Chapitre 2 : Incident, invasion et bonnes nouvelles

Severus, Sirius et Remus se relayèrent pour veiller les jumeaux et faire attention à ce qu'aucun n'aggrave son état de santé. Au matin, c'est un professeur de potions fatigué qui laissa la place au loup-garou pour s'étendre quelques heures.

— Préviens-moi au moindre changement, demanda-t-il.

— Je le ferai, assura Remus en s'installant dans le fauteuil qu'il venait de laisser.

Le potionniste avait à peine quitté la chambre qu'une tornade brune lui sauta dessus.

— Professeur que se passe-t-il, Molly dit qu'il y a un problème avec Eiden et Elie ?

L'homme grimaça, c'est qu'elle avait de la voix de si bon matin cette jeune fille.

— Ils ont, semblent-ils, effectué un rituel d'ancienne magie pour lier leurs mémoires, Mademoiselle Granger.

La jeune fille se mordit les lèvres et leva des yeux angoissés vers son interlocuteur.

— Cela me semble étrange, Monsieur, Elie n'est pas en état de supporter un tel rituel et Eiden n'aurait jamais mis la santé de sa sœur en danger. Ils n'ont pas dû le faire consciemment.

— Cela où ils n'ont pas réalisé la portée de leur acte.

— Sauf votre respect, Professeur, rétorqua la fille, Elie est l'une des personnes les plus intelligentes et les plus cultivées que je connaisse, je suis certaine qu'elle sait parfaitement ce qu'est le transfert d'âme.

Severus était surpris, il n'avait pas dit à son étudiante le nom du rituel, elle devait l'avoir deviné seule, ce qui n'était pas peu dire, il n'était pas particulièrement connu.

— Vous avez peut-être raison, Mademoiselle Granger. Mais cela ne change pas les faits.

Elle baissa la tête.

— Vous pensez qu'ils vont se réveiller bientôt, Monsieur ?

— Je l'ignore, Miss, soupira Rogue. Puis la voyant soudain agitée, il continua : Il n'y a rien que vous puissiez faire, il faut attendre leur réveil.

La jeune fille parut déçue, mais ne dit rien. Severus l'invita à aller déjeuner et il longea le couloir pour prendre un peu de repos dans l'une des chambres vacantes. En priant Merlin pour que Remus vienne bientôt lui annoncer le réveil de ces enfants.

Cependant, lorsqu'il se leva peu après midi, la situation n'avait pas changé. Prenant un solide déjeuner, gardé de côté pour lui par Molly, il fit en silence l'inventaire de ce qu'il savait de ce rituel, mais cela ne le rassura pas, au contraire. Il était certain que les jumeaux avaient déjà achevé le transfert et que c'était ce qui avait fait crier Eiden. Il fallait maintenant attendre que leurs corps et leurs esprits encaissent le contrecoup violent de cet acte et rien de ce qu'il pouvait faire ne les aiderait. C'était à eux de se débrouiller seuls. Severus soupira, Eiden était connu dans son autre vie pour attirer les ennuis et il semblait qu'il avait gardé cette ennuyeuse habitude.

— Toujours rien ? s'enquit Sirius qui venait d'entrée.

Rogue secoua la tête, les doigts pianotant nerveusement contre le bois brut de la table. L'animagus s'assit en face de lui, faisant venir à eux deux verres de whisky pur feu. Severus le remercia d'un regard puis le plongea dans son verre.

— C'est incroyable, n'est-ce pas ? Nous deux assis gentiment à la même table.

— Mon fils tient à toi, Black et moi je tiens à mon fils.

Sirius le regarda d'un drôle d'air et but une gorgée d'alcool, sans le quitter des yeux.

— Tu as l'air en effet de beaucoup tenir à lui et à Elie.

— Se sont mes enfants, Black, bien sûr que je les aime, même s'ils m'ont été arrachés.

— Tu n'aimais pourtant pas beaucoup Harry Potter, répondit l'ancien prisonnier.

— Je n'aimais pas l'image que je m'en étais faite, c'est vrai. Mais je me rends compte à présent que ce n'était qu'une image. Je n'ai jamais connu le vrai Potter, je n'ai pas fait cet effort. Je le voyais comme la preuve de Sa trahison.

Sirius s'agita sur sa chaise, semblant mal à l'aise.

— Tu sais, mes souvenirs sont encore flous et épars, mais je me souviens de Lily quand elle était enceinte, elle t'a vraiment cherché partout.

Le visage du potionniste se fit sombre et il vida d'un coup son verre, laissant le liquide lui brûler la gorge.

— Quand nous nous sommes disputés ce jour-là, il était encore une fois question des mangemorts et de mes ''fréquentations douteuses''. Je venais d'apprendre que Narcissa était enceinte, je ne voulais pas la laisser seule avec Lucius, qui devenait chaque jour plus acquis à la Cause. Lily me reprochais de toujours me mettre plus en danger, à fréquenter les entourages du Lord, alors que nous voulions des enfants. Elle à fini par me demander si j'étais d'accord avec ces idées et je n'ai pas répondu. Je n'étais pas pour les idées du Seigneur des Ténèbres bien sûr, mais je considérais à ce moment que tout n'était pas à jeter dans ses idéaux. Il voulait réformer la société sorcière, remettre la magie et la famille au centre de tout. Je savais que ce n'était pas par lui que ça allait se faire, mais dans son délire, il y avait quelques bonnes idées.

— Comme la magie noire ? demanda doucement Sirius, qui n'ignorait pas l'avis de Severus à ce sujet.

Ce dernier hocha la tête.

— Oui, comme une certaine partie de la magie noire. Je pensais que l'on pouvait utiliser certains sorts, avec beaucoup de prudence, mais qu'ils pouvaient être utiles. Je le crois toujours d'ailleurs.

Ils restèrent un moment silencieux, le potionniste contemplant le feu et Sirius regardant le professeur.

— Pourquoi n'es-tu pas revenu ensuite ?

La mine de l'homme se fit douloureuse, ses yeux se voilèrent un instant puis se durcirent à nouveau.

— Tu te souviens d'un garçon de notre année, un serdaigle, Adam Pieterson, châtain, les yeux bleus, toujours souriant et enjoué ?

— Je crois … dit Sirius. Il plongea un moment dans sa mémoire. Pieterson … oui Adam Pieterson ! Je me souviens !

— Il était mon ami, je sais que cela paraît étrange, remarqua Rogue avec un sourire bizarre, un tel caractère avec le mien, mais c'était le cas. Il était passionné par la magie noire et donc ostracisé par sa maison. Mais moi je l'aimais comme un frère. Je suis allée le voir après ma dispute avec Lily. Il aurait ri, se serait moqué de moi pour avoir choisi une gryffondor manichéenne, on aurait bu un verre puis il m'aurait remis les idées en place et m'aurait foutu dehors à coup de pied pour que j'aille m'excuser. Mais quand je suis arrivé chez lui, la maison était saccagée, il y avait du sang sur le sol et Adam avait disparu.

— Les mangemorts ? supposa l'animagus en remplissant à nouveau leurs verres.

Le potionniste acquiesça et continua :

— Ils l'avaient enlevé et présenté au Maître, espérant qu'il les soutienne dans leur cause. Seulement Adam n'en avait aucune envie. Les yeux de Severus se fermèrent avec douleurs lorsqu'il repensa à ses souvenirs difficiles. Ils l'ont torturé pendant des semaines, attendant qu'il ne craque, mais il ne l'a jamais fait. Il était dans un état lamentable, à peine maintenu en vie. J'avais réussi à me rapprocher des bourreaux, mais je ne pouvais rien faire de plus, je ne faisais pas partit de leur cercle. Un soir j'ai traîné du côté de l'ancienne maison de Lily, elle n'y était déjà plus et j'ai appris par une voisine qu'elle était enceinte et fiancée à James Potter. Mon cœur s'est brisé ce soir-là. J'étais certain qu'elle s'était servie de moi et que toutes les rumeurs que j'entendais à Poudlard étaient vraies. J'ai cru qu'elle avait jeté notre vie et notre couple aux ordures, ou que pire, qu'elle avait toujours fait semblant. Ce n'était qu'un juste retour des choses, je n'étais pas assez bien pour elle et ma petite illusion de vie parfaite volait en éclat. Alors j'ai quitté la maison et je n'y ai plus jamais remis les pieds.

— C'est ce soir-là que tu as pris la marque ?

— Oui, souffla le professeur. C'était la seule solution pour sauver Adam. Je savais bien que c'était la pire chose à faire, mais quelque part, je priais pour pouvoir faire échapper Adam et me faire attraper. Pour qu'ils me tuent et que cet enfer prenne fin.

Sirius le regarda avec une infinie tristesse et demanda à voix basse :

— Et Pieterson ?

— Mort, quelques heures avant qu'Il ne me marque. Le visage du potionniste se tordit d'un rictus horrible. J'ai l'immense honneur de me débarrasser de son corps. Je l'ai enterré près du lac à Poudlard, d'où on voyait la bibliothèque. J'aime à croire qu'il s'y plaît. Puis comme j'étais toujours en vie, je suis parti trouver Dumbledore, j'ai entendu cette vielle chouette de Trelawney déblatérer sa prophétie et j'ai proposé d'être son espion.

Ils restèrent un moment en silence.

— Dumbledore ne t'a rien dit pour Lily ?

À nouveau Severus grimaça.

— Il a dût oublier ce détail.

Sirius avait envie de vomir, si Dumbledore avait tout expliqué à Rogue cette nuit-là peut-être que Lily et James seraient en vie, que les jumeaux n'auraient jamais été séparés et que tout aurait été différent. Même si Rogue était son rival depuis leurs onze ans, il ne pouvait s'empêcher d'être en colère pour lui contre le Directeur.

— Apparemment, murmura le potionniste en contemplant le fond de son verre, je n'étais pas quelqu'un de confiance et mes accointances m'aurait sans doute mené à livrer ma femme et mes enfants à mon ''Maître''.

L'animagus était à présent révolté. S'il était certain d'une chose, c'est que Severus aimait plus que tous sa famille et que jamais il n'aurait fait une telle chose. Il gronda :

— Quand t'a-t-il parlé de cela ?

— Le soir où j'ai ramené Eiden et Elie à Poudlard.

— Tu as parlé de ceci aux jumeaux ?

— Pas de tout, pas de Dumbledore. Eid est déjà assez remonté comme ça contre le vieux fou. Inutile d'en rajouter où il brûlerait le château et vu les dons d'Elie pour la destruction de bâtiment, je vais m'en dispenser, pour le moment.

Sirius hocha la tête, il ne valait mieux pas en effet en parler à ses enfants. Ils avaient déjà bien assez souffert comme cela.

Severus se leva finalement et traversa la pièce. Avant de sortir, il se tourna vers l'autre homme :

— Merci Black pour le whiskey et pour le reste.

Il disparut et son interlocuteur finit son verre, murmurant pour lui-même.

— Merci à toi pour la vérité.

0o0o0

Le professeur de potions passa le reste de la journée, dans le fauteuil de la chambre de ses enfants, perdus dans ses pensées. Il ne vit pas le jour se finir et la nuit tomber. Il faisait sombre dans la pièce lorsqu'il sursauta, surpris par une petite voix :

— Papa ?

Se levant avec célérité, il se porta aux côtés de sa fille qui venait de s'éveiller. Saisissant sa baguette, il fit naître une douce lumière, suffisante pour lui permettre de voir le visage de l'adolescente, mais assez faible pour ne pas blesser ses yeux fatigués.

— Bonsoir Elie, dit-il d'une voix douce. Comment te sens-tu ?

Elle sourit doucement d'un air tendre.

— C'est ta question préférée depuis que l'on se connaît. Je me sens bien, un peu fatiguée, mais bien.

— Donne-moi ton nom complet, mon ange.

— Elienor Sarah Rogue Grimm, anciennement Anna Lily Potter, adopté Chambord. Je suis née le 31 juillet 1980 à Godric's Hollow, fille de Severus et Lily Rogue.

— Ça suffira, ma chérie, fit gentiment Severus. Alors, dis-moi ce qu'il s'est passé hier soir ?

Elie plissa les yeux, tentant de remettre de l'ordre dans ses souvenirs quelque peu bousculés.

— Je me souviens de moi caressant les cheveux d'Eiden, lui baisant le front, puis plus rien. Ensuite ce fut comme si Eid et moi ne faisions plus qu'un, j'ai revu toute ma vie et la sienne. Je me souviens de chaque parole, de chaque cours, de chaque aventures dont il se rappelle et je pense que c'est aussi le cas pour lui.

Elienor s'arrêta un moment, perdu en elle-même puis elle demanda :

— Nous avons fait un lien d'âme n'est-ce pas ?

— Il semblerait en effet, grimaça son père. Dois-je en déduire que cela n'était pas prévu ?

Elle secoua la tête.

— Tu penses que c'est votre magie qui a fait cela ?

— Non, je crois … commença la jeune fille … oui je crois que c'est le lien qui s'est concrétisé. Les jumeaux et particulièrement ceux des êtres magiques ne doivent pas être séparés. C'est dangereux pour eux, sans leur moitié, ils sont incomplets et instables. Je pense que notre lien à chercher a rattrapé toutes ces années perdues.

Severus ne répondit pas, il était d'accord avec le raisonnement de sa fille. À nouveau une colère sourde enfla en lui et il n'avait plus qu'un seul désir, abattre ce stupide directeur qui avait détruit sa vie et celle de ses enfants. Tâchant de se calmer, il reposa ses yeux sur la jeune femme qui souriait à présent.

— Est-ce vrai que tu croyais que c'était Den qui volait dans ta réserve l'année dernière ?

— Oui, fit l'homme qui ne savait quoi répondre, un peu déstabiliser par le brusque changement de sujet.

