petit soupir aussi discrètement que possible, il salua d'un signe de tête les autres Chefs, auquel seuls quelques-uns répondirent. Puis il décida de rattraper les présentations foireuses du Chef Berserk.
- Notre Chef doit s'acquitter du déplacement de nos troupes, sa présence étant en ce moment requis ailleurs, je me charge seulement de le représenter en tant qu'ami proche. »
Aucun invité ne daigna réagir sauf un seul. Les autres semblaient trop estomaqués pour dire quoique ce soit.
- Je vois, fit un des Chefs, un colosse barbu châtain, au nez en flèche et aux yeux bleus sages. C'est bien dommage, mais ça reste un plaisir de vous rencontrer. »
Cette phrase arracha un sourire reconnaissant au sorcier qui hocha la tête à l'intention de Seoras Andersan, homme à la tête de la tribu Fhinntain. Celui-ci, à la différence de sa fille qui semblait méfiante à son égard, avait tout de rassurant et rayonnait de tranquillité. Harold se demanda que pouvait bien penser une telle personne pour s'allier avec Dagur. Il était plutôt satisfait qu'il n'ait pas laissé le silence suivre son intervention, et qu'il ait répondu avec politesse.
En comparaison, quelques personnes dans la pièce semblaient vouloir lui poser des questions, sûrement concernant son départ de Beurk. Les réponses seraient données en temps et en heures, car à partir du moment où le sujet des dragonniers serait évoqué, la raison de son départ serait en parallèle dévoilée. Bien entendu, Harold était fier d'être ami avec les dragons et ne souhaitait pas s'en cacher, mais il devait bien le faire pour éviter tout problèmes avec des opposants. Il n'avait aucune idée de ce que les Chefs pouvaient penser de lui, mais il ne tarderait pas à le découvrir une fois les révélations faîtes.
- Bien, puisqu'il ne manque personne à présent, coupa Dagur avec sourire sarcastique, désignant d'un mouvement de la main l'immense table se trouvant non loin, je propose qu'on aille tous s'asseoir et qu'on commence la parlote. »
Harold était sûr que dans le fond, Dagur faisait un effort sur son comportement en vue de la longue réunion qu'il allait endurer. Tout le monde connaissait son caractère, il en valait donc de même pour les invités de bien se tenir face à lui. Pas de médisances ou de remarques déplacées avec le Berserk. S'il l'avait voulu, il aurait donné l'assaut sur les autres îles pour les conquérir sans même prévenir. Mais c'était sans compter sur une petite poignée de royaumes qui avaient malgré tout la force de le contrer si nécessaire et il pouvait tout aussi bien essuyer de lourdes pertes plutôt qu'une victoire implacable.
Tout le monde se dirigea vers la table et les Chefs y prirent place selon leur envie. Les invités tels que les enfants, compagnons et bras droits pouvaient s'installer sur une estrade pourvue de fauteuils qui entourait la table de façon à ce qu'ils assistent également aux échanges, mais seulement en tant que spectateurs. Bien entendu, chacun d'entre eux se plaça au plus proche de son parent ou de son Chef. Harold, sous le regard scrutateur des autres convives, s'accapara le siège à droite de Dagur, qui s'installait en bout de table. Même s'il n'appréciait pas de nombreuses choses chez le viking, il était son plus proche allié dans cette réunion. Celui-ci paraissait d'ailleurs très content que le mercenaire s'installe si près de lui. Pourquoi ? Il avait vu l'air peu amène des autres Chefs et pour lui, la réaction du dragonnier était prévisible. Il établissait une certaine distance entre lui et les autres gens dans cette pièce. Harold avait l'impression d'être la pomme verte parmi les rouges. Il n'était plus du même panier qu'eux depuis bien longtemps, il était un peu comme un intrus, et sous plusieurs points de vue.
Dagur ne patienta pas plus longtemps et ouvrit la réunion :
- Je souhaite à tout le monde la bienvenue à la forteresse Berserk. C'est ici que les décisions seront prises et il s'agira également de notre siège de guerre, mais remettons ce sujet à plus tard. L'émissaire Ean Burnett qui a fait le tour de tout l'archipel vous a déjà informé de mon projet et vous avez accepté de vous unifier à moi en signant la lettre attestant que vos royaumes sont désormais annexés au royaume Berserk. Vous vous retrouvez donc sous sa bannière en tant que provinces éloignées. Jusque-là, tout le monde est d'accord, je présume ? »
Le motus dans lequel le discours confiant de Dagur avait plongé l'assemblée ne se brisa pas quand il fit cette courte pause. Certains Chefs acquiescèrent d'un air grave, d'autres émirent un grommellement affirmatif.
