Chapitre 2 : Découvertes
Harry se serrait une nouvelle fois étalé à l'atterrissage, si Rogue ne l'avait pas fermement retenu par l'épaule. Se redressant tant bien que mal, il jeta un regard autour de lui, enregistrant son nouvel environnement. Il émit un petit soupir soulagé en reconnaissant Poudlard : l'endroit avait toujours eu un effet apaisant sur lui et la soirée avait été forte en émotions. La pression sur son épaule s'intensifia et le poussa à se tourner vers son professeur.
— Est-ce que ça va ? demanda-t-il d'une voix étonnamment douce.
— Oui, je crois, pour moi en tout cas, il tourna ensuite son regard vers la petite forme blottie contre lui. Elle en revanche beaucoup moins, elle a besoin de soin professeur.
— Qui est … commença Rogue qui finalement se coupa seul en faisant un signe de la main à Harry pour qu'il le suive. Peu importe, pour le moment contentons-nous de la soigner.
Intérieurement le garçon en fut soulagé, il serait bien en peine d'expliquer qui est Anna et ce qu'elle faisait chez lui. Il ignorait ce que savait Rogue et il ne tenait pas particulièrement à lui apprendre qu'il était son fils et que la fille mal en point dans ses bras était probablement la sienne, disparut depuis quinze ans.
Il suivit donc l'homme sans dire mot, secouant seulement la tête lorsque son professeur lui demanda s'il fallait le relayer pour porter Anna. Elle n'était pas bien lourde de toute façon et son contact avait un effet apaisant sur Harry. Il sentait que s'il la lâchait, il serrait à deux doigts de craquer et d'au choix rire comme un fou ou pleurer de rage à ce nouveau coup du destin. Rogue comme père ?! Sérieusement ? Comment était-il censé réagir à cela ? Préférant ignorer présentement la réponse, il se concentra sur le corps chaud de la jeune fille contre lui et de vider sa tête de toute autre pensée. En passant devant la grande horloge du château, il constata qu'il n'était qu'une heure trente du matin, étonnant comment une vie pouvait basculer en seulement une heure trente.
Rogue leur fit traverser le château jusqu'à l'infirmerie, priant pour que Mme Pomfresh soit présente, même s'ils étaient en plein été. Pénétrant dans la pièce prestement, il fit signe à Harry d'allonger la jeune fille sur l'un des lits et partit en direction du bureau de l'infirmière. Il revint quelques instants plus tard, les yeux emplit d'une inquiétude qu'Harry n'avait jamais vue dans ce regard habituellement si mort et la vielle femme ne tarda pas à s'affairer autour de la blessée. Elle écarta la cape dont l'avait couverte Harry pour le voyage et émit un petit cri en voyant le corps ravagé de l'adolescente, cachant sa bouche de surprise.
— Qui a fait cela ?
— Je l'ignore, je l'ai trouvée comme ça, répondit Harry qui s'inquiétait de la réaction de l'infirmière. Ces blessures étaient-elles encore plus graves qu'il le pressentait ?
— Trouvée ? interrogea Rogue, en scrutant Harry, notant les nombreux changements corporels qui s'étaient opérés en lui et qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de voir dans la panique.
— Elle est apparue dans ma chambre à minuit, grimaça Harry. Je ne sais que son nom, Anna. Elle ne peut pas parler et elle ne savait pas ni où elle était, ni qui j'étais, ni même comment elle est arrivée chez ma tante.
Il nota le léger éclair qui passa dans les yeux de Rogue lorsqu'il dit Anna, mais l'homme ne laissa rien paraître d'autre, se contentant de fixer la jeune fille. Savait-il leurs réelles identités ? Harry ne pouvait en être sûr. Il reporta donc son regard sur elle également et observa Pomfresh défaire doucement l'un de ses bandages de fortunes et acquiesça lorsqu'elle lui demanda si il était l'auteur de ses soins maladroits.
— C'est du bon travail, Monsieur Potter, cela lui a probablement sauvé la vie, elle aurait perdu trop de sang. Comme quoi vos passages réguliers en ces murs vous ont contre toutes attentes appris quelque chose.
Elle lui sourit, mais il ne put répondre qu'une grimace, revoir les plaies d'Anna n'était pas plus facile la seconde fois que la première. Il se sentit soudain nauséeux et eut un petit vertige avant que Rogue, qui l'avait remarqué, ne l'asseye sur le lit voisin. Se sentant un peu mieux assis, il laissa son professeur lui toucher doucement le front pour prendre sa température.
— Il a de la fièvre Poppy, fit l'homme à l'adresse de l'infirmière qui releva la tête et lui tendit une fiole pour qu'il lui administre, ce qu'il fit sans attendre.
L'homme profita ensuite de l'aider à s'allonger pour lui chuchoter :
— Que sais-tu Harry ?
Ledit Harry tiqua un instant sur l'emploi très inhabituel de son prénom et du tu par un de ses ennemis du château, ainsi que par le également très inhabituel ton poli, presque doux, mais il se ressaisit :
— Le plus important, je crois, vous, ma mère, l'héritage et Anna, fit-il d'une voix qu'il espérait calme en pointant du doigt sa possible sœur, bien que je ne sois pas sûr concernant cette dernière.
— Cela peut se vérifier assez facilement, murmura Rogue en farfouillant dans l'un des placards de l'infirmière.
Il en sortit une potion blanchâtre dont il déposa trois gouttes sur le chevet. S'entaillant un doigt de sa baguette il fit tomber un peu de sang sur l'une des gouttes et invita d'un geste le jeune homme à faire de même, puis il pointa sa baguette vers Anna et fit venir d'un accio un peu de celui qui couvrait la jeune fille. Il murmura ensuite un sort compliqué qu'Harry ne comprit pas et les trois gouttes alignées sur le bois prirent une teinte rougeâtre.
— Et bien il me semble que nous avons la réponse à notre question, dit à voix basse Rogue, le visage sans expression.
Harry, lui, était interdit, c'était une chose de penser qu'Anna soit sa sœur, s'en était une autre d'en avoir la preuve sous les yeux et surtout de savoir que Rogue était son père ! Il resta un moment le regard fixé sur les trois gouttes, refusant de lever le visage vers son professeur. Mais celui-ci ne lui laissa pas le choix et prit son menton d'un geste doux et le releva vers lui, ancrant ses yeux dans les siens.
— Je sais que nous avons un passif très important entre nous, que mon attitude à été déplorable et que j'ai fait de très nombreuses erreurs, mais j'aimerai vraiment arranger cela et me faire pardonner, si tu l'acceptes.
Harry ne répondit rien, il ne savait de toute façon quoi dire, se contentant de regarder les yeux onyx de son vis-à-vis, habité par une grande tristesse, de regret et un soupçon de tendresse ?
— Cela n'excuse en rien mon attitude, mais je croyais vraiment que ta mère m'avait quittée pour James et m'avait fait un enfant dans le dos, alors que nous étions mariés et heureux ensemble. Je croyais qu'elle m'avait menti depuis le début et qu'elle s'était servie de moi.
Severus se passa une main lasse sur le visage est Harry s'étonna de le voir afficher aussi clairement sa faiblesse devant lui.
— Non en vérité, jusqu'à ton arrivée à Poudlard, je croyais encore au fond de moi, j'espérais que cet enfant soit le mien et pas celui de James et que tout cela ne soit qu'un affreux malentendu. Mais quand je t'ai vu … et bien on peut dire que jusqu'à récemment tu étais le parfais portrait de James, alors j'ai passé toute ma rancœur et ma colère sur toi. Ce n'était guère glorieux, je l'avoue, mais j'avais le sentiment que cela finirait par me faire du bien. Ce qui est faux bien entendu, mais sa trahison m'a fait tant de mal. Je suis vraiment désolée Harry.
L'adolescent hocha la tête, il pouvait comprendre ce qu'avait ressenti cet homme, et les efforts de Rogue étaient visibles et semblaient sincères, pourtant il ne pouvait lui pardonner, pas encore. Et l'adulte sembla le comprendre, car il lui fit un petit sourire triste en disant ''peux-tu au moins me laisser te connaître ?'', ce à quoi Harry acquiesça de nouveau, il pouvait au moins faire cela. Un peu de chaleur vint éclairer les yeux de Rogue.
— Et s'il te plaît, appelle-moi Severus lorsque nous sommes en privé, Harry.
— Je ne m'appelle plus Harry, souffla le jeune homme.
— Non c'est vrai, mais je ne te forcerai pas à changer de nom, bien trop de choses été bouleversé pour toi ces derniers temps, je ne t'enlèverai pas ça en plus.
Harry releva brusquement la tête vers lui, étudiant son regard, mais n'y voyant que de la sincérité, il se détendit. Il était vraiment reconnaissant à Rog… Severus de ne pas lui imposer cela, c'est vrai que son monde s'était écroulé ce soir, mais tout n'était pas négatif, pensa-t-il en coulant un œil vers sa sœur, toujours inconsciente. L'adulte surprit son regard et interrogea Mme Pomfresh quant à l'état de la jeune fille.
— Et bien j'ai stoppé les hémorragies et refermé les plaies que je pouvais, bien que certaines me résistent encore … Elle avait une commotion cérébrale qui a été guérie et diverses fractures et blessures internes qui le sont également, mais il lui faudra du temps pour récupérer corporellement, magiquement et émotionnellement. Elle va guérir cependant, grâce à Monsieur Potter, dit-elle en lui souriant gentiment.
Le souffle qu'Harry ne se souvenait pas d'avoir bloqué revient soudain et il expira profondément, un peu rassuré. Il ne voulait pas perdre sa sœur sitôt retrouvée.
— J'en sais plus sur ce qui la mise dans cet état. Au vu de ses blessures, il apparaît qu'elle a été sauvagement battue et abusée … La voix de la vieille femme s'était éteinte sur la fin, mais les deux autres avaient parfaitement entendu.
— Vous voulez dire qu'elle … commença Severus, mais il ne put continuer et le reste de sa phrase mourut dans sa gorge.
L'infirmière hocha tristement la tête et Harry perdit pied. Il entendit à peine la vieille femme dire à son professeur qu'elle avait fait les tests de grossesses et de maladies sexuellement transmissibles et qu'ils étaient tous négatifs, il s'approcha machinalement du petit corps à présent couvert de bandages.
— On dirait qu'elle à été torturée … fit-il à voix basse, mais les deux adultes stoppèrent tout de même leur conversation.
— Il semble en effet que ce soit le cas, en effet, Monsieur Potter, mais elle va aller mieux maintenant, même si la guérison psychique sera la plus longue. Je vais lui donner une potion de sommeil sans rêves et de régénération sanguine pour qu'elle aille mieux.
Joignant le geste à la parole elle se saisit d'une fiole rouge et s'apprêtait à la verser dans la gorge de sa patiente quand Rogue l'arrêta d'un geste.
— La potion ne fonctionne-t-elle mieux pas si on y ajoute un peu de sang ?
— Si, mais pour cela il faudrait que le sang soit parfaitement compatible. Déclara la vieille femme qui ne comprenait pas où il voulait en venir.
Rogue soupira, passant sa main pour la deuxième fois sur son visage et exigea d'elle qu'elle fasse le serment magique qu'elle ne révélerait rien de ce qu'elle allait entendre, avant de lui conter toute l'histoire. Poppy blêmit au fur et à mesure et ses yeux allaient bientôt manger son visage tellement ils étaient écarquillés, mais elle le laissa finir sans jamais l'interrompre. Quand Rogue ce tu finalement elle s'approcha d'Harry lui préleva un peu de sang, avec son accord, avant de faire avaler le tout à Anna qui n'avait pas bougé.
Pendant ce temps Rogue le fit allonger à nouveau sur le lit, l'aidant à se débarrasser de ses chaussures, avant de lui tendre une fiole de potion de sommeil sans rêves.
— Tu devrais recevoir ton héritage dans quelques heures, ou du moins l'achever. Cela risque d'être assez traumatique pour ton corps et ton esprit, peut-être même douloureux, alors ce serait mieux si tu dormais. Ce n'est jamais agréable de changer de forme. Lui conseilla-t-il d'une voix douce et, Harry devait l'avouer, assez apaisante.
Le jeune homme se rappelant l'expérience du polynectar, grimaça et porta la potion à sa bouche. Il ne put cependant la boire, car son père l'interrompit d'une voix hésitante :
— Harry, je sais que cela fait déjà beaucoup pour ce soir, mais nous pourrions peut-être profiter de l'incendie allumé par Anna pour … il hésita, pas sûr que l'adolescent soit prêt à cela, pour te faire disparaître.
Harry comprit immédiatement et n'hésita presque pas avant de répondre calmement et fermement :
— Je suis d'accord. Il leva les yeux vers son père qui hésitait toujours et répéta aussi fermement, je suis d'accord. J'ai toujours eu du mal avec la célébrité et les gens qui ne s'intéressent qu'à mon nom et je ne veux pas qu'Anna ait à supporter cela. Alors faite, profitez de cet incendie pour tuer Harry Potter et protéger Eiden et Elienor.
Une flamme de fierté brûlait dans les yeux de Rogue, mais il insista pourtant :
— Tu es certain ? Si tu fais cela, tu seras définitivement Eiden Rogue.
— Je suis certain. Il eut un sourire un peu moqueur et fit à son père d'un ton ironique. Peut-être qu'ainsi je serai meilleur en potions ?
Contre toute attente le professeur éclata de rire, un rire chaud et franc qui ne collait pas du tout à l'image qu'avait Harry de lui, mais aucune de ces actions de cette nuit ne collait à l'ancien Severus, et c'était mieux ainsi. C'est sur ce son surprenant, mais agréable qu'Harry s'endormit.
0o0o0
Quand il se réveilla, plusieurs heures s'étaient écoulées et le soleil brillait, réchauffant la pièce à travers les larges fenêtres. S'agitant un moment dans son lit, les yeux clos, Harry constata avec surprise qu'il était étonnamment confortable et que les draps étaient bien plus doux que dans ses souvenirs. Presque certain de ne pas être dans sa couche de Privet Drive, il ouvrit les yeux douloureusement, agressé par la soudaine lumière. La pièce où il se trouvait était lumineuse et spacieuse, il lui semblait la connaître, quoiqu'avec toute cette lumière il était difficile d'en être sûr. Rouvrant à demi les yeux, il reconnut enfin l'infirmerie de Poudlard et se demanda un instant ce qu'il y faisait avant que tout lui revienne. Se tournant alors vivement la tête vers le lit voisin, il sentit son cœur bondir en voyant les yeux étranges de sa sœur posée sur lui. Il se redressa alors et se jeta au bas de sa couche, se précipitant vers elle. La jeune fille lui sourit et le regarda avec amusement tirer à lui un fauteuil confortable avant de s'y lover comme un chat.