L'adolescente prit un air rusé.

— Eh bien ce n'était pas lui.

— J'en suis soulagé, déclara le plus sincèrement du monde, Severus.

— Tu ne devrais pas, ricana Elie, l'air toujours rusé, il y a beaucoup d'autres choses que tu ne soupçonnes pas !

— Mais ce n'est pas à toi de lui révéler, intervint une voix ensommeillée.

— Parce que toi tu le feras ? s'enquit son père.

Eiden se releva un peu, contemplant de ses yeux à moitié ouverts son père et sa sœur.

— Pour le bien-être et l'équilibre de notre famille, Sev, je pense qu'il vaut mieux que tu ne saches rien.

— Est-ce à ce point ? soupira le potionniste.

Les yeux d'Eiden pétillèrent, mais il ne répondit pas à son géniteur, se contentant d'échanger un regard de connivence avec sa sœur.

— Apparemment le maraudage nocturne est une faiblesse familiale, lança-t-il comme pour se venger des confidences de sa sœur.

L'adulte leva les yeux au ciel et soupira :

— Oh non, pas toi également Elie, j'ai bien assez avec un seul aimant à ennuis, protesta le potionniste.

— Désolé, Sev, rit son fils, ta petite princesse est une vraie noctambule et elle semble avoir autant de considération pour le règlement que moi.

— Mon dieu j'ai participé à la naissance à un remake des jumeaux Weasley, se lamenta dramatiquement le professeur.

— Mm je ne pense pas que nous en somme se ce point-là Sev, mais rien n'est perdu. Nous sommes tous les deux à Poudlard cette année et je suis sûr que si on leur demande, ils accepteront de nous enseigner quelques trucs.

Ils rirent tous les trois un bon moment avant de finalement se calmer.

— Tu sais Eid, dit Enor doucement, la salle commune des serpentards m'a l'air tout à fait confortable. Je suis sûr que tu y seras bien.

Severus acquiesça machinalement, il était au courant du plan de son fils pour préserver son identité et se réjouissait de le voir dans sa propre maison. Il avait été grandement surpris quand ce dernier lui avait avoué qu'il aurait dû y être depuis sa première année, mais à présent qu'il le connaissait mieux, cela ne l'étonnait pas.

— Mais une minute, coupa l'homme qui semblait réaliser quelque chose, comment connais-tu la salle commune des verts et argents ?

Le garçon prit l'air le plus innocent possible et déclara :

— Eh bien, il est possible que j'y aie fait un court passage en deuxième année.

— En deuxième année, mais comment est-ce possible ? Personne n'aurait laissé entrer Harry Potter dans les cachots !

— En vérité, Sev, c'est un peu grâce à toi, enfin à ta réserve.

— Je croyais que tu n'avais jamais volé dans ma réserve, bougonna, mécontent, le professeur.

— Oh, mais crois-moi je n'ai jamais volé dans ta réserve.

— Mais Miss Granger si, n'est-ce pas ?

Eiden feint une surprise déçue.

— Je suis estomaqué Sev, que tu crois mes amis capables de tels actes ! Comment peux-tu avancer de telles choses sans preuve ?

— Si ce n'était pas toi Eid, répondit son père, amusé, alors c'était un autre membre de ton petit trio et comme Monsieur Weasley n'est pas vraiment réputé pour sa discrétion j'en déduis que c'est l'œuvre de Miss Granger. Mais passons cela, qu'avez-vous ''emprunté'' dans ma réserve ?

— Oh simplement de quoi faire du polynectar, lança le plus innocemment du monde le garçon qui inspectait d'un air attentif l'un de ses ongles, conscient que la nouvelle aurait un fort impact l'adulte.

— Du polynectar en deuxième année, siffla l'homme, réellement impressionné, je dois dire que Miss Granger remonte considérablement dans mon estime.

— Cela aurait pu être mon œuvre, s'exclama Eiden, faussement outré.

— J'en doute fort, mon chéri, ricana l'adulte, tu es une telle calamité en potions. Il rit de plus belle en voyant la mine renfrognée de son fils, mais continua tout de même. De qui avez-vous pris l'apparence ?

— Crabbe et Goyle, grommela le garçon, encore vexé de la moquerie.

Severus s'étouffa « Crabbe et Goyle ! Vous avez pris l'apparence des gardes du corps de Drago Malfoy ! »

— Il n'est pas si parfait le prince des serpentards ! Il n'y a vu que du feu ton petit protégé !

— Eh bien je dois avouer que vous ne manquez pas du culot. Pourquoi avoir fait cela ?

— On voulait savoir si c'était lui l'héritier de Serpentard.

Severus hocha la tête, comprenant le raisonnement.

Ils discutèrent un moment ainsi tous les trois, jusqu'à ce que l'heure fort avancée fasse bâiller les deux jeunes gens. Severus les quitta donc et les laissa dormir toute leur soûle le jour suivant, certain à présent qu'ils allaient parfaitement bien.

Le lendemain les vit émerger à dix heures et demi, bien loin de leurs habitudes matinales. Dans la salle à manger, accolée à la cuisine, il n'y avait que Remus et Severus, qui discutaient tranquillement autour d'un thé. On entendait déjà Molly qui s'affairait à côté au repas du midi.

— Bonjour, les salua Remus d'une voix douce. Heureux de vous retrouver en forme, vous nous avez fait peur.

Entendant les paroles de l'ancien professeur, Molly arriva bientôt avec un sourire éclatant et un petit déjeuner copieux, malgré l'heure tardive. Elle les serra tous les deux contre elle pour leur signifier combien ils lui avaient manqués et retourna à son ouvrage.

— Alors comment allez-vous à la lumière du matin ? s'enquit Severus en tournant négligemment sa cuillère dans son thé.

— Aussi bien qu'hier je suppose, répondit Eiden en croquant sauvagement son toast. Puis il se tourna vers sa sœur. Et toi, comment te sens-tu ?

Assez bien je dois dire, répondit sa sœur en réprimant en bâillement.

Complètement ignorant du regard ébahi que leur lançaient les deux adultes, les deux plus jeunes continuèrent à deviser tranquillement. Puis levant ses yeux de son bol, Eiden, finis par tomber sur la mine abasourdie de son père et de son presque parrain.

— Il y a un problème ?

— Mais tu … tu … tu parles français ! bégaya le loup-garou.

— Comment ? Non je ne parle pas français je t'assure. Es-tu certain qu'il n'y a que du thé là-dedans ? se moqua-t-il en tendant un long doigt en direction de sa tasse.

Eiden s'il te plaît ne te moque pas ainsi, il à l'air réellement surpris. Le morigéna Elienor.

Désolée c'est trop tentant !

Un immense sourire naquit sur les lèvres de sa sœur qui lui rétorqua :

— Je suis navrée Eiden, mais il semblerait que tu parles effectivement français. Elle changea encore de langue pour continuer. Et peut-être même plus, comprends-tu cela ?

Évidemment tu me prends pour qui ?répondit le garçon dans la même langue

— Pour un garçon qui parle à présent, anglais, français et celtique, assura-t-elle, euphorique.

— Mais comment …

Severus qui avait gardé le silence jusque là intervint soudain :

— Je pense que c'est l'une des conséquences du lien d'âme que vous avez effectué. Vous avez absorbé les facultés et les connaissances de l'autre.

— Mais ce sort n'a pas cet effet normalement, je me trompe ? questionna Remus.

— Non ce sort n'est pas censé avoir ce résultat, il soupira, dévisageant gravement ses enfants. Ne pouvez-vous rien faire comme tout le monde ?

Les jumeaux lui rendirent un regard amusé et continuèrent leur conversation, passant de l'anglais, au français et au celtique à chaque détour de phrases, testant les limites des connaissances d'Eiden.

0o0o0

Il s'avéra finalement que le jeune homme maîtrisait parfaitement ses deux nouvelles langues, ainsi que diverses autres compétences de sa sœur, à degrés variés. Au plus grand désespoir de son père, il resta désespérément moyen en potions. Il s'améliora cependant en sortilège et en métamorphose tandis que sa sœur devenait vraiment douée en Défense contre les forces du mal, matière non enseignée à Beaubâtons. Elle devient également incollable sur les moldus et en sortilèges, ces connaissances, croisées avec celles d'Eiden lui faisait atteindre un niveau très satisfaisant. Au déplaisir de son père, elle connaissait également Poudlard et ses passages secrets comme sa poche, ce qu'elle et Eiden se firent un plaisir de vérifier au court de leur week-end suivant avec leur géniteur au château. Elle avait aussi une parfaite connaissance de toutes les bêtises ; et elles étaient nombreuses ; de son frère et ils se promirent de déambuler ensemble au clair de lune dès la rentrée.

Mais c'est la réaction d'Hermione qui amusa le plus Eiden et Elie. Sitôt qu'elle avait su les jumeaux réveillés, elle c'était précipité sur eux, déblatérant à une vitesse folle la liste des potentiels effets secondaires qu'ils pourraient ressentir tandis qu'elle les ausculter étroitement, s'assurant qu'ils n'avaient rien. Eiden réussit finalement à la décoller de sa sœur et lui, et subit avec patience les remontrances de son amie.

— C'était follement imprudent de faire cela, Eiden. Mais où avais-tu la tête ? se lamenta la brune.

— Hermione, tu sais pertinemment que je n'ai rien fait pour que cela arrive, ni Elie.

— Oui, mais c'est un rituel tellement hasardeux, Eid, êtes-vous certain d'aller-bien ? questionna nerveusement, la jeune née moldu, se retenant à grand-peine de reprendre son inspection.

— Tout va bien Hermione, nous allons parfaitement bien, rit Elienor que le comportement de son amie amusait.

— Nous avons juste subi une petite amélioration de nos compétences … continua son frère en souriant.

La jeune fille leva un sourcil soupçonneux.

— Une petite amélioration dans quel genre ?

— Dans le genre qui rend polyglotte et meilleur élève !

Hermione ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, incapable de réagir autrement. Elle finit cependant par bégayer :

— Comment tu … quelles langues tu …

— Français et celtique ! annonça-t-il fermement, comme si tout cela était normal.

— Quoi ?! Eiden James Rogue ne peux-tu rien faire normalement ?

— Il semblerait que non, pouffa le jeune homme, entraînant Elie avec lui.

Outrée, la jeune née moldue se mit à le frapper avec un coussin piqué sur une chaise.

— Non, mais tu plaisantes ?! Tu maîtrises en une nuit une langue que certains au bout d'une vie ne parlent toujours pas, un idiome reconnu comme l'un des plus difficiles du monde sorcier et tout ce que tu trouves à me dire c'est, ''il semblerait''. Je te déteste ! assura-t-elle en continuant de le frapper son relâche, sous les rires des jumeaux que la situation amusait grandement.

— Eh ! Du calme, Hermione, ce n'est pas de ma faute.

Pour toute réponse il se prit à nouveau l'objet en pleine figure.

— Calme-toi je t'apprendrais !

— Tu as intérêt ! grinça la jeune femme en le menaçant de son coussin. Puis, soupirant, elle baissa son bras. Quoi d'autre ?

— Sortilèges et métamorphose.

— Mouais, fit son amie, pas étonnant. Dommage qu'Elie n'est pus te transmettre de quoi avoir la moyenne sans mes notes en histoire de la magie.

Sur ce elle partit dans un grand rire, vite rejoint par autres. Elie pouvait maintenant pleinement apprécier les boutades des amis de son frère, à présent qu'elle avait accès aux souvenirs le concernant.

— Et toi Elie ? questionna Hermione qui reprenait son souffle.

La jeune fille lui expliqua ce qu'il en était dans son cas.

Ces nouvelles capacités arrangèrent beaucoup les Rogue pour la mise en place de la couverture des jumeaux. Ils diraient qu'ils avaient tous deux été adoptés dans des familles différentes, chez sa tutrice pour Elie et chez des moldus pour Eiden, car il fallait expliquer sa maîtrise parfaite de leur monde. Ils avaient tous les deux suivi les cours de Beauxbâtons sans se côtoyer ; Beaubâtons étant une grande école, c'était tout à fait plausible ; à quinze ans, le charme de dissimulation de leur véritable physique s'était révélé, ainsi que le testament de leur mère et le gouvernement français avait contacté Rogue pour lui apprendre la bonne nouvelle. Les jumeaux avaient ainsi découvert leur père et leur lien de parenté.

Pour être sûre que personne ne découvre rien, Madame Maxime, la directrice de l'école française produisit de faux documents d'inscriptions au nom d'Eiden et de faux souvenirs furent implantés dans l'esprit d'une famille moldu, vivant dans une ferme à l'écart des autres, pour confirmer l'histoire du garçon.

Une amie de Dumbledore, une vielle femme vivant à Oxford accepta également de ce prêter à l'implantation, assurant, elle, avoir recueilli et élevée la soi-disant mère des jumeaux en dehors du monde magique pour la protéger, jusqu'à ce qu'elle se marie avec Severus et ne disparaissent mystérieusement. Le Directeur avait veillé à ce que leur plan soit le plus infaillible possible. Avec le lien d'âme et les manigances de Dumbledore, il l'était sans aucun doute, se qui rassura grandement Severus, qui s'imaginait déjà le Seigneur des Ténèbres traquer sans relâche ses enfants.

0o0o0

Le reste du mois d'août fila à la vitesse de la lumière. Quelque temps après le fâcheux incident des jumeaux, qui se termina finalement plutôt bien, le Square Grimmaurd fut réveillé par le cri perçant d'Hermione qui venait de recevoir sa lettre de Poudlard. Eiden et Elie qui avait pour une fois traînés un peu au lit, furent assaillis par deux cognards roux qui se jetèrent sur leur lit.

