Wakfu
CHAPITRE 21
Quand la Confrérie des Chercheurs de Reliques débarqua sur le port de l'avant-poste brakmarien, les membres en furent soulagés. Certains matelots et passants les jaugèrent d'un regard puis passèrent leur chemin. En une semaine, la plupart des membres avaient profité du voyage pour s'entraîner.
Mordan avait totalement récupéré et s'il avait été dispensé d'entraînement, son expérience de la mort l'avait quelque peu tempéré. Amber, quant à elle, n'avait eu de cesse de coller son sauveur, s'arrangeant pour subvenir au moindre de ses besoins. Mais le Zobal restait silencieux et indifférent à ses avances.
Jasper et Kyrel avaient été initiés aux rudiments du combat par Latissa et Len Gato qui s'était prêté au jeu avec une joie sadique. Les deux combattants en herbes avaient été effrayés par l'association shushutesque des deux vétérans et en avaient souffert. Cependant, à présent qu'ils étaient sur la terre du vice, ils se sentirent soulagés d'avoir suivi cette formation accélérée.
Latissa avait profité des pauses de ses disciples pour se perfectionner et reprendre confiance en elle. Elle se servit donc de sa rage envers les Riktus qui l'avaient lâchement trompée et détroussée pour faire évoluer son art du combat, cherchant à devenir plus subtile et perfide dans ses coups.
Yugo tenta de reproduire la technique de Willow sans jamais parvenir à lire et différencier les auras. Comprenant que cela était hors de la portée d'un être humain, il se rabattit sur celle que Qilby avait utilisé lors de leur combat : ouvrir des dizaines de portails pour y projeter ensuite son wakfu à l'intérieur et attaquer sa cible de tous les côtés à la fois.
Quant à Willow, elle ne parvint à retrouver sa vue normale qu'après trois jours d'efforts intenses. Lors de la bataille, elle avait déclenché quelque chose en elle, elle avait dépassé un point de non-retour. Désormais, elle prenait progressivement conscience de ses capacités, et il ne faisait plus aucun doute qu'elle était la réincarnation de la Grande Déesse, même si la raison lui en échappait encore. Cette nouvelle lui torturait l'esprit plutôt qu'elle la réjouissait. Elle se trouvait juste être une Eliatrop avec trop de pouvoirs. Et ce Dofus vide l'inquiétait d'autant plus. Willow y avait vaguement pensé, mais c'était Yugo qui, un soir, avait osé dire tout haut le fond de sa pensée:
Si ce Dofus est le tien et qu'il est vide, peut-être que le Grand Dragon s'est, lui aussi, réincarné ?
Et cela ne faisait que rajouter à ses inquiétudes, à tel point qu'elle ne vit pas passer le trajet jusqu'aux Landes de Sidimotes. Le sol, les roches et même les nuages étaient déclinés en un camaïeu de noir et de gris, et les seules notes de couleurs qui apparaissaient dans ce paysage plutonique étaient des flaques de laves en fusion, éclairant d'une lueur orangée cette steppe aride. Si quelques rails ne venaient pas barrer leur chemin de temps à autre, les aventuriers auraient pu croire cette région déserte, sauvage. Même les créatures qu'ils croisèrent étaient étranges, voire effrayantes pour certaines. Mordan, déjà bien effrayé, devait se montrer fort devant les craintes presque exagérées de la benjamine du groupe, constamment suspendue à son bras.
A présent qu'ils avaient atteints leur destination et qu'ils étaient plus prêts que jamais de l'incroyable Relique, ils réalisèrent à quel point la tâche qui les attendait allait se montrer ardue.
Les premières choses qu'ils aperçurent furent les immenses grilles effilées qui protégeaient le domaine. Willow haussa les épaules avec peu de conviction mais se força à prendre un ton blasé quand elle parla.
En deux portails, on est de l'autre côté.
C'est pas les piquets qui nous inquiètent, Will, souligna Yugo d'une voix étrangement aigüe.
La jeune fille leva la tête et vit enfin ce qui effrayait tant ses amis : La Tour De Rûddarab, inviolable et majestueuse dans son manteau de pierre volcanique. Will aurait pu trembler de peur comme Jasper était en train de le faire si ses yeux, habitués aux couleurs ternes de ce continent ne lui avaient pas signaler une tâche verte au pied de la tour.