- La première tâche qui m'incombe devant vous est de vous désigner chacun gouverneurs de votre province, étant anciennement votre royaume. Vous la dirigerez pour moi, et selon les termes et les traditions Berserks. Je vais commencer par les énumérer pour que vous sachiez comment procéder à présent que vous êtes unifiés sous ma bannière. Premièrement, le commerce qui se faisait entre vous et plusieurs autres tribus se fera à présent entre les provinces, et seulement entre les provinces. Les royaumes de l'archipel, Beurk, Bhardhyl, Jakobsson et Nordhal ne sont pas inclus. »
Harold vit frémir des Chefs. Le mécontentement se lisait sur certains visages, ce qui indiquait que certains gouverneurs venaient de perdre des avantages commerciaux. Un Chef, Eduard Strick de la tribu Wal, leva la main, fronçant les sourcils. Dagur s'interrompit et lui donna la parole :
- Que faisons-nous du traité qui a été signé pour le partage de ressources provenant de l'Ile-Qui-Gronde ? Ma tribu s'approvisionnait régulièrement là-bas, et c'est aussi le cas de Bhardhyl et de Beurk. »
Plusieurs Chefs argumentèrent qu'ils le faisaient également. Sur les six Chefs, quatre profitaient encore des biens que possédait l'île. Si les échanges se faisaient dès à présent entre les provinces, le traité de l'Ile-Qui-Gronde posait un problème pour ceux qui y adhéraient s'ils ne devaient plus avoir à faire avec les royaumes rebelles.
- Eh bien, s'il y a des volontaires, fit Dagur, on pourrait se charger de récupérer l'île de manière à poursuivre vos approvisionnements, mais aussi de manière à couper une partie des vivres à Bhardhyl et Beurk. »
- Je veux bien participer, déclara Eduard, et le Berserk lui sourit.
- Très bien, on a reparlera plus tard dans ce cas. Ce sera intéressant d'inclure ça sur le plan de la conquête. Quelqu'un veut-il ajouter quelque chose ? Je précise que la conquête de l'archipel interrompra forcément le commerce, et il faudra fabriquer du matériel militaire, fournir des hommes et de quoi survivre à l'hiver à ceux qui en ont besoin. Que ce soit de la nourriture, des vêtements, des fourrures, des armures, des tentes, peu importe mais vous devez tous avoir de quoi vous battre. »
Dagur fit une pause en regardant les Chefs. Harold remerciait Erwin d'avoir fait signer un pacte de paix à ce dernier, car maintenant que le royaume Berserk avait unifié six royaumes, il y avait des chances pour que le pacte s'applique également aux six autres provinces. Il s'en rendait compte, son Chef sauvait peut-être d'avance le coup. Malgré les protestations que pourraient apportés les Chefs, ils seraient en paix avec les dragonniers. Harold s'accouda à son siège et croisa les mains devant lui. Il regardait la scène qui se déroulait devant lui avec un certain flegme. A ce moment-même, des femmes venaient et posaient de quoi se désaltérer devant tous les convives. Il n'en fut pas plus content.
- Poursuivons, enjoignit Dagur quand il vit que plus personne ne discutait son point sur le commerce. Deuxièmement, en temps de guerre, le commandement de vos troupes revient de droit au Roi Berserk ou à son représentant. »
Harold ne put s'empêcher de sourire quand il entendit le viking s'autoproclamer Roi des sept provinces de Barbaric sans ambages. Il vit des Chefs contenir leur abasourdissement devant ce manque de modestie, tandis que d'autres ne discutaient pas le point soulevé. Il aurait été bête de protester de toute manière, Dagur menaçait ceux qui ne joignaient pas sa cause d'entrer en guerre avec eux. En acceptant l'unification, il était évident qu'ils se soumettaient à ce dernier. Même s'ils leur prenaient l'envie de contester cette auto-proclamation, ils ne pouvaient rien y faire. Dagur était la cause de l'idée de ce projet, et tout le monde savait qu'il s'était d'or-et-déjà désigné comme dirigeant.
