- Pidge. Tu ne pourras pas te cacher ici pour toujours. Descends, qu'on puisse discuter.

- Je n'ai pas envie de discuter, Matt. Laisse-moi tranquille.

- Je ne vais pas retourner à la fête pendant que tu te morfonds dans le cockpit de ton lion. Pour quelle raison te caches-tu ici de toute façon ?

Pidge grogna depuis le siège de pilotage. Quand elle avait croisé Lance après avoir eu cette discussion avec Allura, elle avait eu l'impression de perdre le peu de dignité qui lui restait. Malgré toute la réflexion qu'elle avait porté au problème, maintenant qu'elle en avait parlé à cœur ouvert avec la princesse, elle avait surtout l'impression d'avoir fait fausse route et d'avoir laissé sa jalousie lui faire imaginer le pire concernant les sentiments d'Allura. Peut-être n'avait-elle rien fait à part s'immiscer dans leur relation. Peut-être n'avait-elle fait que blesser la confiance et la fierté de la princesse. Et pour couronner le tout, ses vrais sentiments pour Lance avaient été découverts et celui-ci l'avait très semblablement entendu.

Elle avait toutes les raisons de se morfondre. La seule chose qui pourrait être pire serait que tous les deux la détestent pour avoir possiblement semé le chaos entre eux. Elle se répétait qu'elle n'avait fait cela que par souci pour Lance mais elle n'était pas rassurée pour autant sur la façon dont ses amis interpréteraient ses actions. Elle avait si peu d'amis et elle chérissait tant les liens qui les unissaient qui si l'un d'eux venait à se briser, elle n'était pas sûr de réussir à le supporter.

Elle avait toutes les raisons de se morfondre, mais elle n'en avait pas envie, pas plus qu'elle n'avait envie de parler de cette soirée. Et elle doutait que Matt, aussi compatissant qu'il était, réussisse à lui remonter le moral. Il persista encore plusieurs minutes mais elle refusa de lui parler ou de descendre et bientôt elle ne l'entendit plus et quand elle vérifia les signatures biométriques du hangar, personne ne s'y trouvait. Elle demeura prostrée dans son siège encore un long moment avant d'entendre le bruit de l'intercom. Surprise, elle leva les yeux pour voir le visage de Lance apparaitre sur son écran.

- Lance ?

Sa voix s'étouffa alors qu'elle prononçait son nom. Les battements de son cœur s'accélérèrent brusquement alors qu'elle retint son souffle sans s'en rendre compte. La crainte et la honte d'être disputée lui soulevait l'estomac. Elle leva une main tremblante pour couper la transmission mais la voix de Lance s'éleva aussitôt.

- Ne fais pas ça.

La main de Pidge s'immobilisa juste au-dessus du bouton qui pourrait mettre fin à la transmission et son regard erra un peu partout sur l'image du paladin sans jamais oser croiser son regard. Elle n'était pas prête. Absolument pas prête à avoir une conversation sérieuse avec lui où la question de ses sentiments pour lui pourraient être abordée de près ou de loin. Interdite, elle ramena les mains contre sa poitrine et attendit qu'il lance le sujet.

- J'ai… en partie entendu ce dont tu parlais avec Allura, tout à l'heure, dit-il d'une voix tendue.

Si elle avait encore des doutes sur le fait qu'il ait entendu ce qu'Allura lui avait demandé, elle n'en avait plus aucun désormais. Elle baissa un peu la tête, sentant qu'elle rougissait et elle n'avait vraiment aucune envie de le lui montrer. Elle attendait qu'il se mette en colère de s'être mêlée de ce qui ne la concernait pas et d'avoir mis en péril sa relation avec Allura, qu'il s'irrite des sentiments inopportuns qu'elle avait pour lui mais quand il s'adressa à elle, ce n'était pas pour lui crier dessus.

- Tu sais… je crois que je m'en doutais un peu.

Elle leva les yeux, intriguée.

- Je veux dire… Allura et moi. Je m'en doutais que pour elle, j'étais une consolation après Lotor. Pas qu'elle m'ait jamais dit clairement que je faisais office de bouche-trou mais bon, je savais bien dès le début qu'il ne fallait pas que je me fasse trop d'illusions. Notre relation… même avec l'affection mutuelle qu'on se portait, ça avait juste l'air de ne pas vraiment coller. Je ne sais pas comment le décrire mais disons qu'il n'y avait pas de magie, de complicité. Je ne sais pas…

Pidge se mordit la lèvre avec souci quand elle entendit son ton désenchanté. Malgré tout ce qu'elle avait pu souhaiter, l'entendre parler avec tant de résignation l'attristait.

