Wakfu

CHAPITRE 8

Le lendemain, Latissa fut réveillée aux aurores par une Eliatrop débordante d'énergie, ce qui eut le don de lui taper sur les nerfs. Elle rabattit la couverture sur sa tête en grognant quand elle entendit Pinpin crier de la salle commune.

Les filles ! Le petit-déj' est servi !

On arrive, répondit Willow sur le même ton. Aller, debout, Titi ! Une fantastique journée nous attend.

Tu parles, répondit l'autre en envoyant valdinguer ses couvertures. Une journée de marche au milieu de nulle part et pour tout opposant, des petits bandits qui commettent des larcins non moins petits. Et arrête de m'appeler Titi !

L'Eliatrop éclata de rire et termina de faire son sac tandis que la Iop faisait un brin de toilette avant de s'habiller et de l'imiter. Puis, elles descendirent, l'une fraîche comme un pichon, et l'autre encore mal réveillée et bougonne. Amalia et Evangéline n'étaient toujours pas arrivées. Willow salua les garçons avec entrain et s'assit à côté de Mordan, qui se montrait très loquace depuis son réveil. Elle salua Yugo d'un hochement de tête qui lui répondit en rougissant violemment, la faisant sourire.

Il s'était endormi comme un bébé devant elle, pire, Pinpin lui avait raconté que le Zobal l'avait transporté jusqu'à leur chambre sans qu'il ne se réveille !

Yugo ?

Il sursauta et se redressa d'un bloc pour fixer la jeune fille qui l'observait en souriant, rayonnante.

Il nous reste combien de kilokamètres avant d'arriver à Emelka ?

Une trentaine, répondit-il après avoir sorti Grufon. A environ quatre heure d'ici, la route se sépare en deux. A partir de là, on pourrait se zapper. Ce sera plus rapide.

D'accord.

Elle se leva et s'étira, de bonne humeur. Puis, se dirigea vers la porte avec entrain.

Je vais faire un tour dans le village, déclara-t-elle. J'en ai pas pour longtemps.

Je peux venir avec toi, demanda Mordan.

Volontiers.

Il se leva et la devança en trottinant pour lui ouvrir la porte en s'inclinant avec élégance, faisant rire la jeune fille. Elle sortit en saluant une dernière fois le petit groupe et la porte se referma sur ce duo improbable.

Vous croyez que ça va aller, demanda Yugo, inquiet.

Les villageois ont l'air plus ouverts d'esprits que les bûcherons et Mordan sait à quoi s'en tenir, le rassura Ruel. Quant à Willow, sa bonne humeur est contagieuse. Elle n'a rien à craindre.

Il hocha la tête, tranquillisé et termina de manger avec entrain. Il avait hâte de la présenter à Alibert et de se retrouver entouré de sa famille chez lui. Son jumeau lui manquait cependant, il ne doutait pas qu'ils seraient à nouveau réunis. Et puis, il en avait assez de partir au quatre coins du monde sans jamais rien trouver et d'être loin d'eux.

Amalia et Eva descendirent peu après et déjeunèrent en vitesse. Quand tous furent prêts, ils décidèrent de retrouver le Zobal et l'Eliatrop dans le village. Ils les découvrirent en grande conversation avec un vieux monsieur sur la place et s'approchèrent. Visiblement, la jeune fille marchandait avec lui pour obtenir une petite bourse en cuir qu'il balançait ostensiblement entre eux.

Nous sommes en pleine saison, ça ne vaut pas plus de 8 kamas, déclara-t-elle.

12 kamas, et c'est mon dernier mot, répondit le vieillard.

Soudain, les yeux de Ruel brillèrent d'un éclat de convoitise. Alertée, Eva se rapprocha de lui et l'attrappa par le bras avant qu'il ne s'interpose.

Laisse-là faire, Ruel.

Mais…

C'est son marchandage.

Il inclina la tête, peiné et regarda la jeune fille mener ses négociations avec envie. Et, il devait admettre qu'elle s'en sortait bien, même s'il se serait montré beaucoup plus offensif. Finalement, elle obtint sa bourse pour 5 kamas et les rejoignit, le sourire jusqu'aux oreilles.

Qu'est-ce que c'est, demanda Amalia, impressionnée.

De la Noitcerruser ou de l'herbe de vie, si vous préférez, déclara triomphalement la jeune fille. Elle ne pousse que dans cette région et je n'en avais plus en stock.

A quoi elle sert ?

Elle provoque un sommeil profond et réparateur. C'est une herbe très rare.