- Troisièmement, les gouverneurs peuvent gérer leurs conflits comme bon leur semble, uniquement s'ils ne portent pas atteinte aux autres provinces. Autrement, c'est moi qui me charge de les régler.
« Quatrièmement, les enfants seront formés au combat dès l'âge de treize ans. Je sais que ça ne pose pas de problème pour plusieurs d'entre vous, qui dirigez un peuple de combattants, mais ça vaut maintenant pour tout le monde. Il en tient de la puissance et de la renommée de tout le royaume de Berserk. Qui plus est, s'il vous arrive quelque chose, étant donné que les provinces sont éloignés de quelques jours de navigations l'une de l'autres, vous devez pouvoir vous défendre en cas de problème. Je sais que certains d'entre vous ne prônent pas spécialement les combats et la violence, et j'ai bien l'intention de changer ça. »
Harold savait que Beurk formait ses jeunes à l'âge de quinze ans. Treize ans étaient probablement trop jeune de l'avis de certains, mais il savait que deux cents ans plus tôt dans l'histoire, certains vikings étaient formé dès l'âge de neuf ou dix ans, et par nécessité. Les choses avaient évoluées dans l'intervalle de temps écoulé, mais le roux semblait prêt à revenir aux bonnes vieilles manières, ce qui fâchait plus d'un Chef. Mais toujours aucune protestation ne fut émise.
- Les problèmes dont vous parlez, Dagur, intervint Seoras, c'est la contestation d'autres peuples face à l'unification des provinces, c'est cela ? »
- C'est exact. Mais pas seulement. Je sais aussi que certains peuples de pillards se sont mis à sévir dans le coin. En tout cas je ne voudrais surtout pas que le jour où quelqu'un vous cherche des noises, vous nous faîtes honte. »
C'était peut-être aussi le rôle d'un Roi d'avoir du culot, et Dagur venait de le prouver. Il exigeait déjà des choses déraisonnables à ses hommes. Harold ne s'en trouva pas vraiment surpris, la seule chose qui égalait la folie de ce dernier, c'était son effronterie.
- Cinquièmement, les réunions annuelles des Berserks se feront également en votre présence dorénavant et vous participerez aux événements. Je suppose que certains d'entre vous ont entendus parler de nos jeux, mais si vous souhaitez en apprendre plus, il faudra attendre. »
Les chuchotements des invités installés sur l'estrade se firent entendre. Plusieurs personnes dans cette pièce ignoraient la coutume Berserk et discutaient avec leur voisin pour en apprendre plus. Dagur jeta un regard ennuyé à la petite foule, qui se tue rapidement en voyait son air agacé. Le silence reprit place, tandis qu'un des Chefs demandait la parole. Mais le Berserk l'arrêta aussitôt en levant une main.
- Les détails viendront après, pour l'instant j'aimerai en finir avec les termes pour entrer dans le vif d'un sujet plus actuel, fit-il. Bien, sixièmement – malgré pleins d'autres points évocables, c'est le dernier plus important. Vous devrez remplir une taxe destinée au trésor du Royaume. Des gains récoltés tous les trois mois, vous devrez me verser un tiers. »
- Mais !... s'écria soudain un petit homme gras et à la barbe tressée en se levant de son siège. Il se reprit aussitôt en remarquant la surprise logée dans les yeux de toute la tablée. Dagur haussa les sourcils, peut ravi d'avoir été interrompu.
- Qui y'a-t-il, Magnus ? demanda-t-il d'un ton détaché. Harold avait entendu parler de Magnus Knutsen. Sa tribu était petite, vivait sur une île rocheuse à la végétation peut prospère. Il y avait des fermes, et un faible rendement en denrée à cause d'un mauvais sol. Ils étaient plutôt démunis, et ne fabriquaient que de modiques choses, avaient de maigres moyens de défenses faces aux attaques de dragons. Leur enlever un tiers de leurs gains tous les trois mois revenait à leur enlever une partie essentielle de leurs revenues et ils étaient le genre à ne pas pouvoir se le permettre.