— Je suis vraiment très heureux de te voir réveillée. Fit-il d'une voix mélodieuse et douce qui n'était absolument pas la sienne. Surpris, le jeune garçon se tu alors que le sourire d'Anna s'élargissait. Il continua. J'ai beaucoup changé, n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête et pointa du doigt un miroir près d'eux qu'il saisit avec appréhension.
Ses cheveux avaient encore poussé, mais ils tombaient à présent en ondulations souples et douces, loin de ça tignasse d'avant. La couleur aussi avait changé, passant de brun foncé à noir d'encre. Ses yeux avaient gardé leur couleur émeraude, mais l'or s'y mélangeait, ils étaient aussi plus en amande, lui donnant, avec ces nouvelles pommettes hautes, un physique plus félin. Ses lèvres et son nez étaient à présent bien dessinés, fins sans l'être trop, sa peau était très claire, mais elle ne semblait pas maladive, elle brillait d'un éclat qui ne pouvait être humain.
Le miroir ne lui permettait pas de voir son corps, mais il résolut ce problème en l'agrandissant d'un geste, sans se rendre compte qu'il n'avait pas usé de sa baguette. S'observant attentivement il s'aperçut avec satisfaction qu'il avait un grandi, qu'il s'était musclé aussi, des muscles fins, mais puissants, ses épaules s'étaient élargies, ainsi que sa poitrine. Soulevant le tissu de son pyjama qu'il n'avait pas souvenir d'avoir enfilé, il contempla avec ahurissements les abdominaux parfaits que l'on y voyait à présent. Il n'avait plus le physique du petit maigre qu'il était auparavant et même s'il n'aurait probablement jamais le corps puissant de Ron, il n'avait pas à rougir. Il remarqua avec plaisir que rien ne le reliait à Harry Potter et que personne ne pourrait jamais deviner son secret. Satisfait il se tourna vers Anna qui leva un sourcil moqueur en le voyant cesser enfin son inspection.
— Je n'ai pas le droit de me réjouir de tout ce que ce changement a de bien ? lui demanda-t-il. Tu as beaucoup changé aussi tu sais, ne l'as tu pas remarquée ?
Elle montra d'un geste sans émotion les bandages qui recouvraient presque l'intégralité de son corps et une bonne partie de son visage. Comment avait-il pu être aussi bête ? Bien sûr qu'elle n'avait pas pu voir ce que cette nuit avait changé, bien que le peu que l'on voyait était déjà fort plaisant. Il se sentit soudain coupable et mal à l'aise de lui cacher leur lien. Il était euphorique à l'idée d'avoir une sœur, lui qui avait toujours été si seul, mais il ne savait pas comment Anna allait prendre tout cela. Elle n'était certainement pas en état d'entendre toutes ses révélations après le traumatisme qu'elle avait vécu. Voyant qu'il baissait la tête et perdait son sourire elle toucha l'un de ses bras gentiment pour lui faire la lui faire relever. Croisant ses yeux chaleureux, il prit une grande inspiration et se lança :
— Anna, il faut que je t'explique certaines choses …
Mais la jeune fille coupa court à son discours en lui tendant une lettre, du même papier jauni qu'il avait reçu. Sur son invitation il la parcourut rapidement, c'était de la même teneur que la sienne et Anna semblait en avoir tiré les conclusions qui s'imposaient. Ne lui avait-il pas dit son nom ?
Elle serra doucement sa main et l'invita d'un geste vers sa bouche à lui expliquer ce qu'il savait. Il se lança donc dans un bref récit de la guerre, car Anna avait secoué la tête lorsqu'il lui avait demandé si elle avait été élevée en Angleterre. Il lui parla de Voldemort, de Dumbledore et de l'Ordre du Phenix, dont James et Lily faisaient partie. Il raconta ensuite ce qu'il savait de l'histoire de sa mère et de Rogue et rit de son expression horrifiée lorsqu'il lui expliqua que c'était son père qu'elle avait envoyé voler avec son bouclier, puis la rassura, Rogue savait qu'elle ne l'avait fait que pour protéger Harry. L'adolescent parla aussi brièvement de Poudlard et des Dursley, puis demanda doucement :
— N'est pas trop d'un coup ? Je veux dire un frère et un père, un pays inconnu et une nouvelle apparence ?
Elle secoua la tête, serra à nouveau sa main et sourit jusqu'aux oreilles, rassurant Harry. Égoïstement il était content qu'elle l'ait prit aussi bien et qu'elle semble l'accepter pleinement. Sa main chaude lui envoyait un profond sentiment de paix et de bien-être et il soupira, se détendant pour la première fois depuis la venue de l'été.
C'est à ce moment qu'entrèrent Dumbledore et Rogue, précédé de Mme Pomfresh qui contrôla l'état de sa patiente pour la seconde fois depuis son réveil tandis que le vieil homme les saluait tout les deux. Apparemment Severus lui avait tout expliqué, car ses yeux pétillaient et il semblait d'humeur fort joyeuse. Il expliqua à Harry qu'il avait fait en sorte de faire retrouver ce qu'il restait de son soi-disant corps brûlé et que sa mort avait été annoncée dans la gazette le matin même. Les aurores dépêchées sur place n'avaient pas pu éclaircir ce mystère, et les traces du sang d'Anna ; qu'ils croyaient à Harry ; ne les aidaient pas à comprendre. La seule chose dont ils étaient certains était que le corps trouvé dans les décombres était bien celui du jeune Potter. Une enquête était menée côté moldu et sorcier, suspectant les Dursley, dont les propos étaient fort confus. Rogue sourit d'un air moqueur à cette phrase, mais ne dit rien, regardant seulement Mme Pomfresh terminer son examen.
— Elle a admirablement bien guéri depuis cette nuit, la plupart des dommages de son visage et de ses bras se sont effacés, restent les blessures plus profondes du tronc et des jambes. Mais si elle cicatrise au même rythme dans les jours à venir, elle pourra bientôt marcher.
— Et concernant sa voix ? interrogea Harry toujours assis prêt de sa sœur.
Les trois adultes furent surpris en entendant sa nouvelle voix, plus douce, plus riche, plus mélodieuse. Un peu étrange, mais très agréable, comme une musique exotique. L'infirmière se reprit la première :
— Les dommages physiques sont réparés, mais je pense que cela prendra du temps avant qu'elle ne parle de nouveau comme avant, le problème est plus psychologique que corporel.
Elle n'avait cessé de regarder Anna en disant cela et Harry se surprit à penser qu'elle ne leur disait pas tout, qu'est-ce qui pouvait bien empêcher la jeune fille de parler ? Repensant à ce qu'avait dit l'infirmière la veille, l'adolescent eut mal au cœur et préféra ne rien savoir pour le moment, même s'il reprit la main de sa sœur dans la sienne.
Dumbledore le regarda faire avec un petit sourire tendre puis dit :
— Bien plusieurs choses restent à régler, mais cela peut attendre encore un peu. Reposez-vous tous les deux. Harry, ou plutôt Eiden, j'ai parlé aux Weasley, à Miss Granger, Remus et Sirius et ils savent ce qu'il y a savoir quant à ta nouvelle ''situation''. J'ai pensé que tu préférais qu'ils sachent avant de voir l'article.
Le jeune homme se sentit rassuré, il n'avait pas du tout pensé à cela et faire croire à ces proches qu'il était mort d'une façon aussi horrible était vraiment cruel. Surtout après les avoirs supplier tout le long du mois pour qu'ils viennent le chercher. Il était soulagé que le Directeur ait réglé ce problème. Il était heureux aussi de ne pas avoir été celui qui devrait leur expliquer à tous qu'il était à présent le fils chéri de la terreur des cachots. Il voulut le remercier, mais soudain la question qu'il s'était posée à la lecture de la lettre de sa mère lui revint en mémoire. Et d'une voix devenue froide, il demanda à Dumbledore :
— Professeur, comment cela se fait-il que personne n'avait jamais entendu parler d'Anna ? Pourquoi ne pas m'avoir parlé d'elle ? Pourquoi n'était-elle pas en Angleterre tout ce temps ?
Le vieil homme perdit son sourire, mais il ignora les regards polaires que lui adressaient Harry et Rogue, qui, même s'il avait manifestement eu l'explication, ne semblait pas s'en satisfaire.
— Tu dois comprendre Harry que ta mère à été mise en sécurité dès que l'on à apprit qu'elle attendait un enfant, personnes ne savais pour vous deux à part James, Remus, Sirius ton parrain, Alice Londubat la marraine d'Anna et moi-même. Même Voldemort ne le savait pas quand il a pénétré votre maison et tu l'as réduit à néant avant même qu'il ne découvre l'existence de ta sœur. Je voulais vous protéger tous les deux, tu étais le Sauveur, mais Anna promettait également d'être une sorcière hors du commun. Déjà bébé, ces capacités étaient bien plus grande que celle des autres nourrissons. Alors comme personne ne savait pour elle, j'en ai profité pour la mettre à l'abri loin d'ici où aucun mangemorts ne l'utiliserait. Je l'ai fait adopter en France et bloquer les souvenirs de ceux qui l'avaient vu pour qu'ils l'oublient jusqu'à ce qu'elle revienne. Et toi je t'ai mis en sécurité dans le seul endroit où tu serais protégé, la maison de ta tante.
— Mais elle n'est pas ma tante de sang, il n'y avait donc pas de protection, vous m'avez menti ! cracha Harry qui était maintenant très en colère contre cet homme qui l'avait éloigné de la seule personne qui aurait pu le soutenir.
— Je ne t'ai pas menti, la protection n'est pas aussi forte que s'il y avait des liens de sang entre ta mère et ta tante, mais elle existe tout de même. Par ce qu'elles ont été élevées dans le même foyer et considérées comme des sœurs.
— Vous avez encore une fois décidé arbitrairement de ce qui serait le mieux pour nous et vous nous avez séparés contre l'avis de notre mère.
— J'en suis désolé, mais je ne regrette pas ma décision. Tu as vécu loin de la communauté magique qui aurait pu te causer du tord et Anna, dont la nature aurait fini par être découverte trop tôt pour qu'elle sache se défendre, a été mise en sûreté.
— C'est vrai que vous avez fort bien protégé Anna professeur ! lança Harry, acide, n'y tenant plus.
Un lourd silence s'abattit sur l'infirmerie et l'adolescent sentit la main de sa sœur trembler légèrement dans la sienne. Il la caressa en s'excusant du regard. Il ne voulait pas rappeler à Anna ce qui l'avait mis dans cet état, mais il ne pouvait rester de marbre face à la décision cruelle du directeur qui avait de plus échoué à protéger la jeune fille.
Le vieil homme eut un sourire las et dit d'une voix horriblement calme et compréhensive qui irrita à nouveau le garçon :
— Tu es en colère Harry et je le comprends, mais tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour votre bien.
Le jeune homme ne répondit pas, refusant de croiser le regard du Directeur qui sortit avec Mme Pomfresh, les laissant seuls avec Rogue qui s'approcha et prit un fauteuil aussi. Il sembla un moment gêné, bien que cela ne se traduise que par le silence et ils restèrent ainsi jusqu'à ce qu'Harry ne le brise :
— N'êtes-vous pas furieux qu'il vous ait volé votre vie et vos enfants ?
Rogue soupira, ses longs doigts serrant brièvement l'accoudoir.
— Bien sûr que je suis en colère, si j'avais su, les choses auraient été différentes, mais Dumbledore ne pouvait rien me dire, seule Lily pouvait le faire et elle nous a quitté avant. Il savait que je finirais par savoir …
Harry émit un soupir agacé, mais ne dit rien, se contentant de fusiller du regard le mur en face de lui, comme si c'était lui qui avait brisé son existence. Rogue le regarda un moment puis il se tourna vers Anna, qui grâce aux potions antidouleur ou à cause de son caractère avait gardé son calme, contrairement aux deux hommes.
— Je suis soulagé de te voir éveillée et en relative forme.
Elle sourit à l'homme, puis se figea, toute trace de plaisir disparut et elle effleura le bras du professeur avec un air d'excuse. Celui-ci sourit juste à son tour et prit doucement sa main.
— Je ne t'en veux pas du tout pour le bouclier, Anna. Je ne t'en voudrai jamais de protéger ton frère. Elle sembla rassurée, il continua : vous ressemblez étonnamment à votre mère, tous les deux, mais vous semblez avoir hérité de plus de sang elfique qu'elle.
— Comment est-ce possible, le sang devrait s'être dilué ? Interrogea Harry qui semblait s'être un peu reprit.
— Il n'y a pas vraiment de règles avec les métisses, la gêne peuvent s'appauvrirent ou se révéler dans une lignée de manière aléatoire. Votre mère n'avait que peu de caractéristiques elfiques, mais vous semblez en avoir bien plus.
À ces mots, Harry passa un doigt nerveux autour de son oreille, constatant avec soulagement que bien qu'elle soit légèrement pointue, elle restait tout de même relativement normale. Sa réflexion n'échappa pas à son père qui le regarda d'un air amusé. Anna, elle, ne semblait pas aussi surprise par sa transformation que son frère, ce qui ne manqua pas de lui poser question. Lorsqu'il lui demanda, elle fit un geste vers sa baguette, posé sur le chevet et Severus lui donna. Elle l'agita et un peu de fumée en sortit, formant des mots dans les airs qui parlèrent à sa place.
— La personne qui m'a élevé avait reconnu le sang elfique en moi. Elle m'a expliqué ma nature, je savais ce qui allait arriver.
Les caractères flottèrent un moment puis s'évanouir. Le professeur de potion regardait toujours sa fille, pensif, et il grimaça quand il demanda :
— Est-ce la personne qui t'a élevé qui t'a fait du mal ?
Elle secoua la tête et de agita de nouveau sa baguette.
— Un homme que je ne connaissais pas m'a attaqué.