— Eh ! C'est quoi cette invasion ! protesta Eiden, écrasé sous le corps de Fred.

— On demande l'asile politique Eid ! répondit celui-ci.

— L'asile politique ?

George, étalé contre Elie gémit.

— Je n'arrive pas à croire que l'on va devoir en supporter encore un !

— Courage, frérot, cela ne peut pas être pire que pour Percy !

Pour toute réponse, son jumeau gémit de nouveau en enfouissant son visage dans le flanc d'Enor.

— Qui vous êtes-vous mis à dos ? interrogea le brun, un peu dans les nuages encore.

— Nous ! se rengorgea Fred, mais personne !

— Du moins pas encore, ajouta l'autre roux la mine dramatique.

— On peut avoir une explication ? intervint la jeune fille qui se positionna un peu plus confortablement pour laisser de la place à son ami rouquin.

— C'est une terrible nouvelle, une catastrophe, une calamité, une …

— Oui, mais encore, coupa le fils Rogue qui commençait doucement à s'impatienter. La patience n'étant pas vraiment la vertu première d'Eiden James Rogue.

Les jumeaux Weasley échangèrent un regard horrifié et pourtant résigné.

— Le petit Ronnie à sa maman est préfet !

— Ron est préfet ? C'est super, il doit être tellement content ! Et votre mère aussi ! s'enthousiasma Eiden.

Mais les deux autres garçons ne semblaient pas partager la bonne humeur du brun. Ils avaient la mine de quelqu'un à qui on venait d'annoncer une épouvantable nouvelle.

— Tu ne comprends pas, Den ! Un autre préfet, une autre honte sur notre famille, un autre tyran dicteur de lois dans notre maison …

— Comme si vous ne vous fichiez pas des lois et des règlements, se moqua l'autre jeune homme.

— Là n'est pas la question, mon ami, le problème est que …

La porte s'ouvrit à nouveau et une troisième tornade rousse entra, se jetant elle aussi sur le lit, aux pieds des jumeaux Rogue.

— Vous savez la nouvelle, fit-Ginny d'une voix funèbre.

— Oui, Fred et George sont gentiment venus nous l'apprendre, ironisa Eiden.

— Une catastrophe, déclara la jeune fille comme si elle ne l'avait pas entendu, secouant la tête de gauche à droite.

— Comme tu le dis petite sœur, souffla George.

— Peut-être pouvons-nous faire quelque chose ? fit avec espoir Fred. Il est peut-être encore temps de …

Mais il fut coupé par un second cri féminin, vraisemblablement celui de Madame Weasley.

— Trop tard, dit tragiquement Ginny, Maman est au courant.

— Je ne comprends pas quel est le problème, intervint Elienor qui se tortillait pour sortir un peu de la couverture, malgré le poids de leurs trois visiteurs.

— C'est une question d'honneur Elie ! répondit la jeune rousse avec sérieux. Et puis, Maman va être intenable avec ça maintenant …

— Peut-être même qu'elle fondra tous ses espoirs nouvellement retrouvés sur toi, déclara sournoisement Fred.

Sa sœur eut un frisson qui lui parcourut l'échine.

— Pas question !

Eiden éclata de rire :

— Ne t'en fait pas Gin, aucune personne saine d'esprit ne te nommera préfète.

— J'espère bien, fit-elle et ses deux frères approuvèrent en hochant fermement la tête.

La porte s'ouvrit une troisième fois et deux poids supplémentaires s'ajoutèrent.

— Vous ne savez pas la nouvelle ? demanda d'une voix surexcitée le benjamin des Weasley, en sautillant à genoux sur le lit.

— Non on ne sait pas, lâcha, sarcastique, le fils Rogue.

— Je suis préfet ! s'époumona Ron en levant le bras en signe de victoire.

— Fantastique, grommela Eiden, en se retournant et tirant d'un coup sec sur la couverture pour se réinstaller et se rendormir. Ce qui eut pour effet de presque jeter en bas du lit, Ron et Fred.

Le sourire de son ami s'effaça.

— Tu n'es pas content Eid ?

Soupirant le susnommé se releva et tâcha de lui faire un sourire.

— Si Ron, j'étais très content la première et la seconde fois que l'on me l'a annoncé, mais là j'avoue que je commence à me lasser et mon lit est bien plus distrayant. Mais faisons comme ci c'était la première fois que j'entendais la nouvelle : Félicitation Ron, c'est merveilleux, je suis sûr que tu feras un excellent préfet !

Dans son dos, les jumeaux et Ginny faisaient semblant de vomir à grand renfort de grimace et de pantomime, sous l'œil amusé d'Elie qui prenait toujours tout avec philosophie, même une invasion de têtes rousses de bon matin.

— Félicitation Hermione, continua-t-il, j'ai cru comprendre que tu l'étais aussi.

— Oui ! Je ne m'y attendais pas du tout !

Cette fois, Ginny et les deux paires de jumeaux levèrent les yeux au ciel dans un bel ensemble qui fit éclater de rire Ron.

Ils passèrent une bonne partie de la matinée dans le lit d'Elie et Eiden, jusqu'à ce que ce dernier, excédé d'être ainsi envahit ne les jettent à la porte.

0o0o0

Quand ils descendirent enfin, la plupart des habitants du Square étaient déjà là. Hermione discutée vivement avec Remus de ces nouvelles obligations tandis que Sirius la regardait d'un air amusé. Ron décrivait à Tonks, à grand renfort de gesticulations, le nouveau balai que sa mère lui avait promis, elle qui était si fière de sa nouvelle fonction. Eiden s'approcha de la table où était abandonné le badge d'Hermione. C'était un petit objet de métal, aux couleurs de Gryffondor, surmonté d'un petit P en argent.

— Tu n'es pas trop déçu ? demanda son père, qui venait d'apparaître derrière lui sans qu'il le remarque. Malgré leur nouvelle proximité, Eiden n'était pas encore parvenu à percer le secret de ses apparitions et autres mouvements de capes dramatiques.

— Déçu ? s'étonna Eiden.

— Oui, si tu étais resté Harry Potter, peut-être est-ce toi qui aurais eu ce badge, dit doucement Severus.

Le jeune homme haussa les épaules, il se fichait bien de ce badge et il n'imaginait pas Dumbledore assez fou pour lui offrir. Il était tout de même connu pour son non-respect du règlement et ses promenades nocturnes.

— Et toi, es-tu déçu ? interrogea-t-il.

Rogue eut un sourire tendre, un sourire qu'il s'était habitué à voir sur son visage, même s'il n'aurait jamais cru y avoir affaire quelques mois plus tôt.

— Je ne suis jamais déçu de toi Eiden.

— Même si je suis un aimant à ennui, une calamité en potions et que j'ai une nette tendance pour les événements étranges et rarissimes ?

— Surtout pour cela, sourit le potionniste.

L'instant d'après, l'adolescent était dans les bras de son père, sans qu'aucun d'eux ne sache qui avait fait le premier pas. Malgré l'étrangeté de la situation, Eiden se sentait parfaitement bien, à sa place dans la chaude étreinte de son père. Elie avait toujours été celle qui était le plus tactile avec lui, n'ayant pas le lourd passif de son frère. Mais le garçon la comprenait mieux à présent : contre toutes attentes, c'était tout à fait agréable d'avoir de tels contacts avec Rogue.

— Je suis vraiment content que tu sois mon père Sev, fit-il sans relever la tête, gardant ses yeux loin de ceux du professeur, un peu gêné par ses paroles malgré tout.

Celui-ci ne dit rien, mais un immense sourire fleurit sur son visage. Son cœur manqua un battement, tout prêt de mourir d'une combustion spontanée. Il tâcha de garder son calme, tenant toujours son fils contre lui. Ils restèrent ainsi un moment puis ils s'écartèrent. Mais avant qu'ils ne soient complètement séparés, Severus sentit une pression sur son bras, le retenant juste le temps qu'il entende Eiden souffler :

— Merci Papa.

Autour d'eux, nombres étaient ceux qui les contemplaient, surpris, mais attendris de les voir agir de la sorte. Cependant seul le professeur entendit les mots de son fils, ainsi qu'Elie, apparemment, car ses yeux brillèrent un instant avant qu'elle ne reprenne sa discussion avec Kingsley.

Suite à la réception de la lettre de Poudlard, ce fut l'habituelle visite au chemin de traverse qui fut programmé au lendemain. Même si cette fois, les Weasley et Hermione n'iraient pas en compagnie des jumeaux.

— Nous avons été imprudents la dernière fois, avait expliqué le professeur de potions. Vous n'êtes pas sensé vous connaître, vous aurez tout le temps à Poudlard de mettre en scène votre rencontre. Mais d'ici là, il ne faut pas que l'on vous vois en public ensemble. Il n'y a pas de raison valable pour que les enfants d'un mangemort fréquentent des fils de traître-à-leurs-sangs et une née moldu.

Il lança un regard d'excuse aux susnommés. Mais ceux-ci connaissait son véritable avis sur ces questions : n'avait-il pas commencé à fréquenter Lily en croyant qu'elle était une fille de moldu ?

Avant de partir, laissant les autres arriver avant eux, Severus et ces enfants dressèrent une rapide liste de ce qu'il leur faudrait acheter.

Eiden pouvait garder la majeure partie de ses affaires, la plupart étant des objets banals que des centaines d'étudiants européens possédaient également. Elie quant à elle avait fait envoyer par son ancienne tutrice, sa balance, son télescope, un ouvrage de bronze et d'un étrange métal bleu nuit magnifique, ainsi qu'un jeu de fioles de cristal gravées d'arabesques.

Il lui faudrait donc acheter un chaudron et les livres nécessaires à sa cinquième année à Poudlard, ainsi que d'autres, des années précédentes, pour se mettre à jour, les enseignements et les techniques différents beaucoup d'un établissement à l'autre. Elienor demanda également à son père plusieurs manuels de matières qui n'étaient pas enseignées à Poudlard, tels que l'alchimie, les charmes et les mythes et légendes sorciers, option qu'elle avait prise en France.

Il leur fallait également renouveler leur stock d'ingrédients de potions et racheter des nécessaires d'écritures.

Ils passèrent donc chez l'apothicaire en premier, puis chez le vendeur de parchemin et enfin chez Fleury et Bott où ils passèrent un certain temps. Outre leurs manuels scolaires, les jumeaux regardèrent un grand nombre d'autres ouvrages. Elie était une lectrice passionnée et elle avait converti son frère à la magie d'un bon livre.

Pendant que sa sœur se plongeait dans un vieux grimoire parlant d'enchantement d'objets, Eiden resta du côté des manuels de potions, ce qui étonna grandement Rogue.

— T'es-tu perdu ? l'interrogea-t-il.

Étrangement Eiden rougit et baissa la tête.

— Non, mais je voulais voir si je ne pouvais pas trouver quelque chose pour m'aider.

— Pour t'aider ?

— Eh bien les potions sont ta passion et Elie y est apparemment douée aussi, alors je … j'aurais voulu m'améliorer, pour que moi aussi je partage cela avec toi …

Le garçon était apparemment très gêné, mais l'attention alla droit au cœur de l'adulte qui lui fit un sourire chaleureux.

— Tu sais que tu n'as pas besoin de cela, mon ange, pour que l'on passe des moments ensemble toi et moi.

Eiden acquiesça, mais continua :

— Oui, mais c'est important pour toi alors je voudrais comprendre moi aussi. J'ai vraiment envie de connaître ce que tu aimes …

Severus ne résista pas, il prit son fils dans ses bras pour la seconde fois en deux jours, se repaissant de son odeur si envoûtante. Sa main se perdit un moment dans les cheveux longs du garçon puis il chercha quelques titres sur les étagères avant de lui tendre.

— Ceci devrait t'aider à progresser, je n'ai pas vraiment été un professeur tendre avec toi, ils t'expliqueront à nouveau et plus calmement les bases. Tu es intelligent Eid, tu devrais très vite t'en sortir. Et puis je t'aiderai, nous ferons quelques sessions ensemble. Cela te convient-il ?

— Oui, oui, assura le jeune homme avec un grand sourire, puis il flâna du côté de la défense contre les forces du mal.

Une heure plus tard, ils avaient amassé chacun plus de livres qu'Hermione dans ses plus grands moments. Severus avait même rajouté discrètement plusieurs des ouvrages qu'il avait aperçus entre les mains de ses enfants, comme le très vieux livre d'objets enchantés, quelques ouvrages rares sur la défense contre les forces du mal et d'autres sur l'histoire de l'Angleterre pour Elie.

La note fut très salée, mais Rogue la régla sans sourciller puis ils quittèrent la boutique pour la rue noyée de soleil.

— Y a-t-il un problème ? questionna Severus en voyant la petite mine de ses enfants.

Les deux plus jeunes échangèrent un regard et Elienor répondit pour les deux :

— C'est que … cela fait beaucoup d'argent, murmura-t-elle.

— Elie, si je vous avais élevée depuis votre enfance, j'aurais dépensé beaucoup plus que ce que j'ai fait ce mois-ci. Répondit doucement le potionniste. Et puis l'argent n'est pas un problème, ma chérie, la famille de ma mère était très riche et j'ai hérité de tout à sa mort. Mais surtout, j'ai envie de vous faire plaisir, alors laisse-moi vous contentez, d'accord ?

La jeune fille hocha la tête et l'homme continua, souriant :

— En plus, si ton frère doit aller à Serpentard, je dois me dépêcher d'en faire un petit prince pourri gâté comme il en pullule là-bas.

— Hors de question que je devienne Drago Malfoy, marmonna celui-ci.

— Il y a peu de chance, tu manques de certaines ''qualités'' indispensables. Se moqua gentiment son père.

— Comme l'arrogance, le pédantisme et l'égocentrisme ? interrogea sadiquement le garçon.