Alors, comment se fait-il que tu l'ais eu pour presque rien, s'exclama Kyrel, outré.

Parce les gens d'ici ne la considèrent pas à sa juste valeur mais comme de la mauvaise herbe. Certains continuent à en ramasser pour les gens de passage comme moi.

Dans ce cas, déclara Ruel, rouge de colère. Tu t'es faite arnaquer !

La jeune fille secoua doucement la tête et lui sourit.

Je l'ai payé pour sa peine, déclara-t-elle. Vu son âge avancé, ça n'a pas dû être une mince affaire de ramasser une telle quantité. Mais 20 kamas, c'était beaucoup trop !

Ruel hocha la tête, satisfait et le groupe se remit en route. Willow fut d'une compagnie des plus agréables et égailla la marche de quelques balades apprises lors de ses voyages avec Derek. Amalia se joint à elle et lui enseigna même la chanson de l'île de Pandawa, provoquant l'hilarité générale.

L'heure passa vite et bientôt, ils aperçurent l'embranchement où les deux Eliatrops devaient les quitter. La jeune fille ne se départit pas de son sourire mais un voile de tristesse l'avait considérablement assombri. Elle sortit sa lettre du Havresac et la tendit à la Crâ qui la rangea avec précaution dans sa besace.

Salue Alibert de notre part et prend bien soin d'eux, lui dit-elle en lui étreignant brièvement le bras.

Promis, répondit la jeune fille avec émotion.

On vous donnera des nouvelles dès qu'on en saura plus sur les reliques, promit Latissa. Et on t'envoie tes parents.

Merci, Lati.

Elle salua tous ses amis puis attendit que Yugo ait terminé, trépignant d'impatience. Elle avait hâte de se mesurer à lui et surtout de mettre fin à la scène d'au revoir. Cela lui rappelait le fait qu'elle était partie en pleine nuit de la demeure familiale pour ne pas voir pleurer sa mère. En y pensant, il était probable que la prochaine fois que Derek la verrait, elle en prendrait pour son grade. Il lui crierait dessus comme un forcené, ce qui ne manquerait pas de la faire rire, puis elle s'excuserait et tout rentrerait dans l'ordre et elle retrouverait ses parents.

Yugo revint en courant vers elle et lui attrapa la main, les yeux larmoyant mais souriant bravement en faisant de grands signes de la mains à ses amis qui disparurent dans un tournant. Il finit par baisser le bras et resta un moment aussi immobile et silencieux qu'une statue avant de s'animer soudainement et de marcher, tenant toujours la main de la jeune fille dans la sienne. Elle respecta son silence et marcha à ses côtés sans rien dire, profitant du calme et de la campagne. Elle adorait ces vastes paysages et l'ambiance paisible qui s'en dégageait. Finalement, elle s'arrêta et mit genou à terre face au jeune garçon qui eut un mouvement de recul, les joues roses.

Yugo, tu es sûr que tu ne veux pas partir avec eux à Astrub ? On pourrait enquêter plus tard sur mes origines, non, demanda-t-elle avec douceur.

Non, c'est mieux comme ça, répondit-il en souriant. J'ai envie de passer un peu de temps avec ma famille et avec toi, dans mon village et mettre entre parenthèses cette quête. Tout le monde a besoin de prendre un peu de recul et de faire le point sur ses motivations.

Elle poussa un long soupir et se releva en s'étirant.

Bon, on se la fait, cette course, lança-t-elle.

Yugo eut un sourire malicieux et hocha la tête en sortant Grufon de sa besace. Il montra le chemin qu'ils devaient suivre à la jeune fille puis, ils se mirent en place, attendant le signal de Az. Quand ce dernier pépia, ils activèrent leurs portails et s'élancèrent. Les portails apparaissaient pour mieux se matérialiser des kamètres plus loin. Voyant que Willow semblait s'en sortir à merveille, le garçon décida d'accélérer la cadence. Elle l'imita et commença même à le devancer sérieusement. Quand elle aperçut les portes d'Emelka, elle lança un portail zap vers Yugo qui n'eut pas le temps de l'esquiver et l'ouvrit à des centaines de mètres au-dessus du sol puis se zappa à sa rencontre. Attrapant sa main, elle lui sourit et ouvrit un portail qui le mena encore plus haut et se laissa tomber en chute libre, admirant la ville où son ami avait vécu toute son enfance.

C'est magnifique, murmura-t-elle.

Bienvenue chez moi, Willow, lui répondit Yugo, revigoré par la vision de sa ville natale.