Elle éclata de rire, attirant tous les regards à elle. Ne pouvant trouver les mots pour annoncer sa découverte, elle se contenta de la pointer du doigt en souriant. Les autres découvrirent alors le magnifique jardin aménagé qui s'étendait au pied de la tour et l'armée de jardiniers en charge d'entretenir cet Incarnam en enfer et sentirent bientôt, le poids de l'imposante demeure s'envoler.
Le maître de céant aime les belles choses, déclara-t-elle avec un sourire éclatant.
Et alors, soupira Kyrel, laissant libre court à son désespoir.
Alors, on va lui en mettre plein les yeux, répliqua l'Eliatrop avec un clin d'oeil.
L'énergie retrouvée, la Confrérie commença à échafauder un plan qui tomba vite à l'eau quand Willow revint de son entretien avec l'un des domestiques.
J'ai notre moyen de passer les grilles, annonça-t-elle triomphalement.
Pitié ! Pas le portail, gémit Latissa.
Non, mieux que ça : des cartons d'invitation pour le bal de ce soir, annonça-t-elle.
On est pas venu ici pour faire la fête, se récria Kyrel, outré.
T'aurais pas des parents Iop, toi des fois, lui demanda Mordan. Le bal a lieu ici, à Rûddarab.
Tout juste l'ami ! C'est demain soir, ce qui nous laisse largement le temps de nous préparer mais surtout de nous annoncer.
A quoi ça nous servirait, demanda Amber, découragée.
Quel comptable influent de Brâkmar refuserait de recevoir le souverain des Eliatrops ?
Réalisant enfin l'importance du statut de leur compagnon, les membres de la Confrérie l'observèrent avec intérêt et finirent par sourire.
On pourrait aller à ce bal et tenter de convaincre Suserc de nous donner la relique, s'exclama Yugo, euphorique.
Impossible, trancha Amber. Le Bâton fait la fortune de Suserc. En tant qu'Enutrof, il ne le cédera jamais. Il faut le voler.
Ils déchantèrent tous et commencèrent à réaliser ce qu'ils s'apprêtaient à faire : déposséder un Enutrof de son bien le plus précieux. La déclaration de leur cadette était on ne peut plus claire : leur mission devrait se faire dans la plus grande discrétion. Willow échangea un regard avec son compagnon et lui sourit. Même si le voler ne serait pas chose aisée, elle était confiante. Si les événements venaient à mal tourner, elle pourrait protéger ses amis sans problèmes.
Plus sereine que jamais, Will se tourna vers son amie et chef pour la consulter sur la marche à suivre et la découvrit prise dans une intense réflexion. L'idée de voler ne devait sûrement pas convenir à la chevalière, pire ! Cela allait à l'encontre des principes d'un gardien de Shushu. Prête à la soutenir dans cette dure épreuve morale, l'Eliatrop s'avança vers son amie et se figea en la voyant hausser les épaules et retrouver sa vivacité naturelle.
Will ne put s'empêcher de s'étonner de la rapidité avec laquelle la Iop avait accepté la situation et se rendit compte à quel point ses amis avaient tous évolué depuis leur première rencontre. Cela la réconforta, mieux, elle lui donna le courage d'appréhender le vol du lendemain avec sérénité.
Venant se coller à son compagnon, elle se blottit contre lui et le laissa passer son bras sur ses épaules. Bientôt, Will sentit une gêne et s'écarta doucement pour observer son souverain de biais. Depuis sa transformation, ils avaient pris l'habitude de se tenir ainsi et jusqu'à présent, Will avait trouvé cette position très confortable. Activant discrètement sa vue draconnique, elle observa son aura et fronça les sourcils. Quelque chose clochait avec son Wakfu. En ouvrant les yeux, elle l'inspecta sous toutes les coutures et remarqua bientôt un détail qui lui mit la puce à l'oreille.
La tenue de voyage qu'Eva avait choisi à Yugo avait été réajustée pour lui aller à la perfection. Aucune manche retroussée, ni ourlet. Tout avait été contrôlé pour que le jeune homme ne soit pas incommodé. A présent, ses manches lui tombaient légèrement sur les poignet et le bas de ses chausses se fronçaient avant de disparaître dans ses bottes de voyage. Elle voulut lui faire la remarque mais la voix du Zobal la ramena à l'affaire qui les occupait.
Et on ne pourrait pas engager quelqu'un pour la voler à notre place ?
J'y pensais, lui répondit leur chef en prenant une attitude nonchalante. Et Brâkmar ne doit pas manquer de bandits et de brigands…
Mais qu'est-ce qu'on va lui dire, intervint Willow, soucieuse.
C'est vrai, il va falloir le payer, ajouta Jasper. Et très cher si nous ne voulons pas qu'il file avec le bâton.