- Je suis vraiment désolée, Lance. J'aurai préféré avoir tort à ce sujet. Allura et toi avez donc parlé après mon départ ?

Son inquiétude pour Lance avait pris le dessus sur sa honte et elle avait juste assez de courage pour lui prodiguer un peu de soutien. Elle n'était pas très douée pour ça, pour les relations humaines et pour encourager mais aussi maladroite qu'elle pouvait être, elle pouvait au moins essayer de le consoler du mieux qu'elle pouvait.

- Non, elle n'en a pas eu besoin.

- Huh ?

- Une fois que tu sois partie, j'étais trop bouleversé pour bouger et tout ce que je pouvais faire, c'était de la regarder. Elle est restée à me fixer tristement sans bouger ni parler, complètement perdue dans ses pensées. Cet air désolé était plus parlant que si elle m'avait juré sur les Anciens qu'elle était sûre de ses sentiments. J'avais presque l'impression que de nous deux, c'était elle qui avait le plus de peine. Et c'est en la regardant que j'ai compris.

Pidge sentit sa gorge se serrer en entendant le ton peiné qu'il employait. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable et ne parvenait toujours pas à croiser son regard.

- Tss. Je n'avais jamais compris avant ça, mais le silence est parfois bien plus éloquent qu'un long discours. Je ne dis pas que j'ai compris tous ses sentiments juste en la regardant mais j'en ai saisi l'essentiel. Je crois sincèrement qu'au départ, elle n'avait pas simplement cherché à se divertir de sa peine. Elle s'est tournée vers moi parce que je lui montrais de l'intérêt quand elle était émotionnellement fragile. J'veux dire, rends-toi compte. Elle a dû abattre celui dont elle était en train de tomber amoureuse et renoncer aux projets de paix qui lui tenaient le plus à cœur. Je suppose que j'étais comme une bouée de sauvetage dans la tempête.

La jeune fille ne répondit rien. Elle s'était déjà fait ce genre de réflexions plusieurs fois au cours des derniers mois et c'était en partie la raison pour laquelle est n'avait pas confronté Allura. Elle était peut-être maladroite socialement, mais elle n'était pas sans cœur au point de la culpabiliser. Elle attendit que Lance poursuive. Il semblait avoir besoin de parler à quelqu'un qui comprenne la situation et elle pouvait au moins faire ça, après avoir précipité aux événements qui menaient à leur présence dans le cockpit de leur lion respectif.

- En un sens, on pourrait même presque dire que j'en ai profité…

- Ne dis pas ça ! Tu n'es pas ce genre de personne !

Elle ne put s'empêcher de l'interrompre, incapable de l'entendre s'accuser.

- Merci, Pigeon. Ça me touche que tu penses ça mais c'est la réalité des choses. Je ne dis pas que j'ai agi avec gentillesse juste dans le but d'obtenir quelque chose mais le fait est que j'avais pleinement connaissance qu'elle était émotionnellement plus fragile à ce moment et je n'ai pas cherché une seule fois à lui en faire prendre conscience quand elle s'est rapprochée de moi. En fait, je me suis sincèrement dit qu'avec le temps, elle finirait par avoir plus que de l'affection pour moi. Je me suis complu dans cette situation et elle a fini par faire le point et s'est rendu compte qu'elle n'avait pas pour moi les sentiments que j'aurai voulu qu'elle ait. C'est plutôt pathétique.

Il rigola d'un rire amer et sans joie et elle n'aurait jamais cru qu'elle puisse se sentir si triste pour quelqu'un d'autre. Sérieusement, elle ne pouvait pas être mieux placée pour comprendre à quel point cela faisait mal de voir que la personne que l'on aimait ne retourne pas ces sentiments. C'était quelque chose de pathétique, certes, mais personne ne pouvait forcer les sentiments d'autrui.

Ils demeurèrent un instant silencieux, Pidge ayant l'impression que le bruit de son cœur pouvait être entendu à travers l'intercom.

- Je me disais bien que quelqu'un comme elle était trop bien pour quelqu'un comme moi. Trop belle, trop forte, trop intelligente pour un crétin de Cuba comme moi.

Le paladin vert poussa un soupir résigné à l'écoute de ce discours auto-dépréciateur.

- Je le savais. J'étais sûre que tu te dénigrerais encore. Lance, tu ne peux pas continuer à t'apitoyer et te dire que tu n'es pas assez bien pour être un paladin ou pour intéresser quelqu'un. Personne ne pense autant de mal de toi que toi.