Il activa un portail et ils disparurent quelques secondes pour réapparaître aux pieds des portes. Main dans la main, ils les franchirent et furent accueillis par les villageois qui avaient reconnu le garçon. Il se retrouvèrent rapidement encerclés par des visages accueillants qui émurent la jeune fille.

Yugo, enfin rentré, s'exclama un homme en lui donnant une claque dans l'épaule qui le fit fléchir.

Et en bonne compagnie, ajouta un jeune homme d'une vingtaine d'années.

Je vous présente Willow, annonça Yugo. C'est aussi une Eliatrop.

Tous la saluèrent chaleureusement comme une vieille connaissance, ce qui eut pour effet de la déstabiliser et de lui faire monter les larmes aux yeux. Jamais elle n'avait eu le droit à un tel accueil. Yugo étreignit sa main avec douceur puis s'adressa aux villageois.

Je vais à l'auberge. Mon papa Alibert ne sait pas que je suis là.

Il salua tout le monde et entraîna son amie à sa suite dans un dédale de rues, jusqu'à arriver sur la place principale. Là, il se stoppa et lui désigna une maison coquette aux fenêtres grandes ouvertes qui laissaient s'échapper un fumet qui mit l'eau à la bouche de la jeune fille. Sur la façade avant, un panneau avait été accroché. On pouvait lire "Le Bouftou Croustillant".

Elle remarqua alors une silhouette massive et rassurante qui s'affairait à l'entrée et se figea totalement. Yugo ne lui laissa pas le loisir de se poser plus de question et s'élança en interpellant l'homme qui fit volte face, une lueur d'espoir dans le regard.

Yugo ?

Willow s'avança et reconnut un Enutrof sur le pas de la porte, portant un bébé avec un chapeau marron semblable au sien dans ses bras, un dragonnet noir volant dans son sillage. Yugo lui sauta au cou puis ébouriffa les cheveux du petit qui éclata de rire.

A présent, la jeune fille comprenait pourquoi il voulait tant rejoindre cette endroit. Toute le ville semblait vivre dans un bonheur pur et simple qui la remua considérablement. Quand il reprit enfin ses esprits, Yugo l'attrapa par la main et la planta devant sa famille.

Papa, voici Willow, annonça-t-il. Elle possède un Dofus comme nous, mais il n'y a aucun dragon à l'intérieur. Je lui ai proposé de venir ici pour essayer de trouver des réponses et pour m'aider dans ma quête.

Elle s'inclina précipitamment, impressionnée et mal à l'aise.

Désolée de m'imposer parmi vous, s'excusa-t-elle.

Allons, tu es la bienvenue, Willow, lui répondit Alibert. Je te présente Chibi et Grougaloragrane, son frère dragon.

Il lui tendit l'enfant qu'elle cala adroitement dans ses bras, sous le charme. En les observant bien, Alibert se fit la réflexion qu'elle aurait très bien pu être sa soeur, il n'aurait pas vu la différence. Avec leurs cheveux blancs et leurs traits fins, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau.

Mais entrez, je vais te préparer une chambre, Willow et un bon ragoût dont tu me diras des nouvelles.

Je peux vous aider, demanda-t-elle, timidement.

Occupe-toi de Chibi le temps que je prépare ta chambre. Ce garnement cavale comme une Dragodinde et il me cause bien du souci.

Willow hocha la tête, souriante et les suivit à l'intérieur de l'auberge. Alibert la fit installer dans un sofa à l'arrière de la boutique et lui servit une tasse de lait de Boufette. Yugo disparut à l'étage avec son père, serein. Son fils lui raconta ses péripéties depuis sa rencontre avec la jeune fille. Il lui parla aussi du mystérieux Dofus dévoreur de Wakfu et du lien qu'il l'unissait à la jeune fille. Alibert lui rappela alors les évènements survenus avec Qilby et son fils s'efforça de le rassurer.

Je comprends que tu sois inquiet après ce qui s'est passé avec Qilby mais Willow n'est pas comme ça. Elle ignore tout de notre peuple et de nos pouvoirs et sait à peine se servir des portails. Amalia aussi ne lui a pas fait confiance au début mais elle a su prouver sa bonne foi.

J'espère que tu as raison, Yugo, lui répondit son père. Sincèrement.

Yugo hocha la tête, pas totalement satisfait mais il ne pouvait le blâmer pour sa méfiance car après tout ce qu'ils avaient traversé, elle était justifiée.