La jeune fille devait reconnaître que l'archaologue ne herbe avait raison : on n'engageait pas un brigand comme ça et encore moins à Brâkmar sous peine d'écourter sa vie ou d'alléger considérablement sa bourse.
Latissa décida de partir immédiatement à la recherche d'un membre temporaire pour la Confrérie et la scinda en deux. Willow poussa un soupire de soulagement quand son amie décida qu'elles feraient équipe avec Jasper et Yugo qui semblaient être des proies faciles pour les petits bandits de la cité. Mordan écopa de Amber qui refusa de se séparer de lui. Alors qu'ils se séparaient, l'Eliatrop lui fit un discret signe d'encouragement. L'Enutrofette était adorable mais par instant sa trop grande naïveté devenait envahissante et se rapprochait dangereusement de la bêtise pure.
Se mettant gaiement en marche, Willow finit par se tenir près de son compagnon, peu rassurée. C'était elle qui avait proposé un premier lieu susceptible de leur convenir mais à présent, elle n'était plus aussi sûre que son idée soit si judicieuse…
Après tout, s'il était le premier à lui être venu à l'esprit, c'était bien parce que Derek lui avait formellement interdit d'y mettre les pieds lors de leur dernière visite dans la cité du vice. D'ordinaire, elle était entourée de l'équipe de son père qui savait très bien y faire avec les petits bandits de la cité. Car les Fouilleurs étaient souvent les cibles de voleurs ce qui était logique quand on pensait à toutes les merveilles qu'ils déterraient. Derek et ses apprentis savaient à quoi s'en tenir et veillaient toujours sur elle.
A présent, ils n'étaient pas là et c'était à elle de veiller à ce qu'il n'arrive rien à ses amis. Et au lieu de les mettre en lieu sûr, elle les jetait dans la gueule du Mulou. Elle en aurait presque pleuré de désespoir. Au lieu de quoi, elle accepta avec soulagement la main de Yugo et avança en scrutant les passants, l'air mauvais. Elle aurait pu utiliser sa vision du Wakfu mais craignait trop de se retrouver dans la même situation que la dernière fois et de voir en bleu pendant des jours. Quand ils arrivèrent enfin devant la taverne, Willow frissonna puis prit son courage à deux mains et entra en bousculant des ivrognes pour se frayer un passage jusqu'à une table huilée de crasse et de bières renversées. Elle observa ses compagnons et vit que Jasper était à deux doigts de faire une syncope. Elle lui donna un grand coup de pied sous la table et le foudroya du regard quand il lui lança un regard de bête blessée.
Ne montre pas que tu as peur, gronda-t-elle. C'est le meilleur moyen de se faire détrousser.
Il hocha vigoureusement la tête et tenta d'adopter le même comportement que Latissa : sourcils froncés et lèvres pincés. La chevalière devait sûrement regretter d'avoir suivi son amie dans ce coupe gorge.
Une Osamodas à l'embonpoint prononcé et à l'air revêche vint à eux et se planta devant la table, attendant leur commande. Latissa commanda des bières brâkmariennes et stoppa l'imposante tenancière avant qu'elle ne reparte.
Nous cherchons à acheter les services d'un Roublard, le meilleur si possible…
J'ai compris, je vous envoie vot' bonhomme.
La chevalière échangea un regard avec son amie qui se contenta de lui rendre, éberluée. La tâche leur semblait presque trop simple. Il leur fallait se méfier.
Alors que Willow allait lui faire remarquer, un Roublard tira une chaise et s'assit à califourchon dessus, une bière déjà bien entamée à la main.
Je n'aurais jamais pensé te revoir dans cet endroit, ma jolie, lança-t-il sur un ton grivois.
Willow l'observa, surprise qu'il lui parle si familièrement. Elle le dévisagea sans le reconnaître. Finalement, le Roublard leva les yeux pour les poser sur Latissa qui, elle, semblait bien savoir de qui il s'agissait. Elle ne paraissait, d'ailleurs, pas ravie de le revoir. Will ne put s'empêcher de se sentir soulagée : l'individu en question devait être un Crâ, à première vue. Mais sa tenue noire et son demi-masque ne mentait pas sur sa condition de Roublard.
De tout Brâkmar, il a fallu que je choisisse cette taverne, se lamanta leur chef. Va-t'en, on a des choses à faire !
Yugo parut peiné et prit la parole, voulant adoucir les choses.
Attend Lati, si tu le connais, il pourrait nous aider à...