Une main glaciale étreint le cœur de Severus, mais il tenta de garder le contrôle sur sa voie quand il demanda pourquoi. Un simple mot flotta dans l'air : Pouvoirs. Alors ce qu'Albus avait tenté d'empêcher s'était produit. Pas en Angleterre, mais en France, là où le directeur l'avait mis à l'abri. Il soupira puis tâcha de se calmer. Au moins elle était à leur côté à présent et il ne laisserait plus personne lui faire du mal. L'étrange magie d'Anna l'avait porté jusqu'à son frère, où elle se sentait inconsciemment en sécurité, juste à temps avant que son héritage ne se finalise. Severus ignorait totalement le pourquoi de la chose, mais il remerciait Merlin qu'elle l'ait fait et qu'elle soit en sécurité à présent. Il sortit de ses pensées en sentant la jeune fille tirer sur sa manche. De nouveaux mots flottaient en l'air.
— Pouvez-vous prévenir ma tutrice que je suis ici ?
Il acquiesça bien que ce geste lui brisait le cœur, il ne voulait pas que cette femme vienne et emporte Anna, pas à présent qu'il l'avait retrouvée. Son regard tomba sur Harry qui s'était renfrogné à ses mots et il laissa échapper un petit sourire. Personne ne prendrait Anna à son frère, il était têtu et déterminé. Jamais cette femme ne pourrait ramener l'adolescente en France. Cette observation le rassura et il prit plaisir à passer du temps avec ses deux enfants, avant que la plus jeune ne tombe de sommeil et ne sombre à nouveau.
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La semaine qui suivit fut parmi les plus belles de Severus, certes Harry ne savait toujours pas comment se comporter avec lui, mais il progressait et avait cessé de le vouvoyer. Il l'appelait à présent par son prénom. Anna quand à elle était un véritable rayon de soleil, elle souriait et traçait ces étranges, mais si beaux mots de fumée, riait parfois de son rire cristallin aux plaisanteries de son frère et même si elle ne parlait toujours pas, elle pouvait à présent sortir de son lit et faire quelques pas sans s'effondrer. Elle demandait souvent à Harry et à lui de lui raconter leur vie, ce qu'Harry faisait de bonne grâce et le professeur prit beaucoup de plaisir à connaître un peu plus intimement son fils.
Au fil des journées passé avec sa famille, le potionniste se rendit compte que les jumeaux avaient entre eux un lien étrange et puissant qui les faisait se comprendre sans qu'aucuns d'eux n'ait besoin de parler. : ainsi Anna calma Harry d'un simple contact, lors de leur deuxième entrevue avec Dumbledore, qui se passa presque aussi mal que la première. Et quand la jeune fille faisait une crise de panique, ou un cauchemar, son frère parvenait toujours à la rassurer, peu importe l'intensité de son désarroi et de sa peur. Quelques gestes à peine esquissés suffisaient à exprimer ce qu'ils voulaient et ils étaient très tactiles entre eux, cherchant toujours le contact avec l'autre.
En quelques jours, Harry fut aussi proche d'Anna qu'il pouvait l'être de ces camarades de dortoirs, ils connaissaient les moments importants de la vie de l'autre et bien que la jeune femme ne puisse pas ''raconter'' réellement, elle parvenait à projeter dans l'esprit de son frère et de son père les images qu'elle désirait. Elle maîtrisait parfaitement la legilimancie et l'occlumancie, que sa tutrice lui avait apprise depuis son plus jeune âge.
Mais ce qui, de manière très égoïste, réjouit le plus Severus, c'est que Dumbledore avait demandé à la tutrice d'Anna de rester en France, car il ne faisait aucun doute que l'homme qui l'avait agressée la surveillait elle aussi depuis sa fuite. Le potionniste put donc garder pour lui un moment encore ces deux enfants, Harry se refusant de quitter sa sœur tant qu'elle ne serait pas remise. Il avait écrit à ses amis, leur expliquant la situation et tous l'avait accepté.
Cela ne pouvait durer tout l'été cependant et il fallut bien pour Severus assister à une réunion de l'Ordre. Une semaine après ses retrouvailles avec ses enfants, tous les trois se préparèrent à rejoindre Londres. Severus s'était fait du souci pour sa fille, mais celle-ci l'avait assuré qu'elle se sentait tout à fait apte à rencontrer les gens de l'Ordre et les proches de son frère. Et bien que le professeur se jura de veiller au moindre signe de fatigue de la jeune fille, il accepta finalement, un peu à contrecœur.
Il était étonné que l'adolescente se soit remise aussi vite et soit aussi à l'aise avec eux, mais elle était d'un caractère patient et adaptable, tout comme Lily, et semblait sincèrement heureuse en leur compagnie. Sa maîtrise parfaite de l'anglais, enseigné par sa tutrice dans son enfance, était une bénédiction pour les deux hommes qui ne parlaient pas un mot de français. Depuis qu'elle avait quitté l'infirmerie, trois jours plus tôt, elle partageait une chambre avec son frère dans les appartements du professeur qui avait converti un de ses espaces de stockage en une chambre assez spacieuse pour les deux adolescents. Ceux-ci dormaient d'ailleurs ensemble, rassurés par la présence l'un de l'autre.
— Eiden es-tu prêt ? lança Severus depuis le salon où il attendait désespérément son fils.
Ils avaient tous décidé que plus tôt les deux enfants se feraient à leur nouveau nom, mieux se serait, la rentrée étant dans un peu moins d'un mois, ils devaient connaître parfaitement leurs rôles d'ici là.
— Presque Sev, une minute !
Si le surnom l'avait laissé interdit un instant, un sourire satisfait ornait maintenant ses lèvres, ce n'était pas encore papa, mais c'était bien mieux que Professeur. Il n'allait cependant pas se laisser manipuler par les sursauts de tendresse de son fils, alors il le pressa de nouveau, ils n'étaient déjà pas en avance.
— C'est ses satanés vêtements Sev, plus rien ne me va ! cria Eiden de l'autre côté de la porte.
Soupirant le potionniste et heureux père se leva pour l'aider, mais sa fille l'arrêta et lui fit signe qu'elle allait s'en occuper. Severus se rassit sans demander son reste, Elienor était bien plus patiente et diplomate que lui. Grand bien lui prit, car elle réapparut avec son frère à peine quelques minutes plus tard. Ils étaient tous les deux vêtus de jeans bleu marine, ponctionné dans la valise d'Eiden et adapté magiquement à leur taille et portait tout deux une chemise, blanche pour Elienor, verte forêt pour Eiden surmonter de deux pulls gris perle et noir. Ils étaient tous deux magnifiques : la fille avait laissé ses cheveux qui tombaient jusqu'aux reins libres tandis que le garçon les avait noués en catogan. Ils y avaient beaucoup de Lily chez eux, mais aussi de lui, notamment dans leurs lèvres fines, le menton et le front droit. À cette vue Severus ne put empêcher la chaleur de noyer ses entrailles.
— Pouvons-nous enfin y aller Eiden ? S'il y a bien quelque chose que tu as gardé de ton ancien toi c'est ta ponctualité ! fit son père, moqueur.
— Et s'il y a quelque chose que tu as gardé de ton ancien toi Sev, c'est ton habitude de me houspiller sans raison. Grimaça son fils.
— Sans raison ? Nous avons plus d'un quart d'heure de retard !
Le jeune homme se contenta de soupirer, prenant la main de sa sœur pour la guider jusqu'à la cheminée.
— Personne ne s'attend à ce que tu sois à l'heure si tu es avec moi.
Son père lui lança un regard noir, mais ne dit rien, c'était inutile de toute façon ? Il regarda son fils entrer dans la cheminée et crier sa destination en lui lançant un petit sourire impertinent. Severus soupira à nouveau avant d'inviter sa fille à entrer à son tour dans l'âtre.
— Ça va aller, Elie ? s'inquiéta-t-il. S'il n'avait pas tant craint de la laisser seule, il l'aurait forcé à demeurer dans ses appartements.
Elle hocha doucement la tête et se positionna avant que son père ne donne l'adresse pour elle. Il la suivit ensuite craignant de la laisser trop longtemps seule au milieu de tous ses inconnus.
Le silence accueillit le potionniste, ce qui était plutôt rare au quartier général, surtout lorsqu'il était habité par une meute de Weasley. Mais apparemment le choc de l'apparition des jumeaux avait cloué le bec à tout le monde.
Monsieur et Madame Weasley regardaient Eiden comme s'il avait soudain clamé son amour éternel pour Dumbledore. Remus et Sirius semblaient interdits, les jumeaux roux étaient justes amusés et préférait contempler les mines du public que des nouveaux arrivants, Ginny contemplait Eiden, stupéfaite, et Ron se contentait de fixer Elienor, les joues en feu. Hormis les jumeaux, seule Hermione semblait s'être ressaisi, son regard allait et venait entre le frère et la sœur, notant les similitudes et les différences.
Agacé par ce comportement, Severus se racla la gorge et tous se reprirent tant bien que mal. Molly entraîna Eiden dans une étreinte à lui briser les côtes, suivies de Remus et de Sirius. Les jumeaux serrèrent sa main avec enthousiaste et il fut accueilli par les trois plus jeunes dans une étreinte amicale. Rendue un peu nerveuse par toute cette agitation après une semaine de paix et de clame relatif, Elienor recula doucement jusqu'à entrer en contact avec son père qui posa un bras rassurant autour de son épaule. Elle se blottit un peu plus contre lui et attendit que la tempête se calme, en sécurité.
Les effusions gryffondoriennes finirent par cesser et Eiden tendit une main vers elle, l'invitant gentiment à avancer. Puisant du courage dans la poigne réconfortante de son frère, la jeune fille fit quelques pas avant d'être serrée contre une Molly enthousiaste à l'idée de la rencontrer enfin. Les autres furent plus mesurés, mais Elie garda cependant le contact avec son frère, ne s'éloignant jamais. Dumbledore devait les avoirs mis au courant de son handicap, car personne ne lui posa de questions, Madame Weasley se contentant de demander des nouvelles de sa santé à Eiden. L'accueil de Rogue fut plus frais, mais courtois quoique l'on puisse en dire et on commença la réunion avant que les choses ne deviennent gênantes.
Les plus jeunes furent envoyés à l'étage et ils guidèrent les deux nouveaux à travers la maison pendant que les adultes investissaient la grande salle à manger.
— Qu'est ce que l'ordre fait ici ? demanda Eiden en parcourant les environs poussiéreux et vieillis.
— C'est l'ancienne maison des parents de Sirius, elle est bardée de protections est de sortilèges, expliqua Ron, parfaite pour un quartier général, malgré qu'elle soit toujours aussi …
— Pourrie ? proposa son ami brun, angoissante ? Lugubre ?
— Tout cela à la fois je suppose, sourit le roux en empruntant les escaliers.
Tous le suivirent, mais Harry ne put s'empêcher de scruter les alentours, curieux de connaître la maison d'enfance de Sirius, bien qu'il ne lui en ait toujours dit que du mal. Il grimaça cependant en levant la tête et retint brièvement la plus jeune des Weasley par la manche.
— Est-ce des elfes dans le couloir ? chuchota-t-il pour éviter qu'Hermione n'entende, en fixant les têtes empaillées.
Ginny hocha la tête et le garçon lâcha un ''charmant'' qui la fit rire discrètement.
Ils arrivèrent finalement devant une porte grinçante à la peinture écaillée qui se révéla être la chambre de Ron. Ils y entrèrent et s'assirent tous en pagaille : sur le lit, par terre ou dans les fauteuils. Eiden s'assit dans l'un deux et tira Elienor à sa suite, la blottissant contre lui. Les autres furent surpris de son attitude, lui qui n'était d'ordinaire pas vraiment tactile, mais aucun ne fit de commentaires. Ils savaient que la jeune Française avait fait irruption chez les Dursley dans un état critique et que cela avait grandement chamboulé leur ami, ce qui était après tout fort compréhensible.
Quand tout le monde fut installé, Ron se saisit d'un chocogrenouille et demanda à la blonde :
— Alors comment trouves-tu Poudlard ? Et Rogue ?
Elie esquissa quelques gestes que son frère traduit aux autres.
— Elle dit qu'elle n'a pas vu grand-chose de Poudlard, mais qu'elle trouve cela merveilleux et que Severus est très gentil.
— Severus ? hoqueta son ami en lâchant son chocolat.
Eiden haussa les épaules. Bien sûr pour le roux c'était un choc de l'entendre appeler Rogue par son nom, mais les choses avaient changé depuis une semaine.
— C'est mon père, il faut bien que je m'y fasse.
« Et toi aussi » songea-t-il, alors que le rire de Fred résonnait dans la grande chambre :
— Rogue est gentil ? Le ciel lui est tombé sur la tête.
Les autres le rejoignirent, mais les jumeaux Rogue restèrent de marbre. Eiden eut un sourire indulgent et attendit qu'ils se calment tous pour expliquer :
— Nous sommes ces enfants, il veut faire un effort. Il s'est excusé pour son comportement et il est cool avec nous.
— Rogue c'est excusé ? Rogue est cool ? répéta Ron encore plus sous le choc avant de ricaner nerveusement. Et tu certain que l'on ne l'a pas kidnappée et remplacé par une version polynectarisée ?
Elienor sentant que quelque chose lui échappait se tourna vers son frère qui lui expliqua les raisons de leur surprise. Après tout, leur attitude était légitime, le potionniste n'avait jamais vraiment été un modèle de gentillesse et d'humanité envers eux. Même si depuis qu'il les avait rencontrés sa sœur et lui, il s'était révélé sous un jour bien plus favorable.
Il resta un moment songeur puis il se saisit de deux chocogrenouilles et en donna un à la jeune fille pelotonnée contre lui. Elle le remercia d'un sourire et serra son genou gentiment.
— Elie ne comprend pas votre réaction par ce qu'elle n'a jamais vu le Rogue d'avant. Il est vraiment super avec elle et avec moi aussi … J'ai d'ailleurs du mal à coïncider les deux, termina-t-il pensivement.
— Tu ne peux pas, fit sagement Hermione qui n'avait encore rien dit, lovée au bout du lit, Severus est ton père et Rogue est le prof qui te détestait.
Eiden fit la moue, mais ne répondit pas, préférant se lancer la conquête d'un sachet de patacitrouilles. Il eut un moment pendant lequel personne ne parla, puis les jumeaux Weasley, sentant la gêne qui s'installait contèrent au jeune homme leur vie au quartier général, mais cela n'eut pas l'effet escompté, car Eiden se souvint brusquement de la rancœur qui l'habitait depuis le début des vacances et en fit sèchement part à ses amis.