- Si cette taxe est mise en place sur la tribu des Leos, elle ne survivra pas plus de cinq ans à la famine. Nous ne pourrons pas commercer avec aussi peu de monnaie, et nous avons à peine de quoi vivre décemment toute l'année ! Nous avons besoin de tout ce que nous gagnons, absolument tout, ou nous mourons. Cette taxe nous fera courir à notre perte, Dagur. Au moins pour nous, pourriez-vous… la baisser… ? »
Il y eu un blanc dans la pièce durant lequel le Berserk dévisageait pensivement et sérieusement le Chef Leos qui, au fil des secondes qui s'écoulaient en silence, perdait son air rempli d'espérance. Sa femme, derrière lui, se dandinait sur son fauteuil et fixait intensément l'autoproclamé Roi des sept provinces, terriblement inquiète. Elle était maigre, n'était pas aussi bien vêtue que les autres membres de la réunion et semblait épuisée, le teint terne. Elle aussi attendait la fin du dilemme avec autant de crainte que d'espoir. Mais elle perdit en couleur quand Dagur déclara brusquement :
- Non. »
Magnus eut un moment de choc, il s'ébroua en clignant des yeux et répéta :
- Non ?... »
- Si vous vous mettez à demander une baisse de la taxe alors qu'elle n'a même pas été établie et que je l'accepte, vous ne pensez pas que d'autres en profiteront pour demander la même chose ? Il vous suffit de mettre plus d'effort dans votre travail pour gagner plus, je ne vois pas comment vous ne pouvez pas vous en sortir. »
- Nous faisons déjà notre maximum…, dit le petit Chef, dépité.
- Magnus, je resterais intransigeant. Vous payerez votre taxe comme tous les autres, ou je considère que vous et votre tribu ne faîtes plus partit des sept provinces. »
- Dagur, ayez pitié, s'il vous pl… »
- Choisissez. »
Désemparé par la dureté du Roi Berserk, le viking chercha du regard quelqu'un à la table qui pourrait l'aider. Malheureusement, personne n'était prêt à le sauver. Chaque Chefs détourna le regard quand les yeux du petit Chef se posaient sur eux. Harold eut même droit à un coup d'œil suppliant. Constatant que rien ne pouvait l'épargner de faire ce choix, il regarda rapidement son épouse d'un air navré. Celle-ci avait les larmes aux yeux et soupirait au désespoir. Même sa voisine la fuyait du regard. Magnus se tourna alors vers Dagur, dévasté.
- Nous ne pouvons pas accepter ce terme, déclara-t-il sinistrement.
- Vous n'avez même pas essayé, répliqua froidement Dagur avant de les chasser d'un mouvement de la main vers la porte. Prenez votre femme et partez d'ici. Retournez d'où vous venez. »
Magnus se dégagea de son siège et se dirigea vers sa femme pour l'aider à descendre de l'estrade. Dans un lourd silence, les Chefs les regardèrent quitter la pièce sans un mot de plus, la tête basse. Avant que les gardes ne referment la porte derrière eux, le Berserk interpella l'un d'eux dans le couloir et ordonna d'une voix étonnement appuyée :
- Han, guide-les jusqu'à leur drakkar. » Le soldat interpellé hocha la tête, disparu et la sortie se referma. Il y eut un moment de flottement parmi les invités. Puis Dagur frappa dans ses mains, faisant sursauter quelques gens. Il avait l'air plus détendu, et souriait même.
- Un peu de poignant dans ces réunions, ça met l'ambiance je trouve ! Bien. Personne d'autres ne souhaite remettre en cause mes termes ? »
Un mutisme général lui répondit, et le Roi se montra satisfait. Harold avait pitié pour les Leos, il savait que les choses risquaient de mal se terminer pour eux. L'homme à sa gauche se vengerait de leur refus, et pas qu'à moitié. Le sorcier savait que les sept provinces seraient intactes malgré ça. Dagur ne pouvait pas laisser les terres des Leos lui échapper si facilement, et au vue du sourire qu'il affichait, avait peut-être déjà trouvé le moyen de récupérer leur île et leurs terres.
- Puisqu'on en a fini avec les principaux termes, nous pouvons passer au sujet principal de cette réunion, enchaîna le Roi avant de prendre son verre et d'en boire la moitié. Il reposa son verre avec fracas, attendit que le liquide termine sa descente, puis enchaîna.