— Je pensais plutôt à la froideur, honorabilité et la politesse à toute épreuve. Mais je suppose que tu as raison, même si tu as une image bien plus noire de lui qu'il ne l'est en réalité.

— Cessez donc tous de vous ériger en petits soldats de Malfoy, grinça le jeune garçon. À vous entendre, il est un pauvre chaton incompris.

Le professeur rit à l'image de son filleul en chaton pleurnichant.

— Je n'irai pas jusque là, mais ne penses-tu pas que tu vas devoir passer au-dessus de votre ancienne querelle ? Harry Potter est mort et vous allez partager la même maison, le même dortoir …

Les yeux d'Eiden s'écarquillèrent et il souffla :

— Je n'avais pas pensé à cela. Le même dortoir ? fit-il douloureusement.

— Je crains que oui, répondit Rogue, le plus sérieusement du monde.

Eiden prit un air funèbre et garda le silence tout le long du trajet.

Leurs achats terminés, les enfants Rogue se préparaient à renter au Square quand leur père les entraîna en direction de la boutique Eeylops,. À l'intérieur du ''Royaume du Hibou'' il régnait un véritable capharnaüm, fruit du mélange des couinements, des hululements, des ronronnements et autres grognements. Elie parvint cependant à entendre son père :

— Eiden à Hedwige, mais toi tu n'as pas de compagnon et j'aimerai t'en offrir un. Regarde autour de toi et choisit celui qu'il te plaît.

La jeune fille sauta au bras de son père pour le remercier et fit le tour de la boutique pour trouver son bonheur.

Le cas d'Hedwige, le chouette harfang d'Eiden, avait longuement été débattu entre son père et lui. Elle était évidement trop facilement reconnaissable pour qu'elle réintègre Poudlard sous cette forme, mais Severus proposait de changer la couleur et au minima la forme de son plumage afin de la rendre méconnaissable. Le jeune garçon avait hésité, ayant peur que son amie de ce fasse pas à ce changement brutal, mais il finit par accepter une tentative. Son père, à l'aide de sortilèges oubliés et pas vraiment légaux, rendit la robe blanche d'Hedwige noir comme l'encre. Sa silhouette s'affina un peu et ses plumes changèrent de forme : plus longues, moins ronde. Elle semblait plus sauvage à présent et rien ne rappelait l'Hedwige d'avant, si ce n'est ces yeux dorés, inchangés.

L'animal eut quelques difficultés à se mouvoir au début, mais elle prit rapidement son envol et maîtrisa bientôt parfaitement sa nouvelle forme. Semblant satisfaite, elle était revenue sur l'épaule de son maître et lui avait mordu affectueusement l'oreille, comme si elle était consciente que cela était nécessaire et qu'elle ne lui en voulait pas. Eiden pourrait donc garder sa chouette à Poudlard.

Pendant qu'Elie inspectait attentivement l'armada de bestioles vivant dans la pièce, son frère se tourna vers les vivariums des serpents où son regard accrocha un long spécimen noir et émeraude, fin, d'une cinquantaine de centimètres, qui roulait et déroulait paresseusement ses anneaux.

§ Bonjour, tu es un bien bel animal § siffla Eiden en fouchelang.

Le serpent agita sa queue terminée par un losange et répondit.

§ Merci, jeune qui-va-sur-deux-pattes, je n'avais jamais encore parlé à quelqu'un de ton espèce. §

§ C'est que le don de vous comprendre n'est pas très répandu § répondit le garçon.

§ Tu es différent des autres deux-pattes qui errent ici. Ton odeur est étrange §

§ C'est par ce que je suis à demi elfe. §

§ Je n'ai jamais rencontré d'elfes, alors je ne puis savoir si ça a une telle odeur. Est-ce que ça va sur deux pattes aussi ? §

§ Oui, en vérité ces assez proches des humains. Comme deux races de serpents entre eux. § expliqua le jeune homme tandis que l'animal progressait le long de la vitre, sortant bientôt sa tête en losange du vivarium.

Eiden approcha sa main pour caresser le nez du serpent et celui-ci s'approcha encore, mais quand les écailles de l'animal entrèrent en contact avec la peau du garçon. Un petit choc électrique les parcourut et ils firent un instant confus tous les deux.

§ Quelle chose étrange !§ siffla le serpent, se balançant légèrement sur sa queue, étourdi.

— Eiden ça va ? S'inquiéta sa sœur qui avait senti sa confusion au fond d'elle.

— Je crois, oui.

Il lui expliqua ce qu'il venait de passer tandis que leur père les rejoignait. À la fin, la jeune fille semblait fort heureuse et babilla quelques mots en français si rapide, que son frère ne comprit pas.

— Pardon ?

— C'est ton familier ! déclara-t-elle en battant légèrement des mains, enchantée.

— Mon quoi ? s'enquerra le garçon qui ne comprenait pas.

— Les elfes ont souvent un familier, ainsi que certains sorciers. Un animal avec lequel tu as un lien particulier.

— Comme Fumseck avec Dumbledore ?

— Je pense oui, opina la fille.

— Mais qu'est-ce que cela sous-entend réellement ? interrogea Severus.

— C'est un compagnon fidèle pour la vie et certains manifestent parfois quelques capacités magiques, mais c'est assez rare.

Eiden se tourna vers le serpent et effleura à nouveau doucement sa tête :

§ Veux-tu venir vivre avec moi ? §

§ Je le suppose, fit l'animal, tu as l'air d'être un jeune deux-pattes divertissantes §

§ Tu n'imagines pas à quel point § sourit le garçon en tendant son bras au petit être pour qu'il s'y enroule. Puis il darda sa langue en direction de Severus, qui n'eut pas la moindre réaction.

§ Bon humain, la plupart des tiens ont peur de nous § déclara-t-il, satisfait, puis il se tourna vers Elie.

§ Bonne odeur, comme la tienne ! §

§ Bonjour à toi écailles brillantes ! § répondit la jeune fille à la surprise des deux autres hommes.

§ Oh ! Une seconde parleuse. Cette journée est fort divertissante ! § s'enthousiasma l'animal en agitant le bout de sa queue.

— Tu le parles aussi ? dit finalement, choqué, Eiden. Est-ce à cause du lien ?

Elle secoua la tête, elle le parlait depuis son enfance, c'était sans doute dans leurs gênes. Cela rassura grandement Eiden de ne pas le tenir de Voldemort et il se sentit moins mal de le connaître en découvrant que sa sœur le parlait aussi. Ce n'était pas seulement la marque des mages noirs.

Remis de leur surprise le père et le fils suivirent Elie près du comptoir pour payer le serpent et la petite chouette qu'avait choisi la jeune fille. D'après la vendeuse c'était une branche particulière de la chevêche d'athéna, élevée et sélectionnée par les sorciers pour en accroître la taille et en faire des hiboux postaux. Elle était d'un beau mordoré moucheté de beige et regardait autour d'elle avec calme et intelligence. Ils acquirent également une cage pour elle ainsi qu'un vivarium pour le nouvel ami d'Eiden puis ils rentèrent à la maison.

— Tu fais vraiment très serpentard maintenant, déclara Elienor lorsqu'ils furent tous rentrés.

Eiden haussa les épaules, ne le serait-il pas bientôt de toute façon ?

0o0o0

La veille de la rentrée, les jumeaux dormirent à Poudlard avec leur père, de façon à ne pas arriver à la même heure que les Weasley et Hermione, mais aussi pour profiter encore un peu d'une soirée en famille avant la reprise des cours. Ils avaient d'ailleurs déménagé plusieurs de leurs affaires dans leur petite chambre des appartements de leur père et pendant qu'Elie prenait une douche, Eiden finissait de ranger ce qu'il voulait laisser là. Il hésita un moment avec le vivarium de Saffi, son serpent, puis finit par appeler son père :

— Eh Sev !

L'homme apparut, contemplant le désordre de la chambre d'un œil critique.

— Si tu crois que je vais t'aider à ranger tout cela avant qu'Elie ne revienne tu te mets le doigt dans l'œil, mon garçon.

Ledit garçon lui lança un regard noir, mais montra simplement du doigt le vivarium puis le serpent confortablement roulé dans un pull en cachemire d'Elie, devant la cheminée.

— Qu'est ce que je fais avec Saffi, on n'a le droit qu'à un seul animal à Poudlard.

— J'en parlerai demain à Dumbledore, c'est ton familier, il peut bien faire une exception. D'autant qu'Hedwige ne dormira pas au dortoir avec toi. Il te doit bien cela.

Le jeune homme hocha la tête et regarda avec un sourire amusé son serpent se réinstaller après c'être légèrement relevé à l'entente de son nom.

— Elie va faire une crise quand elle verra que tu as abandonné ses affaires par terre, se moqua le potionniste.

Eiden leva les yeux au ciel.

— D'abord Elie ne fait jamais de crises et ensuite, c'est elle qui la mit là pour que Saff fasse la sieste. Il adore son odeur, il dit qu'elle est très apaisante. Il regarda un instant l'animal, lové dans le tissu, songeur. Moi je pense plutôt qu'il se drogue à son parfum.

L'adulte éclata de rire.

— Les serpents sont très sensibles aux odeurs, fit remarquer Elienor qui venait d'arriver, déjà en pyjama.

— Moi je dis que ce serpent est amoureux de toi, répliqua son frère. Il se glisse toujours dans ton armoire ou son ton pull.

— Je trouve qu'il a bon goût, déclara Severus en ramassant un jean par terre pour le poser sur le lit. Tu es seulement jaloux.

— C'est mon familier, désolé de trouver anormal qu'il colle ma sœur ! s'emporta faussement le jeune homme.

— Être ton familier ne signifie pas qu'il est dépendant de toi, dit philosophiquement la jeune fille en grattant la tête du serpent. Et Saffi t'adore, il ronronne presque quand il t'entend parler et il aimerait que tu lui susurres des chansons rien que pour lui avant la sieste.

— Qu'il se débrouille, je ne suis pas sa nourrice ! protesta Eiden.

— Et moi non plus alors par pitié, range un peu cette chambre, on ne peut même pas utiliser le lit ce soir !

De mauvaise grâce, Eiden termina sa valise et rangea un peu la pièce.

Le repas du soir fut des plus agréables, les elfes de maison avaient préparés tout ce que les trois sorciers préféraient et Elie put faire découvrir aux autres certains de ces plats français favoris. Ils mangèrent dans la bonne humeur et Severus se laissa même aller à leur conter une anecdote sur leur mère et lui, ce qu'il ne faisait que rarement, le sujet étant encore douloureux.

— Nous nous sommes vu en cachette votre mère et moi dès la cinquième année. Bien sûr avant cela nous étions amis, mais mes fréquentations ne voyaient pas d'un très bon œil que je côtoie une fille de moldu et les gryffondors n'acceptaient pas une amitié avec un serpentard futur mangemort. Alors nous avons profité d'une dispute avec James et ses amis pour que je l'insulte et que nous rompions officiellement les ponts. En vérité nous avons continué à nous voir, cachés de tous jusqu'à la fin de l'école. Un soir que nous devions nous rejoindre dans le parc, nous avons failli nous faire prendre par le concierge de l'époque, Apollon Picott. Nous nous sommes donc caché dans la neige, près du saule cogneur et c'est après avoir traversé le parc en courant et avoir dévaler la butte que je me tourne vers Lily et que je vois, à la place de ma petite amie, un immense loup auburn, bien trop grand pour être un simple loup, avec des crocs aussi longs que mes doigts.

— Un grimm, devina Elie.

— En effet. Sous le coup du stress, Lily avait revêtu cette forme, échappant à Picott et me dissimulant par le même coup derrière elle.

— Tu veux dire que maman était une animagus ? interrogea Eiden. Mais je croyais qu'il fallait des années pour le devenir et travailler sans relâche ?

— C'est le cas, votre mère n'était pas vraiment une animagus. Elle se transformait bien en louve, mais il semble, d'après les recherches que nous avons menées ensemble, que c'est une caractéristique propre à la famille Grimm.

— Cela voudrait dire que si elle avait travaillé pour devenir animagus, elle aurait eu une autre forme, en plus de celle du loup ? demanda Elie.

— Je le pense, cela doit-être dû au sang elfique qui court dans votre lignée.

C'est sur ses sages paroles qu'ils commencèrent leur dessert, une délicieuse tarte à la mélasse.

0o0o0

Le lendemain, Severus fit transplaner ces enfants dans un local désaffecté de la gare, dévolu à cet effet. Et ils passèrent ensemble le passage de la voie 9¾, qui amusa d'ailleurs beaucoup Elienor.

— Comment les élèves se rendent-ils à l'académie ? demanda son père, en prenant son chariot.

— Tu te souviens du carrosse de Madame Maxime pour le tournoi des trois sorciers ?

Le professeur hocha la tête et évita un attroupement de gamins surexcité qui parlait de quidditch.

— Il y en a plusieurs comme celui-ci, aux différents points de rencontre qui mènent les élèves à l'école. Beauxbâtons est bien plus grande que Poudlard, tout centralisé n'était pas possible. De plus les étudiants viennent de plusieurs pays différents, France, Pays-Bas, Benelux et pays ibériques. La route peut-être longue, les carrosses sont très confortables. Mais le train m'a l'air pas mal aussi ! sourit la jeune fille en désignant du menton la locomotive rouge qui venait d'apparaître dans la brume.

— Tu verras cela.

Une fois tout prêt d'un wagon vide, le professeur s'immobilisa et serra ses deux enfants dans ses bras.

— Tu sais Sev, on se voit ce soir ! se moqua gentiment son fils.

— Tais-toi Eiden, tu n'as pas de cœur, gronda le potionniste en le lâchant.