- Pidge…

- Non. Tu ne peux pas continuer à te lamenter ainsi !

- Facile à dire pour toi. Tu es un génie.

- Je suis fatiguée d'entendre ça aussi. Je ne suis que ça pour toi ? Une grosse tête ? Tu penses que mon intelligence me protège des doutes.

- Non… ce n'est pas ce que je voulais dire…

- Ne peux-tu pas au moins te fier à mon jugement ? A notre jugement à tous ! Le lion bleu puis le rouge ne t'auraient pas choisi comme paladin s'ils t'en avaient jugés incapables. De même, Allura ne t'aurait pas laissé la moindre possibilité de vivre une relation avec elle si elle ne s'estimait pas un minimum, peu importe ce que sont ses sentiments actuels.

- Ecoute, je n'ai pas envie de parler de ça avec toi, annonça Lance avec un soupir.

- Je ne t'y ai pas forcé, que je sache ! rétorqua-t-elle avec plus de sècheresse qu'elle ne l'aurait voulu.

La dernière chose qu'elle voulait c'était le braquer mais c'était si révoltant de le voir se sous-estimer sans arrêt. Elle aurait pensé qu'en devenant le paladin de Red il aurait gagné en confiance mais les mêmes doutes le hantaient. Elle savait bien qu'on ne se débarrassait pas de ses démons aussi facilement. Elle avait mis elle-même tant de temps avant de pouvoir faire confiance aux autres après avoir si longtemps été brimée par ses camarades.

Un silence pesant s'installa de nouveau et Pidge se recroquevilla un peu plus dans son siège, certaine que Lance la détestait ou était en colère contre elle.

- Pidge… ?

- Hmm ? Interrogea-t-elle avec méfiance.

- Depuis quand… ?

Il laissa en suspens les derniers mots de sa question comme s'il ne savait pas comment la formuler.

- Depuis quand quoi ?

- Je ne sais pas comment te demander ça…

- Je ne vais pas pouvoir répondre à ta question si tu ne la poses pas, tu sais…

Lance poussa un nouveau soupir et se racla la gorge avant de formuler lentement sa question.

- Depuis quand… est-ce que tu… as des sentiments envers moi ?

- Oh, quiznack…

- Tu n'es pas obligée de rép-

Pidge ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase qu'elle avait coupé la communication, prise de panique. Il avait entendu la question d'Allura et maintenant, il lui en parlait directement. C'était plus que son cœur et ses aptitudes sociales ne pouvaient supporter. Elle rougissait tellement qu'elle en avait chaud et même si personne ne pouvait la voir, elle se dissimula derrière ses mains.

- Oh non. Oh non. Oh non. Oh non…

Elle s'efforça de calmer sa respiration saccadée et de ralentir les battements de son cœur. A ce rythme-là, elle y passerait avant même que la vieille Haggar et ses robeast ne débarquent. Il fallait qu'elle fasse le point sur la situation.

1/ Lance était au courant des sentiments qu'il avait pour elle

2/ Lance lui demandait ce qu'il en était de ses sentiments pour lui. En tête à tête.

3/ Elle avait paniqué et lui avait raccroché au nez.

4/ Elle risquait de le revoir jusqu'à la fin de sa vie (qui risquait d'être brève, étant un paladin de Voltron) si jamais elle quittait un jour le cockpit de Green.

5/ Elle ne pouvait pas fuir à bord de son lion sans condamner la Terre et le reste de l'univers à une fin horrible.

6/ Quiznack.

Elle soupira à nouveau avec défaitisme et s'obligea à faire le point. Elle ne pouvait pas se cacher éternellement et Lance avait eu le courage de venir lui parler même après la tournure catastrophique de la soirée alors, autant qu'elle fasse montre d'un peu de courage.

Elle tendit le doigt et réactiva la conversation d'un air penaud. Lance qui ne s'attendait pas à ce qu'elle reprenne contact sursauta légèrement en la voyant et baissa les yeux d'un air contrit, peut-être même rougissait-il un peu. Il se gratta l'arrière du crâne avec embarras.

- Désolée d'avoir coupé la conversation comme ça, s'excusa-t-elle.

- Désolé d'avoir posé cette question de façon trop directe.

- Hmm. Je peux y répondre mais... sois juste un peu patient. C'est … difficile.

- Bien sûr. Prends le temps qu'il te faut, Pidge.

Elle déglutit doucement avant de parler :

- Je crois… je crois que ça a commencé depuis le jour où tu as tiré sur Sendak pour me libérer.

Autrement dit, près de deux ans. Ce que Lance sembla avoir compris car ses sourcils disparurent sous sa frange.