Ce qui m'inquiète, c'est qu'elle n'est pas une gardienne mais elle possède un Dofus sans dragon et Baltazar nous a bien dit que seuls les gardiens se trouvaient hors de la dimension où je l'ai envoyé avec les enfants.

Mais les Dofus restent même après votre naissance, non ?

Oui mais nous sommes directement lié à eux. Là, je n'ai pas vus d'autre lien que celui entre elle et l'oeuf.

Alors, tu n'as pas d'idée sur ce qu'elle pourrait être ? Adamaï ou Baltazar ne t'ont jamais parlé d'Eliatrop originel sans frère dragon ?

Non, jamais et d'après moi, c'est contre-nature. Un oeuf de dragon ne peut pas contenir qu'un Eliatrop.

Il faudrait interroger Balthazar…

En espérant qu'il ait une réponse mais sincèrement, j'en doute fort… En attendant, j'ai envie de profiter de mon retour à la maison. Ça fait du bien de rentrer chez soi.

Tu parles ! Grougal est un vrai petit monstre et Chibi va finir par me rendre complètement dingue.

Je vais t'aider et Willow aussi, déclara le garçon en sortant de la chambre.

Je serais curieux de savoir comment elle s'en sort avec Chibi.

Ils descendirent en catimini et se glissèrent sans bruit dans l'arrière boutique. Une fois l'épais rideau franchi, ils entendirent le son d'une mélodie et aperçurent la jeune fille tranquillement assise dans le sofa, berçant l'enfant dans ses bras. Elle lui chantait une berceuse qui avait eu raison de l'enfant qui dormait à présent à point fermé. Une fois assurée que le petit ne se réveillerait pas, elle se leva et s'approcha de la fenêtre, pensive. Quelque chose l'inquiétait et Yugo pensait bien savoir de quoi il s'agissait. Willow n'était plus tout à fait sûre de vouloir découvrir ses origines et les secrets qui les entouraient. Seule la déesse savait ce qui allait advenir et la jeune fille avait peur de se retrouver dans une situation encore plus terrible que maintenant.

Finalement, elle baissa les yeux sur le visage potelé de l'enfant et eut un sourire tendre, charmée par le petit garçon qui dormait paisiblement dans ses bras. Alibert l'observait attentivement et malgré ses craintes, il sentait ses réticences s'effacer lentement. Un être aussi cruel que Qilby n'aurait pas sourit devant un tel spectacle et n'aurait sûrement pas prit la peine de chanter une berceuse à un enfant. Non, Willow n'était pas méchante et sans se l'avouer, l'Enutrof en était persuadé.

Il s'avança d'un pas tranquille et vint se poster près d'elle sans qu'elle ne le voit.

Je vois que tu sais t'y prendre avec les enfants, déclara-t-il faisant sursauter la jeune fille.

Remise de ses émotions, elle lui sourit et hocha vigoureusement la tête, trop impressionnée pour faire une phrase complète. Il lui rendit son sourire et se lança dans la présentation de l'auberge et de son plat traditionnel : la Blanquette spéciale Alibert. Cependant, ils durent suspendre leur session quand Chibi geignit dans son sommeil. Ils se turent et le dragonnet guida la jeune fille jusqu'à la chambre du garçonnet après que celle-ci l'ait repris dans ses bras. Elle le déposa délicatement, le couvrit et quitta la pièce en entrebâillant la porte. Ils redescendirent sans bruit et se laissèrent tomber dans les sofas en soupirant de soulagement.

Willow, tu aiderais vraiment Yugo à trouver un foyer pour les enfants éliatrops ?

Elle ne lui répondit pas immédiatement et observa longuement l'impressionnant Enutrof qui la fixait avec crainte avant de sourire.

Si je peux être d'une quelconque aide, je n'hésiterai pas un seul instant. Mais, pour le moment, je ne suis pas d'un très grand secours. J'ignore tout de nos deux peuples. Comment pourrais-je leurs trouver un refuge dans ces conditions ?

En te formant, répondit-il. Yugo et les autres t'apprendrons tout ce qu'ils savent.

La jeune fille hocha la tête en souriant, les yeux humides.

Merci, Alibert.

Yugo m'a dit que tu possédais un Dofus très étrange.

Il n'y a pas de dragon, confirma-t-elle.

Les Dofus sont des points de sauvegarde pour les six gardiens et leurs frères et soeurs dragons, résuma Yugo. Ils n'ont pas besoin d'être habités pour se matérialiser. Cependant, il y a toujours un lien de Wakfu entre le Dofus et ses jumeaux. Mais le plus étrange, c'est que tu n'es pas une gardienne et que le Dofus semble drainer tout ton Wakfu. Comme s'il voulait te rappeler à lui.

