Wakfu

CHAPITRE 1

Cela faisait plus d'une demi-heure que Yugo les avait planté et pas un signe de sa présence. Ils étaient partis vers le Nord, incertains et inquiets. Le petit Éliatrop n'était vraiment pas dans son assiette ces derniers temps et aucun d'entre eux ne savait quoi faire pour l'aider. A chaque fois qu'ils tentaient d'aborder le sujet, le garçon se refermait comme une coquille de Darkmoule et ne décrochait plus un mot.

Mais où est-il, bon sang, jura Evangéline. Il met trop de temps à revenir. Il a dû lui arriver quelque chose.

Calme-toi, la tempéra Ruel en continuant d'avancer. On finira bien par le retrouver si ce n'est pas le contraire…

Ruel, Yugo est peut-être un Éliatrop mais il n'en reste pas moins un petit garçon de 14 ans ! Il a besoin de nous…

Le vieil Enutrof soupira. Il comprenait les inquiétudes de la Crâ et les partageaient mais il fallait qu'ils restent calmes, sans quoi, ils ne risquaient pas de retrouver le petit de sitôt dans cette maudite forêt. Même s'il ne réfléchisssait plus comme un gamin mais comme un jeune homme de vingt ans, son âge réel qu'ils avaient tous tendance à oublier, certaines de ses réactions restaient purement infantiles.

Soudain, apparut devant eux un portail zap. Ils poussèrent un soupir de soulagement et se préparaient à faire un sermon au jeune garçon quand ils le virent apparaître inconscient, soulevé par deux bras fluets qui le déposèrent dans l'herbe avant de disparaître avec le portail zap. Amalia se précipita à son chevet tandis que le Iop et la Crâ partaient en direction du Nord, Rubilax et arc en main. A présent, ils pouvaient en être sûrs : un Éliatrop se trouvait dans ces bois et s'en était pris à Yugo avant de leur ramener. Ils filèrent sans bruit mais ne trouvèrent aucune trace de l'agresseur.

Au bout d'une dizaine de minutes, ils abandonnèrent les recherches et retournèrent au chevet de leur ami qui avait repris connaissance.

Yugo, s'exclama Eva. Tu n'as rien ?

Non, je me suis pris les pieds dans une branche, répondit le garçon en se massant les tempes. Comment vous m'avez retrouvé ?

Si je retrouve ce… pleutre, je lui refais la face et on le prendra pour un Bouftout, s'écria Pinpin, fou de rage.

C'est ton mystérieux agresseur qui t'a ramené, expliqua la Crâ.

Mon agresseur, répéta Yugo, hébété en effleurant la bosse au sommet de son crâne. Mais non ! Vous n'y êtes pas du tout ! C'est parce que j'ai été surpris que je me suis assommé.

Il leur expliqua comment l'inconnu était apparu dans son dos et la frayeur qu'il avait ressenti puis la vision du dit inconnu qui se précipitait vers lui pour l'aider avant qu'il ne perde conscience.

A en juger par la finesse des mains et des avant-bras qui t'ont déposés devant nous, je dirais que ton mystérieux sauveur est en vérité une sauveuse, déclara Amalia en se remémorant la scène.

Oui et elle a pu utiliser un portail zap, alors il y a de fortes chances pour qu'elle soit elle aussi une Éliatrop, ajouta Ruel, pensif.

Mais alors pourquoi s'est-elle cachée, demanda Yugo avec tristesse. En voyant que je me servais aussi de portails, elle aurait dû comprendre qui j'étais.

A moins que personne ne lui ait jamais expliqué qu'elle n'est pas la seule capable de faire ce genre de choses, avança la princesse Sadida.

Elle a pris peur et se serait enfuie, ajouta pensivement la Crâ.

Dans tous les cas, la prochaine fois qu'on la croise, je lui fais sa fête, s'écria le Iop, toujours aussi frustré de n'avoir pu mettre la main dessus.

Mais pour la première fois depuis des mois, la Confrérie du Tofu crut voir le plus jeune de leurs membres avoir un regain d'énergie. Cette mystérieuse apparition avait attisé sa curiosité et il comptait bien lui apporter satisfaction. Cela pouvait signifier qu'il pourrait s'appuyer sur une épaule Éliatrop durant sa quête. Il se tourna vers ses compagnons et se planta devant eux, les poings sur les hanches, un air résolu déridant enfin son visage. Ils savaient ce qu'il allait leur dire mais firent mine d'attendre innocemment ses instructions. Sa détermination faisait plaisir à voir et leur arracha à tous un sourire.