Prise de panique et ne sachant que faire pour l'empêcher de parler, Willow lui donna un violent coup de pied dans le tibia, faisant vibrer toute la table. Fort heureusement, leurs consommations n'étaient pas encore arrivés, la tenancière se faisant allègrement caresser par des poivrots et n'appréciant guère ce contact, s'occupait de les mettre dehors à l'aide de ses employés. Yugo étouffa un cri et se recroquevilla pour masser sa jambe meurtrie tandis que Willow affichait un sourire forcé qui ne trompa personne.
Je serais ravi d'aider les amis de "Lati", répondit le Roublard qui n'avait pas perdu une miette du spectacle. Laissez-moi me présenter : je suis Liam Verakot, humble voleur solitaire.
On n'a pas besoin de toi, le coupa Latissa. D'ailleurs, c'était une mauvaise idée. On s'en va.
Jasper se leva aussitôt en poussant un soupire de soulagement. Rapide comme un chacha, Liam prit sa place et attira la chevalière à lui, un bras possessivement passé autour de sa taille.
Que tu es froide, tu me brises le coeur, s'écria-t-il, feignant d'être blessé.
Willow observa son amie, se préparant à bondir si elle venait à lui cogner dessus. Si elle le faisait, cela ne manquerait pas de provoquer une bagarre et là, elle ne donnait pas cher de leurs peaux…
Au lieu de ça, Latissa resta immobile, rouge comme une pioulette volcanique puis, repoussa le dénommé Liam sans grande conviction.
C'est bien les os que j'ai envie de te briser, finit-elle par lancer, incertaine.
Alors qu'elle allait se rasseoir, Willow vit Latissa lever le poing et la stoppa avant qu'elle ne défigure le pauvre roublard qui ne bougea pas d'un cheveux, totalement à son aise.
Je ne sais pas qui il est pour toi, mais tu le connais, c'est mieux que d'engager un inconnu qui risque de nous trahir, lui souffla-t-elle au creux de l'oreille.
Leur chef parut sur le point de refuser nette, visiblement très affectée par cet inconnu puis se ravisa au plus grand soulagement de ses amis.
Oh ! Liam, s'exclama Nasyap, sortie de sa léthargie. Je ne t'avais pas reconnu, avec tous ces vêtements ! Qu'est-ce que tu viens lui voler, cette fois ?
Nasyap enfin ! La dernière fois, je n'avais fait qu'emprunter quelques kamas pour prendre le bateau ! Et puis j'ai eu autre chose de bien plus précieux enco…
Avant qu'il n'ait pu terminer, le Roublard reçut le Shushu en pleine figure. Rouge de gêne, Latissa n'avait pu se contenir plus longtemps. Se levant brusquement, elle dévisagea ses trois compagnons.
J'en ai assez de toutes ces noqueries, bégaya-t-elle. On rentre !
Et elle sortit, le plus bravement qu'elle le put sous les regards ébahis de ses amis. Willow n'en revenait pas : jamais elle ne se serait douté que les mauvais garçons étaient le genre de son amie, elle qui était si intransigeante avec la justice !
Alors qu'elle s'apprêtait à la rejoindre pour tenter de recoller sa fierté de chef brisée, Liam refit surface de sous la table, un sourire vulgaire étirant ses lèvres et l'air encore sonné par le coup qu'il venait de recevoir.
Je fais cet effet à toutes les jolies filles, soupira-t-il d'un air blasé en saisissant la main de Willow.
Charmée par ses badinages, elle allait le moucher quand Yugo posa une main sur celle du malotru, l'air dangereusement calme.
Alors comme ça, vous voulez nous aider ?
Quand Will parvint enfin à s'extraire de l'atmosphère pesante de la taverne, elle retrouva son amie assise sur un muret, l'air hagard. L'Eliatrop pensait comprendre ce qui avait bien pu plaire à Latissa mais aussi combien il devait lui être difficile de l'admettre étant donné son statut de Chevalière. Liam était un beau parleur, plutôt bel homme de ce qu'elle avait pu voir. Il aurait même pu séduire une pierre avec ses compliments. Voyant bien que Latissa avait le moral dans les guêtres, elle s'avança doucement puis se ravisa en la voyant sauter de son perchoir sous les regards curieux des passants. Leur chef n'était pas du genre à se lamenter comme elle venait de le démontrer une fois de plus. Rentrant dans la taverne, elle regagna son siège et attendit patiemment que Latissa les rejoigne. Elle affichait sa mine des grands jours : décidée et sûre d'elle. Willow ne put s'empêcher de sourire, envahie par la vitalité de son amie.