- Comme évoqué plus tôt, il y a quatre tribus qui ont refusé d'être annexées. Il m'est actuellement inconcevable de partager l'archipel avec d'autres royaumes, mon but étant de faire de l'archipel un royaume tout entier. C'est pourquoi pour parvenir à mes fins, j'ai décidé de conquérir les îles qui nous ont été refusés et de faire taire les opposants, ou de les soumettre. Le problème est là, ce ne sont pas de petites tribus comme la tribu Leos. Non, ce sont de vrais peuples guerriers. Vous connaissez tous la renommée de Beurk, et des Jakobsson. C'est surtout eux qui risquent de nous poser quelques problèmes. Enfin !... l'hiver nous filera un coup de main, ainsi que les mercenaires. Et vous les aiderez également à régler tout ça. Mais avant ça, vous devez être au courant de quelques choses à propos de l'organisation des mercenaires. Harold, si tu veux bien me faire l'honneur de leur expliquer… Je ne suis pas le mieux placer pour en parler, fit Dagur avec un sourire pour ce dernier.
Harold décroisa les bras et se redressa pour faire face aux autres personnes de la tablée. Mais avant qu'il n'ait pu commencer, le Chef de la tribu des Ralhbars – un grand gaillard à l'air sombre, au nez crochu, à la tignasse longue, grasse et aux yeux noirs –, Joran Olsson se tourna vers lui pour lui demander aussitôt.
- Que voulez-vous dire par organisation ? Les mercenaires sont payés pour qu'ils fassent ce qu'on leur commande de faire. »
- Nous avons nos propres techniques, disons. Le temps que je vous les explique, j'aimerai surtout avoir un peu de calme et de silence, exigea aussitôt Harold en regardant les invités chuchoter ainsi que les Chefs s'agiter.
- Sachez Joran, intervint Dagur, que les mercenaires formeront un corps d'armée à part entière. J'ai prévu de monter des plans d'attaques afin d'utiliser un maximum leurs méthodes et cela impliquera que personne ne les commande. A part moi, bien sûr. »
- Très bien, grommela Joran. Alors qu'avez-vous de si spécial ? »
Harold prit un moment pour lui-même avant de se lancer. Il voyait de loin arriver la vague de protestations qui allait déferler sur lui. Heureusement que le pacte de paix et Dagur serait là pour endiguer tout le monde.
- Le clan auquel j'appartiens accepte d'endosser le rôle de mercenaire précisément à cause de ses pratiques. Nous vivons clandestinement à l'abri de gens comme vous, qui êtes peu apte à accepter nos coutumes. En d'autres termes, sans Dagur, vous ne connaîtriez probablement jamais notre existence à l'heure actuelle. »
- Pourquoi vous cachez-vous donc ? demanda Seoras, profondément intrigués tout comme le restant de la pièce.
- Car nous laissons les dragons vivre en paix et en bonne entente avec tout le clan... »
Ça faisait longtemps que le sorcier n'avait pas senti autant de regard méprisant et stupéfait se braquer sur lui. De toute l'assemblée, Dagur était le seul à regarder l'expression de ses invités avec une pointe d'amusement dans le regard.
- Dites-moi que j'ai mal entendu, murmura le premier Joran, plus assombri que jamais.
- Vous cohabitez ? C'est bien ce que j'ai compris ?! s'écria Eduard. A partir de cet instant, les voix explosèrent d'indignations de part et d'autres de la pièce. Même les gardes avaient du mal à se contenir.
- Oui et alors !? cria Harold par-dessus le vacarme, qui mourut aussitôt. Contrairement à vous, nous ne subissons aucun mal de leur part, c'est même s'ils acceptent notre contact, notre amitié, notre aide. En retour, nous acceptons des choses d'eux aussi. Et pour moi comme pour beaucoup d'autres, se sont également des camarades, dans les combats, les moments difficiles. On arrive même à voler sur leur dos tant ils nous accordent leur confiance ! »
A cet instant, personne ne bougeait. Le dragonnier cru pendant quelques secondes qu'il avait fini de leur expliquer en quoi consistait les pratiques des mercenaires, mais certains paraissaient bouchés d'oreille. Que ce soit ses Chefs ou des visiteurs, beaucoup avaient leur mot à dire.