— Tu te trompes ! rit le jeune homme. Allez Pa' y faut y aller, le vieux fou t'attend.

— Je me fiche du vieux fou.

Il tendit un paquet au garçon.

— C'est pour le déjeuner, précisa-t-il.

— Tu nous as fait à manger ? demanda le garçon, les yeux pétillants de moquerie à nouveau.

— Les elfes l'ont fait, contra simplement le professeur.

Aucun de ces enfants ne répondit, mais leur amusement était bien visible.

— Gosses ingrats, rouspéta l'homme avant de disparaître, non sans avoir passé une main tendre dans les cheveux de chacun.

Restés seuls sur le quai, les jumeaux restèrent un instant à contempler le flot d'élèves qui se faisait de plus en plus nombreux jusqu'à ce qu'ils se décident à monter dans le train. Eiden monta d'abord la valise de sa sœur puis revint chercher la sienne tandis que la jeune fille se débattait avec les deux cages et le vivarium. Alors qu'Eiden avait disparu avec ses affaires, Elienor vit un garçon aux cheveux de feu apparaître à ces côtés :

— Besoin d'aide, demanda George avec un clin d'œil.

— Oui s'il te plaît.

Le garçon prit donc la cage d'Hedwige, rebaptisé Elwig et le vivarium tandis qu'il la menait dans le train. Il salua au passage quantité d'élèves qui lui rendirent la politesse joyeusement.

— Où veux-tu que je te dépose cela ? fit-il assez fort pour les adolescents des alentours entendent.

— Un peu plus loin, mon frère nous a trouvé un compartiment.

— Tu es nouvelle ici, je ne crois pas t'avoir déjà vu ? Et il me semble entendre un accent ? interrogea le rouquin qui semblait bien s'amuser. Plusieurs élèves les regardaient à présent.

— Oui je suis française, j'étais à Beauxbâtons avant.

— Oh très bien, tu verras Poudlard est vraiment super, sourit le jeune homme. Au fait, je suis George Weasley, et toi ?

— Elienor, mais tu peux m'appeler Elie, répondit gentiment la jeune femme.

Après avoir monter tout ce qu'il fallait à bord, ils étaient à présent revenus plus à l'avant du train.

— Merci beaucoup de m'avoir aidé, George.

— C'était un plaisir, nous pourrons peut-être nous revoir quand nous serons à Poudlard ? Je suis à Gryffondor.

— Ce serait bien, oui, sourit Elie.

Ils se serrèrent la main et elle en profita pour glisser discrètement.

— Cool la mise en scène, on pourra se voir plus vite. Vous me manquez déjà.

Sur un dernier clin d'œil, le rouquin disparut, mais lorsqu'Elie se tourna pour entrer, quelqu'un l'interpella :

- Elienor ?

Se retournant, elle reconnut Drago Malfoy, accompagné d'un grand garçon à la peau sombre et aux yeux de miel. Il était sans conteste d'une grande beauté avec ses yeux en amandes, sa mâchoire carrée et ses muscles saillants. La jeune fille détecta également une odeur particulière sur lui. Un métis de velane sans aucun doute. Elle sourit et dit doucement :

— Bonjour, Drago, comment vas-tu ?

Comme d'autres, les deux garçons furent surpris par sa voix particulière, aux accents étranges. Mais comme la première fois, le jeune Malfoy se reprit très vite et ne laissa rien paraître :

— Je vais bien et je suis heureux de voir que cela semble être également ton cas.

Elle hocha la tête en souriant puis il lui présenta le garçon qui l'accompagnait :

— Elienor, voici Blaise Zabini, un de mes meilleurs amis.

Le jeune métis lui tendit la main et elle la serra. Définitivement velane, se dit-elle en effleurant sa peau. Le garçon devait également se douter de quelque chose, car il garda un instant de plus que nécessaire sa main dans la sienne et la fixa de ses yeux magnifiques.

— Blaise voici Elienor la fille de … il s'arrêta un moment puis sourit à Elie. Non il vaut mieux que tu ais la surprise. Elle était à Beauxbâtons, mais viens maintenant faire ses études ici, avec son frère.

— Oui d'ailleurs je devrais le rejoindre, il doit s'inquiéter de ne pas me voir revenir, fit la jeune fille.

— Pouvons-nous nous joindre à vous ? demanda poliment le blond.

— Oui, si vous voulez.

Elle les mena un peu plus loin, jusqu'au compartiment libre déniché par Eiden. Celui-ci se leva d'ailleurs d'un bond à l'entrée de sa sœur.

— Je commençais à me faire du souci, Elie, j'ai cru que tu t'étais perdue, dit-il doucement en effleurant la joue de la jeune fille.

— Non, ne t'en fait pas, un gryffondor, George Weasley, m'a proposé son aide et j'ai discuté un peu avec lui. Il est très sympathique, j'espère le revoir à l'école.

Eiden sourit simplement, une lueur d'amusement dans les yeux qui mourut lorsqu'il vit les deux invités ramenés par sa sœur.

— Oh, Eiden, voici Blaise Zabini et Drago Malfoy. Tu te souviens, je l'ai rencontré sur le chemin de travers ?

— Je m'en souviens, répondit son frère d'une voix sans âme.

Les trois garçons se présentèrent et tous s'assirent sur les banquettes, Elie et Eiden d'un côté, les serpentards de l'autre. Pendant qu'ils s'installaient, Blaise souffla à son ami :

— Alors c'est elle la fille de la boutique !

Le jeune hocha la tête.

— Eh bien je vois de quoi tu voulais parler, s'amusa le garçon en lançant un coup d'œil appréciateur à la jeune fille qui contait à son frère sa rencontre avec George Weasley.

Une main froide se posa sur son bras et le serra sans ménagement, Blaise se tourna vers la mine mécontente et jalouse de son meilleur ami sans se départir de son sourire.

— Toujours aussi possessif à ce que je vois.

Le blond ne dit répondit pas, mais ses yeux se firent plus dur encore jusqu'à ce qu'il se tourne vers la jeune fille et que toute sa mauvaise humeur fonde au soleil.

— Comment ce passe votre intégration en Angleterre ?

— Plutôt bien, fit Eiden, mais la vie au château sera sans doute plus difficile.

À ces mots il jeta un regard à sa sœur qui lui prit doucement l'épaule, comme pour le rassurer.

— Tu n'as presque pas d'accents Eiden ! s'étonna le basané, impressionné, tu maîtrises vraiment bien l'anglais pour quelqu'un qui est là depuis à peine un mois.

Le jeune homme tâcha de sourire au serpentard et expliqua :

— La famille qui m'a élevé était originaire d'Angleterre. On ne parlait qu'anglais à la maison, c'est ma langue maternelle. Je n'ai appris le français que bien plus tard.

Il n'avait fait que dire la vérité, certes en la choisissant bien, mais la vérité tout de même et cela se sentait dans ces propos.

— Vous n'avez pas été élevé ensemble ? s'étonna Drago.

— Non, on a été séparé à la mort de notre mère, peu après notre naissance et nous avons été placé dans des familles différentes. Je n'ai appris l'existence d'Eiden qu'il y a un mois, dit Elie en serrant l'épaule de son frère.

— Vous étiez dans la même école et vous ne vous êtes jamais croisé ! s'exclama Blaise. Ça semble difficile à croire.

— Et pourtant, soupira Eiden. L'académie de Beauxbâtons accueille bien plus d'élèves que Poudlard. Nous n'étions pas dans la même maison alors nous nous croisions peu. Nous nous sommes déjà vus, je suppose, mais nous étions de parfaits étrangers. Connaissez-vous tous les élèves de votre année ?

— Hmm, je suppose que non, fit pensivement Blaise. Mais cela doit être très frustrant pour vous.

La mine éloquente d'Eiden parla pour lui et ils changèrent de sujet, expliquant aux jumeaux le fonctionnement de Poudlard et ses façons jusqu'à ce que la porte du compartiment s'ouvre une nouvelle fois.

— Ah mais vous êtes là ! s'exclama une jeune fille au carré brun qu'Eiden identifia comme Pansy Parkinson. On vous a cherché partout.

Elle tirait derrière elle un jeune homme aux cheveux et aux yeux noirs de jais, qui devait s'appeler Théodore Nott selon les souvenirs du fils Rogue. Soudain elle sembla s'apercevoir de la présence des jumeaux.

— Oh ! Bonjour.

Et une nouvelle fois, Drago fit les présentations, omettant volontairement leur nom de famille, un petit sourire aux lèvres. Eiden ne put qu'admettre qu'il avait raison, cela promettait d'être bien plus drôle ainsi. Ils parlèrent de tout et de rien, entamant leur déjeuner, lorsque, attiré par l'odeur de la nourriture, Saffi glissa sa tête triangulaire hors de la chemise de son maître.

§ Reconnaîtrais-je l'odeur de la viande froide ?§ siffla-t-il de plaisir, dardant sa langue en direction du sandwich d'Eiden.

§ Éloigne ton nez couvert d'écailles de ma nourriture Saff, je t'ai nourri avant de partir § intervint sans réfléchir le jeune garçon.

Pour toute réponse le serpent crachota et se laissa tomber sur les genoux d'Elie qui lui offrit un peu de viande. Il engloutit le morceau dans seul coup et susurra un merci auquel elle répondit joyeusement.

— Tu le gâtes trop, il a déjà assez mangé ! la morigéna-t-il. Il profite de ta faiblesse !

La jeune fille lui fit un sourire d'excuse et porta un autre morceau de viande à la bouche du serpent. Puis sentant le malaise, elle se tourna vers les autres :

— Il y a un problème ? demanda-t-elle doucement.

— Vous parlez Fourchelang ? questionna Pansy, abasourdie.

— Il semblerait, déclara d'un ton las Eiden, en grattant la tête du reptile.

— Mais … mais c'est très rare. Les seuls qui le parlent ici c'est le Seigneur des Ténèbres et Potter. Où plutôt Potter le parlait …

Un silence maladroit suivi, qu'Elie jugea plus prudent de rompre.

— C'est rare chez nous, mais ça arrive. Elle se tourna vers son frère, Ravena Venturi de ma maison le parle et le petit Paolo Escantes également. Tu te souviens d'eux Eid ?

— Ravena, oui, ton ami aux cheveux noirs ? Elle acquiesça. Et Escantes je ne me souviens pas, mais je crois qu'il est de deuxième année.

— C'est essentiellement dans les vieilles lignées que l'on en trouve, énonça Théodore, demandant implicitement s'ils en faisaient parti.

Eiden lui répondit, un peu excédé par toutes ses questions.

— Nous ignorons si nous avons de telles ascendances, notre mère était également orpheline, nous savons juste qu'elle était française.

Fort heureusement pour lui, la conversation dériva à nouveau vers des sujets plus légers, chacun ayant bien perçu les limites de la patience du jeune homme. Drago et Pansy durent les quitter un moment pour leur devoir de préfet, mais ils revirent assez vite. Saffi était à présent enroulé autour d'Elie, à moitié dissimulé sous son pull. Il dormait, la tête posée sur la clavicule de la jeune fille.

Drago jetait de fréquents coups d'œil à la jeune fille, ce qui n'échappa à Blaise qui ne manqua pas de l'asticoter.

— C'est un beau serpent, n'est-ce pas Drago …

Le jeune homme lui lança un regard noir, mais répondit d'un air détaché :

— Oui, je n'en ai jamais vu de semblable.

— C'est une espèce venimeuse d'Amérique du Sud, expliqua Eiden avec qui les deux serpentards discutait. Il adore Elie et oublie souvent que je suis son maître pour se lover contre elle ou faire la sieste dans ses vêtements.

La jeune femme surprit leur regard et leurs sourit avant de reprendre sa discussion avec Pansy et Théo.

— Quelle charmante habitude ! rit Blaise en fixant sans ménagement le blond qui détourna ostensiblement le regard.

0o0o0

Le soir tomba assez vite et ils furent bientôt tout prêts d'arriver. Les deux filles les quittèrent pendant que les quatre garçons se changeaient et elles revirent juste à temps pour qu'ils quittent ensemble le train. Puis ils séparèrent, les jumeaux devant traverser le lac avec les premières années, comme c'était la coutume pour chaque nouvel élève. Drago et les autres quittèrent les jumeaux en leur souhaitant bonne chance pour la répartition et montèrent dans les diligences.

Pendant ce temps, Eiden mena sa sœur vers l'avant du quai où se pressaient les premières années.

— Ah c'est vous les nouveaux, s'exclama Hagrid en leur souriant. Je n'attendais plus que vous !

Il les poussa gentiment dans le dos pour qu'ils avancent et l'éclat dans le regard du demi-géant n'échappa pas à Eiden qui sourit en retour. Hagrid comme ces autres proches avait été mis dans la confidence de sa nouvelle identité et enchanté pour ne rien dévoiler.

Les jumeaux furent enchantés par leur petite virée sur le lac, la nuit était belle et claire, les étoiles brillaient par milliers au-dessus du château. La surface du lac, parfaitement lisse, reflétait le ciel et le château, illuminant la nuit de lumière. Bien que ce fut la seconde fois pour Eiden, il l'apprécia tout autant que la première et il ne pût s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur lorsqu'ils touchèrent terre.

Regroupant rapidement ses troupes, le garde-chasse les mena devant la grande porte. Ils eurent ensuite le droit au petit discours du professeur Mcgonagall qui disparut ensuite avec les premières années, leur intimant de l'attendre là. Un moment plus tard, elle revint et serra l'épaule d'Eiden avant de pousser la porte :

— Je suis vraiment très heureuse de vous retrouver, Monsieur Rogue, ainsi que votre sœur, fit-elle avec émotion.

Apparemment elle aussi était dans la confidence.