— Nous sommes désolés, Eiden, grimaça Hermione, franchement mal à l'aise à présent, tortillant ses cheveux, mais Dumbledore nous avait fait jurer de ne rien te dire. Il avait peur que nos lettres soient interceptées ou que tu fasses quelque chose de téméraire.
— Comme d'assister à la renaissance de Voldemort par exemple et de se battre contre lui une nouvelle fois.
Le brun avait répondu d'une voix polaire qu'il ne possédait sûrement pas lorsqu'il était encore Harry Potter. Il avait inconsciemment resserré son étreinte autour de la taille d'Elie et celle-ci caressait à présent tendrement la main qui la tenait, calmant un peu son frère. Le garçon ne dû d'ailleurs qu'à son soutien de ne pas se jeter sur sa meilleure amie qui n'en menait pas large. Il en avait assez de Dumbledore et de ses manigances pour sa ''sécurité'' et de son affreuse manie de diriger les moindres aspects de son existence. Mais cela le rendait particulièrement fou de rage qu'Hermione ose utiliser cette excuse : ne pouvait-elle pas désobéir ? N'avait-elle pas perçu, ainsi que Ron, son mal-être et sa solitude dans ces lettres ? N'avaient-ils aucune honte à être ensemble et à s'amuser alors qu'il était coincé et affamé à Privet Drive ? Des larmes coulaient à présent sur les joues de son amie, mais il détourna rageusement la tête, s'empêchant de toutes ses forces de hurler après la jeune fille. Son héritage n'avait apparemment pas adouci son caractère volcanique.
— Harry ? L'appela Hermione d'une voix tremblante, cherchant son regard.
Il ferma un moment les yeux, la mâchoire serrée, puis finit par se calmer assez pour pouvoir croiser les yeux rougis et larmoyants de la brune.
— Que veux-tu que je te dise Hermione. Tout ceci est à l'image du reste de ma vie.
Personne ne répondit, que pouvaient-ils dirent de toute façon ? La main d'Elie le caressa un moment encore puis elle fit quelques gestes gracieux dans l'air qui semblèrent apaiser son frère et décrispèrent sa mâchoire. Il sourit tendrement en lui chuchotant un « merci » avant de soupirer et de reprendre d'une voix beaucoup plus calme.
— Alors, quel est le programme pour la fin des vacances ?
— Continue à tenter de rendre cette maison habitable, autant que possible bien sûr, dit Ron, soulagé que la tempête Eiden les ait épargnés, même s'il faudra bien plus que quelques semaines pour cela. Elle est remplie de magie noire et d'artefacts potentiellement dangereux.
La conversation s'orienta vers des sujets plus calmes avant que Ginny ne demande ce que les jumeaux comptaient faire à la rentrée. Les entrailles du Survivant se tordirent à ses mots, lui intégrerait Poudlard sous sa nouvelle identité, mais le sujet n'avait pas vraiment été abordé avec sa sœur et il ne savait pas encore ses intentions. Il avait vraiment très peur qu'elle ne retourne à Beauxbâtons en septembre et qu'elle ne le quitte encore, mais fort heureusement un cri de Molly du bas des escaliers lui permit d'éviter le sujet.
0o0o0
Le repas fut joyeux et animé, comme il l'était la plupart du temps avec les Weasley et Eiden passa malgré tout une bonne soirée. Pour tous, même s'il avait changé d'apparence, il restait le Harry d'avant et les événements de ses derniers jours n'altérait en rien à l'affection que ses proches lui portait, même s'il avait craint qu'il en fût autrement. Il faut dire que devenir le fils de la terreur des cachots n'était pas vraiment un bon point, même si dans le fond, il n'avait pas vraiment changé. Il fut surpris de constater que son père faisait lui aussi des efforts et que bien que personne ne sache vraiment sur quel pied danser avec lui, il resta poli toute la soirée, bien qu'un peu distant. Il ne pouvait tout de même pas changer des années de masque et de froideur en quelques jours, mais Eiden apprécia quand même l'effort, surtout ceux qu'il fit envers Sirius.
Severus savait ce que l'animagus représentait pour son fils et il s'était promis de résister à la tentation de lui pourrir la vie, même si c'était difficile, et le sourire reconnaissant que lui adressa d'Eiden le convainquit que c'était la bonne attitude à adopter.
Finalement, après un repas gargantuesque, tous s'attardèrent pour boire un thé et rester encore un moment ensemble. Severus, Remus et Kingsley, un auror à la voix profonde dont les jumeaux avaient fait la connaissance au cours du repas, discutaient dans un coin avec Monsieur Weasley, apparemment des événements du 31 juillet. Molly, Hermione, Ginny et Tonk, une jeune métamophomage aux cheveux rose chewing-gum papotaient joyeusement tandis que les autres, regroupés atours de Sirius riaient aux pitreries des jumeaux Weasley. L'ambiance était bonne enfant, le feu ronflant dans la cheminée rependait une lueur chaleureuse et propice à la relaxation.
Bien qu'assise à une certaine distance de son ami, Hermione n'avait cessé de lui jeter de discrets coups d'œil toute la soirée, observant avec attention son attitude avec sa jumelle : ses petites intentions pour elle, ses gestes tendres et ses sourires, ainsi que leur étrange façon de communiquer. Il était incroyable à ses yeux qu'ils aient développé une intimité si vite, mais il y avait toujours des liens très forts entre les jumeaux sorciers et leur métissage devait encore accroître cela. La studieuse jeune fille remarqua qu'ils veillé à garder toujours un contact, fût-il léger. Elle nota également la fatigue d'Elie qui finit d'ailleurs par s'endormir dans les bras de son frère, après avoir suivi un moment les frasques des jumeaux rouquins. Attendrie, elle regarda son ami caresser tendrement les cheveux de sa sœur, son autre bras la serrant étroitement contre lui. Nul doute que le garçon était profondément heureux qu'elle ait fait finalement son apparition dans sa chambre après quatorze ans d'absence.
Promenant son regard sur le reste de la pièce, elle ne manqua pas non plus les nombreux regards que lançait Rogue à ses enfants, ainsi que la chaleur qui illuminait son regard à chaque fois. Eiden avait raison, le sévère professeur était vraiment différent avec ses jumeaux et son amour pour eux ne faisait aucun doute.
Quand le vieux coucou sonna onze heures, Molly décréta qu'il était temps pour tous d'aller se coucher. Mais avant qu'ils ne se lèvent, Eiden demanda à Sirius et Remus s'il pouvait leur parler un instant. Comprenant que l'adolescent voulait les voir seuls, tous quittèrent les lieux. Rogue se leva lui aussi, mais vint parler à son fils avant de retourner à Poudlard.
— Vous allez rester tous les deux ici pour cette nuit, déclara le professeur, il est déjà tard et Elie est épuisée. Je reviendrai demain pour qu'on discute de ce que nous allons faire du reste de l'été, d'accord ?
Le garçon opina et le potionniste disparut après avoir serré affectueusement l'épaule de son fils et caresser la joue d'Elie. Le voyant faire, Sirius écarquilla les yeux, mais garda le silence, fixant la cheminée qui venait de s'embrasser.
— Il essaye vraiment d'être un bon père, tu sais, fit Eiden à son parrain, il s'est excusé ce soir-là. Il a cru que ma mère l'avait abandonné et trompé et a reporté sa colère et sa frustration sur moi, mais ce n'est pas une mauvaise personne dans le fond, même si je l'ai longtemps cru. Il essaye vraiment d'être un père pour Elie et moi.
À ces mots, il baissa la tête vers la petite forme endormie et écarta une mèche de son visage parfait. Son attitude n'échappa pas à Remus qui eut un sourire tendre.
— Il a dû beaucoup souffrir, approuva doucement le loup-garou, et il est cruel que vous ayez dû attendre tant de temps pour vous retrouver.
À ces mots le visage du garçon se ferma et il repensa avec colère à Dumbledore, mais Remus continua et le sortit de ses noires pensées.
— Que voulais-tu Eiden ?
— Je … Le jeune homme était indécis, il ne savait par où commencer et craignait la réponse des deux hommes. Je me demandai si … comment vous aviez pris le fait que je ne sois finalement pas le fils de James ?
Sirius sourit et tandis la main pour serrer son épaule, comme Severus l'avait fait un peu plus tôt.
— Cela ne change rien Eiden, tu es toujours le même dans le fond et nous n'allons pas cesser de te considérer comme notre neveu, après tout nous étions très proche de Lily aussi, elle était comme notre petite sœur.
Remus hocha la tête et Eiden sentit une grande chaleur l'envahirent, rassuré, il remercia les deux hommes et se leva, serrant toujours Elie contre lui. Aussi doucement que possible pour ne pas la réveiller, il gagna l'étage des chambres où Ron l'attendait.
— Elie peut dormir avec Hermione et Ginny, chuchota-t-il et tu peux partager ma chambre.
Harry grimaça et répondit qu'il préférait dormir avec sa sœur si c'était possible. À son grand soulagement, Ron ne se vexa pas, il sourit et déclara en désignant une vieille porte « Celle-ci est libre, vous pouvez l'emprunter. Bonne nuit ». Il disparut dans sa chambre et Eiden s'empressa de faire de même.
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Eiden se réveilla d'assez bonne heure le lendemain, mais le soleil frappait déjà durement Londres. Se tournant doucement pour ne pas réveiller Elie, il chercha sa montre qu'il avait abandonnée sur la table de chevet. Il n'était que 7h30. Malgré toutes ses précautions, son faible mouvement avait réveillé sa sœur qui avait le sommeil très léger. Souriant, il la détailla un instant, adorable avec ses longs cheveux étalés sur l'oreiller, sa frimousse endormit et ses grands yeux brillants. Elle ne portait que ses sous-vêtements et sa chemise, mais elle n'était jamais gênée devant son frère, pas plus que lui ne l'était de dormir dans ses bras en caleçon.
— Il est encore tôt, tu peux te rendormir si tu veux.
Elle secoua la tête et s'étira gracieusement avant de se lever. Elle ne se rendormait jamais et cela inquiétait un peu le garçon qu'elle dorme si peu alors qu'elle était si fatiguée. Il la suivit cependant et rejeta la couverture. Quelqu'un, sûrement Madame Weasley, avait déposé pour eux deux tas de vêtements sur la commode, vraisemblablement emprunté à Ron et Ginny. Ils s'habillèrent rapidement et rejoignirent en silence la cuisine pour laisser leurs camarades dormir.
En bas il n'y avait que Remus, Sirius, Arthur et Molly. Tous les quatre sourirent aux jumeaux en les invitant à s'asseoir et la femme se leva pour leur chercher de quoi petit-déjeuner.
— Tu es bien matinal Eiden dit moi ! s'étonna son parrain.
— Je crois que c'est Elie qui déteint sur moi. Répondit le jeune garçon en s'emparant d'une tasse de thé qu'il poussa ensuite vers sa sœur avant de se servir lui-même.
L'adulte ébouriffa les cheveux de son filleul puis se tourna vers la petite blonde.
— Tu aurais dû rester coucher Elie, tu en as bien besoin. La morigéna-t-il.
Sirius avait tout de suite adopté la petite Française, comme le reste des proches d'Eiden. Il faut dire qu'elle était adorable et souriante et que sa complicité avec son frère était touchante. Elle tapota seulement la main de Sirius en réponse, le remerciant de sa sollicitude et rapporta son attention sur sa tasse de thé.
Sur ces entrefaites réapparut Molly avec un lourd plateau chargé de victuaille qu'elle posa devant les deux adolescents. Eiden l'entama joyeusement et la jeune fille suivit plus doucement. Le ronronnement apaisant des conversations reprit et tous continuèrent de manger. Un peu plus tard un éclair vert illumina la pièce lorsque Severus apparut dans une gerbe de flammes. Sortant de la cheminée, un petit sourire naquit sur ses lèvres à la vue de ses deux enfants si matinaux, mais il ne fut pas étonné, il connaissait leurs habitudes.
Il passa une main paternelle dans la chevelure des jumeaux en guise de bonjour et accepta la tasse de thé que lui présentait Molly. Il s'efforça de se montrer courtois avec chacun et de participer à la conversation tout en surveillant du coin de l'œil le repas de ses rejetons.
— Tu devrais manger plus, ma princesse, fit-il d'une voix douce à Elie. Tu es toujours très maigre, regarde ton frère lui à déjà repris du poids !
La jeune fille éclata d'un rire cristallin et répondit à son père en quelques gestes, ce qui eut pour conséquence de faire sourire Rogue et bouder Eiden.
— Qu'a-t-elle dit ? interrogea Monsieur Weasley.
— Qu'elle était bien incapable de manger autant que cet ogre qui finirait probablement par faire la largeur de la table avant la fin de l'été s'il continuait ainsi. Répondit le potionniste en souriant d'un air moqueur.
La traduction fit rire les autres adultes de la pièce et leur victime se renfrogna :
— Je suis en pleine croissance et sous-alimenté je vous signale.
Pour se faire pardonner, Elie caressa l'avant-bras de son frère qui n'eut pas le cœur de la bouder plus longtemps. Il lui adressa plusieurs signes et ils entreprirent une étrange conversation silencieuse comprise d'eux seuls.
— C'est étonnant ce qu'ils parviennent à faire au bout d'à peine une semaine. Intervint Molly, songeuse en contemplant les jumeaux. Fred et George ont grandi ensemble et ont leur propre système de communication entre eux, mais ce n'est pas aussi élaboré que ce que font ces deux-là.
— Ils ont un lien inné vraiment puissant et je pense que leur héritage n'est pas en reste, mais c'est assez surprenant, je l'avoue, fit Rogue en sirotant sa tasse de thé, ses longs doigts enserrant la porcelaine.
— Tu comprends ce qu'ils disent ? s'enquit le loup-garou.
— En partie et seulement quand ils ralentissent. J'ai un peu appris au court de la semaine, même si je soupçonne Elie d'être intervenue pour me faciliter la tâche.
À l'entente de son nom, l'adolescente leva la tête, croisa le regard de son père, sembla comprendre de quoi il parlait et haussa les épaules en réponse avant de reprendre ses occupations. Les plus vieux regardaient tous le professeur de potions dans l'attente d'explication.
— Elie fait de la magie instinctive, dit le potionniste en regardant sa fille, je pense qu'elle en a usé pour que j'apprenne plus vite leur langage. C'est comme si j'avais toujours su la signification des gestes. Ce qui est naturel pour eux, elle me l'a appris magiquement.
— C'est ce don qu'elle a utilisé pour protéger Eiden à Privet Drive ?