- Savez-vous au moins combien de mal nous ont fait les dragons ?! Ce sont des bêtes sanguinaires, des tueurs ! Comment pouvez-vous les traiter comme des amis ? »
- Sûrement parce qu'ils ne valent pas mieux qu'eux ! »
- Ils nous enlèvent nos amis, nos enfants, nos parents, nos maris… tout le monde ! »
- Vous, mercenaires ! Vous méritez d'aller au bûché ! »
Dagur, plus détendu que jamais, se leva et demanda que le calme revienne, mais plus personne ne semblait capable de contenir son dégoût et sa colère face au sorcier, qui s'était affaissé dans son siège en attendant, bouillonnant d'impatience, que tout le monde cesse de vociférer contre lui. Soudain contrarié, le Berserk ne teint plus. Sa voix gronda si fort dans la pièce qu'il fit sursauter tous les convives et son poing frappa brutalement la table, faisant trembler les verres.
- C'est fini, oui ?! Je vous ai pas réuni pour qu'à la première contrainte, vous vous battiez comme des chiens ! »
Un mutisme choqué s'installa, et il s'adossa à nouveau son siège en soupirant d'agacement. Il jeta un regard noir à ses invités et leur ordonna de se rasseoir sur le champ. Chose faite, il attendit un instant avant de déclarer d'une voix sereine, presque douce :
- Mon ami ici présent revient tout juste d'une mission qui, je suppose, a été accompli avec brio puisqu'il est de retour et vivant. Cette tâche, aucun de vous n'aurait pu l'accomplir ni même pu la concevoir à l'heure actuelle, mais lui si. Justement parce qu'il est ami avec un dragon. »
Malgré cette dernière phrase, plusieurs Chefs jetèrent un regard chargé de haine au sorcier qui se contenta de leur rendre, impassible.
- Il a entre autre accomplit le premier mouvement de notre conquête de l'archipel, et il nous a aussi fourni un instrument essentiel afin de détourner cette première attaque massive sur les rebelles, poursuivit Dagur en sortant de sous la table une bourse de la taille d'une tête et en la déposant pour l'ouvrir. Il plongea sa main dedans après avoir défait le cordon qui la fermait et en retira un sifflet, le même que celui qu'Harold et Erwin lui avait confié. Il le posa sur la table sous les yeux suspicieux et curieux des convives. Puis il fit signe à Harold de continuer.
- Beaucoup d'entre vous connaisse l'existence du brouillard au Nord de l'archipel, et qui abriterait le nid des dragons. Aucun vikings ne l'avait trouvé avant que je fasse sa découverte grâce à mon ami Krokmou, le dragon avec qui j'ai depuis dix ans vécu. »
Cette nouvelle attira toute l'attention sur le mercenaire, qui profita de cette nouvelle lueur d'intérêt dans les yeux des Chefs pour poursuivre sur sa lancée.
- Je n'ai jamais pu mettre personne au courant sur Beurk puisque je ne pouvais pas leur expliqué comment j'avais pu découvrir le nid sans y être allé par drakkar. Aussi, le lendemain même de cette découverte a eu lieu la cérémonie du vainqueur à l'entrainement dragon. Je devais combattre un Cauchemar Monstrueux. Seul problème, j'avais renoncé il y a longtemps à tuer des dragons, et je m'étais retrouvé là par mésaventure. Pour le dire honnêtement, j'étais incapable de combattre. Je me suis retrouvé acculé par le Cauchemar au fond de l'arène et Krokmou m'est venu en aide. Et quand j'ai vu mon père se jeter sur lui pour le tuer, j'ai refusé de rester plus longtemps sur l'île et de continuer à faire sembler de vouloir devenir un tueur comme eux. »
La stupéfaction s'était peinte sur les visages peuplant la pièce et le jeune homme enchaîna pour ne pas laisser aux contestataires le temps de répliquer.
- Bien des choses se sont passées depuis ce jour, et je ne regrette pas d'être partit de cette île. J'y ai vécu quinze années de ma vie sans éprouver une once de joie face au comportement de mes anciens camarades, et je n'éprouve d'ailleurs aucune culpabilité à servir Dagur après ce qu'on m'a fait subir là-bas. J'ai donc proposé il y a une semaine environ de me rendre au nid et de le rendre inhabitable pour laisser déferler sur l'archipel une nouvelle espèce dragon, dont j'avais décelé la présence au cours des années précédentes. »
Le dragonnier vit alors les vikings de l'assemblée se décomposer à vue d'œil face à cette annonce et chercher une quelconque once de plaisanterie dans le regard du Roi Berserk, qui avait jusque-là écouté patiemment son ami.