Quand les jumeaux entrèrent dans la Grande Salle, un silence complet les accueillit. Toutes les têtes se tournèrent vers eux, à la lumière des chandelles et du plafond magique, les deux jeunes gens n'avaient jamais paru aussi peu humains. Tous deux avaient revêtu leur robe de Poudlard et ils étaient très attirants dans cet habit qui les rendait un peu plus accessibles. Malgré la distance, Eiden vit très bien le regard de son père s'illuminer de fierté et il lui adressa un petit sourire qui fit fondre la moitié de l'école.

— Nous avons le privilège cette année d'accueillir deux nouveaux étudiants de cinquième année. Approchez mes enfants que l'on vous répartissent.

Les jumeaux s'avancèrent de leur démarche féline et s'arrêtèrent devant le professeur Mcgonagall qui dit haut et fort :

- Eiden Rogue!

Des centaines de murmure se firent entendre : ''Rogue'' ''les enfants de Rogue'' ''Comment Rogue a-t-il fait pour se reproduire ?'' ''Comment peuvent-ils être les enfants de Rogue et être aussi beau ?''. Indifférent à l'agitation ambiante, les quatre amis de Drago le fusillèrent du regard :

— N'aurais-tu pas oublié de nous signaler quelque chose au sujet des jumeaux, Drago ? grinça Pansy.

— Je voulais voir vos têtes, déclara le blond en suivant nonchalamment la courbe de son verre d'un long doigt fin.

Le brouhaha se calma instantanément lorsque que le garçon brun s'avança. Il n'avait, à ne pas en douter, une bonne dose d'autorité naturelle. Il s'assit élégamment sur le tabouret tandis la femme lui tendait le choixpeau qu'il posa sur la tête. Il resta un quelques instants à cette place, souriant comme s'il retrouvait un vieil ami et finalement l'objet cria un « Serpentard » tonitruant. Quittant son assise, tandis que sa nouvelle maison applaudissait, Eiden lança un regard discret à Ron qui lui fit un sourire résigné. Manifestement, il s'était attendu à la nouvelle et le brun fut soulagé qu'il le prenne aussi calmement.

Le nouveau vert et argent s'avança donc en direction de sa table, tandis que Pansy lui faisait le signe de s'asseoir près d'eux. Il regarda donc la répartition de sa sœur, après que le professeur de métamorphose eut énoncé un grand « Elienor Rogue ». Son entretien avec le choixpeau fut bien plus long que celui de son jumeau, si long que tout le monde se demandait s'il parviendrait finalement à se décider. Enfin au bout de longues et silencieuses minutes le bord du choixpeau se déchira :

— Dans ce cas, Serpentard !

Une nouvelle salve d'applaudissements retentit et Elie vint rejoindre son frère à la table des Serpentard. S'asseyant gracieusement elle écouta le directeur conclure la répartition et leur souhaiter bon appétit avant de se tourner vers son frère qui la regardait joyeusement.

— Tu lui as demandé de venir ici, n'est-ce pas ? devina-t-il, pendant que les plats apparaissaient.

Elle sourit, mais garda le silence.

— Il voulait te mettre où ?

— Il hésitait entre Serdaigle et Gryffondor. Selon lui, certains … événements de cet été ont prouvé que j'avais parfaitement ma place chez les rouges et ors, mais je lui ai demandé de rester avec toi.

— Tu sais que je t'adore toi ! fit tendrement le garçon avant de mettre son bras autour de ces épaules. Il lança un coup d'œil à la table des professeurs où Severus levait son verre en leur honneur, avant de se tourner vers Dumbledore qui lui parlait.

Le repas fut somme toute assez agréable, malgré ce que craignait Eiden, Malfoy ne se montra pas trop déplaisant et s'abstient même de se moquer des gryffondors lorsqu'Elie assura qu'elle trouvait George Weasley charmant. Eiden se surpris même à tolérer la proximité des serpentards : Pansy était une pipelette, mais pas vraiment méchante, Théo taciturne et Blaise sympathique. Mais après tout, se dit Eiden lorsqu'il y réfléchit, il n'avait de rancune qu'envers le petit prince des serpentard lui-même, pas envers sa cour. Le repas terminé tous se levèrent et sortirent de table. Draco et Pansy s'acquittèrent une nouvelle fois de leur devoir de préfet, guidant les premières années vers les cachots tandis que Blaise et Théo restèrent en compagnie des jumeaux. Ils attendirent tous les quatre un moment que la plupart des élèves aient quitté la Grande Salle, puis ils sortirent à leur tour.

Dans le couloir ils croisèrent George Weasley et les trois garçons avancèrent un peu pour laisser un peu d'intimité à Elie qui voulait le voir.

— Je dois te remercier Elie, fit à voix basse le jumeau roux, tu m'as fait gagner six galions.

— Dois-je en déduire que vous avez parié sur moi ? rit la jeune femme.

— Bien sûr, Fred pensait que tu irais à Serdaigle et Gin à Gryffondor.

— Comment as-tu deviné, toi, que j'irai à Serpentard, je n'ai pas franchement les qualités requises …

Le garçon lui sourit et désigna son frère du menton.

— J'étais sûr que tu allais tout faire pour être avec Eiden et comme il était presque certain qu'il irait lui-même chez les verts et argents, j'avais toutes les raisons de penser que mon choix était le bon.

Discrètement Elienor saisit sa main et la serra.

— Vous n'êtes pas trop déçu que nous soyons ''à l'ennemi'' maintenant ?

Le sourire du fils Weasley s'agrandit.

— Oh Elie, je ne suis pas assez stupide pour croire que cela change quoi que ce soit en vous. Ce n'est rien qu'un blason sur un drapeau. Je connais Eiden depuis quatre ans et toi depuis moins, mais je t'aime tout autant. Rien ne changera cela, ni votre nom, ni votre maison.

Il serra sa main une dernière fois et la relâcha.

— Allez, ma petite féline, je dois y aller. Lee a fait passer en douce quelques petites choses qui méritent toute mon attention.

Sur un dernier clin d'œil complice, il s'en alla. Eiden avait expliqué à sa sœur qu'il avait donné sa récompense de l'an passée aux jumeaux pour qu'ils développent leur projet de farces et attrapes. Elie s'y était grandement intéressée, fascinée par la magie joyeuse et pourtant délicate des jumeaux. Elle leur avait même offert ses services en matière de charmes, matière non enseignée à Poudlard, mais très utile dans la direction que prenaient les Weasley.

Suivant des yeux la silhouette de George qui s'éloignait, Elie rejoint son frère et ses deux nouveaux compagnons et ils prirent ensemble la direction des cachots. Tous les deux eurent grand soin de faire comme s'ils découvraient la salle commune, bien qu'ils l'aient déjà tout deux visitée, l'un en vrai, l'autre en souvenir. Au bas des escaliers, ils se séparèrent, se souhaitant une bonne nuit et Elie disparut dans son dortoir tandis que son frère suivait Blaise et Théo dans le sien.

La pièce était très semblable à celle de la Tour Gryffondor, seule la couleur changeait, ainsi la vue, qui donnait sur le fond du lac et non sur le parc. Les deux gardes du corps de Malfoy étaient déjà là. Ils avaient dîné en compagnie de Millicent Bulstrode, c'est pourquoi Eiden ne l'ait avaient pas encore vu.

— Voici Gregory et Vincent, Eiden, tu les as peut-être aperçus à table. Vincent, Gregory, je vous présente Eiden, le fils de Rogue.

Les deux montagnes de muscles hochèrent la tête et se couchèrent sans plus de cérémonie. Les autres garçons, eux, commencèrent à défaire leur valise. La mort dans l'âme, Eiden, qui n'était pas vraiment un homme d'intérieur, rangea l'intégralité de ses vêtements dans l'armoire mise à sa disposition et refermait la porte lorsque Malfoy entra et s'abattit avec grâce et nonchalance sur son lit.

— Un problème, Drago ? Les premières années ne sont pas à la hauteur de tes espérances peut-être ? se moqua Théo qui pliait ses pulls d'un coup de baguette.

— Mériteraient tous d'être à Poufsouffle ces petits morveux, marmonna le blond avant de se lever et de défaire ses bagages lui aussi.

Indifférent au mouvement d'humeur du ''Prince des Serpentards'', Eiden sortit son balai et le posa sur le lit, déballant doucement l'étoffe qui le recouvrait pour voir s'il n'avait pas subi de dommage, inspectant la moindre parcelle.

— Wouah, tu as un Éclair de feu ! s'enthousiasma Blaise, tu joues au quidditch ?

— Oui, je faisais partie de l'équipe à l'Académie, répondit Eiden en glissant son balai sous son lit.

— À quel poste ? continua Blaise.

— Attrapeur. Mais ce poste est déjà pris non ?

— Eh bien, fit Blaise, mal à l'aise, Drago est attrapeur depuis trois ans en effet, c'est ton père qui te l'a dit ?

Le garçon hocha la tête et voulut continuer, mais la voix de Malfoy l'en empêcha :

— Tu peux prendre le poste quand tu veux ! fit-il d'une voix sans âme.

— Mais je croyais que …

— C'est mon père qui m'a collé à ce poste, mais je ne l'aime pas vraiment, coupa Drago. Des places de poursuiveurs se libèrent, je préférais tenter ma chance là-bas. Il y a une nouvelle capitaine cette année et il semblerait qu'elle fasse pas mal de ménage dans l'équipe, alors tente ta chance, tu verras bien ?

Eiden hocha la tête et se prépara à se coucher. L'un après l'autre, tous les garçons gagnèrent leur lit.

— Elienor joue également ? interrogea Drago dans le noir.

— Ouai, poursuiveuse, plutôt douée, répondit son frère avant de s'endormir.

Le silence se fit et chacun glissa dans les bras de Morphée.

0o0o0

Le lendemain, c'est un Eiden assez maussade qui s'éveilla et se traîna jusqu'à la douche. Il avait très mal dormi, sans la présence réconfortante de sa sœur. Endormi assez vite, il se réveilla tout aussi vite et mis des heures à se rendormir, se tournant dans son lit sans trouver le sommeil. Quand il y était finalement parvenu, le soleil était déjà levé. L'eau glacée eut au moins le mérite de le faire se ressaisir, même si elle n'améliora pas son humeur. Quand les autres furent prêts eux aussi, ils remontèrent ensemble vers la Grande Salle. Elie et Pansy étaient déjà attablées. S'approchant, Eiden constata qu'elle semblait avoir passé une aussi mauvaise nuit que lui. Elle avait des cernes, le teint pâle et ses doigts serraient convulsivement sa tasse de porcelaine. Son regard s'éclaira cependant quand elle le vit.

— Hey Den ! La nuit a été courte on dirait !

Comme la tienne il semblerait, tu n'as vraiment pas l'air bien Elie.

Il se pourrait que j'aie quelques difficultés à m'endormir sans toi, fit-elle d'un air contrit.

C'est également mon cas, répliqua Eiden en la prenant dans ses bras, humant la douce odeur de ces cheveux. Tu m'as manqué Enor, on n'a pas dormi loin de l'autre depuis ta dernière nuit dans les appartements de Sev.

Les jumeaux se tinrent un instant ainsi puis se relâchèrent pour déjeuner un peu. À leur table, il était question des nouveaux emplois du temps, des sélections de quidditch, qui aurait lieu bientôt et du cours de potions, le premier de cette année.

— Alors, Rogue comme père, hein ? demanda Blaise. Comment ça se passe ?

— Plutôt bien je dois dire, fit Eiden en s'étirant douloureusement, enfin aussi bien que cela peut-être après quatorze ans de séparation.

— Severus est vraiment très bien avec nous, il fait beaucoup d'effort pour être présent et nous connaître, continua doucement Elie en beurrant gracieusement des toasts, qu'elle poussa vers son frère.

— En tout cas vous avez l'air vraiment proche tous les deux, dit Drago sur le même ton, notant son comportement.

— Depuis que nous nous sommes retrouvés, c'est comme si nous nous étions toujours connus, déclara le fils Rogue en baisant la tempe de sa sœur pour la remercier.

— Cela arrive parfois avec les jumeaux sorciers, interviens Théo.

Eiden hocha la tête, l'épaule toujours en contact avec celle d'Elie. Ce simple effleurement calmait considérablement son humeur massacrante et il voulait profiter de sa présence tant qu'il le pouvait.

Drago nota que l'état des deux enfants du potionniste s'améliora dès qu'ils furent tous deux en contact avec l'autre. Il avait trouvé Eiden fatigué et morose dans les dortoirs, mais les cernes d'Elie et son teint transparent lui causait un petit pincement désagréable au cœur, bien que cela se soit un peu arrangé depuis qu'ils s'étaient retrouvés. Le serpentard risqua un coup d'œil à la table des professeurs et constata que son parrain surveillait discrètement sa progéniture, tout en discutant avec le professeur de runes anciennes. L'homme intercepta son regard et lui adressa un signe de tête puis retourna à ses activités. Ramenant son attention sur sa table, le blond ne put s'empêcher de se sentir satisfait. Il appréciait beaucoup être à Poudlard, sa seconde maison. Il se sentait en sécurité dans ses murs. Regardant Pansy qui c'était lancée avec Elie dans une grande discussion sur les sorciers français de la Révolution ; la brune était passionnée d'histoire ; ses yeux s'attardèrent sur le visage parfait de la blonde : sa petite bouche en bouton de rose, son air doux, ses yeux magnifiques, la jeune fille avait tous l'air d'un ange. Il s'attarda sur une petite marque, sur sa pommette, invisible pour un œil moins avisé que le sien, et il repensa à celle, encore rose qu'il avait vu lors de leur première rencontre et qui s'effaçait doucement. Cela ressemblait beaucoup trop à des marques de tortures pour Drago qui eut soudain la nausée : cette jeune fille, presque une enfant encore, n'avait pas pu être si sauvagement molestée, si ? Surprenant son observation, Elienor lui sourit et lui demanda si tout allait bien. Il lui assura que oui et lui retourna la question, elle ne semblait pas vraiment au mieux de sa forme.