Son père acquiesça en se frottant machinalement le dos à ce souvenir.
La conversation s'orienta finalement sur autre chose jusqu'à ce qu'Elienor et Eiden est finis de petit-déjeuner. D'un coup de baguette, Arthur fit disparaître leur plateau et Rogue se tourna vers eux.
— Je vous propose de passer cette après-midi au chemin de traverse pour acheter quelques vêtements. Eiden ne grimace pas tu sais que c'est nécessaire ! Vous n'allez pas en emprunter jusqu'à la fin de l'été et tu as trop changé pour les tiens ! De toute façon, ils étaient complètement informes et usés.
Le jeune homme grommela que ça ne le dérangeait pas, lui, mais son père ne tient pas compte de sa remarque.
— Peut-être pourrais-tu demander à Monsieur et Miss Weasley, ainsi qu'à Miss Granger de t'accompagner pour cette épreuve et t'aider à choisir ?
Un rictus tordit le beau visage d'Eiden, mais il acquiesça, il n'avait guère le choix de toute façon.
— Bon garçon, se moqua Rogue en ébouriffant ses cheveux.
Boudeur, ledit garçon se leva d'un bond et grogna qu'il allait prendre une douche avant de sortir sous l'œil amusé des autres convives.
— Il n'y a peut-être pas tant de choses qui ont changé finalement, murmura Sirius.
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En début d'après-midi, les cinq adolescents se rendirent par cheminette sur l'allée sorcière et Severus les laissa devant la devanture du magasin chic de vêtement, leur laissant le soin de se refaire une garde-robe pendant qu'il passer chez l'apothicaire.
Eiden resta un moment à fixer la devanture avec appréhension comme si un terrible monstre l'attendait à l'intérieur, Ginny dû finalement le traîner dedans, hilare. Mais aucune créature de l'enfer ne vient les dévorer, une femme seulement, assez douce et gentille, leur demanda en quoi elle pouvait les aider. Voyant que son ami ne parvenait à répondre, bafouillant et marmonnant des mots sans suite, Hermione prit les choses en main et résuma brièvement la situation.
Ils commencèrent donc par prendre des mesures et la vendeuse, menue et efficace, leur parla de coupe et de mode, mais Eiden l'arrêta bien vite avec un tremblant « je n'y connais rien je vous fais confiance ». Compréhensive l'adulte leur présenta des échantillons de tissus, les aidants à choisir de quoi se faire une garde-robe respectable. Ceci fait, elle emporta tout son matériel et les mena dans la section prêt-à-porter du magasin, pour qu'ils se dénichent quelques modèles. Enfin ce fut surtout les filles qui œuvrèrent, Ron et Eiden restant en retrait, un peu effarer, tandis que Ginny et Hermione remplissaient joyeusement une des cabines pour leur ami brun. Puis elles le poussèrent fermement à l'intérieur pour qu'il essaye tout leur fatras et ensemble, avec la vendeuse, ils sélectionnèrent ce qui lui allait le mieux.
Il hérita donc un nombre affolant de chemises et de t-shirts surtout noire, verte et rouge sombre, les couleurs qui lui allait le mieux un nombre ridiculement grand de pantalon de toute sorte, de plusieurs capes, veste et manteaux, auquel s'ajouta une dizaine de pulls pour toutes les saisons, ainsi qu'une quantité raisonnable de sous-vêtements. Les deux filles mirent également de côté assez de chaussures pour toute une vie, selon l'avis d'Eiden. Finalement épuisé et un peu sonné, il s'effondra dans un fauteuil avec Ron pour observer le manège se répéter avec sa sœur, bien plus docile, elle.
Hermione, Ginny et la vendeuse s'amusèrent comme des folles avec Elienor, qui était une fantastique mannequin, souriante et calme, mais surtout magnifique. Elle passa plusieurs tenues, principalement dans les tons, vert, bleu, violet et gris, comme ses yeux et fut resplendissante dans chacune d'entre elles. Mais comme pour Eiden, ses amis ne gardèrent que celles qui la flattaient le plus.
Pendant tout le processus, le jeune homme brun ne put s'empêcher de remarquer les coups d'œil appréciateur que Ron glissait vers la jeune Française. Il ne dit rien, mais le fils Weasley rougit fortement lorsqu'il se fit surprendre, bégayant une suite incompréhensible de sons avant de reprendre un peu contenance et de contrôler le feu de ses joues. Bien sûr Eiden n'ignorait pas la grande beauté de sa sœur, mais cela l'irritait que l'on puisse la regarder ainsi, même si ce n'était que son meilleur ami.
Après trois bonnes heures, le supplice cessa enfin. Rogue apparut au bon moment, alors qu'ils étaient en train de tout rassembler dans des sacs. Avisant leur nombre et la mine défaite de son fils, le professeur eut un petit sourire. Agitant sa baguette, il fit disparaître les sacs et les envoya dans la chambre de ses enfants au Square. Il avait été décidé qu'ils resteraient là jusqu'à la fin de l'été et qu'ils passeraient leurs week-ends avec leur père, pour se retrouver tous les trois un peu seuls.
Puis le potionniste paya la gentille vendeuse et assura qu'il repasserait pour récupérer les vêtements sur mesure qu'ils avaient commandés, ainsi que les uniformes de Poudlard plus tard dans la semaine. Ils quittèrent enfin le chemin de travers, non sans soulagement pour les deux garçons qui avaient la mine de ceux qui ont été torturés tout un après-midi.
À peine rentré, Eiden s'effondra sur le lit, les bras en croix et soupira fortement sous le regard amusé de sa sœur qui rangeait leurs achats dans les deux armoires prévues pour eux d'un coup de baguette.
— Plus jamais ! assura-t-il.
La jeune fille eut un petit rire et s'installa elle aussi sur le lit à ses côtés. Eiden ne manqua pas son teint pâle et ces traits tirés. Il la serra un peu contre lui et lui demanda :
— Ça va Eli ? Tu as l'air épuisée ?
Elle lui assura que ça allait et il la contempla un moment, ne sachant s'il devait se lancer ou pas.
— Tu sais Enor on n'en a pas encore parlé, mais que comptes-tu faire à la rentrée ?
L'adolescente sourit au plafond et se redressa un peu pour désigner leurs deux mains liées. « Tu restes avec moi ». Nouveau sourire. Le garçon fou de joie la serra dans ces bras. Elie avait pris sa décision depuis un moment déjà. Son ancien elle avait disparu et même si ses amis lui manquaient, elle ne pouvait imaginer se séparer de son frère et de quitter son père nouvellement retrouvé. Elle se sentait bien à Poudlard et avec les amis d'Eiden, elle voulait que cela continue.
Finalement les deux adolescents s'endormirent dans cette position et quand leur père vint les chercher pour le dîner, il n'eut pas le cœur de les réveiller, les déplacent juste doucement sous la couette et refermant la porte derrière lui. Pour une fois qu'Elienor semblait dormir profondément.
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La semaine passa rapidement et les jumeaux se joignirent à l'équipe de nettoyage de la maison dans la bonne humeur. C'était un travail fastidieux et poussiéreux, mais Eiden était ravi de retrouver ses amis et Elienor de les connaître. La nouvelle de sa venue à Poudlard réjouit tout le monde, notamment son père et son frère qui avaient craint de la perdre à nouveau. Dumbledore les avait donc inscrits tous deux pour l'année suivante, sous leurs nouvelles identités.
Le lendemain de leur après-midi shopping, au matin, Elienor réveilla son frère en l'appelant pour la première fois par son prénom. Un mot un peu rauque et hésitant, mais une grande victoire pour la jeune femme qui ne tarda pas à réitérer l'exploit en murmurant un « merci » le soir même à leur repas anniversaire.
La fête avait été organisée pour célébrer leurs quinze ans en retard. Madame Weasley avait concocté un repas gargantuesque que tous mangèrent avec bonne humeur. Severus fit même un sourire à Hermione qui expliquait l'histoire de Poudlard à une Elienor attentive.
La jeune fille avait d'ailleurs meilleure mine, elle avait repris un peu de poids, ses joues et ses mains n'avaient plus l'air si maigres, sa peau était pâle, mais plus livide et on ne voyait plus ses veines courir sous elle. Les cernes sous ses beaux yeux étaient aussi moins visibles et elle ne semblait plus sur le point de s'écrouler à tout moment. Cependant c'était encore loin d'être suffisant pour son père et Madame Pomfresh qui la gavait de potions et de toute la nourriture que son estomac malmené pouvait avaler.
La plupart de ses plaies avaient disparu à présent, en revanche les cicatrices, elles, étaient restées et même si la jeune Française pouvait les dissimuler sous ses vêtements, un œil attentif pouvait en distinguer quelques-unes.
À la naissance de sa nuque, notamment, sur ses épaules et aussi une longue estafilade encore rouge qui barrait son ventre un peu au-dessus de son pantalon. Une autre, petite, mais très profonde, suivait sa clavicule gauche, assez discrète malgré tout.
Le potionniste estimait que celle-ci, comme d'autres finiraient par devenir presque invisible, lorsqu'elles auraient perdu leur teinte rosée, mais beaucoup perdureraient, malgré leurs efforts, comme celle, invisible, mais gravissime de son âme. Dumbledore n'avait pas tout dit à ce sujet aux membres de l'Ordre et à leurs enfants, mais ce qu'il avait laissé sous-entendre suffisait amplement à tous de s'imaginer la des faits.
Personne ne le disait à voix haute, mais chacun avait une attention particulière pour la jeune fille, qui elle n'en parlait jamais. Son frère lui avait offert de ce confier à lui après un cauchemar particulièrement violent qui les avaient tous deux tenus éveillés le restant de la nuit, mais Elie c'était contenter de secouer violemment la tête en pleurant, il l'avait pris dans ses bras et ne lui en avait plus reparler. Elle n'était de toute évidence pas prête à le faire.
Vint finalement tant attendu du dessert où les jumeaux soufflèrent ensemble les bougies d'un gigantesque gâteau garni de fraise, de chocolat et de crème. Les frères Weasley avaient lancé des pétards qui illuminaient la pièce de mille et une lumières et rebondissaient sans relâche sur les murs et le sol sans causer le moindre dommage.
Pendant que Molly coupait son ouvrage et en servait une généreuse part à chacun, les deux jeunes gens ouvrirent leurs cadeaux. Elienor pleura quand elle constata que chacun lui en avait offert un et fut immédiatement enserré dans une étreinte chaude et maternelle.
— Ne pleure pas ma chérie. Ce n'est rien, tu sais, la calma Molly en lui tapotant gentiment le dos.
La plus jeune se ressaisit et commença à ouvrir ses présents. Elle prit bien plus de temps que son frère qui déchirait joyeusement les papiers colorés, tel un enfant, tandis qu'elle prenait bien soin de les garder intacts et de les empiler proprement sur la table.
À chaque nouvelle ouverture, ils s'attendaient pour le faire ensemble. Ainsi ils reçurent tout deux une grande boîte confiserie et des livres sur la défense contre les forces du mal et les sortilèges de Tonks et Kingsley, présent se soir là aussi, des farces et attrapes des jumeaux et Ginny, des livres également d'Hermione traitant des elfes. Ron offrit à Eiden de nouveaux gants de quidditch et à Elie une sphère en cristal empli d'une matière étrange et tournoyante, à la fois liquide et gazeuse qui lorsqu'on la touchait répondait une douce lueur. Un bel objet, délicat, qui fit écarquiller les yeux d'Hermione qui ignorait que Ron pouvait avoir autant de goût.
À la surprise de tous cependant lorsque la petite Française la prit dans sa main, la substance interne prit forme et se changea en une magnifique fleur qui s'ouvrit et se changea ensuite en une gracieuse vaguelette avant de se transformer à nouveau, ne cessant que lorsqu'Elie la reposa dans sa boîte. Rien de tel n'était décrit dans la notice, et il semblait que seule la jeune fille pouvait provoquer un tel comportement.
Haussant les épaules elle reprit sa tâche précédente et resta un moment sans voix devant le magnifique Éclair de feu que lui avaient offert Sirius et Remus. Le balai, presque identique à celui de son frère, sauf que le sien était gravé de nénuphars au bout et orné de quelques runes celtiques qui formaient les mots « Reviens-nous toujours ». Elle en fut vraiment très touchée et offrit aux deux hommes un sourire magnifique. Eiden lui souriait aussi, c'est lui qui avait dit aux deux amis de sa mère qu'Elie jouait également au quidditch. Il avait lui eu un nécessaire à balai ainsi qu'un vif d'or, enchanté pour l'entraînement, gravé de runes lui aussi que sa sœur se fit un plaisir de traduire par « Éternellement nôtre » il ne dit rien, mais ces yeux parlaient pour lui.
Les jumeaux terminèrent avec un bracelet qui venait de sa mère pour Enor et une chevalière de son grand-père pour Eiden gravé d'un G et d'un loup, envoyé par Dumbledore qui le leur avait gardé tout ce temps et par le cadeau qui toucha le plus la jeune femme, un pull de laine très douce, tricoté main, d'une matière qui avaient l'exacte teinte de ses yeux. Elle sauta dans les bras de Molly, comprenant parfaitement le message de ce présent.
— Je suis très content moi d'avoir une troisième fille, rit Arthur en voyant le tableau, puis il poussa leur cadeau en direction d'Eiden qui y découvrit une très belle cape doublée de satin.
Après avoir remercié tout le monde et manger leur part de gâteau, les jumeaux furent entraînés à l'écart par le père qui le présenta à tout deux un parchemin roulé et deux petits coffrets. Elie ouvrit le parchemin et son frère lu par-dessus son épaule. C'était un acte de reconnaissance parentale, pas encore signé.
— Si jamais je le signe, je serais officiellement votre père, votre mère est inscrite aussi, mais sous le nom de ses parents biologique. Personne n'était au courant à part moi, James, Sirius, Remus et Dumbledore, impossible de faire le lien avec Lily Evans et Harry Potter.
Pour la première fois depuis qu'Eiden le connaissait, il semblait nerveux. Prenant son courage à deux mains le professeur continua :
— Si je ne le signe pas, Sirius sera ton tuteur, Eiden, et Mademoiselle Chambord conservera ta garde qu'elle m'a proposé de me laisser, Elie. Vous n'êtes pas obligés d'accepter, je sais que nous avons un passif, fit-il en regardant son fils et que tu apprécies beaucoup ta tutrice, ma princesse.