Un frisson parcourut l'échine de la jeune fille qui garda le silence. Pourquoi l'oeuf cherchait-il à la dévorer ? Ça n'avait pas de sens.

Il doit y avoir une explication, pourtant, déclara-t-elle.

Il y en forcément une, lui répondit Alibert, rassurant. Mais en attendant de la trouver, il vaudrait mieux que tu évites de toucher au Dofus. Yugo m'a raconté la fois où tu as fait un malaise.

Le jour où nous nous sommes rencontrés. Je lui avais fait peur et il s'était assommé en reculant, confirma-t-elle en riant. Quand je l'ai ramené auprès des autres, ils ont cru que je l'avais agressé.

Ça, il s'est bien gardé de me le dire.

Le garçon rougit violemment et regarda la pointe de ses pieds avec attention. Alibert éclata de rire, rapidement suivi par la jeune fille. Yugo finit par oublier sa gêne pour se joindre à eux et raconta plus en détails les péripéties des derniers jours, Willow pimentant le tout d'anecdotes sur les maladresses de chacun. Puis, ils montèrent lui montrer sa chambre. Elle jouxtait celle de Yugo et donnait sur l'arrière-cour. Elle les remercia une nouvelle fois et promit de les aider à tenir l'auberge mais aussi à s'occuper à des petits monstres. Tout en disant cela, elle fit signe au bébé dragon de s'approcher. À la grande surprise des deux autres, il obéit et se posa sur ses genoux. Elle sourit et lui caressa le sommet du crâne. Le dragonnet s'allongea et ferma les yeux, parfaitement calme.

Incroyable, souffla Alibert.

Qu'y a-t-il, demanda la jeune fille.

Grougal. Je ne l'ai jamais vu aussi calme et obéissant, lui répondit-il, impressionné.

Peut-être parvient-il à ressentir quelque qui nous est impossible de percevoir, ajouta son fils, songeur.

Dommage qu'il ne puisse pas parler, murmura Willow. Ça nous aurait sûrement aider à comprendre ce que je suis...

Yugo s'assit près d'elle et prit sa main, encourageant. Ils finiraient bien par trouver et il espérait sincèrement qu'ils le feraient rapidement. L'incertitude rongeait le coeur de la jeune fille. Elle s'efforça de sourire mais le garçon vit bien que le coeur n'y était pas. Il soupira.

Soudain, un gémissement leur parvint de la chambre de Chibi. Willow se leva et posa Grougaloragrane sur son épaule.

On va chercher Chibi ?

Le dragonnet émit un grognement d'approbation et ouvrit la marche. Yugo les suivit, pensif. Il en savait tellement peu sur son propre peuple. S'il parvenait à contacter Balthazar, peut-être que celui-ci serait en mesure de les renseigner. Mais comment faire sans l'Éliacube ?

Yugo ?

Oui ?

La jeune fille le fixa longuement puis, après s'être assurée que le dragonnet était loin, elle s'accroupit devant lui.

Tu es sûr que seuls les gardiens possèdent des Dofus de sauvegarde ?

D'après ce que Grougal m'avait raconté avant sa renaissance, nous sommes nés de l'union entre la Déesse Éliatrop et le Grand Dragon.

Donc, ils sont les seuls à avoir pu me créer.

Oui.

D'accord mais dans quel but ?

Je l'ignore. Attendons Balthazar. S'il n'en sait pas plus que nous, nous irons voir dans le Mont Zinit. Peut-être qu'il y a des livres qui parlent de toi.

Elle haussa les épaules et se redressa en entendant Chibi pleurer. Souriante, elle franchit le pas de la porte en fredonnant. Yugo entra à son tour et la vit penchée sur le lit, parlant au petit garçon. Il tendit les bras et elle le prit dans les siens en déposant un baiser sur sa joue. Le gamin se mit à rire comme seuls les enfants savent le faire. Willow le fit tourner à bout de bras puis l'assit sur ses épaules et descendit en courant jusqu'au salon, faisant sursauter Alibert qui finit par sourire devant la scène. Chibi criait et riait tout à la fois, Grougaloragrane volant autour d'eux. Yugo assista à la scène du haut des escaliers, ne pouvant s'empêcher d'esquisser un fin sourire, attendri. La présence d'une jeune fille dans l'auberge allait adoucir le quotidien. Il était heureux de lui avoir proposé de venir avec lui jusqu'ici.