C'est bon, on t'engage, déclara-t-elle de but en blanc.
Le Roublard parut décontenancé par cette déclaration soudaine mais se reprit bien vite. Se levant, il posa son regard sur la Iop qui lui rendit, bien décidée à lui montrer qui menait la danse à présent. Il finit par lui tendre la main, ayant compris que la jeune fille était sérieuse. Latissa hésita puis lui offrit sa main. D'un geste rapide et sûr, Liam la tira et la serra contre lui, un sourire taquin aux lèvres.
Alors, qu'est-ce que je vole, cette fois, lui murmura-t-il au creux de l'oreille.
Willow vit son amie frissonner tandis que ses joues viraient au rouge puis, avant que quiconque n'ait eu le temps de réagir, Latissa lui flanqua une baffe sonore qui interrompit une bonne partie des conversations autour d'eux.
Latissa donna les grandes lignes de leur aventure à Liam et prétexta que le comptable Suserc n'avait aucunement le droit de posséder le bâton Enutrof qui n'avait pas grande valeur si ce n'était spirituelle. Liam parut se contenter de ce mensonge mais Willow n'était pas dupe : le Roublard savait bien qu'on lui mentait sinon, pourquoi l'aurait-on engagé ? Elle le fit discrètement remarquer à son compagnon et ils décidèrent de le garder à l'oeil.
Il s'agit quand même de la Tour de Rûddarab, finit-il par dire, sceptique. Elle n'a pas juste l'apparence effrayante, on la dit inviolable… Il me faudrait au moins les plans pour établir…
Et si on parvient à y entrer en toute légalité, le coupa Yugo.
Ce sera tout aussi compliqué. Suserc ne donnera pas accès à toutes les parties de la tour qui risquent d'être bien gardées. Avez-vous au moins une idée d'où est conservée votre Relique ?
Les quatre confrères échangèrent des regards alarmés qui n'échappèrent pas au professionnel. Il soupira.
On pourra peut-être la voir avec la vue draconnique, suggéra Willow.
Mouais, fit Liam, dubitatif. Trouvez-moi d'abord des plans, même s'ils ne sont pas très précis. Que je puisse au moins anticiper notre retraite si ça tourne à la débandade.
Le problème, c'est que le bal est pour demain soir, rappela Jasper Hobson, méfiant.
Cette fois, Liam tomba de haut et les dévisagea, les yeux ronds de surprise avant de se laisser tomber sur le dossier de la chaise. Pris dans une intense réflexion, il ne décrocha pas un mot pendant de longues secondes puis se mit à parler en choisissant ses mots avec attention.
Voilà ce que vous allez faire : demain, vous vous occupez de vous préparer à ce bal, comme si de rien n'était. Je m'occupe des plans et des renseignements. Prévoyez-moi un costume et un masque, je vous rejoindrai à votre auberge. Vous avez trouvez un endroit où dormir ?
L'auberge du Tofu Boiteux, répondit machinalement Latissa.
C'était la seule auberge que Willow connaissait qui ne soit pas trop chère ni trop mal fréquentée. Située en périphérie de la ville, elle offrait un moyen rapide de s'enfuir s'ils étaient poursuivis.
Réglant leur addition en prenant bien soin de dissimuler leurs bourses, les confrères sortirent de la taverne et saluèrent Liam pour rejoindre leur auberge. Alors qu'ils s'éloignaient du coeur de la cité, ils se sentirent bientôt en sécurité et se détendirent. Seuls les brâkmariens pouvaient se faire au rythme de la ville. Elle avait beau être dirigée par un monarque cruel et autoritaire, la nuit tombée, Brâkmar devenait autre. Tout ce qui était fait en secret la journée s'étalait au grand jour le soir venu. Willow aurait bien voulu se fondre dans la masse et observer la vie nocturne de la ville mais se ravisa, si jamais Yugo l'apprenait, il se ferait un sang d'encre.
Ils atteignirent bientôt l'auberge et retrouvèrent leurs trois confrères qui avaient fait choux blanc. Mordan semblait épuisé et à deux doigts de la crise de nerf tandis que Amber le noyait de bavardages aussi assommants qu'inutiles. Latissa coupa court en leur racontant leur entrevue avec le Roublard, se gardant bien de préciser ces relations avec ce dernier. Ils commandèrent leur repas qu'ils mangèrent en silence puis partirent se coucher sans pour autant trouver le sommeil.
Le lendemain promettait d'être mouvementé...