Le jeune homme lui tendit simplement une plume et déclara :
— Signe vite avant que tu ne te rappelles que je suis nul en potions.
L'homme prit la plume et le parchemin, mais la tint sans bouger à quelques centimètres du papier.
— Vous êtes sur ?
Pour toute réponse son fils soupira en levant les yeux au ciel et Enor sourit d'un air doux.
— Tu vas le signer ce foutu papier ?
— Langage, Eid. Protesta son père, mais il souriait.
Pendant qu'il roulait à nouveau l'acte de reconnaissance, ses enfants avaient ouvert les petits coffrets.
— La femme qui a mis au monde votre mère s'appelait Sarah, elle venait de se marier avec Nicolas Grimm, l'héritier d'une puissante famille française. Elle s'était enfuie en Angleterre avec son bébé après le meurtre de son époux. Elle a accouché dans un petit hôpital moldu mais très affaiblie elle est morte quelques jours plus tard. Lily a donc été confiée à une famille sans pouvoir magique et a pris leur nom de famille. Quand elle a eu quinze ans, votre mère à changer elle aussi, sans aucune éducation elfique elle n'a pas compris ce qu'il lui arrivait. Son apparence c'est un peu modifié, ainsi que sa magie et elle est devenue plus puissante aussi, bien qu'elle ait hérité de moins de gènes elfiques que vous. Mais se fut suffisant pour que Poppy ne devine son métissage et lui explique. C'est à cette époque que ses parents adoptifs lui ont dit la vérité et lui ont donné le bracelet et la bague que vous portez, Sarah les avait donnés à l'infirmière avant de mourir. Grâce à la chevalière, nous avons pu retrouver la trace des parents de Lily, deux ans plus tard et c'est là que nous avons appris pour son père. Nicolas était enfant, unique et la sœur de Sarah était décédée peut après elle, ainsi que leurs parents. Vous êtes les derniers d'une très ancienne famille, parmi les plus respectés en Europe et descendante de Nicolas Flamel.
— Génial, marmonna Eiden. Est-ce que le reste de notre arbre généalogique est aussi entaché par l'assassinat où c'est juste nos plus proches ascendants ?
— Je t'avouerai que je ne sais pas grand-chose de la véritable famille de votre mère, mais Elie en sait peut-être plus. Répondit-il en se tournant vers sa fille.
— Peu. Famille secrète, éteinte.
— Plus à présent que j'ai signé ses papiers, sourit le potionniste à sa fille, fière de ses progrès. Ils seront envoyés au ministère français.
— Donc on pourra toujours essayer de la cacher, tout le monde finira par le savoir. Soupira Eiden en triturant une de ses mèches noires, le peu d'espoir qu'il avait gardé d'avoir une vie simple s'effondrant.
— En vérité Eid, personne ne le sera tant que vous ne direz rien. J'ai été obligé de vous déclarer, car c'est la loi et vous avez des droits à faire valoir, mais Dumbledore a demandé au Ministère de la Magie français de garder ces informations secrètes. Depuis la mort de Nicolas Grimm, il est connu que dans cette famille courrait des gênes elfiques, ainsi que dans la famille de votre grand-mère, il est donc primordial que votre ascendance soit tenue secrète le plus longtemps possible. Les métisses d'elfes font souvent l'objet de pression ou de sévices de la part de mages noirs qui voudraient s'approprier leur pouvoir.
À ces mots, il jeta un regard en coin à sa fille et reprit :
— Vous devez bien comprendre que la mort de vos grands-parents s'inscrit dans une sorte de vendetta, commencée lors de la Première Guerre, lorsque le Seigneur des Ténèbres commençait à rallier à lui des partisans. L'ordre à appris qu'avant de commencer à sévir en Angleterre, le Lord Noir à tenter de faire basculer de son côté nombre de grands sorciers européens et notamment français, qu'il tuait s'ils refusaient. C'est ce qui ces passé avec Nicolas Grimm et bien d'autres.
Eiden garda le silence, ses deux familles, la réelle et James, avaient été détruite par Voldemort. Et Elie, peut-être qu'elle en avait été victime elle aussi.
— Je sais que c'est difficile, Eiden. Mais l'Ordre fait ce qu'il peut pour contrer le Seigneur des Ténèbres et nous n'en sommes pas encore au massacre de la fois dernière. Pour le moment, continua Severus pour lui-même.
Le jeune garçon sembla réfléchir un moment puis il soupira et demanda à sa sœur à quel point leur famille était connue :
— Comme les Malfoy ici.
Le jeune garçon en resta bouche bée et songea qu'Harry Potter n'était peut-être pas si mal finalement. Il secoua la tête, chassant ses sombres pensées. Non, pensa-t-il, rien ne pouvait être pire que d'être le garçon qui a survécu. Il baissa les yeux sur le pendentif, représentant un loup debout et hurlant à la lune, rappelant celui de sa chevalière. Rogue surprit son regard et leur expliqua :
— C'est une coutume de votre famille que de portée de tels pendentifs. Le grimm est une sorte de grand loup, assez rare de nos jours, surtout présent en France. Ses bijoux ont été réalisés dans un os de l'un d'eux, on leur prête de grands pouvoirs, mais j'ignore ce qu'il en est réellement. Puisque vous êtes les héritiers, il est normal que vous les portiez.
Le mettant, Eiden se dit que sa capacité à se fourrer dans les ennuis n'avait pas disparu avec le reste.
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Les jours suivants furent consacrés au nettoyage et à la remise en état de la maison. Les plus jeunes s'y attelèrent, sous la houlette de Sirius et de Molly. La tache était difficile et fatigante et tous refusèrent qu'Elienor y participe, la jeune fille étant encore fatiguée et faible, mais celle-ci insista, refusant de rester en dehors alors que tout le monde travaillait.
Elle se leva donc le premier jour tôt, comme à son habitude, se força à manger un peu plus qu'à l'accoutumée et assura à tous qu'elle se sentait en pleine forme. Face à la mine assurée et souriante de l'adolescente, Sirius finit par céder et l'envoya débarrasser l'une des chambres du troisième étage avec Ginny et Hermione, sous l'œil soupçonneux de son frère. Elles s'activèrent toutes les trois à vider et trier le contenu de l'armoire et des commodes sans qu'aucun incident fâcheux ne se produise.
— Dit Elie, interrogea Ginny en jetant sans cérémonie une cape verte absolument hideuse dans un sac, c'est vrai que tu as fait sauter la maison de l'oncle et la tante d'Eiden ?
Les joues de l'autre rosirent et elle baissa la tête, honteuse. Cela fit rire la rouquine qui la rassura immédiatement :
— Oh ne soit pas gêné, Eid nous a raconté que Vernon allait le frapper et que tu l'as envoyé voler. Comme le reste de la maison d'ailleurs … C'est vraiment cool !
Ginny n'était pas la sœur des jumeaux pour rien, elle avait un certain goût pour les grandes actions bruyantes et destructives. Et ce n'était pas comme si la famille d'Eiden l'avait choyé et aimé pendant quatorze ans. Hermione rit avec elle à ces mots et la blonde finit par sourire aussi.
— Et il paraît que Rogue aussi en a pris pour son grade …
Elie ne souriait plus à présent, horriblement embarrassée, bien que Ginny continuait, hilare :
— Sympathique comme retrouvailles !
Leur amie brune consciente du malaise d'Elienor, la rassura :
— Ce n'est pas de ta faute Elie, c'était un accident, un réflexe. Ton père ne t'en veut pas du tout.
La rouquine finit par se calmer et essuya une larme d'hilarité.
— Mais oui, ne t'en fais pas, tu restes sa petite princesse.
Hermione lui lança un regard de reproche, mais l'effet était complètement gâché par la mine mi amusée, mi-moqueuse qu'elle affichait.
— Si on m'avait dit que je verrais un jour Rogue ainsi, je n'y aurais jamais cru, fit-elle pensivement.
— Il est vraiment si terrible ? s'enquit Elie en pliant d'un geste négligent de la main un tas informe de pulls.
Elle parlait chaque jour un peu plus, mais se refermait complètement en présence d'étrangers, revenant instantanément à son mutisme des premiers jours. Elle faisait malgré tout des progrès considérables, parlant à présent d'une petite voix basse, mais parfaitement claire.
La découverte de sa voix fut d'ailleurs un choc pour tous ceux qui avaient le privilège de l'entendre. Si la nouvelle voix d'Eiden était agréable à entendre, celle d'Elie était un enchantement. Elle captivait n'importe qui à la simple écoute : riche, bien timbré, coulant comme l'onde claire, elle avait un charme particulier, renforcé par son léger accent qui la rendait hypnotique. Bien qu'elle ait été élevée en France, la jeune fille avait appris le celtique en même temps que le français, ce qui donnait un caractère particulier à sa diction.
Le celtique, idiome complexe et raffiné, était l'apanage des très anciennes familles, notamment françaises, des elfes et de plusieurs autres peuples magiques. Seule une minorité la maîtrisait parfaitement, tant sa complexité était grande et c'était le cas de la tutrice d'Elienor qui l'a lui avait enseigné. Il se composait d'une gamme immense de sonorités qui se mêlaient pour former un nombre vertigineux de mots et de concepts, totalement obscure au profane.
— Terrible ? Oh oui ! lui répondit Ginny.
Les deux Anglaises se mirent donc à conter les pires frasques du professeur. De sa partialité, de son goût pour les potions bizarres et dangereuses, pour les punitions cruelles et inutiles, de ses grandes envolées lyriques quand il avait affaire à de mauvais élèves, de sa mauvaise humeur et de ses manières glaciales. Elles racontèrent ensuite un grand nombre de ces affrontements passés avec Eiden, tandis que la jeune Française laissait parfois échapper un rire ou un sourire. Bien sûr elle avait eu l'occasion de voir le côté moins sympathique de son père lorsqu'il interagissait avec d'autres que ces enfants et elle ne se faisait pas d'illusion sur le caractère de l'adulte, bien qu'il soit toujours aimant et attentionné avec elle et son frère. Elle était cependant heureuse et amusée d'en savoir un peu plus.
— Je me demande comment il va faire avec vous si vous n'êtes pas à Serpentard. Quoique je ne pense pas qu'il enlèvera des points à sa ''princesse'' !
Les trois jeunes filles partirent dans un grand rire.
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Une fois que les vêtements et autres objets dénichés dans la chambre furent tous rangés dans des cartons ou jetés, les trois travailleuses s'attelèrent à descendre tout cela à l'étage du dessous, où les choses mises de côté étaient stockées. Elienor avait déjà fait plusieurs aller-retour lorsqu'elle fit soudain une sorte de malaise, son carton lui échappa et dégringola les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée tandis que sa porteuse était rattrapée in'extrémiste par un George Weasley passant par là. Elle fut prestement allongée sur le canapé du salon du deuxième et réanimée d'un enervatum.
— Est-ce que ça va Elie ? interrogea Sirius qui avait lancé le sortilège, mais la jeune fille ne répondit pas, elle semblait confuse.
Son père ne tarda pas à débouler comme une furie au Square, mis au courant par Fred et s'agenouilla immédiatement à ses côtés, lançant divers sorts de diagnostiques pour connaître son état. Cependant, mis à part une grande fatigue et une confusion passagère, l'adolescente n'avait rien et son géniteur put calmer son frère, paniqué et honteux de l'avoir laissé travailler dans son état.
— Eid, tu n'auras pas pu la garder toute la journée au lit de toute façon, fit remarquer son géniteur, elle est bien trop entêtée.
— Je l'enfermerai dans sa chambre s'il le faut ! s'emporta le plus jeune, serrant l'une de ses mains dans l'autre.
— Je n'en doute pas, acquiesça le potionniste, mais cela m'étonnerait que ce procédé lui plaise.
Eiden soupira et grommela, lâchant ses mains :
— Nul besoin qu'il lui plaise si elle s'y conforme.
Après quelques heures de siestes et un bon repas, Elienor allait mieux. Un compromis fut donc trouvé, elle aidait les autres le matin, pour les taches qui demandaient peu d'énergie et la détection des maléfices de magie noire dissimulés un peu partout dans la demeure, mission dans laquelle elle excellait.
Elle passa néanmoins la nuit à Poudlard dans les appartements de son père, pour être sûre, selon lui, qu'il ne lui arriverait rien. Quand elle avait opposé qu'Eiden la surveillait plus étroitement que le lait sur le feu, son père avait juste déclaré que les compétences d'Eiden en matière de médecine n'étaient pas son point fort. La jeune fille n'avait rien dit, mais son intervention à Privet Drive lui avait tout de même sauvé la vie. Quand il le voulait, Severus pouvait se montrer encore plus protecteur et possessif avec elle que son fils.
Ce soir-là ce ne fut donc pas son frère qu'elle réveilla avec ces cauchemars, mais son géniteur, qui, entendant ses pleurs et ses gémissements au milieu de la nuit, se leva en trombe pour la calmer.
Elienor se tortillait dans ses draps qui la serraient plus fort à chaque mouvement, sanglotant dans son sommeil. Rogue eut bien du mal à la réveiller, mais quand il y parvint enfin, il s'empressa de prendre sa fille dans ses bras et de la réconforter du mieux qu'il pouvait. Il lui caressa le dos et lui murmura des paroles rassurantes, lui disant que tout allait bien se passer et qu'il ne laisserait plus personne lui faire du mal. L'adolescente finit par se rendormir un long moment plus tard, mais le potionniste, lui, la gardant dans ses bras, ne put faire de même, terriblement inquiet à l'idée qu'elle ne cauchemarde à nouveau.
La jeune fille s'éveilla le lendemain avec l'aube, toujours dans les bras de son père. Ouvrant ses yeux magnifiques, elle se serra un peu plus contre le torse chaud et chuchota un « bonjour » auquel Rogue répondit avant qu'ils ne se lèvent tous deux pour prendre leur petit-déjeuner, apporté par les elfes.
Le repas se passait parfaitement bien, le professeur discutant de l'école de Beauxbatons avec l'adolescente quand cette dernière se figea, les yeux fixés sur la marque noire que la manche un peu ample de Severus avait découverts. Voyant son regard, son père ne put s'empêcher de cacher son hideux tatouage.
— Elie je …
Sa fille n'eut aucune réaction, ce qui lui causa un petit pincement au cœur.
— Elie ?
Elle se détourna, son cœur se déchira.
— Elie, nous en avons déjà parlé, je t'ai dit que j'étais un espion pour Dumbledore, je ne sers pas le Seigneur des Ténèbres, mon ange.