- Ces sifflets !... reprit l'auburn, ont été spécialement conçus pour protéger des attaques de cette nouvelle espèce. Elle est sensible aux sons aigus et difficilement discernables à l'oreille humaine. Mais il n'y a aucun doute qu'elle arrive à l'entendre. Ça lui cause une douleur au niveau des tympans et elle s'éloigne. Sachez cependant, que les dragons normaux n'ont pas l'ouïe aussi fine pour le discerner aussi fort. Ça ne les dérange pas. »
- Donc ces sifflets n'améliorent pas la situation concernant les dragons, rectifia Rogier Berkhoff, Chef des Guyriths, d'un ton embêté.
- Ils l'empêchent d'être dix fois pire. Avez-vous déjà croisé un dragon à l'allure anormalement noir ? demanda Harold aux Chefs, se tournant vers chacun d'eux. Contre toute attente, Joran fut le premier à répondre dans son sens.
- Une fois. Et il était agressif, et dangereux. Jamais mes hommes n'ont éprouvés autant de difficultés face à un seul dragon. »
- Et ils sont beaucoup trop sauvages pour être dressé correctement. Au bout d'un court moment, ils n'en font qu'à leur tête et deviennent très menaçant et imprévisible. La meilleure solution pour nous protéger sans les blesser était de les éloigner, alors nous avons inventé ce sifflet. »
- Vous en aurez chacun une vingtaine de ses objets à votre disposition, fit Dagur. Vous en disposerez comme vous voudrez à condition que vous respectiez leur usage. Assez parlé de ça, maintenant. Que vous le vouliez ou non, une entente a déjà été mis en place entre moi et les mercenaires, et je compte bien me passer de votre avis sur la question. Ce qu'ils font des dragons m'importe peu, tout ce qui compte pour moi c'est de remporter la guerre, et j'entends bien profiter de n'importe quel moyen pour y parvenir. »
Les couloirs défilaient à nouveau, mais en sens inverse pour Magnus et sa femme. La tête basse, il suivait le garde à travers le dédale de la forteresse sans arriver à se repérer. Le Chef ne pipait mot concernant ce qui venait de se passer dans la salle de réunion. Son humiliation était grande, mais en même temps, jamais il n'aurait imaginé Dagur faire preuve de pitié. Lui demander de baisser sa taxe avait été une grave erreur. Il se sentait horriblement bête. Maintenant, tout ce qu'il pouvait faire, c'était rentrer chez lui et se préparer à affronter dignement la vengeance prochaine du Roi Berserk. Il ne pouvait qu'annoncer à son peuple le terrible sort qui les attendait maintenant qu'ils n'avaient pas été jugé dignes de répondre aux termes de cette réunification.
Il imaginait déjà le pire : Dagur en personne, débarquant sur sa plage de gravier, abordant son village avec son armée aux six armoiries différentes, et y mettre le feu avant de massacrer chaque homme, chaque femme, chaque enfant. Les Leos étaient en grand danger, et il devait retourner auprès d'eux pour les préparer au pire. Qui sait, peut-être arriverait-il à faire changer le village de place en peu de temps. Changer d'île lui paraissait évidemment impossible, mais ils pouvaient très bien se réfugier quelque part près des cavernes ou des petits bois. Une chose était sûre, il aurait tout le temps d'y réfléchir une fois son drakkar lancé sur la mer à vive allure.