— Je suis simplement un peu fatiguée, fit-elle avec son accent adorable. J'ai pris l'habitude de dormir avec Eiden et j'ai eu quelques difficultés sans lui. Mais cela passera, assura-t-elle en offrant un gentil sourire au garçon.

Quelques minutes avant le début des cours, tous se levèrent et retournèrent dans les cachots pour le traditionnel double cours de potions serpentards/gryffondors qu'Eiden pratiquerait pour la première fois de ''de l'autre côté''. Rogue les accueillit comme d'habitude, avec ces sarcasmes et son ton à geler le Sahara, mais il s'autorisa un petit regard tendre pour ses enfants quand il fut certain que personne ne le surprendrait. Il agita sa baguette pour inscrire la méthode à suivre au tableau et la liste des ingrédients, puis leur indiqua d'une voix basse et menaçante qu'ils avaient deux heures.

Malgré lui, Eiden frissonna, il savait qu'il n'encourait plus les moqueries de son père à présent, mais il avait encore trop le souvenir des heures de tortures à ces côtés dans cet endroit froid et humide. À son corps défendant, il avait laissé Elie avec Drago pour se mettre avec Blaise. Il n'était pas très doué en potions, même s'il avait fait beaucoup de progrès cet été, profitant de ces week-ends à Poudlard pour recevoir les enseignements de son père. Il avait aussi beaucoup appris dans les ouvrages qu'il lui avait conseillés. Elie, elle était très bonne élève, elle méritait un partenaire à sa hauteur. Elle semblait d'ailleurs très bien s'entendre avec le fils Malfoy et, chose qu'il n'aurait pas crue possible, le blond était très gentil avec elle, calme, doux, souriant, tout ce dont avait besoin la jeune fille qui se remettait encore de son début d'été. Car même si elle parlait à présent, quoique moins qu'en la seule présence de sa famille, elle était encore assez nerveuse en présence d'inconnus et le calme du serpentard lui faisait beaucoup de bien, l'encourageant à interagir avec le jeune homme. Et bien qu'Eiden aurait préféré qu'elle ne choisisse pas Malfoy pour cela, Elie retournait doucement mais sûrement à la civilisation.

Coupant finement ses racines de gingembres, le fils Rogue ne put s'empêcher de jeter un regard à sa sœur qui semblait discuter à voix basse de la marche à suivre avec son partenaire, coupant sans même les regarder les différents ingrédients.

— Tu es vraiment protecteur avec elle, sourit Blaise en jetant dans le chaudron les yeux de scarabées pilés.

— Il s'est passé … enfin j'ai mes raisons, marmonna le jeune homme.

— Tu sais elle ne risque rien avec Drago, il semble beaucoup l'apprécier et c'est la fille de son parrain. Les Malfoy protègent leur famille, quoi qu'on puisse en dire …

Eiden émit un grognement neutre qui ne l'avançait pas à grand-chose. Fort heureusement, son père apparut à ce moment, empêchant le bistré de continuer.

— Voyons cette mixture, Messieurs Zabini et Rogue si vous le voulez bien, dit-il de sa voix polaire. À quelles étapes en êtes-vous ?

— À la neuvième, professeur, nous nous apprêtions à ajouter la poudre de crapaud-buffle.

— Et bien faites, Messieurs, faites. Cela me semble correct pour le moment alors tâcher de continuer ainsi.

La voix de Rogue était glaciale et la menace clairement perceptible, mais Eiden avait appris à connaître la terreur des cachots qui était son père pendant l'été et il saisit parfaitement le compliment et l'encouragement déguisés dans ses paroles. Le jeune homme fit un minuscule sourire et continua son ouvrage tandis que le potionniste passait à la table de suivante, où sa fille et son filleul débattaient étroitement. Leur potion était étonnamment avancée, d'un magnifique orange, comme elle devait l'être si elle était réalisée à la perfection, ce qui ne faisait aucun doute.

— Et bien Monsieur et Miss, quel est le problème ?

— Il n'y en a pas professeur, répondit Drago, nous discutions simplement de la marche à suivre pour la prochaine étape. Il semblerait que nos méthodes divergent.

— Expliquez-vous Monsieur Malfoy.

— J'étais d'avis de suivre votre consigne, mais Elie semble avoir une meilleure proposition.

— Qui est ? fit le professeur, interrogeant sa fille du regard.

— De mettre l'asphodèle et les écailles de runespoor en même temps afin de contrer la somnolence que cause habituellement cette potion.

À l'entente de la voix de la jeune fille, pourtant basse, une partie de la classe s'arrêta pour l'écouter. Peu d'entre eux avaient déjà entendu la nouvelle parler et comme à l'accoutumée sa voix fit grand effet.

— Cela semble une bonne idée, mais comment allez-vous contrer la réaction explosive que provoquera immanquablement cette association, s'enquit le potionniste qui avait le plus grand mal à garder son ton froid et mordant devant son adorable fille.

— Il suffit de glisser quelques mesures de poudre de lune au moment adéquat et cette réaction est maîtrisée.

— Bien, montrez-moi.

L'adolescente s'exécuta et jeta les deux ingrédients ensemble dans le chaudron, faisant virer la potion au rose violent. Attendant quelques secondes alors que le contenu bouillait à gros remous, elle incorpora trois petites pincées de poudre avant de remuer doucement. Le liquide avait pris une couleur nacrée, entre le rose et le blanc et semblait parfaitement maîtrisé. De petites volutes s'en échappaient, embaumant les alentours.

— Bien il semblerait que votre technique soit un succès, Miss Rogue, déclara le professeur avec un minuscule sourire invisible au reste de la classe, veuillez poursuivre.

D'un ton sec, il remit au travail les autres étudiants qui contemplaient un peu stupidement la table de Drago et Elie puis partit s'acharner sur le pauvre Seamus.

Ayant terminé leur potion avant tout le monde, les deux blonds discutèrent un moment à voix basse, tandis que les autres achevaient leurs travaux.

— Tu es vraiment douée en potions, déclara le jeune homme, je n'avais encore jamais vu quelqu'un travailler comme cela les ingrédients.

— Sans doute par ce que c'est un technique d'alchimie. Cette matière n'est pas enseignée ici, mais j'aime bien la mêler avec les potions, cela donne parfois des résultats intéressants. Une amie de ma tutrice fait des recherches là-dessus, elle m'a enseigné certaines choses.

— C'est fascinant ! s'enthousiasma Drago. Tu voudrais bien m'apprendre ?

La jeune fille sourit en rangeant les ingrédients.

— Oui, si tu veux.

La fin du cours arriva et Rogue demanda à ses enfants de rester un instant. Tandis que tous les autres quittaient la salle, il glissa vers eux deux fioles d'un orange vif.

— Buvez cela, vous avez l'air de pouvoir vous effondrer à tout moment, déclara-t-il d'un air inquiet. Vous n'avez pas passé une bonne nuit ? Où est-ce autre chose ?

— On a … du mal à dormir seul, grimaça Eiden. Et on n'a aussi du mal à être séparé, on ne l'a plus été depuis le malaise d'Elie, jamais pour plus de quelques heures. Une nuit entière … eh bien c'est difficile à supporter.

Le potionniste hocha la tête, il se doutait que les premiers temps seraient difficiles. Les jumeaux ne s'étaient retrouvés que depuis un mois, leur lien ne tolérait encore que difficilement qu'ils s'éloignent l'un de l'autre.

— Mais il faudra bien s'y faire, soupira Elie.

— Ecoutez, si cela devient trop dur venait passer la nuit ensemble ici.

— Mais le professeur Dumbledore … commença Elie.

Rogue lui lança un regard dur qui ne laissait aucun doute sur ce qu'il pensait du Directeur et de son opinion.

— Venez quand vous avez besoin, c'est tout. Et cela vaut aussi pour le reste …

Sur un dernier sourire, il les mit à la porte. Il avait cours avec des serdaigles et eux métamorphose.

Quand ils arrivèrent devant la classe de métamorphose, la professeure faisait seulement entrer les élèves, ils n'eurent donc pas à s'inquiéter de leur retard. Un peu essoufflés de s'être tant pressés, les jumeaux se glissèrent dans la salle et s'assirent non loin de Ron et Hermione qui leur firent un sourire discret. Ils n'avaient pas encore pu se voir à l'écart, mais Eiden espérait qu'ils le pourraient bientôt. Elie prit discrètement sa main, la situation était difficile pour son frère, elle le savait. Ses amis lui manquaient à elle aussi, mais c'était en quelque sorte plus facile, elle n'était pas obligée de les côtoyer et de faire comme si c'était des étrangers. La jeune fille aussi était devenue proche de Ron et d'Hermione, mais elle ne les connaissait pas depuis des années comme Eiden, et après tout ce qu'ils avaient vécu tous les trois, il était normal qu'il lui manque.

Le professeur Mcgonagall commença sa leçon en insistant sur l'importance de cette cinquième année et le travail important qu'ils aillent tous devoir fournir pour leurs Buses. Puis elle enjoignit chacun à prendre leurs manuels et à lire le passage sur le Sortilège de Disparition, auquel ils se consacreraient en ce début d'année. Ceci fait et après avoir longuement expliqué la méthode à suivre, la professeure octroya à chacun un escargot et tous se mirent au travail. S'assurant que tous ses élèves avaient bien compris et s'y étaient mis, Minerva s'approcha d'Eiden et de sa sœur :

— Vous êtes nouveau dans cet établissement et je sais que les cours ainsi que les méthodes sont différentes à Beauxbâtons, alors j'aimerai voir un peu de quoi vous êtes capable. Vous êtes d'accord ?

Les deux plus jeunes acquiescèrent et la directrice adjointe commença avec Eiden, dont elle avait bien sûr une bonne connaissance des capacités, mais elle était curieuse de voir ce que pouvait avoir provoqué son héritage et elle ne fut pas deçue : le jeune homme n'eut aucun mal à effectuer les métamorphoses attendu à Poudlard pour les quatre premières années et il en réussit même plusieurs autres plus difficiles. La professeure ne put s'empêcher de sourire aux progrès de son élève puis passa à sa sœur qui réussit elle aussi avec une facilité déconcertante tout ce qu'elle lui soumit. Elle fit même disparaître et réapparaître son escargot, ainsi qu'une souris que la directrice adjointe lui présenta.

— Voyons autre chose, souffla la sorcière avant de rapporter du fond de la classe un petit artefact en argent, gros comme le point, sphérique et composé de couches successives, toutes gravées.

— Savez-vous ce que c'est ? continua-t-elle.

— C'est une Sphaera aussi appelée Globe de Métamorphose.

— Exact ! Et savez-vous l'utiliser ? La jeune fille acquiesça, l'adulte continua. Je voudrais que vous la métamorphoser en service à thé.

Puis elle lui fit conjurer une chaise, une plante, un invertébré et un adorable lapin duveteux qui firent sourire Eiden. Minerva était impressionnée, bien qu'elle connaisse les excellentes gênes de l'adolescente, ces capacités étaient bien supérieures à celles des autres élèves, son utilisation même du Globe le démontrait. De tels objets étaient plutôt rares en Angleterre, mais la femme d'âge mûr savait que ces homologues français avaient un goût pour les objets enchantés. Elie avait dû l'utiliser à l'Académie.

— Cela suffira pour aujourd'hui, Mademoiselle. Vous et votre frère pouvez reprendre l'exercice d'aujourd'hui.

La professeure lui offrit l'un de ses rares sourires et les laissa poursuivre. Elle lui laissa aussi le lapin pour s'exercer, consciente que les escargots n'étaient plus d'actualité, puisque la jeune fille semblait déjà maîtriser la disparition des invertébrés.

À la fin des deux heures, le lapin d'Elie avait disparu, ainsi que l'escargot d'Eiden.

— Je pense que tu n'es plus la meilleure élève de cette classe à présent, Mione, dit doucement Ron.

Mais la jeune fille loin de se vexer était extatique. Elie allait pouvoir lui apprendre des tas de nouvelles choses, des savoirs que peu d'Anglais avaient déjà expérimentés.

0o0o0

Le reste de la semaine se passa plutôt bien, hormis les cours de Défense contre les forces du mal, donnés par une sorcière petite et flasque, plus semblable à un énorme crapaud qu'à une véritable femme. Elle leur interdit d'entrée l'usage de la baguette dans sa classe et les forçait à lire le torchon insipide qui leur servait de manuel durant l'intégralité de ses cours.

Nombreux furent ceux qui s'élevèrent contre cette idiotie, mais elle les rembarra tous de son affreuse voix de petite fille et ils furent contraints de lire en silence. Selon elle, une parfaite maîtrise de l'ouvrage assurerait leur réussite aux examens, leur lecture, pas leur pratique. Les adolescents en doutaient beaucoup, mais tous durent s'y conformer, pour le moment du moins.

Celui qui était le plus en colère était sans conteste Eiden, qui sortit du cours vert de rage et la magie crépitant au bout des doigts. Il n'en revenait pas que Dumbledore ait pu nommé une telle gourde professeur de Défense, alors que la guerre se préparait au dehors. Elie, le voyant à deux doigts de craquer, le poussa dans une classe vide où il put déverser sa colère sans se soucier des autres. Cela lui prit finalement de longues minutes, mais il finit par se calmer et ils purent tous deux se rendre à leur cours suivant.

Les jumeaux furent en retard de quelques minutes, mais les autres serpentards ayant prévenus le professeur Chourave, elle ne dit rien, se contentant de leur désigner leur place : Eiden avec Ron, pour la plus grande joie des deux garçons et Elie avec Neville.