— Je sais, chuchota-t-elle, ce n'est pas ça.
— Qu'est-ce que c'est alors, Enor ?
Elle releva les yeux vers lui et il en fut un peu rassuré. Au moins trouvait-elle encore la force de le regarder.
— C'est … cette marque. Je l'ai déjà vu.
Il serra sa petite main dans la sienne, l'enjoignant à continuer.
— Sur le bras de l'homme qui m'a fait du mal.
La pièce tourna soudain autour de Severus et il s'immobilisa complément. Un mangemort ? L'homme qui avait enlevé sa fille était un soldat de Voldemort ? Ce pouvait-il qu'Il soit au courant pour les jumeaux ? Mais c'était impossible, il ne pouvait pas l'avoir appris, les seuls à pouvoir lui en faire part étaient ses enfants et lui-même.
— Il ne savait pas pour Eiden et moi, répondit Elienor à son questionnement muet. Il m'appelait Anna et voulait que je rejoigne son maître, il avait senti que j'allais avoir un héritage, ma magie était déjà puissante, plus que la normale et tout le monde à l'école le savaient. Il ne voulait que mon pouvoir.
Rogue ne savait s'il devait être rassuré au non. Qu'Elie parle enfin de son traumatisme était certainement un bon point, mais apprendre qu'elle avait été torturée par un mangemort avant même de recevoir son héritage le remplissait de crainte. Qu'arrivera-t-il quand le Lord saura pour elle et son frère ? Il fut cependant coupé dans ses pensées par la main d'Elie qui sera la sienne.
— Je suis désolée d'avoir eu peur. Ce n'était pas de toi, mais de la marque.
Il se leva pour la serrer dans ses bras, fort, entourant sa taille et ses épaules comme s'il aurait voulu la soustraire au monde entier.
— Tu n'as pas à être désolée, mon ange. C'est tout à fait normal comme réaction.
Elle blottit sa tête dans son cou et murmura :
— Il m'a enlevé lorsque je suis rentrée de l'école, Rose, ma tutrice m'a cherchée, mais elle ne m'a pas retrouvée. Il m'avait emmené quelque part, loin, je ne me rappelle que de la vielle ferme et des prés autour. Nous étions seuls et il m'a fait … toutes ces choses pour me briser et que je le suive, mais cela n'a pas marché. Une nuit j'ai réussi à m'enfuir et j'ai couru, longtemps. Je me suis cachée dans la forêt, j'avais peur qu'il me retrouve. Puis la nuit suivante, j'ai senti une chose étrange en moi, une chaleur à l'intérieur. Une lueur m'a entourée et j'ai transplané chez Eiden.
L'estomac de Rogue était comme serré dans un étau, Elie, elle, n'avait pas bougé, restant contre lui, parfaitement calme, sa respiration caressant régulièrement son cou. Elle en avait enfin parlé et cela l'avait apaisée, même si ce n'était pas le cas de son père. Lui au contraire était encore plus en colère contre cet homme, encore plus furieux contre le Seigneur des Ténèbres qui avait pris sa femme et blessé ces enfants. Il voulait hurler, tempêter et détruire toute cette foutue salle et même le château pour calmer son ire, mais il resta là, s'efforçant d'inspirer et d'expirer calmement, pour Elie.
— Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse, Elie.
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Les quelques phrases que la jeune fille avait prononcées au sujet de son calvaire l'avaient semble-t-il libérée. Elle parlait plus facilement avec ces proches, bien qu'elle soit toujours muette en présence d'inconnu. Les rires remplaçaient souvent ses habituels sourires et même sa santé semblait s'être améliorée. Elle avait même réussi à pousser son frère hors du lit, lui qui était pourtant bien plus lourd et plus grand qu'elle, un matin de bonne heure.
— Debout, Eid, il faut aller récupérer les vêtements que Sev nous à fait faire !
Un grognement lui parvint du plancher et elle s'allongea sur le lit pour apercevoir la tête ébouriffée du garçon, toujours lové sur le parquet suite à son abrupt réveil.
— Il faut que tu viennes Den, tu vas devoir essayer les choses pour voir si elles te vont !
Mais malgré tout ses efforts, elle ne parvint pas à faire bouger l'adolescent qui s'obstina à continuer sa nuit sur le sol, enroulé dans sa couette. Résignée, la jeune fille finit par céder et transplana jusqu'à chemin de traverse avec son père pour seule compagnie.
La vendeuse les accueillit avec un sourire et mena Elienor à une grande cabine au rideau de velours où elle put essayer les deux grandes piles de vêtements que la couturière avait confectionnés pour elle.
Elle s'enferma donc un long moment et bien qu'elle fasse son possible pour ne pas faire attendre son père, il finit tout de même par s'asseoir dans un des fauteuils confortables que la vendeuse mettait à disposition des clients. Une voix douce et féminine le tira des pensées dans lesquels il était plongé :
— Je suis surprise de te voir en un tel lieu Severus, j'ai toujours cru que tu fuyais ce genre d'échoppe comme la peste.
Il leva les yeux et ses onyx rencontrèrent le regard gris d'une très belle femme blonde et pâle, vêtu élégamment d'une robe pervenche et d'un manteau brodé de perles.
— À t'entendre Narcissa, on pourrait presque croire que je n'ai aucun goût en matière de vêtements. Ironisa le professeur, qui se leva pour la saluer.
La femme sourit, mais ne dit rien. Severus allait à nouveau prendre la parole lorsqu'Elienor sortit, attirant sur elle les regards des deux adultes. Severus voulu parler, mais la couturière fut plus rapide, apparaissant à leurs côtés, elle demanda à la jeune fille si quelque chose avait besoin de retouche, ce à quoi elle secoua la tête.
— Et bien tout est parfait alors Mademoiselle Rogue, je vous fais emballer cela alors.
La commerçante partit en faisant léviter les vêtements tandis que Narcissa fixait l'adolescente de ses yeux doux, puis elle se tourna vers le potionniste dans l'attente d'une explication.
— N'as-tu rien à me dire Severus ?
Rogue soupira discrètement et déclara :
— Narcissa, je te présente ma fille, Elienor, Elie, voici Narcissa Malfoy.
La jeune fille fit une adorable révérence à son interlocutrice. Celle-ci, impressionnée par les manières raffinées de la plus jeune, lui sourit et serra sa main dans la sienne.
— Je suis vraiment enchantée de te connaître Elienor.
Elie sourit, mais ne répondit rien. Comprenant que quelque chose n'allait pas, la femme fit doucement :
— Tu es muette n'est-ce pas ?
L'adolescente sourit toujours et hocha la tête.
— Ce n'est que temporaire, fort heureusement, elle ira bientôt mieux, assura le professeur de potions.
Le regard de Narcissa s'attarda sur la cicatrice rose sous la clavicule d'Elie et sur une autre que dévoilait la coupe de son t-shirt.
— Je l'espère sincèrement, murmura-t-elle, comme pour elle-même. Puis elle dit plus fort : tu es vraiment une magnifique jeune fille Elienor et tu dois sûrement tenir ta splendide chevelure de ta mère ?
Rogue soupira à nouveau, il ne pouvait pas dire qu'il ne s'y attendait pas.
— Pose ta question Cissa tu en meurs d'envie.
— Oh Sev, j'essayais de faire preuve de tact, fit-elle, les yeux pétillants. Qui est la mère de ce merveilleux bout de femme ?
— Une sorcière d'origine française rencontrée au début de la guerre.
— Et pourquoi n'en avons jamais entendu parler ?
— Par ce que c'était douloureux et ça l'est toujours. Elle a disparu sans explication. Je ne savais pas qu'elle était enceinte.
Narcissa hocha la tête et posa une main réconfortante sur son épaule, montrant qu'elle comprenait.
— Où est-elle à présent ?
— Morte. Peu après la naissance des jumeaux. Ils ont été adoptés en France et le charme de secret que leur avait posé leur mère s'est levé à leurs quinze ans. Il surprit le regard de son amie qui répétait en silence «des jumeaux », il continua. Eiden est le frère d'Elie, il n'est pas ici, il n'aime guère le shopping …
Il échangea un regard de connivence avec sa fille qui pouffa.
— Comment est-elle … commença Madame Malfoy, mais elle n'eut pas besoin de continuer. D'un geste instinctif, Rogue avait serré son avant-bras, dévoilant la réponse à la femme. Elle voulut ajouter quelques choses, dissiper le malaise, mais une voix masculine, jeune encore, l'en empêcha :
— Nous avons fini, Mère, Madame Smith pense que tout sera prêt au plus tard vendredi.
Un jeune homme blond, du même âge qu'Elie, habillé simplement mais élégamment de gris vint à leur rencontre. Ses cheveux pâles encadraient son visage fin, caressant de leurs pointes son menton pointu. S'arrêtant devant son professeur il le salua, puis se tourna vers l'adolescente qui le regardait gentiment. Il sembla saisi un instant, mais se reprit aussi vite : un Malfoy se devait de rester maître de lui-même en toute circonstance. Et ce même si la créature qui lui faisait face était la plus belle qu'il n'ait jamais vu.
— Drago je te présente ma fille Elienor. Elie, mon filleul, Drago, le fils de Narcissa.
Le garçon baisa la main de la jeune fille souriante et déclara d'une voix qu'il voulait ferme et assuré :
— Drago Malfoy, pour vous servir, Mademoiselle.
— Elienor ne peut pas te répondre, mon chéri, intervint doucement Narcissa.
Le blond la contempla un peu plus attentivement. Elle était assez petite et très fine, trop fine, et avait une peau pâle qui semblait luire, barrée de plusieurs cicatrices pas encore guéries, de très longs cheveux d'un blond doré plus chaud que le sien un visage gracieux et agréable. Mais le plus saisissant était ses yeux, couleur de mer, brillants et profonds. Les contempler était comme se perdre dans un ciel étoilé.
La main douce de sa mère sur son épaule le ramena à la réalité, il l'entendit de très loin lui dire qu'il devait rentrer et il ne put que dire à voix basse :
— On se verra à Poudlard ?
Elle acquiesça et il s'en retourna, non sans avoir salué son parrain qui le regardait d'un air de dire ''c'est maintenant que tu te souviens de moi ? ''.
À l'issu de cette rencontre Drago Lucius Malfoy était sur de deux choses : la première était qu'Elie avait très certainement été maltraité, affamé, voire plus si l'on en croyait ses cicatrices et sa taille menue, mais que cela ne pouvait être l'œuvre de Severus, qui la regardait comme si elle était la huitième merveille du monde. Et la seconde, que la jeune fille était probablement le plus bel être qui lui été donné de voir et qu'elle ne pouvait être complément humain. Son odeur, l'éclat de sa peau, l'or de ses cheveux et la couleur de ses yeux, tout cela trahissait son sang métissé. Et il savait que sa mère l'avait remarqué aussi, même si elle n'y avait pas fait allusion. De retour au manoir, il ne put que se réjouir à l'idée de la revoir quelques semaines plus tard.
De retour à Square Grimmaurd, Elie frappa quelques coups à la porte de la chambre qu'elle partageait avec son frère avant d'entrer. Elle le trouva sur le lit, étendu au-dessus de la couverture, un livre à la main. Eiden avait selon ces amis beaucoup gagné en grâce et en élégance avec son héritage, sa façon même de se tenir et d'évoluer avait changé, effaçant toute trace du gamin un peu maladroit qu'il était auparavant.
D'un coup de baguette, Elie disposa sur la commode les vêtements ramenés de la boutique et lui intima de les essayer. Conscient qu'elle avait déjà cédé le matin et qu'il y avait peu de chance qu'elle recommence, Eiden se leva de mauvaise grâce et prit en main le premier pantalon de la pile, tandis qu'Elie s'installait en tailleur au bout du lit. Aucun des jumeaux n'avait de difficulté à se déshabiller devant l'autre. Ils n'avaient jamais été question de pudeur entre eux, cela leur était venu naturellement, comme le reste.
Tandis que son frère continuait ses essayages, balançant les étoffes un peu partout, Elie lui raconta l'épisode du magasin et la rencontre avec les Malfoy, mère et fils.
— Narcissa et Drago Malfoy ? s'enquit Eiden, la tête dissimulée par son pull qu'il peinait à enlever.
— Oui. Une très belle femme, tout à fait ce que l'on attend d'une Malfoy à vrai dire. Charmante et polie.
Le jeune homme émit un grognement « et Drago ? »
— Il a l'air gentil, répondit simplement l'adolescente.
— Gentil ? s'étrangla Eiden.
Elie haussa les épaules.
— Eh bien oui, je suppose, bien que je ne l'ai pas vu longtemps. Il l'a été avec moi en tout cas.
— Drago Malfoy n'est pas gentil. Maugréa le jeune homme en jetant sans cérémonie sa chemise sur le lit.
— Tu as raison, il est aussi assez beau je dois dire, fit la jeune fille avec un sourire en coin. Un peu froid, mais agréable à regarder sans aucun doute.
Comme le présageait Elienor, son frère la contempla d'un air scandalisé et grommela de plus belle :
—Malfoy n'est pas beau, c'est un bloc de glace, un petit con arrogant et qui pense que les sangs-purs doivent dominer le monde et asservirent les moldus et les sangs-mêlés.
Elie hocha la tête.
— Oui je suppose que c'est l'image qu'il doit donner, mais je ne suis pas sûr que ce soit la réalité. Son esprit m'a paru plus ouvert que ce que tu m'as conté de lui. Peut-être est-ce plus compliqué que ce qu'il donne à voir ? Être élevé par un mangemort ne doit pas être facile.
— Aux yeux du monde, notre père est un mangemort.
— Sev n'est pas plus mangemort que Dumbledore, toi et moi le savons bien. Et il n'est pas non plus la chauve-souris sadique que tu as toujours cru, peut-être en est-il de même pour Drago ,
— J'ignore ce qu'il t'a fait, mais je doute fort que Malfoy soit plus que le petit prince narcissique que j'ai côtoyé pendant quatre ans.
Elienor parut pensive.
— J'ai vu son aura et effleuré son esprit et il ne me paraît pas comme ce que vous m'avez décrit. Mais peut-être je me trompe ?
— Nous allons bientôt le savoir, soupira Eiden en s'abattant à son côté, posant doucement sa tête sur la cuisse de sa soeur, ses longues jambes étalées sur le lit.
— Tu penses que le choixpeau va te mettre à Serpentard ? souffla celle-ci.