- Wow.

Pidge baissa la tête, gênée. Deux ans, c'est très long pour un simple béguin. Pas qu'un simple béguin. Plus un amour unilatéral.

- Je ne me suis rendu compte de rien. Je suis désolé d'être passé à côté de ça pendant si longtemps, Pidge.

- Je n'ai jamais voulu que tu le saches de toute manière.

- Pourquoi pas ?

- Je sais bien que je ne suis pas du tout ton style de fille. Je ne… voulais pas m'exposer à ce que tu me traites avec pitié et je n'ai jamais eu envie d'avoir le cœur brisé. Comme tu vas le faire d'ici quelques instants.

- Pidge…

- Non ! Ne dis rien. Je ne suis pas assez étroite d'esprit pour te détester simplement parce que je ne suis pas ton genre ou que tu ne m'aimes pas comme je le voudrais. Je sais que je pouvais être ton amie mais que je n'avais rien à espérer de plus.

- Pidge…

- Et puis, je me suis fait une raison, il y a bien longtemps. Je ne ressemble pas à Allura ou Romelle et j'ai un style pas très féminin. J'ai tendance à être plutôt agressive et je manque de charme. Et puis je parle trop. Et aussi, je…

- PIDGE !

Elle s'interrompit en sursautant alors que Lance venait de crier son nom avec irritation. Elle leva les yeux et croisa son regard dans lequel elle voyait très clairement de la colère. Elle n'aurait jamais pensé qu'elle le mettrait en colère juste en lui avouant qu'elle avait voulu le laisser dans l'ignorance de ce qu'il représentait pour elle. Elle le dégoûtait. C'était pour ça qu'elle n'avait jamais voulu lui en parler. Elle baissa les yeux avec honte et sentit monter les larmes. Elle battit plusieurs fois des paupières tentant de chasser l'humidité qui commençait à perler à ses yeux.

- Je suis désolé d'avoir élevé la voix mais tu commençais à raconter un ramassis de conneries.

Un petit bruit étouffé s'échappa de sa poitrine alors que ses mots la touchaient durement. Elle serra ses bras autour de ses jambes.

- Pourquoi est-ce que tu ne serais pas mon genre ? Pourquoi ne serais-tu pas assez bien pour être ma petite-amie alors que tu es ma meilleure amie ?

Elle se figea en entendant ses mots, croyant se tromper.

- C'est vrai, tu ne ressembles pas à Allura ou Romelle. Et c'est vrai que tu parles trop et que tu es parfois agressive. Mais en quoi est-ce que tout cela m'empêcherait de t'apprécier pour ce que tu es. Ce n'est pas toi qui me disais, y a pas cinq minutes de ne pas m'apitoyer en pensant que je n'étais pas assez bien pour intéresser quelqu'un ? et toi, tu fais la même chose !

- Mais…

- Mais quoi ?

- Je ne corresponds pas au style de filles que tu dragues. Jamais tu n'as montré le même intérêt pour moi. Je ne suis pas…

Elle ne parvenait pas à formuler ce qu'elle avait toujours redouter qu'il lui dise. Qu'elle n'était pas assez jolie pour lui. Pas assez féminine.

- Je suis vraiment désolé si ma bêtise a pu te faire croire que tu n'étais pas assez jolie ou que ton caractère ne me plaisait pas. Je suis vraiment désolé de n'avoir jamais fait plus attention à toi et de n'avoir pas remarqué à quel point tu étais mignonne.

Mignonne ? elle avait clairement mal entendu.

- Je suis un crétin qui met du temps à voir ce qu'on agite sous son nez. Et toi, je ne t'ai jamais accordé l'attention que tu méritais.

- Oh… heum. Ce n'est rien, Lance. Je… je

Elle ne savait absolument pas quoi dire. Même s'il disait tout cela seulement pour être gentil avec elle, c'étaient des mots qui la touchaient énormément.

- Je suis sérieux. Je ne peux pas changer les deux dernières années mais j'aimerai au moins qu'à partir d'aujourd'hui, tu ne te sous-estime pas. Et ne décide pas pour moi quels sont mes goûts. Tu es une fille géniale. Tu es mignonne, tu sais te battre, tu es incroyablement courageuse et déterminée et pour couronner le tout, tu es un vrai génie. Sans toi, on ne serait plus là aujourd'hui ni moi ni les autres paladins. Alors ne pense jamais que tu n'en vaux pas la peine.