La jeune femme sourit à son partenaire en enfilant ses gants en peau de dragon, puis relevant la tête et le regardant plus attentivement elle se figea une seconde. Éduquée dans les préceptes de la noblesse française par sa tutrice, descendante d'une vielle famille, elle se reprit bien vite et ne laissa plus rien paraître.

— Elie et toi ? dit-elle avec un gentil sourire.

— Neville. Tu sais ce que sont les Vivebaies ?

De toute évidence, au vu de son visage, Elienor ne savait pas. Compréhensif, car bien qu'elle soit à serpentard cette jeune femme avait l'air fort sympathique, Neville lui donna le nom latin Prunus Vivae. Le visage de la fille s'éclaira et elle traduisit pour elle en chuchotant le terme français.

— Oui les petites baies rouges ! Nous devons les tailler c'est cela ?

Le garçon opina et ils se mirent tous deux au travail, taillant les branches trop longues ou mal dirigées de leur arbuste. Puis la petite dame replète leur montra comment ligaturer les rameaux avec des fils de cuivre pour redresser ceux qui avait mal poussé et les techniques pour éviter de blesser la plante.

Neville regardait sa compagne enrouler précautionneusement du chanvre autour de la branche avant de la ligaturer de métal. Elie avait des manières douces et gracieuses, caressant l'écorce comme elle l'aurait fait avec un ami ou un amant. Ces gestes étaient sûrs, elle tordait doucement, mais sans la moindre hésitation, les branches souples pour les repositionner. Il se fit la réflexion avec ces yeux couleurs de mer et ses cheveux blonds, elle lui faisait penser à une amie d'enfance de ses amie, une Française elle aussi qu'il n'avait plus revu depuis un moment. Elle devait faire également sa rentrée. Leur dernière rencontre remontait à l'an dernier. Cet été si, sa grand-mère était tombée malade et bien qu'elle se soit vite remise, elle était encore trop fatiguée pour aller en France.

Le gryffondor apprécia beaucoup ce cours, la jolie serpentard était vive et charmante, leur association agréable. Ils partageaient le goût de la botanique et plaisantèrent ensemble pendant deux heures, sous les regards surpris et parfois désapprobateurs des autres élèves. Mais aucun des deux partenaires n'en avait cure, Neville ignora même ostensiblement le regard polaire que lui jetait Malfoy à chaque fois que ses yeux croisaient les siens.

À l'heure du repas, le jeune blond ne put s'empêcher de demander à la fille de Rogue.

— Que faisais-tu avec Londubat ? fit-il d'une voix qu'il aurait espéré plus calme.

— J'aime bien Neville, sourit Elienor, les yeux brillants, il est drôle et gentil. En plus il a don avec les plantes, c'est un réel plaisir d'être avec lui.

Drago renifla, mais se força à garder le silence, piquant un peu plus fort que nécessaire sa fourchette dans sa viande.

— Quel est le problème avec Neville ? demanda la jeune fille qui ne comprenait pas l'attitude de son camarade.

— Le problème est que Londubat est un gryffondor et un crétin à peine capable de faire tenir son chaudron debout, siffla dangereusement le fils Malfoy.

Toute chaleur quitta instantanément les yeux habituellement doux de la jeune femme. Elle serra la table de ses mains fines, ses ongles s'enfonçant profondément dans le bois. Un léger tremblement agita les alentours, faisant vibrer les couverts et les plats.

— Neville n'est pas un idiot, la magie prend des formes différentes et qu'il en maîtrise d'autres branches que celles communément utilisées ne fait pas de lui un sorcier de bas étage. Il maîtrise des choses que toi et moi sommes loin de même seulement connaître.

Le tremblement qui s'était intensifié au fur et à mesure de ses paroles soudain cessa brusquement et Elie quitta la table et la salle. Ceux qui l'entouraient restèrent un moment bouche bée devant l'intervention, étonnamment violente, de l'habituellement si calme jeune fille. Puis Eiden ; ne voulant pas attirer encore plus l'attention sur sa sœur se reprit et continua tranquillement son déjeuner, non sans s'être assuré que son père s'était bien levé pour rejoindre et calmer Elie.

— Si tu veux mon avis, Drago, l'imbécile ici, c'est toi, déclara fermement Blaise avant de rejoindre les autres qui avaient déjà repris leur discussion, comme s'il ne s'était rien passé.

Le blond leva des yeux sans âme vers son ami et reprit lui aussi son repas. Il semblait parfaitement calme et détaché, comme si la scène qui s'était déroulée ne le concernait pas, mais le métis, qui le connaissait depuis l'enfance, savait bien qu'il était furieux contre lui-même. Il n'ignorait pas que Drago avait une certaine tendresse pour Elie et qu'il ne se pardonnait pas d'avoir laissé échapper de telles paroles. Bien sûr, avant cette année elles passaient souvent ses lèvres, mais depuis que les jumeaux étaient là, le blond tentait de mieux se comporter. Il n'était pas comme son père, n'en déplaise à certains, il ne partageait pas toutes ses théories sur le sang et le pouvoir. Il agissait le plus souvent par gaminerie et besoin d'attention. Les enfants Rogue, eux, n'avaient aucuns a priori au sujet des maisons et tachaient d'être polis et agréable avec tous. En à peine quelques jours, ils s'étaient rapprochés de nombres d'élèves dans les quatre divisions de Poudlard. Et cela ne pouvait qu'encourager leurs proches à se montrer plus tolérants et ceux-ci, bien qu'ils ne l'avoueraient jamais, trouvaient tout de même beaucoup plus agréable de ne pas être ostracisé par les autres maisons.

Et en effet, Drago était furieux contre lui-même, que lui avait-il prit de dire cela devant Elie ? La jeune fille était si douce, c'était certain qu'elle réagirait de façon violente à ses dures paroles. Elle c'était apparemment lié à Londubat, alors les durs mots du blond ne pouvais que l'avoir blessée. Le jeune homme aurait voulu se frapper la tête contre la table tellement il se sentait stupide, mais il était un Malfoy et les Malfoy gardaient toujours contenance, même quand le remord leur tordait les entrailles.

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Comme le soupçonnait Severus, Elie s'était réfugiée dans le parc. Il faisait encore beau en ce début septembre, le soleil réchauffait doucement Poudlard. Cependant la jeune femme était seule dehors, le repas n'était pas terminé, tout le monde était encore en train de manger. Le potionniste traversa vivement la pelouse, apercevant de loin la petite silhouette menue de sa fille. Elle était assise au bord du lac, sous un saule pleureur, à l'endroit où son frère et elle avaient passé de longs moments au cours du mois d'août. Une douce chaleur investit le cœur de Rogue à cette vision : sa fille avait lâché ses très longs cheveux, qui cascadaient librement sur son dos et ses épaules et avait ramené ses jambes maigres contre elle. Bien que Severus soit sûr qu'elle l'ait entendu arriver, elle ne fit pas le moindre mouvement, se contentant de garder la tête contre son genou, les yeux rivés sur le sol. Une plante fleurie s'enroulait allègrement autour des doigts de l'adolescente, progressant doucement en avant. Il s'assit à ses côtés et pendant un long moment ils gardèrent tous deux le silence, regardant ensemble l'audacieuse petite chose qui gagnait à présent le poignet puis le bras de la plus jeune. Le potionniste se fit violence pour rester stoïque, conscient que sa fille parlerait quand elle serait prête. Sa patience fut cependant récompensée et elle finit par murmurer :

— J'arrive à faire plein de choses sympas maintenant que j'ai mon héritage. Je me souviens que je faisais cela aussi quand j'étais enfant, mais je l'avais oublié depuis.

— C'est vraiment une belle chose, assura son père.

De nouveau le silence, mais il semblait moins pesant, comme si Elie cherchait ses mots :

— Tu sais, je ne sais pas si je suis vraiment à ma place ici, dit-elle d'une toute petite voix.

Ces quelques mots labourèrent le cœur du professeur, mais il fit un effort pour ne rien laisser paraître. L'adolescente du cependant sentir sa peine, car elle releva la tête et plongea ses grands yeux tristes dans les siens.

— Je suis vraiment bien avec toi papa et avec Eid aussi et vous me manquez dès que vous vous éloignez … Je me suis attaché aussi aux Weasley et Hermione, aux gens de l'Ordre et à Remus et Sirius, mais ici …. Elle semblait hésiter à continuer, ici ce n'est pas chez moi et je ne sais pas si ça le sera un jour.

Une larme coula sur sa joue et son père la prit dans ses bras, la serrant fort contre lui. Il était complètement désemparé et ne savait quoi dire ou quoi faire pour qu'elle aille mieux.

— Tu veux repartir en France, mon cœur ? demanda douloureusement Severus. Cela lui arrachait le cœur de lui proposer cela, mais si c'était ce qu'elle souhaitait, il la laisserait partir.

— Non ! Elle s'arracha en partie à l'étreinte de l'homme, assez pour pouvoir le regarder dans les yeux. Non, je veux rester ici, je ne veux pas être séparé de Den et toi.

Le potionniste la reprit contre lui, intérieurement soulagé.

— Quel est le problème mon ange, c'est à cause de ta dispute avec Drago ?

Elle se tendit un peu puis soupira.

— Eid n'a pas cessé de me dire que ce n'était qu'un petit con arrogant et manipulateur et il semblerait … il semblerait qu'il ait raison …

— C'est ce que tu crois Elie ? interrogea d'une voix douce son père qui tentait de comprendre.

— Je ne sais plus ce que je dois croire, j'ai toujours sût lire dans l'âme des autres avant, mais là … je pensais vraiment qu'il n'était pas comme il y paraissait, même après avoir vu les souvenirs d'Eiden. Est-ce que tu crois que j'aurais pu me tromper ? Qu'il est en faîte ce que Ron et Eid racontent ? Est-ce que tout le monde dans votre pays est si étroit d'esprit et aveuglé ?

Severus ne releva pas le votre pays qui le blessa grandement et répondit calmement :

— Crois-tu sincèrement que c'est mieux en France ?

Elle se mordit les lèvres.

— Non, souffla-t-elle, mais mon clan, mon clan m'a appris à accepter les gens tels qu'ils sont, que la magie peut prendre bien des formes et qu'un puissant pouvoir peut se cacher dans le plus faiblard des individus.

— C'est ce que tu penses de Neville Londubat ? interrogea tendrement l'homme.

— C'est …différent pour Neville, avoua-t-elle. Par ce que je sais, je suis certaine, de son pouvoir, même si il ne sait pas encore l'utiliser pleinement.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça, ma chérie ? interrogea Rogue qui ne comprenait pas en quoi le cas de Londubat pouvait être différent. La panique le prit, Elie n'était pas amoureuse du fils Londubat ? Si ? Car même si il adorait sa fille, il n'aurait certainement pas choisi Londubat comme gendre …

Elienor détourna la tête et fixa son regard sur la surface lisse du lac.

— Je connais Neville d'avant, de ma vie en France. Sa Grand-Mère faite partit du clan, nous nous sommes souvent vus enfants, je sais ce qu'il est, ce dont il est capable. Tout le monde le croyait cracmol, mais moi je savais qu'il y avait de la magie en lui. Je l'ai vu avec Ravena, il maîtrise l'ancienne magie de la terre.

Severus fut surpris des paroles de sa fille, les magies ancestrales n'étaient que peu voir pas utilisées. Elles étaient si anciennes, si difficiles à contrôler qu'elles avaient peu à peu été abandonnées et oubliées. C'était essentiellement des magies sans baguette, sauvages et puissantes qui courraient encore dans certaines vieilles lignées. Il ignorait si des sorciers avaient réussi à la maîtriser depuis son abandon, à l'époque où leur peuple avait commencé à utiliser les baguettes.

— Il t'a reconnu ? interrogea-t-il, sortant de ses pensées.

— Je l'ignore, mais après mon intervention il va sûrement faire le lien. Je ressemble plus à mon ancien moi qu'Eiden. Apparemment, du fait de l'importance de ma magie elfique, le sort de dissimulation a eu moins d'effet sur moi. J'ai gardé mes cheveux, certains de mes traits hérités de toi et mes yeux n'ont pas changé fondamentalement. Heureusement que j'ai changé d'école, car certains auraient fini par faire le lien.

Elle se tu, il ne sut que répondre alors ils restèrent ainsi, la plus jeune blottie dans ses bras. La petite plante avait cessé d'escalader son bras et était retournée sagement à sa place, dans l'herbe.

— Tu te souviens Elie de ce que tu as dit à ton frère, finit par dire Severus, à propos de Drago ? Tu as dit qu'il était sûrement difficile d'être le fils d'un mangemort, surtout depuis les événements du Tournoi des Trois Sorciers.

Elle grimaça.

— S'il traite ainsi les gens différents, comment sera-t-il avec moi quand il découvrira mon véritable sang ? Va-t-il me détester comme Neville ?

— Oh, Elie, non mon ange, il ne te détestera pas, soupira Severus.

Il chassa une mèche rebelle de devant ses yeux si étrange et demanda doucement.

— C'est pour cela que tu n'es pas bien, tu l'apprécies et tu as peur que cela change ?

Tout d'abord Elie, le visage contre son torse, ne bougea pas puis elle hocha la tête.

— Cela n'arrivera pas, Elie, ni lui, ni les autres, ils te connaissent déjà, la réalité de ton sang ne change rien.

La fille se blottit contre lui avant de se redresser brutalement.

— Morgane ! Le cours de Sortilège !

Elle voulut saisir son sac et se précipiter au troisième étage, mais son père la retint, le temps d'écrire au professeur Flitwick que c'était lui qui l'avait retenu. Puis il embrassa sa fille sur le front et elle disparut rapidement de sa vue.