— Si ce n'est pas le cas, je le lui demanderai. Je ne peux pas retourner à Gryffondor, il y a trop de risque que l'on fasse le lien avec l'ancien moi.
Sa sœur caressa doucement ses cheveux. Elle lisait de la tristesse dans ses yeux et cela lui serrait le cœur comme si c'était la sienne.
— Tu l'as dit à Ron et Hermione ? murmura la jeune fille bien qu'elle se doutait de la réponse.
— Non, je ne sais pas comment lui dire.
— Cela est le fait que tu vas jouer pour l'équipe de Serpentard au quidditch, plaisanta Elie dans une tentative de le dérider.
Mais cela n'eut pas l'effet escompté, au contraire l'adolescent se renfrogna.
— Je ne jouerai plus au quidditch, Enor, ma technique de vol est trop reconnaissable.
Elie secoua la tête sans cesser ses caresses.
— Tu as bien trop changé pour que quiconque ne te reconnaisse voler. Regarde comment tu te tiens à présent, comment tu marches. Ce n'est pas de voler qui te mettra en danger, mais ton caractère et tes petites habitudes qui sont toujours les même.
— Tu as peut-être raison …
Les doigts de la jeune fille quittèrent ses cheveux pour ses joues et elle lui fit un petit sourire triste.
— Les prochains mois seront bien assez difficiles sans que tu ne t'enlèves tout plaisir. Je pense que tu auras bien besoin du quidditch d'ici peu de temps.
— C'est de toi dont j'ai besoin, Elie, murmura sincèrement le garçon.
Elle se pencha pour lui baiser le front, l'envahissant de son odeur réconfortante.
— Moi aussi c'est de toi dont j'ai besoin Eid.
Une lueur grandie alors, la même que celle qui avait emporté Elienor en juillet. Elle les nimba tous deux sans qu'ils ne s'en rendent compte et ils sombrèrent dans l'obscurité.
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« Un tout petit enfant aux cheveux noirs ébouriffés regardait au loin un groupe de garçons jouer ensemble. Cacher derrière un buisson, il se baissa quand le groupe passa près de lui, se dissimulant sous les branches basses. Quand il jugea tout danger écarté, il sortit, époussetant ses vêtements usés et trop larges. Au loin un cri retentit et il s'immobilisa. Les enfants étaient revenus sur leurs pas et le montraient à présent du doigt.
— Le voila, le voilà Dudley !
Un gros garçon le regarda moqueusement.
— Tu croyais nous échapper, l'anormal ?
Le petit garçon, apeuré ne parvenait à bouger.
— Cela tombe bien, cela fait longtemps que l'on n'a pas joué à la chasse au Harry !
À ces mots l'enfant s'enfuit en trébuchant, courant aussi vite que lui permettaient ces jambes maigres. »
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« C'était probablement l'été, le soleil frappait fort et il faisait chaud, même au bord du petit étang. La petite fille jouait près de l'eau tentant d'attraper une libellule bleu pâle qui lui tournait autour.
— Anna chérie met ton chapeau !
Une très belle femme vint à la rencontre de l'enfant, posant sur ses cheveux d'or un chapeau de paille. La petite leva ses yeux couleur de mer sur l'adulte et demanda d'une petite voix flûtée.
— Rose pourquoi ma maman elle ne s'occupe pas de moi ?
— Parce que ta maman est avec les anges, ma chérie, elle s'occupe de toi du ciel, mais tu ne peux pas habiter avec elle alors tu vis avec moi.
— Et mon papa ?
— Il est avec ta maman.
— Oh c'est bien pour eux alors.
— Sans doute, mon ange, sans doute. »
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« — Monstre ! Anormal ! Erreur de la nature ! Qu'as-tu fait ?
Le garçonnet se recroquevilla, mais il ne put échapper à la poigne de son oncle qui le jeta dans le placard avant de l'enfermer.
— Tu resteras là jusqu'à ce que je décide que ta punition est achevée. Ce n'est quand même pas compliqué, même pour un monstre comme toi de ce tenir correctement !
Harry n'avait même pas eu le temps de lui expliquer que ce n'était pas sa faute s'il s'était retrouvé sur le toit de l'école, il voulait juste fuir Dudley et sa bande. Il ne savait pas comment il était monté là-haut. Mais c'était de toute façon inutile d'expliquer à l'oncle Vernon, il ne l'aurait pas cru. Se blottissant entre le mur et le plafond, l'enfant tâcha de s'endormir, cela passait toujours plus vite lorsqu'il dormait. »
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« — Je suis désolée Rose, je suis désolée, faisait la petite, paniquée.
— Ce n'est pas grave, Anna, ce n'est pas de ta faute.
Des bras rassurants l'entourèrent et une odeur de fleur lui parvient, calmant ses sanglots.
— Pourquoi je fais cela Rose, les autres enfants ils ne font pas autant de bêtises.
— Tous les petits sorciers laissent échapper leur magie, ma chérie, c'est normal.
— Oui, mais Émilie, elle, elle ne fait pas autant de bêtises. Elle ne fait pas exploser des choses quand elle a peur.
— C'est par ce que toi mon ange, tu es spéciale. Tu n'es pas seulement une sorcière, Anna, tu as aussi du sang d'elfe.
— Comme ceux dont tu lis l'histoire ?
— Oui ma chérie.
— Toi aussi tu as du sang d'elfe ?
— Oui Anna, moi aussi. »
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« Harry était allongé sur son petit lit, dans la seconde chambre de Dudley. Quelques jours auparavant un géant était venu lui annoncer qu'il était un …sorcier. Que ces parents avaient été tués non pas dans un accident de voiture, mais par un mage noir qu'il avait lui-même fait disparaître lorsqu'il avait tenté de l'éliminer. Que ce mage noir allait certainement revenir et qu'il allait bientôt aller dans une école de sorcier pour apprendre la magie. Tout cela était complètement dingue, sûrement que demain en se réveillant il allait se rendre compte que cce n'était qu'un rêve. Un hululement se fit entendre et la chouette qu'il avait baptisée Hedwige secoua ses ailes, un peu à l'étroit dans sa cage. Il se retourna et ferma les yeux, oui, c'était sûrement un rêve. »
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« —Bientôt tu iras à Beauxbatons Anna, pour apprendre la magie.
— L'école où tu as été Rose ?
— Oui. Mais tu devras faire très attention et ne dire à personne que tu es à moitié elfe, d'accord ma chérie ?
— Oui Rose. Mais pourquoi, c'est un secret ?
— Oui c'est un secret. Il y a des gens mauvais qui veulent faire du mal aux gens comme toi et moi. Alors il ne faut jamais qu'il sache ce que tu es vraiment.
— Pourquoi ces gens nous veulent du mal ?
— Parce que tu as un grand pouvoir et que certains sorciers noirs le recherche.
— Il me ferait du mal pour prendre mon pouvoir ?
— Oui Anna, c'est pourquoi tu dois me promettre de faire très attention.
— Je te promets, Rose.
La femme la serra dans ses bras « C'est très bien Anna » murmura-t-elle. La petite fille se sentait bien dans l'étreinte de sa tutrice, ses longs cheveux vénitiens l'entouraient, la coupant du monde extérieur, l'enveloppant dans un cocon protecteur. »
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« — Alors Potter, toujours pas partit à la recherche de Black ? Je croyais que les Gryffondor étaient courageux ?
Harry l'ignora, se contentant de prendre son sac et de quitter la salle.
— Si j'étais à ta place Potter, je ne l'aurais jamais laissé en paix, je l'aurais traquer et éliminer.
Les poings serrés, Harry avait de plus en plus de mal à se convaincre qu'il n'entendait pas les paroles de Drago Malfoy, qui faisait tout ces derniers temps pour le mettre hors de lui.
— Sa m'étonnerai que tu partirais à sa recherche, Malfoy, couard comme tu l'es. Je me souviens bien de ton attitude dans la forêt interdite, en première année. Tu t'es enfuit la queue entre les jambes.
Contre toute attente, sa tirade ne sembla pas affecter le serpentard qui répondit en souriant :
— Mais ce n'est pas de moi que l'on parle, n'est ce pas Potter. »
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« — Je sais ce que tu es.
Anna se retourna, tentant de garder contenance malgré son cœur qui cognait fort dans sa poitrine et tâchait de sortir en traversant ses côtes.
— Je ne vois pas de quoi tu parles Ravena.
La jeune fille au carré couleur corbeau, s'approcha encore et dit plus bas :
— Je suis certaine que si, mais tu ne crains rien avec moi, j'en suis une aussi.
À ces mots sa main se mit à briller d'une lueur étrange et une sorte de brume l'entoura. Au plus profond d'elle-même, Anna sut qu'elle disait la vérité. Ravena était une fille étrange, douée, mais silencieuse, mystérieuse et froide avec ceux qu'elle n'appréciait pas, mais elle ne mentait jamais.
— Je m'en suis toujours douté, mais je n'ai rien dit. Continua la brune. Je connais quelqu'un qui peut t'aider, Anna.
— M'aider ?
— Tu deviens chaque jour plus forte Anna, bientôt tu ne sauras plus dissimuler ta véritable nature, tu as besoin que quelqu'un t'aide. Mon oncle peut le faire, il en est un lui aussi, bien que tu sois plus puissante que tous ceux que j'ai connus, lui y compris. C'est le chef de notre clan, il pourra t'aider.
Anna choisit de faire confiance à Ravena, elles se connaissaient depuis trois ans, depuis le premier jour, elle était amie et elle savait qu'elle garderait le secret. Elles faisaient après tout partie du même clan. »
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«— Harry !
Il ne répondit ni ne bougea. Il voulait qu'on l'oublie, qu'on le laisse en paix.
— Harry, je sais que tu m'entends, il faut que tu viennes manger.
Toujours aucune réaction. Le matelas près de son flanc droit s'affaissa et l'odeur d'Hermione l'enveloppa.
— Harry, je sais que tu te sens coupable vis-à-vis de Cédric, mais c'est Voldemort qui l'a tué, pas toi.
Pour toute réponse, il enfonça un peu plus son visage dans l'oreiller, tâchant de ne plus entendre la voix qui se voulait compréhensive de son amie. Il ne voulait plus voir ni entendre personne. Étouffé par le duvet, lui parvint un soupir.
— Je te ramènerai quelque chose tout à l'heure.
Puis elle sortit, il resta parfaitement immobile, comme s'il était mort. Mort lui aussi. »
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« Il faisait particulièrement beau en cette fin de juin, une belle lumière tombait sur Paris. C'est le sourire aux lèvres qu'Anna se dirigea vers la petite créature vêtue d'une robe à l'ancienne mode qui devait lui arriver à la poitrine. D'un geste de la main, le petit être fit disparaître sa valise.
— Mademoiselle Rose s'excuse, mais une réunion du clan impromptue l'empêcher de venir vous chercher elle-même, elle s'en excuse sincèrement et la rejoindra au plus vite à la maison.
La jeune fille sourit.
— Merci, Nannez, je ne lui en veux pas, ce n'est pas de sa faute. Je suis vraiment heureuse de vous revoir.
— Moi également Mademoiselle Anna, fit la korrigane. Je vous ai préparé votre gâteau favori pour le goûter.
— Vous êtes un ange, Nana, vous me gâtez trop.
Le tout petit bout de femme sourit en tapotant le bras de l'adolescente d'un air bienveillant. La korrigane était au service de sa tutrice depuis de nombreuses années et elle avait élevé Anna avec elle. Nannez lui tendit la main pour qu'elle puisse la ramener à la maison lorsque soudain la petite créature s'effondra. La jeune fille n'eut pas le temps de la rejoindre qu'un coup s'abattait sur sa tête et qu'elle perdait connaissance.
Ce fut une trombe d'eau glacée qui la réveilla, trempée et frissonnante. Puis les doloris et les coups qui s'enchaînent pendant des jours, les cris et le manque de nourriture pour briser sa volonté. Puis finalement, un soir, l'odeur de l'alcool, une gifle particulièrement puissante qui découvre la marque noire, hideuse, d'un crâne et d'un serpent. Elle sent le souffle de l'homme contre sa nuque, il la pousse contre la table et sa main remonte le long de sa cuisse … »
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Une violente douleur s'abat sur le crâne d'Eiden et il se sent poussé en hors de l'esprit de sa sœur, arraché brutalement à elle, il hurle, la douleur est insoutenable, puis elle s'estompe et il retombe dans l'oubli. Dans l'escalier on entend des pas précipités qui se ruent à l'étage. Trois hommes déboulent comme des furies dans la chambre et trouvent les deux jumeaux inconscients, l'un sur l'autre. Severus se précipite le premier est s'assure que leurs cœurs bâtent toujours et qu'ils respirent.
— Ils sont en vie. Fit-il aux deux autres d'une voix atone.
Remus s'approche et effleure la joue d'Elienor.
— Que s'est-il passé ?
Le potionniste ne répond pas tout de suite, il les ausculte rapidement puis tire sa baguette et exécute un mouvement compliqué. Une fumée en née, se tord en plusieurs symboles fantomatiques puis disparaît. Touchant le front de son fils, il entre un instant dans sa tête et en ressort presque aussitôt, laissant la tête de son enfant reposer sur le lit. Avec l'aide des deux autres, ils les placent sous la couverture, en contact, comme après la visite au chemin de traverse.
— Je crois qu'ils ont fait un échange d'âme.
— Que veux-tu dire ? demanda Sirius qui bordait Eiden.
— Je veux dire qu'ils ont fusionnés leurs âmes pour que chacun ait entièrement accès à l'autre, pour qu'ils revivent ensemble leur vie passée et les leurs souvenirs.
— Leurs esprits sont maintenant mêlés, c'est cela ? Questionna le loup-garou à qui cela évoquait quelque chose. C'est un très ancien rituel de magie, je ne savais même pas qu'il était réellement possible de l'exécuter.
— Apparemment ils l'ont fait, marmonna Rogue, ne pouvait-il pas avoir des enfants normaux, qui se parlent de leur vie ou qui, au pire, utilise une pensine et pas un sort oublié et dangereux, alors qu'aucuns des deux n'est en état de le supporter ?
— Et qu'est-ce que cela implique ? Interrogea Sirius qui ne voulait pas être en reste.
— Ça, nous le saurons quand ils se réveilleront, souffla leur géniteur, s'ils se réveillent ajouta-t-il pour lui-même.
Il soupira et contempla un long moment ses deux enfants endormis.
- Qu'avez-vous fait ?