Sa femme, accrochée à son bras, le suivait sans rien dire. Il n'osait pas regarder son visage dévasté par les larmes. Il ne voulait pas regarder dans ses yeux la déception qu'il pourrait y trouver à son égard. Il avait honte d'avoir mis en péril son peuple si stupidement, et plus que tout à présent, il avait peur du péril qui les menaçait. Il devait rentrer au plus vite. Ici et maintenant, au plus profond de lui, c'était son ultime désir, son ultime besoin. C'est pour ça qu'il s'impatienta quand soudainement, le garde ralentit et s'arrêta. Magnus s'énerva :
- Que ce passe-t-il ? Et où sommes-nous ? »
C'est alors qu'il remarqua que deux autres gardes se trouvaient au-devant de leur escorte, et ces derniers dévisageaient le couple étrangement. Celui qui les avait guidés jusqu'ici s'écarta de leur chemin et leur désigna une petite porte en bois qui marquait la fin du couloir. Après un instant de silence où les deux Leos regardèrent avec méfiance la direction désignée, ils entendirent :
- Voici la sortie, Chef. Vous pouvez y aller, votre drakkar vous attend de l'autre côté. »
Magnus avait un doute quant à ce qu'on venait de lui dire. L'entrée de la forteresse qui donnait sur le port était beaucoup plus grande, et son hall beaucoup plus vaste. Il soupçonnait que cette porte ne mène pas réellement à l'extérieur, à moins que ça soit une entrée réservée aux soldats. Tout de même, ce n'était pas une façon de congédier des invités. On ne les faisait pas passer par la petite porte, ça n'avait strictement aucun sens. Enervé par un tel affront, et de s'être auparavant humilié, le viking s'approcha de la petite porte et souhaita une bonne journée aux soldats. Il actionna la poignée en entraînant sa femme avec lui et poussa le battant. Ce qui le frappa au début fut le silence.
Il s'était attendu à entendre la mer, les vagues se fracassant contre les rochers, le boucan que faisaient les marins en criant par-dessus les bastingages, le vent dans les mâts, le grincement des cordes…. La pièce sur laquelle venait de s'ouvrir la porte était désespérément vide, il n'y avait même pas de lumière, de fenêtre. Il n'eut pas le temps de réagir qu'il sentit sa femme lui rentrer violemment dans le dos en poussant un cri de surprise. Tous deux se retrouvèrent précipités dans la pièce, et se redressèrent en trébuchant. Devant l'encadrement de la porte, les trois gardes prenaient place, à contre-jour. On ne voyait plus leur visage.
Une sourde angoisse et une peur profonde s'empara de Magnus. Sa femme à ses côtés demandait aux gardes ce qu'il se passait et aucun d'eux ne répondit. C'est là qu'il comprit que Dagur n'avait eu depuis le départ aucune intention de les laisser partir. Lui et sa femme ne rentrerait pas sur leur île. D'un mouvement protecteur et courageux, il la saisit par le bras et la plaça derrière lui. Ce geste provoqua des ricanements chez les gardes.
- Magnus ? l'appela son épouse, la détresse perçant dans sa voix.
Aussitôt, les trois gardes dégainèrent leurs armes dans un chuintement de métal. Le petit Chef leur cria de ne pas s'approcher, mais ils firent tout l'inverse et s'avancèrent rapidement vers eux. Le premier garde leva son épée au-dessus de sa tête et l'abattit sur lui. Sa femme hurla de peur alors qu'il arrêta l'arme à deux mains et l'arracha à son porteur. Un autre crie féminin attira son attention et il vit sa bien-aimée se faire trainer au sol par l'un des hommes de Dagur au fond de la pièce. La lame à la main, il se précipita vers elle dans le but de la libérer, mais un bras lui barra le torse et brusquement il sentit une douleur lui transpercer le ventre et le dos Il grogna. Etourdi, il ne bougea pas tandis qu'il entendait un cri d'horreur lui vriller les tympans. Il recula de l'homme qui le tenait et il vit celui-ci ressortir d'un geste sec son sabre de son ventre.
Il posa une main là où il s'était fait transpercé tandis que sa femme hurlait en pleurant son nom, désespérée. Quelqu'un lui entailla profondément le dos et il tomba à genoux avant de s'étaler par terre. Il grogna férocement et serra ses dents. Il ferma ses yeux tant sa souffrance était insupportable. Il n'arrivait même pas à l'exprimer en criant, en pleurant. Il avait mal et l'agonie dans lequel le plongeait ses blessures ne s'exprimait pas. Il sentit ses vêtements se tremper, il commença à suer. Sa femme continuait à hurler, mais ses appels se firent de plus en plus éloignés. A côté de lui, une ombre glissa et lui murmura avant de l'achever.
- Fallait pas l'chercher, vieillard. »