- Lance…

Cette fois-ci, les larmes coulaient véritablement et elle passa une main devant son visage pour sangloter. C'était de loin le plus beau compliment qu'on lui ai jamais fait et que ce soit sorti de la bouche de celui qu'elle aimait rendait l'impact encore plus fort.

Lance la regarda pleurer et son cœur se serra douloureusement à l'idée des deux années perdues par son ignorance. Il se détesta pour avoir pu envoyer des signaux qui avaient pu lui faire penser qu'elle n'était pas assez bien, elle, pour lui ! Quelque chose en lui se réjouissait sincèrement de savoir ce qu'elle éprouvait. Il en était ému, reconnaissant et peut-être… réjoui.

- Sérieusement. C'est à moi de me demander ce que tu as pu me trouver. Je suis un idiot fini comparé à toi alors qu'est-ce qui a bien pu t'attirer chez moi, marmonna-t-il.

- Avant Voltron et les paladins, j'ai toujours été seule et sans amis mais toi, que je sois Pidge Gunderson, ou Pidge le paladin, tu as toujours eu confiance en moi et mes capacités et tu n'as jamais cherché à me mettre à l'écart. Tu es toujours si spontanément amical. Tu venais à chaque fois à moi avec le sourire et j'ai retrouvé un peu du bonheur et de la sérénité que j'avais quand j'étais avec mes parents et Matt. Ta présence m'a fait beaucoup de bien et je pense que de fil en aiguille… Tu es un idiot mais tu es mon idiot, murmura Pidge.

Le jeune homme n'avait jamais pensé qu'il puisse être aussi important aux yeux de quelqu'un avant cela. Même avec Allura, cette sensation n'avait jamais été aussi forte, elle ne lui avait jamais vraiment donné cette impression de devoir être essentiel à sa vie de tous les jours. Si seulement il avait su plus tôt ce que Pidge ressentait pour lui. Il ne savait pas comment il aurait réagi à l'époque mais elle était trop précieuse à ses yeux pour qu'il agisse sans réfléchir.

Il songea à la phrase qu'elle avait adressée à Allura plus tôt dans la soirée : « Lance mérite d'être le premier choix, pas le second ». Cette simple phrase le comblait de joie et gratitude. Elle l'estimait assez pour faire de lui son premier choix à elle, et il ne saurait dire combien c'était précieux pour lui. Sa peine de ce soir s'estompait de beaucoup quand la sincérité et simplicité de ces mots lui redonnaient un sentiment de confiance qu'il avait rarement. Elle lui donnait envie de croire qu'il était meilleur que ce qu'il pouvait bien croire.

- Hey, j'ai le droit de t'appeler Katie ?

- Huh ?

Elle ne s'attendait pas vraiment à cette demande. Elle n'avait aucune raison de lui refuser.

- Oui. C'est mon prénom après tout.

Il lui sourit avec gentillesse quand elle répondit et elle se sentit rougir.

- Katie ?

- Oui, Lance ?

Cela lui faisait bizarre de l'entendre l'appeler par son vrai prénom alors qu'il avait passé deux ans à l'appeler par le surnom que lui avait donné Matt.

- Il s'est passé pas mal de choses ce soir, hein.

- A qui le dis-tu !

- Quand on aura terminé de mettre nos sentiments au clair avec Allura et qu'on se sera exprimé l'un et l'autre et que j'aurai remis un peu d'ordre dans mes pensées… tu accepterais que l'on passe un peu plus de temps ensemble, toi et moi ?

Elle ouvrit de grands yeux surpris.

- Si tu es capable d'attendre encore un peu que mon cœur d'artichaud se remette de son chagrin, tu pourrais me laisser une chance d'être plus qu'un ami pour toi et de te refléter tes sentiments.

Il ne pensait pas qu'il puisse trouver Pidge – Katie – encore plus mignonne, mais la jeune fille aux immenses yeux noisette humides bordés de larme qui rougissait face à lui en levant des doigts tremblants devant ses lèvres pour dissimuler un sourire gêné était une vision qu'il ne pourrait jamais oublier. A nouveau, le silence était parlant et la joie et l'embarras sur son visage étaient la plus adorable des réponses.

Il avait été trop bête pour s'apercevoir à quel point il tenait à elle et à tous les moments qu'ils avaient passés ensemble tous les deux. Si elle voulait bien lui en laisser l'opportunité, il ferait en sorte de rattraper le temps perdu et ferait en sorte que chaque instant compte. Quoi qu'en disent les autres, il ne pouvait que penser qu'il était idiot : il comprenait désormais qu'il s'était leurré en croyant être amoureux d'Allura parce que c'est quand il regardait Pidge qu'il comprenait vraiment qui était son premier choix.