Il faut la retrouver, annonça alors l'adolescent. Ce sera le premier pas vers la libération du peuple Éliatrop.

Alors, mettons-nous en route, déclara Ruel en posant une main bienveillante sur son épaule. Il y a un village de bûcherons pas loin. On pourrait commencer par là.

L'Éliatrop hocha vigoureusement la tête et se mit en route sans attendre, plus impatient et décidé que jamais. L'une des leurs se trouvait non loin de lui. Pour la première fois depuis son départ du royaume Sadida, il était sur une piste sérieuse !

Elle s'était zappée aussi vite et aussi loin qu'elle avait pu et avait terminé sa course non loin de la grotte sacrée, sur un énorme rocher surplombant la forêt. A présent qu'elle avait fui le danger immédiat, elle réalisa pleinement ce qui venait de se produire et se redressa d'un bloc : elle avait rencontré quelqu'un capable de faire la même chose qu'elle ! Alors qu'elle pensait être seule et que Derek et sa mère adoptive lui avaient défendu d'en faire usage ou d'en parler à quiconque.

Mais elle ne pouvait pas se présenter devant un inconnu sans connaître ses intentions au préalable. Il fallait qu'elle l'observe sans que les villageois et le chef ne s'en rendent compte. Sinon, l'inconnu et ses compagnons risquaient gros, sans parler d'elle. S'ils découvraient qu'elle était dans les environs…

Sans avoir d'idée précise, elle presentit qu'elle était arrivée à un tournant important de sa vie et devrait prendre une décision d'ici peu…

Quand est-ce qu'on arrive, râla pour la énième fois la princesse Sadida en traînant des pieds.

Yugo, tu es sûr que cette maudite carte ne se paie pas une fois de plus notre tête, demanda Evangeline en regardant de tous côtés à la recherches d'indices indiquant une communauté civilisée non loin mais tout ce qu'elle pouvait voir se bornait à des arbres centenaires et de petits animaux à plumes et à poil.

Puisque je vous dis que le village se trouve à 2 kilokamètres au Sud-Est, se vexa la carte.

Yugo soupira. A cette allure, la mystérieuse Éliatrop resterait un mirage. Ils avançaient trop lentement. Il soupira et jeta un regard vide à la Confrérie puis il se zappa à la cime des arbres. Tant pis si son Shushu était vexé, il n'avait pas de temps à perdre. Le village était bel et bien à quelques bornes comme promis mais après une rapide inspection des flux de Wakfu, il ressentit la présence de l'inconnue un peu en retrait sur une montagne, au nord et une autre, similaire et plus faible non loin d'elle.

Cette fois, il ne se laisserait pas surprendre ! Il descendit et retrouva le moral de ses troupes au plus bas. Amalia et Ruel s'étaient laissés tomber au pied d'un arbre, épuisés et courbaturés. Eva restait aux aguets mais ne valait pas mieux. Quant à Pinpin, il dormait debout.

Alors, demanda la Crâ.

Le village est bien au Sud-Est, pas très loin, confirma-t-il.

Vous voyez, râla Grufon.

J'ai repéré la fille un peu plus au nord, continua-t-il en ignorant sa remarque. Allez au village, je vous rejoindrais plus tard.

Je viens avec toi, s'écria l'archère. Tu t'es laissé surprendre une fois déjà. On ne sait pas ce qu'elle veut.

Je n'ai rien à craindre, lui assura-t-il. Quand elle m'a aperçu tout à l'heure, elle avait l'air terrorisé. Et puis, si tu m'accompagne, je risque de ne pas la rattraper à temps…

La Crâ comprit mais cela ne lui plaisait pas. Qui savait si elle n'avait pas des alliés et ne tentait pas de l'attirer dans un piège.

Et je crois que j'ai repéré un Dofus, ajouta-t-il. Eva, les autres ne tiennent plus debout et risquent de se perdre. Je serais plus rassuré de te savoir avec eux.

D'accord, tu as gagné, soupira-t-elle avec un sourire indulgent. Si dans trois heures tu n'es pas rentré, je pars à ta recherche !

Je serais rentré, promit-il en souriant. Pour le moment, ne dites rien sur notre voyage. On ne sait pas qui sont ces villageois. Je t'envoie Az s'il y a un changement de programme !

Il partit en courant vers les fourrés en agitant un bras pour la saluer, fit apparaître un portail zap et sauta prestement dedans avant de disparaître. La Crâ fixa longuement l'endroit où il s'était évanoui puis reporta son attention sur ses compagnons : ils dormaient à point fermé.